Des quatre coins de la terre
De coins battus par le vent
Perclus de pluie et de tonnerre
D'endroits où commencent les vents
Où naissent les brouillards et leurs brumeux enfants
Des grands hommes sont venus de grands versants rocheux
Et des hommes assoupis des vallées assoupies
Leurs femmes grandes, leurs femmes assoupies
Avec ballots et biens
Et des petites qui balbutient: "où maintenant? et après?"
Le peuple de la terre, la famille de l'homme
A voulu édifier ce dont il serait fier
Une tour qui des plates landes de la terre
Monterait à travers le plafond jusqu'au sommet des cieux
Et le grand œuvre a commencé
Semelles et poteaux enfoncés
murs, planchers, spires d'escaliers
dressés vers les astres, tout là haut
dressés bien au delà des échelles lunaires.
Et Dieu Tout Puissant aurait pu les abattre
ou les frapper sourds et muets
Mais Dieu était un patron farceur
Dieu était un chef attentif
Qui avait autre chose en tête
Et soudain mélangea leurs paroles
changea les langages des gens
pour que chacun parle différemment
Et le maçon ne savait plus ce que disait le portefaix
Au charpentier l'apprenti tendait le mauvais outil
Cinq cents façons de dire "Q u i e s t u ?"
changèrent la façon de demander: "que fait-on maintenant?"
ou de dire "naître n'est qu'un début"
ou "plutôt chanter que faire ce raffut"
ou "ce que tu ne sais pas ne saurait te nuire"
Et les magasiniers se mirent à se quereller
avec les bandes de porteurs et les guildes de bâtisseurs
et les architectes s'arrachèrent les cheveux sur leurs plans
et les briquetiers et les écorcheurs de mules le rapportèrent
aux patrons de paille qui le rapportèrent aux contremaîtres
et les signaux se mélangèrent; les ouvriers qui remplissaient les seaux
sifflèrent les porteurs - et l'ouvrage fut en ruine
Certains l'appelèrent Tour de Babel
Le peuple lui donna beaucoup d'autres noms
Ses ruies s'élevaient telles un crâne ou un spectre
un témoignage à peine commencé
qui penchait et pendait aux grand vents ennemis
maintenu par de doux vents amis.
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mardi 28 juillet 2015
Sandburg - Les gens qui doivent
Les gens qui doivent
J'ai peint sur le toit d'un gratte-ciel.
Peint longuement, ça m'a fait ma journée.
Au carrefour les gens grouillaient et le sifflet du policier n'a pas arrêté de l'après midi.
Ils étaient comme des insectes, autant d'insectes sur leur chemin -
Des gens en mouvement, ou alors à l'arrêt;
Et le policier une tache bleue, un éclair d'argent
Autour duquel les marées noires se divisaient
Gardait la rue. Et j'ai paint longuement
Ca m'a fait ma journée
People who must
I painted on the roof of a skyscraper.
I painted a long while and called it a day's work.
The people on the corner swarmed and the traffic cop's whistle never let up all afternoon.
They were the same as bugs, many bugs on their way--
These people on the go or at a standstill;
And the traffic cop a spot of blue, a splinter of brass,
Where the black tides ran around him
And he kept the street. I painted a long while
And called it a day's work.
J'ai peint sur le toit d'un gratte-ciel.
Peint longuement, ça m'a fait ma journée.
Au carrefour les gens grouillaient et le sifflet du policier n'a pas arrêté de l'après midi.
Ils étaient comme des insectes, autant d'insectes sur leur chemin -
Des gens en mouvement, ou alors à l'arrêt;
Et le policier une tache bleue, un éclair d'argent
Autour duquel les marées noires se divisaient
Gardait la rue. Et j'ai paint longuement
Ca m'a fait ma journée
People who must
I painted on the roof of a skyscraper.
I painted a long while and called it a day's work.
The people on the corner swarmed and the traffic cop's whistle never let up all afternoon.
They were the same as bugs, many bugs on their way--
These people on the go or at a standstill;
And the traffic cop a spot of blue, a splinter of brass,
Where the black tides ran around him
And he kept the street. I painted a long while
And called it a day's work.
Libellés :
anglais,
Carl Sandburg (1878-1967)
dimanche 12 juillet 2015
Sandburg - Rats d'égouts
Rats d’égouts
Ils désignaient une manière de favoris du nom « lilas ».
Et certaines barbes prenaient dans leur discours l’apparence verbale
De « côtelettes », de « Galway », ou de « plumeaux ».
De telles métaphores sautaient de leurs lèvres comme des cris de rue
Sautent des moineaux qui trouvent des graines éparpillées dans les interstices des pavés
Ah-ha ces métaphores – et ah-ha ces garçons—connus de la polices
Comme les Douze Salauds et dont les noms faisaient la une des journaux
Et deux d’entre eux claquèrent le même jour, lors d’une « fête à la cravate »… pour employer les métaphores de leurs lèvres.
Alley Rats
They were calling certain styles of whiskers by the name of “lilacs.”
And another manner of beard assumed in their chatter a verbal guise
Of “mutton chops,” “galways,” “feather dusters.”
Metaphors such as these sprang from their lips while other street cries
Sprang from sparrows finding scattered oats among interstices of the curb.
Ah-hah these metaphors—and Ah-hah these boys—among the police they were known
As the Dirty Dozen and their names took the front pages of newspapers
And two of them croaked on the same day at a “necktie party” … if we employ the metaphors of their lips.
Libellés :
anglais,
Carl Sandburg (1878-1967)
vendredi 13 juin 2014
Sandburg - Brouillard
Brouillard
Le brouillard approche
à petits pas de chat
Il s’assied contemple
le port et la ville
sur ses talons muets
et puis s’en va
Fog
The fog comes
on little cat feet.
It sits looking
over harbor and city
on silent haunches
and then moves on.
Libellés :
anglais,
Carl Sandburg (1878-1967)
mercredi 9 décembre 2009
Carl Sandburg - Prière d'après la guerre mondiale
Prayer after world war
Wandering oversea dreamer,
Hunting and hoarse, Oh daughter and mother,
Oh daughter of ashes and mother of blood,
Child of the hair let down, and tears,
Child of the cross in the south
And the star in the north,
Keeper of Egypt and Russia and France,
Keeper of England and Poland and Spain,
Make us a song for to-morrow.
Make us one new dream, us who forget,
Out of the storm let us have one star.
Struggle, Oh anvils, and help her.
Weave with your wool, Oh winds and skies.
Let your iron and copper help,
Oh dirt of the old dark earth.
Wandering oversea singer,
Singing of ashes and blood,
Child of the scars of fire,
Make us one new dream, us who forget.
Out of the storm let us have one star.
Prière après la guerre mondiale
Rêveur dérivant sur la mer
Chassant enroué, O fille et mère
Fille de cendre, mère de sang
Enfant aux cheveux défaits, et larmes
Enfant de la croix dans le sud
Et de l’étoile dans le nord
Gardien de l’Egypte, de la Russie et de la France
Gardien de l’Angleterre, de la Pologne et de l’Espagne
Fais- nous une chanson, pour les lendemains
Fais nous un nouveau rêve, nous qui oublions
Au sortir de l’orage, donne-nous une étoile.
Luttez, enclûmes, et aidez la.
Filez votre laine, vents et ciels
De votre fer, de votre cuivre, aidez
Poussière de cette vieille terre sombre.
Chanteur dérivant sur la mer
Chantant les cendres et le sang
Enfant des blessures de feu
Fais nous un nouveau rêve, nous qui oublions
Au sortir de l’orage, donne-nous une étoile.
Wandering oversea dreamer,
Hunting and hoarse, Oh daughter and mother,
Oh daughter of ashes and mother of blood,
Child of the hair let down, and tears,
Child of the cross in the south
And the star in the north,
Keeper of Egypt and Russia and France,
Keeper of England and Poland and Spain,
Make us a song for to-morrow.
Make us one new dream, us who forget,
Out of the storm let us have one star.
Struggle, Oh anvils, and help her.
Weave with your wool, Oh winds and skies.
Let your iron and copper help,
Oh dirt of the old dark earth.
Wandering oversea singer,
Singing of ashes and blood,
Child of the scars of fire,
Make us one new dream, us who forget.
Out of the storm let us have one star.
Prière après la guerre mondiale
Rêveur dérivant sur la mer
Chassant enroué, O fille et mère
Fille de cendre, mère de sang
Enfant aux cheveux défaits, et larmes
Enfant de la croix dans le sud
Et de l’étoile dans le nord
Gardien de l’Egypte, de la Russie et de la France
Gardien de l’Angleterre, de la Pologne et de l’Espagne
Fais- nous une chanson, pour les lendemains
Fais nous un nouveau rêve, nous qui oublions
Au sortir de l’orage, donne-nous une étoile.
Luttez, enclûmes, et aidez la.
Filez votre laine, vents et ciels
De votre fer, de votre cuivre, aidez
Poussière de cette vieille terre sombre.
Chanteur dérivant sur la mer
Chantant les cendres et le sang
Enfant des blessures de feu
Fais nous un nouveau rêve, nous qui oublions
Au sortir de l’orage, donne-nous une étoile.
Libellés :
anglais,
Carl Sandburg (1878-1967)
Carl Sandburg - Statistiques
Statistics
Napoleon shifted,
Restless in the old sarcophagus
And murmured to a watchguard:
"Who goes there?"
"Twenty-one million men,
Soldiers, armies, guns,
Twenty-one million
Afoot, horseback,
In the air,
Under the sea."
And Napoleon turned to his sleep:
"It is not my world answering;
It is some dreamer who knows not
The world I marched in
From Calais to Moscow."
And he slept on
In the old sarcophagus
While the aeroplanes
Droned their motors
Between Napoleon's mausoleum
And the cool night stars.
Statistiques
Napoléon se retourna
Gêné dans son vieux sarcophage
Et murmura à un gardien
« Qui va là ? »
« Vingt et un million d’hommes,
Soldats, armées, canons,
Vingt et un million
A pied, à cheval
Dans les airs,
Et sous la mer. »
Napoléon se rendormit :
« Ce n’est pas mon monde qui répond ;
Ce n’est qu’un rêve qui ne sait pas
Ce monde où j’ai marché
De Calais à Moscou. »
Il se rendort
Dans le vieux sarcophage
Tandis que les aéroplanes
Ronronnent dans la nuit,
Entre le tombeau de Napoléon
Et les froides étoiles
Napoleon shifted,
Restless in the old sarcophagus
And murmured to a watchguard:
"Who goes there?"
"Twenty-one million men,
Soldiers, armies, guns,
Twenty-one million
Afoot, horseback,
In the air,
Under the sea."
And Napoleon turned to his sleep:
"It is not my world answering;
It is some dreamer who knows not
The world I marched in
From Calais to Moscow."
And he slept on
In the old sarcophagus
While the aeroplanes
Droned their motors
Between Napoleon's mausoleum
And the cool night stars.
Statistiques
Napoléon se retourna
Gêné dans son vieux sarcophage
Et murmura à un gardien
« Qui va là ? »
« Vingt et un million d’hommes,
Soldats, armées, canons,
Vingt et un million
A pied, à cheval
Dans les airs,
Et sous la mer. »
Napoléon se rendormit :
« Ce n’est pas mon monde qui répond ;
Ce n’est qu’un rêve qui ne sait pas
Ce monde où j’ai marché
De Calais à Moscou. »
Il se rendort
Dans le vieux sarcophage
Tandis que les aéroplanes
Ronronnent dans la nuit,
Entre le tombeau de Napoléon
Et les froides étoiles
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