Tandis que j'agonise
Il vient un temps où l’on s’enfonce
En-soi et vient un temps
Où il est plus facile
Plus innocent de mourir
Comme des bombardiers
Sur Santa Monica,
Et je me revois
Allongé sur le sable,
Moi-même à vingt ans,
Qui lisais Faulkner
Dont le nom me plaisait
vaguement excité
Par quelque chose
Qui n’était pas moi
Et refermais le livre
Et me sentais
Malade de la mer
Et du ciel
Bleu bleu bleu
Avec des points blancs,
Tout confus dans le piège
Et voulant en sortir
Tout en sachant
Que j’y étais pris
Comme les puces de sable
Que j’écrasais,
Et M. Faulkner
Couché sur son flanc
Immortel brûlant
Avec mes orteils
Et tout qui penchait
Et pas tout à fait
Vrai
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lundi 13 février 2017
dimanche 26 juin 2016
Charles Bukowski - Métamorphose
Métamorphose
une petite amie
a refait mon lit
récuré et ciré le sol de ma cuisine
puis lessivé les murs
passé l’aspirateur
nettoyé les toilettes
et la baignoire
astiqué le sol de la salle de bains
coupé les ongles de mes pieds
et mes cheveux.
puis
dans la même journée
le plombier est vue réparer le robinet de la cuisine
et les toilettes
le monsieur du gaz a remis le chauffage
et celui du téléphone a réparé le téléphone.
me voici maintenant dans ce monde parfait.
tout est calme.
j’ai quitté mes 3 petites amies.
Je me sentais mieux quand tout était
en désordre.
il me faudra des mois pour revenir
à la normale :
je n’ai plus un cafard avec qui échanger.
j’ai perdu mon rythme.
je ne dors plus.
ne mange plus.
on m’a volé
ma crasse.
Metamorphosis
a girlfriend came in
built me a bed
scrubbed and waxed the kitchen floor
scrubbed the walls
vacuumed
cleaned the toilet
the bathtub
scrubbed the bathroom floor
and cut my toenails and
my hair.
then
all on the same day
the plumber came and fixed the kitchen faucet
and the toilet
and the gas man fixed the heater
and the phone man fixed the phone.
noe I sit in all this perfection.
it is quiet.
I have broken off with all 3 of my girlfriends.
I felt better when everything was in
disorder.
it will take me some months to get back to normal:
I can't even find a roach to commune with.
I have lost my rythm.
I can't sleep.
I can't eat.
I have been robbed of
my filth.
une petite amie
a refait mon lit
récuré et ciré le sol de ma cuisine
puis lessivé les murs
passé l’aspirateur
nettoyé les toilettes
et la baignoire
astiqué le sol de la salle de bains
coupé les ongles de mes pieds
et mes cheveux.
puis
dans la même journée
le plombier est vue réparer le robinet de la cuisine
et les toilettes
le monsieur du gaz a remis le chauffage
et celui du téléphone a réparé le téléphone.
me voici maintenant dans ce monde parfait.
tout est calme.
j’ai quitté mes 3 petites amies.
Je me sentais mieux quand tout était
en désordre.
il me faudra des mois pour revenir
à la normale :
je n’ai plus un cafard avec qui échanger.
j’ai perdu mon rythme.
je ne dors plus.
ne mange plus.
on m’a volé
ma crasse.
Metamorphosis
a girlfriend came in
built me a bed
scrubbed and waxed the kitchen floor
scrubbed the walls
vacuumed
cleaned the toilet
the bathtub
scrubbed the bathroom floor
and cut my toenails and
my hair.
then
all on the same day
the plumber came and fixed the kitchen faucet
and the toilet
and the gas man fixed the heater
and the phone man fixed the phone.
noe I sit in all this perfection.
it is quiet.
I have broken off with all 3 of my girlfriends.
I felt better when everything was in
disorder.
it will take me some months to get back to normal:
I can't even find a roach to commune with.
I have lost my rythm.
I can't sleep.
I can't eat.
I have been robbed of
my filth.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
Charles Bukowski - l'oiseau moqueur
l’oiseau moqueur
l’oiseau moqueur avait suivi le chat
tout l’été
il s’était moqué moqué moqué
provocateur, sûr de son fait ;
le chat s’était glissé sous les fauteuils du porche
la queue dressée
et avait lancé à l’oiseau moqueur des propos agacés
que je n’ai pas compris
hier, le chat a lentement remonté l’allée
l’oiseau moqueur, bien vivant, dans la gueule,
les ailes déployées, ses belles ailes, déployées, affaissées
les plumes écartées, comme les jambes d’une femme
et l’oiseau ne se moquait plus,
il demandait, il suppliait,
mais le chat
tout à sa marche séculaire
ne l’écoutait pas.
je l’ai vu se glisser sous une voiture jaune
tenant l’oiseau
qu’il finirait ailleurs.
c’était la fin de l’été.
the mockingbird
the mockingbird had been following the cat
all summer
mocking mocking mocking
teasing and cocksure;
the cat crawled under rockers on porches
tail flashing
and said something angry to the mockingbird
which I didn’t understand.
yesterday the cat walked calmly up the driveway
with the mockingbird alive in its mouth,
wings fanned, beautiful wings fanned and flopping,
feathers parted like a woman’s legs,
and the bird was no longer mocking,
it was asking, it was praying
but the cat
striding down through centuries
would not listen.
I saw it crawl under a yellow car
with the bird
to bargain it to another place.
summer was over.
l’oiseau moqueur avait suivi le chat
tout l’été
il s’était moqué moqué moqué
provocateur, sûr de son fait ;
le chat s’était glissé sous les fauteuils du porche
la queue dressée
et avait lancé à l’oiseau moqueur des propos agacés
que je n’ai pas compris
hier, le chat a lentement remonté l’allée
l’oiseau moqueur, bien vivant, dans la gueule,
les ailes déployées, ses belles ailes, déployées, affaissées
les plumes écartées, comme les jambes d’une femme
et l’oiseau ne se moquait plus,
il demandait, il suppliait,
mais le chat
tout à sa marche séculaire
ne l’écoutait pas.
je l’ai vu se glisser sous une voiture jaune
tenant l’oiseau
qu’il finirait ailleurs.
c’était la fin de l’été.
the mockingbird
the mockingbird had been following the cat
all summer
mocking mocking mocking
teasing and cocksure;
the cat crawled under rockers on porches
tail flashing
and said something angry to the mockingbird
which I didn’t understand.
yesterday the cat walked calmly up the driveway
with the mockingbird alive in its mouth,
wings fanned, beautiful wings fanned and flopping,
feathers parted like a woman’s legs,
and the bird was no longer mocking,
it was asking, it was praying
but the cat
striding down through centuries
would not listen.
I saw it crawl under a yellow car
with the bird
to bargain it to another place.
summer was over.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
mardi 28 juillet 2015
Bukowski - Insomnie
Insomnie
dans les étages du dessous,
seul à ne pas dormir
écoutant les moteurs
et les sirènes incessantes
pensant aux minotaures
pensant à Segovia
qui pratique 5 heures par jour
ou aux tombeaux
qui n’ont pas besoin de pratique,
tes pieds s’enroulent dans les draps
et tu aperçois une main
qui pourrait être celle d’un homme
de 80 ans, et tu
es au-dessus de 32 personnes qui dorment
et sais que la plupart
se réveilleront
et vont bailler et manger et vider les poubelles
peut-être même déféquer,
mais pour l’instant ils sont à toi
chevauchant tes minotaures,
soufflant la grêle brûlante de tes chants
ou respirant en champignons :
les crânes plats comme cercueils,
tous amants séparés,
et tu te lèves, allumes une cigarette,
évidemment,
toujours vivant.
on the floors below,
only you are not sleeping,
you are listening to the engines
and horns that never stop,
you are thinking of minotaurs,
you are thinking of Segovia
who practices 5 hours a day
or the graves
that need no practice,
and your feel twist in the sheets
and you look down at a hand
that could easily belong to a man
of 80, and you
are on top of 32 people sleeping
and you know that most of them
will awaken
to yawn and eat and empty trash,
perhaps defecate,
but right now they are yours,
riding your minotaurs
breathing fiery hailstones of song,
or mushroom breathing:
skulls flat as coffins,
all lovers parted,
and you rise and light a cigarette,
evidently,
still alive.
as-tu jamais été dans une chambre
au-dessus de 32 personnes qui dormentdans les étages du dessous,
seul à ne pas dormir
écoutant les moteurs
et les sirènes incessantes
pensant aux minotaures
pensant à Segovia
qui pratique 5 heures par jour
ou aux tombeaux
qui n’ont pas besoin de pratique,
tes pieds s’enroulent dans les draps
et tu aperçois une main
qui pourrait être celle d’un homme
de 80 ans, et tu
es au-dessus de 32 personnes qui dorment
et sais que la plupart
se réveilleront
et vont bailler et manger et vider les poubelles
peut-être même déféquer,
mais pour l’instant ils sont à toi
chevauchant tes minotaures,
soufflant la grêle brûlante de tes chants
ou respirant en champignons :
les crânes plats comme cercueils,
tous amants séparés,
et tu te lèves, allumes une cigarette,
évidemment,
toujours vivant.
Insomnia
have you
ever been in a room
on top
of 32 people sleepingon the floors below,
only you are not sleeping,
you are listening to the engines
and horns that never stop,
you are thinking of minotaurs,
you are thinking of Segovia
who practices 5 hours a day
or the graves
that need no practice,
and your feel twist in the sheets
and you look down at a hand
that could easily belong to a man
of 80, and you
are on top of 32 people sleeping
and you know that most of them
will awaken
to yawn and eat and empty trash,
perhaps defecate,
but right now they are yours,
riding your minotaurs
breathing fiery hailstones of song,
or mushroom breathing:
skulls flat as coffins,
all lovers parted,
and you rise and light a cigarette,
evidently,
still alive.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
Bukowski - conseil d'ami à de nombreux jeunes gens
Conseil d'ami à de nombreux jeunes gens
Partez pour le Tibet
Chevauchez un chameau
Plongez vous dans la Bible
Teignez vos chaussures en bleu
Laissez vous pousser la barbe
Faites le tour du monde dans un canot de papier
Epousez une unijambiste et rasez vous au coupe chou
Et gravez votre nom sur son bras.
Brossez vous les dents au gas oïl
Dormez le jour et grimpez aux arbres la nuit venue
Faites vous moine, buvez du plomb et de la bière
Gardez la tête sous l'eau et jouez du violon
Faites la danse du ventre devant des bougies roses
Tuez votre chien
Présentez vous à la mairie
Vivez dans un tonneau
Fendez vous le crâne d'un coup de hachette
Allez planter des tulipes sous la pluie
Mais n'écrivez pas de poésie.
Friendly advice to a lot of young men
Go to Tibet.
Ride a camel.
Read the Bible.
Dye your shoes blue.
Grow a Beard.
Circle the world in a paper canoe.
Subscribe to “The Saturday Evening Post.”
Chew on the left side of your mouth only.
Marry a woman with one leg and shave with a straight razor.
And carve your name in her arm.
Brush your teeth with gasoline.
Sleep all day and climb trees at night.
Be a monk and drink buckshot and beer.
Hold your head under water and play the violin.
Do a belly dance before pink candles.
Kill your dog.
Run for Mayor.
Live in a barrel.
Break your head with a hatchet.
Plant tulips in the rain.
But don't write poetry.
Partez pour le Tibet
Chevauchez un chameau
Plongez vous dans la Bible
Teignez vos chaussures en bleu
Laissez vous pousser la barbe
Faites le tour du monde dans un canot de papier
Epousez une unijambiste et rasez vous au coupe chou
Et gravez votre nom sur son bras.
Brossez vous les dents au gas oïl
Dormez le jour et grimpez aux arbres la nuit venue
Faites vous moine, buvez du plomb et de la bière
Gardez la tête sous l'eau et jouez du violon
Faites la danse du ventre devant des bougies roses
Tuez votre chien
Présentez vous à la mairie
Vivez dans un tonneau
Fendez vous le crâne d'un coup de hachette
Allez planter des tulipes sous la pluie
Mais n'écrivez pas de poésie.
Friendly advice to a lot of young men
Go to Tibet.
Ride a camel.
Read the Bible.
Dye your shoes blue.
Grow a Beard.
Circle the world in a paper canoe.
Subscribe to “The Saturday Evening Post.”
Chew on the left side of your mouth only.
Marry a woman with one leg and shave with a straight razor.
And carve your name in her arm.
Brush your teeth with gasoline.
Sleep all day and climb trees at night.
Be a monk and drink buckshot and beer.
Hold your head under water and play the violin.
Do a belly dance before pink candles.
Kill your dog.
Run for Mayor.
Live in a barrel.
Break your head with a hatchet.
Plant tulips in the rain.
But don't write poetry.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
Bukowski - poème pour mon 43eme anniversaire
Poème pour mon 43eme anniversaire
Finir tout seul
dans le tombeau d'une chambre
sans cigarettes
ni vin -
juste une ampoule
un bedon,
les cheveux gris,
mais bien content d'avoir
cette chambre
... au petit matin
ils sont tous là
qui gagnent leurs vies:
juges et charpentiers,
plombiers et médecins,
kioskiers et policiers,
coiffeurs et garagistes,
dentistes et fleuristes,
serveuses cuisiniers
et chauffeurs de taxi...
et toi tu te retournes
sur le côté gauche
pour que le soleil
soit dans ton dos
et loin
de tes yeux.
Poem for my 43rd birthday
To end up alone
in a tomb of a room
without cigarettes
or wine--
just a lightbulb
and a potbelly,
grayhaired,
and glad to have
the room.
...in the morning
they're out there
making money:
judges, carpenters,
plumbers, doctors,
newsboys, policemen,
barbers, carwashers,
dentists, florists,
waitresses, cooks,
cabdrivers...
and you turn over
to your left side
to get the sun
on your back
and out
of your eyes.
Finir tout seul
dans le tombeau d'une chambre
sans cigarettes
ni vin -
juste une ampoule
un bedon,
les cheveux gris,
mais bien content d'avoir
cette chambre
... au petit matin
ils sont tous là
qui gagnent leurs vies:
juges et charpentiers,
plombiers et médecins,
kioskiers et policiers,
coiffeurs et garagistes,
dentistes et fleuristes,
serveuses cuisiniers
et chauffeurs de taxi...
et toi tu te retournes
sur le côté gauche
pour que le soleil
soit dans ton dos
et loin
de tes yeux.
Poem for my 43rd birthday
To end up alone
in a tomb of a room
without cigarettes
or wine--
just a lightbulb
and a potbelly,
grayhaired,
and glad to have
the room.
...in the morning
they're out there
making money:
judges, carpenters,
plumbers, doctors,
newsboys, policemen,
barbers, carwashers,
dentists, florists,
waitresses, cooks,
cabdrivers...
and you turn over
to your left side
to get the sun
on your back
and out
of your eyes.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
Bukowski - pas ceux qui vécurent ici
Pas ceux qui vécurent ici
mais ceux qui y moururent;
et pas quand
mais comment;
pas
les grands connus
mais les grands morts inconnus;
pas
l'histoire
des nations
mais la vie des hommes.
les fables sont des rêves,
pas des mensonges,
et
la vérité change
comme
les gens,
et quand la vérité se fait stable
les gens
se font
morts
et
l'insecte
et le feu et
le flot
se font
vérité
It's not who lived here
but who died here;
and it’s not when
but how;
it’s not
the known great
but the great who died unknown;
it’s not
the history
of countries
but the lives of men.
fables are dreams,
not lies,
and
truth changes
as
men change,
and when truth becomes stable
men
will
become dead
and
the insect
and the fire and
the flood
will become
truth.
mais ceux qui y moururent;
et pas quand
mais comment;
pas
les grands connus
mais les grands morts inconnus;
pas
l'histoire
des nations
mais la vie des hommes.
les fables sont des rêves,
pas des mensonges,
et
la vérité change
comme
les gens,
et quand la vérité se fait stable
les gens
se font
morts
et
l'insecte
et le feu et
le flot
se font
vérité
It's not who lived here
but who died here;
and it’s not when
but how;
it’s not
the known great
but the great who died unknown;
it’s not
the history
of countries
but the lives of men.
fables are dreams,
not lies,
and
truth changes
as
men change,
and when truth becomes stable
men
will
become dead
and
the insect
and the fire and
the flood
will become
truth.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
samedi 22 novembre 2014
Charles Bukowski - La belle dame
la belle dame
nous sommes rassemblés ici
pour l’enterrer dans ce
poème.
elle n’a pas épousé un soûlaud sans travail qui
la battait tous les
soirs.
aucun de ses enfants a jamais porté
de chemises tâchées de morve
ou de robes déchirées.
et la belle dame
simplement
calmement
est décédée.
puisse-t-elle être enterrée
dans la pure poussière
de ce poème
avec ses entrailles
et ses bijoux
et ses peignes et ses
poèmes
avec ses yeux bleu pâle
et son
mari
souriant
fortuné
effrayé.
the beautiful lady
we are gathered here now
to bury her in this
poem.
she did not marry an unemployed wino who
beat her every
night.
her several children will never wear
snot-stained shirts
or torn dresses.
the beautiful lady
simply
calmly
died.
and may the clean dirt of this poem
bury
her.
her and her womb
and her jewels
and her combs and her
poems
and her pale blue eyes
and her
grinning
rich
frightened
husband.
nous sommes rassemblés ici
pour l’enterrer dans ce
poème.
elle n’a pas épousé un soûlaud sans travail qui
la battait tous les
soirs.
aucun de ses enfants a jamais porté
de chemises tâchées de morve
ou de robes déchirées.
et la belle dame
simplement
calmement
est décédée.
puisse-t-elle être enterrée
dans la pure poussière
de ce poème
avec ses entrailles
et ses bijoux
et ses peignes et ses
poèmes
avec ses yeux bleu pâle
et son
mari
souriant
fortuné
effrayé.
the beautiful lady
we are gathered here now
to bury her in this
poem.
she did not marry an unemployed wino who
beat her every
night.
her several children will never wear
snot-stained shirts
or torn dresses.
the beautiful lady
simply
calmly
died.
and may the clean dirt of this poem
bury
her.
her and her womb
and her jewels
and her combs and her
poems
and her pale blue eyes
and her
grinning
rich
frightened
husband.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
Charles Bukowski - De la glace pour les aigles
De la glace pour les aigles
Je me rappelle encore les chevaux
sous la lune
je me rappelle encore que je leur donnais
du sucre
en rectangles blancs
pareils à des glaçons
et leurs têtes étaient comme
des aigles
chauves et qui pouvaient mordre et
ne le faisaient pas
Les chevaux étaient plus vrais que
mon père
plus vrais que Dieu
et ils auraient pu m’écraser les
pieds mais ne le faisaient pas
ils auraient pu faire toutes sortes d’horreurs
mais ne le faisaient pas.
J’avais presque 5 ans
mais je n’ai pas oublié
mon dieu qu’elles étaient fortes, et bonnes
ces langues rouges qui pendaient en bavant
de leur âme.
Ice for the eagles
I keep remembering the horses
under the moon
I keep remembering feeding the horses
sugar
white oblongs of sugar
more like ice,
and they had heads like
eagles
bald heads that could bite and
did not.
The horses were more real than
my father
more real than God
and they could have stepped on my
feet but they didn't
they could have done all kinds of horrors
but they didn't.
I was almost 5
but I have not forgotten yet;
o my god they were strong and good
those red tongues slobbering
out of their souls.
Je me rappelle encore les chevaux
sous la lune
je me rappelle encore que je leur donnais
du sucre
en rectangles blancs
pareils à des glaçons
et leurs têtes étaient comme
des aigles
chauves et qui pouvaient mordre et
ne le faisaient pas
Les chevaux étaient plus vrais que
mon père
plus vrais que Dieu
et ils auraient pu m’écraser les
pieds mais ne le faisaient pas
ils auraient pu faire toutes sortes d’horreurs
mais ne le faisaient pas.
J’avais presque 5 ans
mais je n’ai pas oublié
mon dieu qu’elles étaient fortes, et bonnes
ces langues rouges qui pendaient en bavant
de leur âme.
Ice for the eagles
I keep remembering the horses
under the moon
I keep remembering feeding the horses
sugar
white oblongs of sugar
more like ice,
and they had heads like
eagles
bald heads that could bite and
did not.
The horses were more real than
my father
more real than God
and they could have stepped on my
feet but they didn't
they could have done all kinds of horrors
but they didn't.
I was almost 5
but I have not forgotten yet;
o my god they were strong and good
those red tongues slobbering
out of their souls.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
dimanche 23 mars 2014
Bukowski - La cause et l'effet
La Cause et l’Effet
les meilleurs souvent meurent de leur propre main
juste pour partir,
et ceux qui restent
ne comprennent jamais
comment quelqu’un
a pu vouloir
les
quitter
Cause And Effect
the best often die by their own hand
just to get away,
and those left behind
can never quite understand
why anybody
would ever want to
get away
from
them
les meilleurs souvent meurent de leur propre main
juste pour partir,
et ceux qui restent
ne comprennent jamais
comment quelqu’un
a pu vouloir
les
quitter
Cause And Effect
the best often die by their own hand
just to get away,
and those left behind
can never quite understand
why anybody
would ever want to
get away
from
them
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
Bukowski - Eh oui
Eh Oui
il y a des choses pires que
d’être seul
mais il faut souvent des décennies
pour s’en rendre compte
et la plupart du temps
quand cela arrive
c’est trop tard
et il n’y rien de pire
que
trop tard.
Oh Yes
there are worse things than
being alone
but it often takes decades
to realize this
and most often
when you do
it's too late
and there's nothing worse
than
too late.
il y a des choses pires que
d’être seul
mais il faut souvent des décennies
pour s’en rendre compte
et la plupart du temps
quand cela arrive
c’est trop tard
et il n’y rien de pire
que
trop tard.
Oh Yes
there are worse things than
being alone
but it often takes decades
to realize this
and most often
when you do
it's too late
and there's nothing worse
than
too late.
Libellés :
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Charles Bukowski (1920-1994)
samedi 15 mars 2014
Bukowski - les âmes des animaux morts
les âmes des animaux morts
après l’abattoir
il y avait un bar au coin de la rue
et je m’y asseyais
et regardais le soleil se coucher
à travers la fenêtre,
fenêtre qui dominait un terrain
plein de hautes herbes sêches.
je ne me douchais jamais avec les autres à
l’usine
après le travail
alors je sentais la sueur et
le sang.
l’odeur de la sueur diminue après un
moment
mais alors celle du sang fulmine
et prend de l’importance.
je fumais des cigarettes et buvais des bières
jusqu’à ce que je me sente assez bien pour
monter dans le bus
avec les âmes de tous ces animaux
morts à côté de
moi ;
des têtes se tournaient à peine
des femmes se levaient et s’éloignaient de
moi.
quand je descendais du bus
je n’avais qu’un pâté de maison
et un escalier jusqu’à ma
chambre
où j’allumais la radio et
une cigarette
et où personne ne faisait plus attention
à moi.
the souls of dead animals
after the slaughterhouse
there was a bar around the corner
and I sat in there
and watched the sun go down
through the window,
a window that overlooked a lot
full of tall dry weeds.
I never showered with the boys at the
plant
after work
so I smelled of sweat and
blood.
the smell of sweat lessens after a
while
but the blood-smell begins to fulminate
and gain power.
I smoked cigarettes and drank beer
until I felt good enough to
board the bus
with the souls of all those dead
animals riding with
me;
heads would turn slightly
women would rise and move away from
me.
when I got off the bus
I only had a block to walk
and one stairway up to my
room
where I'd turn on my radio and
light a cigarette
and nobody minded me
at all.
après l’abattoir
il y avait un bar au coin de la rue
et je m’y asseyais
et regardais le soleil se coucher
à travers la fenêtre,
fenêtre qui dominait un terrain
plein de hautes herbes sêches.
je ne me douchais jamais avec les autres à
l’usine
après le travail
alors je sentais la sueur et
le sang.
l’odeur de la sueur diminue après un
moment
mais alors celle du sang fulmine
et prend de l’importance.
je fumais des cigarettes et buvais des bières
jusqu’à ce que je me sente assez bien pour
monter dans le bus
avec les âmes de tous ces animaux
morts à côté de
moi ;
des têtes se tournaient à peine
des femmes se levaient et s’éloignaient de
moi.
quand je descendais du bus
je n’avais qu’un pâté de maison
et un escalier jusqu’à ma
chambre
où j’allumais la radio et
une cigarette
et où personne ne faisait plus attention
à moi.
the souls of dead animals
after the slaughterhouse
there was a bar around the corner
and I sat in there
and watched the sun go down
through the window,
a window that overlooked a lot
full of tall dry weeds.
I never showered with the boys at the
plant
after work
so I smelled of sweat and
blood.
the smell of sweat lessens after a
while
but the blood-smell begins to fulminate
and gain power.
I smoked cigarettes and drank beer
until I felt good enough to
board the bus
with the souls of all those dead
animals riding with
me;
heads would turn slightly
women would rise and move away from
me.
when I got off the bus
I only had a block to walk
and one stairway up to my
room
where I'd turn on my radio and
light a cigarette
and nobody minded me
at all.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
Bukowski - Poème tard la nuit
on dit que
rien ne se perd:
c'est soit cela
ou
tout.
dark night poem
they say that
nothing is wasted:
either that
or
it all is.
rien ne se perd:
c'est soit cela
ou
tout.
dark night poem
they say that
nothing is wasted:
either that
or
it all is.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
samedi 8 mars 2014
Bukowski - un poème est une ville
un poème est une ville
un poème est une ville pleine de rues et d’égouts,
pleine de saints, de héros, de mendiants et de fous,
pleine de banalités et de biture,
pleine de pluie et de tonnerre et de périodes de
sécheresse, un poème est une ville en guerre,
un poème est une ville qui interroge l’horloge,
un poème est une ville en flammes,
un poème est une ville en armes
aux salons de coiffures remplis d’ivrognes désabusés,
un poème est une ville où Dieu chevauche nu
à travers les rues comme lady Godiva,
où les chiens aboient la nuit, et courent après
le drapeau, un poème est une ville de poètes,
qui se ressemblent tous
et sont jaloux et aigris…
un poème c’est cette ville maintenant,
à 50 kilomètres de nulle part,
à 9h09 du matin,
l’odeur d’alcool et de cigarettes,
pas de police, pas d’amoureux, dans les rues,
ce poème, cette ville, qui ferme ses portes,
barricadé, presque vide,
sans larmes s’attristant, sans pitié vieillissant,
les montagnes de granite
l’océan comme une flamme lavande,
une lune déchue
et la petite musique des carreaux cassés…
un poème est une ville, un poème est une nation,
un poème c’est le monde…
et maintenant je mets tout ceci sous verre
pour qu’un éditeur dément l’examine
et la nuit est ailleurs
et des dames grises et floues font la queue,
les chiens suivent les chiens vers l’estuaire,
les trompettes annoncent le supplice
tandis que les petites gens s’énervent sur des choses
qui leur résistent.
a poem is a city
a poem is a city filled with streets and sewers
filled with saints, heroes, beggars, madmen,
filled with banality and booze,
filled with rain and thunder and periods of
drought, a poem is a city at war,
a poem is a city asking a clock why,
a poem is a city burning,
a poem is a city under guns
its barbershops filled with cynical drunks,
a poem is a city where God rides naked
through the streets like Lady Godiva,
where dogs bark at night, and chase away
the flag; a poem is a city of poets,
most of them quite similar
and envious and bitter …
a poem is this city now,
50 miles from nowhere,
9:09 in the morning,
the taste of liquor and cigarettes,
no police, no lovers, walking the streets,
this poem, this city, closing its doors,
barricaded, almost empty,
mournful without tears, aging without pity,
the hardrock mountains,
the ocean like a lavender flame,
a moon destitute of greatness,
a small music from broken windows …
a poem is a city, a poem is a nation,
a poem is the world …
and now I stick this under glass
for the mad editor’s scrutiny,
and night is elsewhere
and faint gray ladies stand in line,
dog follows dog to estuary,
the trumpets bring on gallows
as small men rant at things
they cannot do.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
mercredi 5 mars 2014
Bukowski - Seul avec tous
Seul avec tous
la chair couvre les os
et l’on met un esprit
dedans et
parfois une âme,
et les femmes brisent
des vases contre les murs
et les hommes boivent
trop
et personne ne trouve le
bon
mais continue
à chercher
rampant d’un lit
à l’autre.
la chair couvre
les os et la
chair recherche
autre chose que
la chair.
ça ne sert
à rien :
nous sommes tous prisonniers
d’un destin
singulier.
personne jamais ne trouve
le bon.
les poubelles se remplissent
les décharges se remplissent
les asiles se remplissent
les hôpitaux se remplissent
les cimetières se remplissent
rien d’autre
ne se remplit
Alone With Everybody
the flesh covers the bone
and they put a mind
in there and
sometimes a soul,
and the women break
vases against the walls
and the men drink too
much
and nobody finds the
one
but keep
looking
crawling in and out
of beds.
flesh covers
the bone and the
flesh searches
for more than
flesh.
there's no chance
at all:
we are all trapped
by a singular
fate.
nobody ever finds
the one.
the city dumps fill
the junkyards fill
the madhouses fill
the hospitals fill
the graveyards fill
nothing else
fills.
la chair couvre les os
et l’on met un esprit
dedans et
parfois une âme,
et les femmes brisent
des vases contre les murs
et les hommes boivent
trop
et personne ne trouve le
bon
mais continue
à chercher
rampant d’un lit
à l’autre.
la chair couvre
les os et la
chair recherche
autre chose que
la chair.
ça ne sert
à rien :
nous sommes tous prisonniers
d’un destin
singulier.
personne jamais ne trouve
le bon.
les poubelles se remplissent
les décharges se remplissent
les asiles se remplissent
les hôpitaux se remplissent
les cimetières se remplissent
rien d’autre
ne se remplit
Alone With Everybody
the flesh covers the bone
and they put a mind
in there and
sometimes a soul,
and the women break
vases against the walls
and the men drink too
much
and nobody finds the
one
but keep
looking
crawling in and out
of beds.
flesh covers
the bone and the
flesh searches
for more than
flesh.
there's no chance
at all:
we are all trapped
by a singular
fate.
nobody ever finds
the one.
the city dumps fill
the junkyards fill
the madhouses fill
the hospitals fill
the graveyards fill
nothing else
fills.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
vendredi 28 février 2014
Bukowski - Art
comme
l'esprit
s'efface
la
forme
apparaît.
as the
spirit
wanes
the
form
appears.
l'esprit
s'efface
la
forme
apparaît.
as the
spirit
wanes
the
form
appears.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
Bukowski - L'enfer est un lieu solitaire
l’enfer est un lieu solitaire
il avait 65 ans, sa femme, 66, avait
la maladie d’Alzheimer.
Il avait un cancer de la
bouche.
avec des
opérations, des radio
thérapies
qui pourrissaient les os de sa
mâchoire
qu’on avait dû
appareiller.
tous les jours il mettait à sa femme des
couches de caoutchouc
comme pour un
bébé.
incapable de conduire dans son
état
il devait aller en taxi au
centre de
soins,
avait du mal à parler,
devait
écrire son chemin sur
un papier.
à sa dernière visite
ils l’ont informé
qu’il y aurait une nouvelle
opération : un peu plus
de joue
gauche et un peu plus
de langue.
quand il est rentré
il a changé les couches
de sa femme
mis les surgelés
au four, regardé le
journal du soir
puis est allé dans la
chambre, a pris
l’arme, l’a mis sur sa
tempe, a tiré.
elle est tombée à
gauche, il s’est assis sur le
canapé
a mis l’arme dans sa
bouche, et pressé la
détente.
les coups de feu n’ont pas alerté
les voisins.
après
les surgelés brûlés
l’ont fait.
quelqu’un est venu, a enfoncé
la porte, a
vu.
puis
la police est arrivée et
a suivi la
procédure, et trouvé
des choses :
un compte d’épargne
cloturé et
un chéquier avec un
solde de
1,14$.
suicide, ont-ils
conclu.
en trois semaines
il y avait deux
nouveaux locataires :
un informaticien
appelé
Ross
et sa femme
Anatana
qui étudiait
le ballet.
comme n’importe quel
couple
promis à un bel
avenir.
hell is a lonely place
he was 65, his wife was 66, had
Alzheimer's disease.
he had cancer of the
mouth.
there were
operations, radiation
treatments
which decayed the bones in his
jaw
which then had to be
wired.
daily he put his wife in
rubber diapers
like a
baby.
unable to drive in his
condition
he had to take a taxi to
the medical
center,
had difficulty speaking,
had to
write the directions
down.
on his last visit
they informed him
there would be another
operation: a bit more
left
cheek and a bit more
tongue.
when he returned
he changed his wife's
diapers
put on the tv
dinners, watched the
evening news
then went to the bedroom, got the
gun, put it to her
temple, fired.
she fell to the
left, he sat upon the
couch
put the gun into his
mouth, pulled the
trigger.
the shots didn't arouse
the neighbors.
later
the burning tv dinners
did.
somebody arrived, pushed
the door open, saw
it.
soon
the police arrived and
went through their
routine, found
some items:
a closed savings
account and
a checkbook with a
balance of
$1.14
suicide, they
deduced.
in three weeks
there were two
new tenants:
a computer engineer
named
Ross
and his wife
Anatana
who studied
ballet.
they looked like another
upwardly mobile
pair.
il avait 65 ans, sa femme, 66, avait
la maladie d’Alzheimer.
Il avait un cancer de la
bouche.
avec des
opérations, des radio
thérapies
qui pourrissaient les os de sa
mâchoire
qu’on avait dû
appareiller.
tous les jours il mettait à sa femme des
couches de caoutchouc
comme pour un
bébé.
incapable de conduire dans son
état
il devait aller en taxi au
centre de
soins,
avait du mal à parler,
devait
écrire son chemin sur
un papier.
à sa dernière visite
ils l’ont informé
qu’il y aurait une nouvelle
opération : un peu plus
de joue
gauche et un peu plus
de langue.
quand il est rentré
il a changé les couches
de sa femme
mis les surgelés
au four, regardé le
journal du soir
puis est allé dans la
chambre, a pris
l’arme, l’a mis sur sa
tempe, a tiré.
elle est tombée à
gauche, il s’est assis sur le
canapé
a mis l’arme dans sa
bouche, et pressé la
détente.
les coups de feu n’ont pas alerté
les voisins.
après
les surgelés brûlés
l’ont fait.
quelqu’un est venu, a enfoncé
la porte, a
vu.
puis
la police est arrivée et
a suivi la
procédure, et trouvé
des choses :
un compte d’épargne
cloturé et
un chéquier avec un
solde de
1,14$.
suicide, ont-ils
conclu.
en trois semaines
il y avait deux
nouveaux locataires :
un informaticien
appelé
Ross
et sa femme
Anatana
qui étudiait
le ballet.
comme n’importe quel
couple
promis à un bel
avenir.
hell is a lonely place
he was 65, his wife was 66, had
Alzheimer's disease.
he had cancer of the
mouth.
there were
operations, radiation
treatments
which decayed the bones in his
jaw
which then had to be
wired.
daily he put his wife in
rubber diapers
like a
baby.
unable to drive in his
condition
he had to take a taxi to
the medical
center,
had difficulty speaking,
had to
write the directions
down.
on his last visit
they informed him
there would be another
operation: a bit more
left
cheek and a bit more
tongue.
when he returned
he changed his wife's
diapers
put on the tv
dinners, watched the
evening news
then went to the bedroom, got the
gun, put it to her
temple, fired.
she fell to the
left, he sat upon the
couch
put the gun into his
mouth, pulled the
trigger.
the shots didn't arouse
the neighbors.
later
the burning tv dinners
did.
somebody arrived, pushed
the door open, saw
it.
soon
the police arrived and
went through their
routine, found
some items:
a closed savings
account and
a checkbook with a
balance of
$1.14
suicide, they
deduced.
in three weeks
there were two
new tenants:
a computer engineer
named
Ross
and his wife
Anatana
who studied
ballet.
they looked like another
upwardly mobile
pair.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
mercredi 19 février 2014
Bukowski - le merle bleu
Le merle bleu
il y a dans mon coeur un merle bleu qui
voudrait sortir
mais je suis un dur
et je dis, restes y, je ne veux pas
que quelqu’un te
voie
il y a dans mon cœur un merle bleu qui
voudrait sortir
mais je l’arrose de whisky et avale
la fumée des cigarettes
et les putains et les barmans
et les épiciers
ne savent pas
qu’il
est là.
il y a dans mon cœur un merle bleu qui
voudrait sortir
mais je suis un dur,
je lui dis,
reste en bas, tu veux me
bousiller?
démolir
mon travail ?
massacrer mes ventes
en Europe?
il y a dans mon cœur un merle bleu qui
voudrait sortir
mais je suis trop malin, je ne le relâche
que certaines nuits
quand tout le monde dort.
et je lui dis, je sais que tu es là
alors ne soit pas
triste.
et puis je le remets,
alors il chante un peu
à l’intérieur, je ne l’ai jamais vraiment laissé
mourir
et nous dormons ensemble comme
ça
avec notre
pacte secret
et c’est tellement bien
qu’on en
pleurerait, mais je ne
pleure pas, et
toi ?
Bluebird
there's a bluebird in my heart that
wants to get out
but I'm too tough for him,
I say, stay in there, I'm not going
to let anybody see
you.
there's a bluebird in my heart that
wants to get out
but I pour whiskey on him and inhale
cigarette smoke
and the whores and the bartenders
and the grocery clerks
never know that
he's
in there.
there's a bluebird in my heart that
wants to get out
but I'm too tough for him,
I say,
stay down, do you want to mess
me up?
you want to screw up the
works?
you want to blow my book sales in
Europe?
there's a bluebird in my heart that
wants to get out
but I'm too clever, I only let him out
at night sometimes
when everybody's asleep.
I say, I know that you're there,
so don't be
sad.
then I put him back,
but he's singing a little
in there, I haven't quite let him
die
and we sleep together like
that
with our
secret pact
and it's nice enough to
make a man
weep, but I don't
weep, do
you?
il y a dans mon coeur un merle bleu qui
voudrait sortir
mais je suis un dur
et je dis, restes y, je ne veux pas
que quelqu’un te
voie
il y a dans mon cœur un merle bleu qui
voudrait sortir
mais je l’arrose de whisky et avale
la fumée des cigarettes
et les putains et les barmans
et les épiciers
ne savent pas
qu’il
est là.
il y a dans mon cœur un merle bleu qui
voudrait sortir
mais je suis un dur,
je lui dis,
reste en bas, tu veux me
bousiller?
démolir
mon travail ?
massacrer mes ventes
en Europe?
il y a dans mon cœur un merle bleu qui
voudrait sortir
mais je suis trop malin, je ne le relâche
que certaines nuits
quand tout le monde dort.
et je lui dis, je sais que tu es là
alors ne soit pas
triste.
et puis je le remets,
alors il chante un peu
à l’intérieur, je ne l’ai jamais vraiment laissé
mourir
et nous dormons ensemble comme
ça
avec notre
pacte secret
et c’est tellement bien
qu’on en
pleurerait, mais je ne
pleure pas, et
toi ?
Bluebird
there's a bluebird in my heart that
wants to get out
but I'm too tough for him,
I say, stay in there, I'm not going
to let anybody see
you.
there's a bluebird in my heart that
wants to get out
but I pour whiskey on him and inhale
cigarette smoke
and the whores and the bartenders
and the grocery clerks
never know that
he's
in there.
there's a bluebird in my heart that
wants to get out
but I'm too tough for him,
I say,
stay down, do you want to mess
me up?
you want to screw up the
works?
you want to blow my book sales in
Europe?
there's a bluebird in my heart that
wants to get out
but I'm too clever, I only let him out
at night sometimes
when everybody's asleep.
I say, I know that you're there,
so don't be
sad.
then I put him back,
but he's singing a little
in there, I haven't quite let him
die
and we sleep together like
that
with our
secret pact
and it's nice enough to
make a man
weep, but I don't
weep, do
you?
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
mardi 18 février 2014
Bukowski - Vous buvez?
Vous buvez ?
échoué, à terre, le vieux carnet jaune
ressorti
j’écris de mon lit
comme l’an
dernier.
verrai le docteur,
Lundi.
« c’est cela, docteur, jambes molles, vertiges, douleurs
à la tête et mon dos me
fait mal. »
« vous buvez ? », demandera-t-il.
« vous faites de
l’exercice, prenez des
vitamines ? »
je crois que je suis seulement malade
de vivre, toujours ces symptômes
banals mais
fluctuants.
même aux courses
je regarde passer les chevaux
et cela me parait
futile.
je pars avant la fin après avoir acheté des tickets
pour les suivantes.
« vous filez ? » demande l’employé
du motel,
« oui je m’ennuie », je réponds.
« quand vous vous ennuierez
là-bas », me dit-il, « vous nous
reviendrez »
alors me revoici
calé sur mes oreillers
une fois de plus
ce vieux bonhomme
ce vieil écrivain
avec un carnet
jaune.
quelque chose
marche
vers
moi
sur le plancher.
oh, ce n’est que
mon chat
cette
fois.
Are You Drinking?
washed-up, on shore, the old yellow notebook
out again
I write from the bed
as I did last
year.
will see the doctor,
Monday.
"yes, doctor, weak legs, vertigo, head-
aches and my back
hurts."
"are you drinking?" he will ask.
"are you getting your
exercise, your
vitamins?"
I think that I am just ill
with life, the same stale yet
fluctuating
factors.
even at the track
I watch the horses run by
and it seems
meaningless.
I leave early after buying tickets on the
remaining races.
"taking off?" asks the motel
clerk.
"yes, it's boring,"
I tell him.
"If you think it's boring
out there," he tells me, "you oughta be
back here."
so here I am
propped up against my pillows
again
just an old guy
just an old writer
with a yellow
notebook.
something is
walking across the
floor
toward
me.
oh, it's just
my cat
this
time.
échoué, à terre, le vieux carnet jaune
ressorti
j’écris de mon lit
comme l’an
dernier.
verrai le docteur,
Lundi.
« c’est cela, docteur, jambes molles, vertiges, douleurs
à la tête et mon dos me
fait mal. »
« vous buvez ? », demandera-t-il.
« vous faites de
l’exercice, prenez des
vitamines ? »
je crois que je suis seulement malade
de vivre, toujours ces symptômes
banals mais
fluctuants.
même aux courses
je regarde passer les chevaux
et cela me parait
futile.
je pars avant la fin après avoir acheté des tickets
pour les suivantes.
« vous filez ? » demande l’employé
du motel,
« oui je m’ennuie », je réponds.
« quand vous vous ennuierez
là-bas », me dit-il, « vous nous
reviendrez »
alors me revoici
calé sur mes oreillers
une fois de plus
ce vieux bonhomme
ce vieil écrivain
avec un carnet
jaune.
quelque chose
marche
vers
moi
sur le plancher.
oh, ce n’est que
mon chat
cette
fois.
Are You Drinking?
washed-up, on shore, the old yellow notebook
out again
I write from the bed
as I did last
year.
will see the doctor,
Monday.
"yes, doctor, weak legs, vertigo, head-
aches and my back
hurts."
"are you drinking?" he will ask.
"are you getting your
exercise, your
vitamins?"
I think that I am just ill
with life, the same stale yet
fluctuating
factors.
even at the track
I watch the horses run by
and it seems
meaningless.
I leave early after buying tickets on the
remaining races.
"taking off?" asks the motel
clerk.
"yes, it's boring,"
I tell him.
"If you think it's boring
out there," he tells me, "you oughta be
back here."
so here I am
propped up against my pillows
again
just an old guy
just an old writer
with a yellow
notebook.
something is
walking across the
floor
toward
me.
oh, it's just
my cat
this
time.
Libellés :
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