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mardi 20 décembre 2011

WH Auden - Le plus aimant des deux

Le plus aimant des deux


Regardant les étoiles, je comprends bien
Que de leur point de vue, je ne suis rien
Mais ici bas il n’est guère effrayant
D’être ignoré des bêtes et des gens

Que dirions-nous si les astres brûlaient
D’une passion dont nous ne pouvions mais ?
S’il n’est pas permis de s’apprécier autant
Je préfère des deux être le plus aimant

Amoureux comme je crois l’être
D’étoiles qui s’en moquent peut-être
Saurais-je en les voyant affirmer
Que l’une d’elles aujourd’hui m’a manqué ?

Si toutes les étoiles venaient à mourir
Devant un ciel vide je devrais m’attendrir
Mais pour trouver sublime ce noir intransigeant
Il me faudrait peut être un peu de temps



The more loving one - WH Auden


Looking up at the stars, I know quite well
That, for all they care, I can go to hell,
But on earth indifference is the least
We have to dread from man or beast.

How should we like it were stars to burn
With a passion for us we could not return?
If equal affection cannot be,
Let the more loving one be me.

Admirer as I think I am
Of stars that do not give a damn,
I cannot, now I see them, say
I missed one terribly all day.

Were all stars to disappear or die,
I should learn to look at an empty sky
And feel its total dark sublime,
Though this might take me a little time.

mardi 26 juillet 2011

Mademoiselle Gee - WH Auden

Mademoiselle Gee

Ecoutez la petite histoire
De mademoiselle Edith Gee
Elle habitait Clevedon Terrace
Numéro 66

Elle louchait un peu de l’œil gauche
Ses lèvres étaient menues et fines
Elle avait les épaules étroites et tombantes
Et pas la moindre poitrine

Un chapeau de velours avec des rubans
Un tailleur de serge gris
Elle vivait à Clevedon Terrace
Dans une chambre à petit prix

Un imper mauve quand il pleuvait
Un parapluie vert à emporter
Elle avait un vélo, avec un panier
Et des freins mal réglés

La paroisse Saint Aloysius
Etait juste à côté
Elle y faisait du tricot
Pour la vente de charité

Parfois Mademoiselle Gee interrogeait le ciel
‘Quelqu’un sait il seulement,
Que je vis ici à Clevedon Terrace
Pour cent livres par an ?’

Une nuit elle avait rêvé
Qu’elle était la Reine de France
Et que le curé de Saint Aloysius
Priait sa Majesté de lui accorder cette danse

Mais l’orage emporta le palais
Elle pédalait dans un champ de blé
Et un taureau, le portrait du curé
La chargeait tête baissée

Elle sentait son souffle sur elle
Il allait la rattraper
Et son vélo avançait de moins en moins vite
A cause des freins mal réglés

L’été les arbres étaient comme un tableau
L’hiver les montrait en ruine
Elle allait en vélo à la messe du soir
Boutonnée jusqu’au cou

Elle passe devant les amoureux
En détournant la tête
Elle passe devant les amoureux
Qui ne lui font pas fête

Mademoiselle Gee s’assied dans le transept
Et écoute l’orgue jouer
Et le chœur qui chante si doucement
En cette fin de journée

Mademoiselle Gee s’agenouille dans le transept
Les genoux à même le sol
Ne me soumets pas à la tentation
Mais fais de moi une bonne fille

Les jours et les nuits passent sur elle
Comme les vagues sur une épave en ruine
En vélo elle va jusqu'au dispensaire
Toujours boutonnée jusqu'au cou

En vélo elle va jusqu'au dispensaire
Sonne chez le chirurgien
Docteur, j’ai une douleur à l’intérieur
Et je ne me sens pas bien

Le docteur Thomas l’ausculte
Et l’examine à nouveau
Puis se tournant pour se laver les mains
Dit: 'pourquoi n’êtes vous pas venue plus tôt ?'

Le docteur Thomas est devant son dîner
Alors que sa femme n’a pas encore sonné
Il fait des boulettes avec son pain
Et dit c’est curieux, le cancer

Personne ne sait d’où il vient
Quoi qu’on puisse en dire
Il est comme un assassin
Qui attend son heure

Les femmes sans enfants l’attrapent
Et les hommes à la retraite
Comme s’il était là pour compenser
Quand la création s’arrête

Sa femme appele la bonne et dit
'Tu es morbide, mon chéri'
Il dit 'j’ai vu Mademoiselle Gee ce soir
Et je crois bien qu’elle est finie'

Ils ont emmené Mademoiselle Gee à l’hôpital
Ils l’ont allongée, en ruine
Allongée dans le dortoir des dames
Ses draps remontés jusqu’au cou

Ils l’ont allongée sur la table
Les étudiants ont ri
Et Mr Rose, le chirurgien
A découpé Mademoiselle Gee

Il s’est tourné vers ses étudiants:
'Messieurs, votre attention
On voit rarement une tumeur
De pareilles proportions'

Ils l’ont enlevée de la table
Ont roulé Mademoiselle Gee
Vers un autre service
Celui d’Anatomie

Ils l’ont accrochée au plafond
Mademoiselle Gee, pendue à un clou
Pendant qu’une bande de carabins d’Oxford
Délicatement dissèquait son genou.

 

Miss Gee

Let me tell you a little story
About Miss Edith Gee;
She lived in Clevedon Terrace
At number 83.

She'd a slight squint in her left eye,
Her lips they were thin and small,
She had narrow sloping shoulders
And she had no bust at all.

She'd a velvet hat with trimmings,
And a dark grey serge costume;
She lived in Clevedon Terrace
In a small bed-sitting room.

She'd a purple mac for wet days,
A green umbrella too to take,
She'd a bicycle with shopping basket
And a harsh back-pedal break.

The Church of Saint Aloysius
Was not so very far;
She did a lot of knitting,
Knitting for the Church Bazaar.

Miss Gee looked up at the starlight
And said, 'Does anyone care
That I live on Clevedon Terrace
On one hundred pounds a year?'

She dreamed a dream one evening
That she was the Queen of France
And the Vicar of Saint Aloysius
Asked Her Majesty to dance.

But a storm blew down the palace,
She was biking through a field of corn,
And a bull with the face of the Vicar
Was charging with lowered horn.

She could feel his hot breath behind her,
He was going to overtake;
And the bicycle went slower and slower
Because of that back-pedal break.

Summer made the trees a picture,
Winter made them a wreck;
She bicycled to the evening service
With her clothes buttoned up to her neck.

She passed by the loving couples,
She turned her head away;
She passed by the loving couples,
And they didn't ask her to stay.

Miss Gee sat in the side-aisle,
She heard the organ play;
And the choir sang so sweetly
At the ending of the day,

Miss Gee knelt down in the side-aisle,
She knelt down on her knees;
'Lead me not into temptation
But make me a good girl, please.'

The days and nights went by her
Like waves round a Cornish wreck;
She bicycled down to the doctor
With her clothes buttoned up to her neck.

She bicycled down to the doctor,
And rang the surgery bell;
'O, doctor, I've a pain inside me,
And I don't feel very well.'

Doctor Thomas looked her over,
And then he looked some more;
Walked over to his wash-basin,
Said,'Why didn't you come before?'

Doctor Thomas sat over his dinner,
Though his wife was waiting to ring,
Rolling his bread into pellets;
Said, 'Cancer's a funny thing.

'Nobody knows what the cause is,
Though some pretend they do;
It's like some hidden assassin
Waiting to strike at you.

'Childless women get it.
And men when they retire;
It's as if there had to be some outlet
For their foiled creative fire.'

His wife she rang for the servent,
Said, 'Dont be so morbid, dear';
He said: 'I saw Miss Gee this evening
And she's a goner, I fear.'

They took Miss Gee to the hospital,
She lay there a total wreck,
Lay in the ward for women
With her bedclothes right up to her neck.

They lay her on the table,
The students began to laugh;
And Mr. Rose the surgeon
He cut Miss Gee in half.

Mr. Rose he turned to his students,
Said, 'Gentlemen if you please,
We seldom see a sarcoma
As far advanced as this.'

They took her off the table,
They wheeled away Miss Gee
Down to another department
Where they study Anatomy.

They hung her from the ceiling
Yes, they hung up Miss Gee;
And a couple of Oxford Groupers
Carefully dissected her knee.

jeudi 5 novembre 2009

WH Auden - Funeral Blues

Arrêtez les pendules, coupez le téléphone
D’un gros os bien juteux faites taire le chien
Muselez les pianos, qu’un tambour étouffé
Emmène le cercueil, qu’entrent les éplorés

Que dans le ciel tournoient des avions gémissants
Qu’ils écrivent là haut ce message : Il est Mort
Que l’on ceigne de crèpe le cou des tourterelles
Qu’aux carrefours les agents portent des gants noirs

Il était mon nord, mon sud, mon est et mon ouest
Ma semaine de travail, mon repos du dimanche
Mon midi, mon minuit, ma parole et mon chant
Je croyais qu’on s’aimait pour toujours, j’avais tort

Qu’importent les étoiles maintenant, mouchez les
Allez ranger la lune, démontez le soleil
Videz les océans, balayez les forêts
Plus rien de bon ne peut advenir désormais



Stop all the clocks, cut off the telephone,
Prevent the dog from barking with a juicy bone,
Silence the pianos and with muffled drum
Bring out the coffin, let the mourners come.

Let aeroplanes circle moaning overhead
Scribbling on the sky the message He Is Dead,
Put crêpe bows round the white necks of the public doves,
Let the traffic policemen wear black cotton gloves.

He was my North, my South, my East and West,
My working week and my Sunday rest,
My noon, my midnight, my talk, my song;
I thought that love would last for ever: I was wrong.

The stars are not wanted now: put out every one;
Pack up the moon and dismantle the sun;
Pour away the ocean and sweep up the wood.
For nothing now can ever come to any good.

vendredi 9 octobre 2009

WH Auden - Musée des Beaux Arts

Musée des Beaux Arts

En matière de souffrance, ils n’avaient jamais tort,
Les Vieux Maîtres, ils connaissaient trop bien
Son caractère humain, comme elle se produit
Pendant que quelqu’un mange, ou ouvre une fenêtre, ou seulement se promène
Comme, quand les anciens recueillis, passionnés, attendent
La naissance miraculeuse, il y a toujours
Des enfants qui n’en ont pas spécialement envie, et qui patinent
Sur un étang, à l’orée d’un bois
Ils n’oubliaient jamais
Que même le terrible martyr s’accomplit
Pendant que dans un coin, un endroit sale
Les chiens vivent leur vie de chien, et le cheval du bourreau
Frotte son innocent derrière contre un arbre
Dans l’Icare de Breughel, par exemple : comme chaque chose fuit
Joyeusement, le désastre. Le laboureur a peut être
Entendu le choc, le cri de désespoir
Mais ce n’est pas, pour lui, une catastrophe, le soleil brillait
Comme il devait, jambes blanches s’enfonçant dans l’eau
Verte ; et la riche et délicate nef, qui a dû voir
Un prodige, un garçon tombant du ciel
Avait un port à rallier, et voguait tranquillement

Musee des Beaux Arts

About suffering they were never wrong,
The Old Masters; how well, they understood
Its human position; how it takes place
While someone else is eating or opening a window or just walking dully along;
How, when the aged are reverently, passionately waiting
For the miraculous birth, there always must be
Children who did not specially want it to happen, skating
On a pond at the edge of the wood:
They never forgot
That even the dreadful martyrdom must run its course
Anyhow in a corner, some untidy spot
Where the dogs go on with their doggy life and the torturer's horse
Scratches its innocent behind on a tree.
In Breughel's Icarus, for instance: how everything turns away
Quite leisurely from the disaster; the ploughman may
Have heard the splash, the forsaken cry,
But for him it was not an important failure; the sun shone
As it had to on the white legs disappearing into the green
Water; and the expensive delicate ship that must have seen
Something amazing, a boy falling out of the sky,
had somewhere to get to and sailed calmly on.

dimanche 4 octobre 2009

WH Auden - Foxtrot

Foxtrot

Le soldat aime son fusil
Le savant aime ses livres
Le fermier aime ses chevaux
L’actrice aime ses sourires
L’amour est partout en ce monde
Où que l’on puisse aller
Certains perdent la tête pour la jolie Mae West
Mais tu es ma tasse de thé

On parle d’Alexandre
Ou bien de Fred Astaire
On veut ses héros chevelus
Ou alors débonnaires
Certains aiment les aides de camps
Et d’autres les curés
Certains aiment les brutes qui les maltraitent
Mais tu es ma tasse de thé

Il y a des fous de fox terriers
Des dingues de pékinois
De chats de gouttières, de perroquets
De cochons d’inde et même d’oies
Il y a des malades dans les asiles
Qui se prennent pour des marronniers
J’ai eu une vieille tante qui adorait une plante
Mais tu es ma tasse de thé

Il y a des ventres qui pendent
Et des nez épatés
Il y a des orteils en rateau
Et des rates dilatées
Il y a la crampe de l’écrivain
La maladie de la lavandière
Il y a aussi des choses qui ne sentent pas la rose
Mais tu es ma tasse de thé

Le merle aime le ver
La vipère le soleil
L’ours polaire aime son iceberg
L’éléphant son pâté
La truite aime sa rivière
La baleine sa mer
Et les chiens préfèrent les vieux réverbères
Mais tu es ma tasse de thé

FOXTROT FROM A PLAY

The soldier loves his rifle,
The scholar loves his books,
The farmer loves his horses,
The film star loves her looks.
There’s love the whole world over
Wherever you may be;
Some lose their rest for gay Mae West,
But you’re my cup of tea.

Some talk of Alexander
And some of Fred Astaire,
Some like their heroes hairy
Some like them debonair,
Some prefer a curate
And some an A.D.C.,
Some like a tough to treat’em rough,
But you’re my cup of tea.

Some are mad on Airedales
And some on Pekinese,
On tabby cats or parrots
Or guinea pigs or geese.
There are patients in asylums
Who think that they’re a tree;
I had an aunt who loved a plant,
But you’re my cup of tea.

Some have sagging waistlines
And some a bulbous nose
And some a floating kidney
And some have hammer toes,
Some have tennis elbow
And some have housemaid’s knee,
And some I know have got B.O.,
But you’re my cup of tea.

The blackbird loves the earthworm,
The adder loves the sun,
The polar bear an iceberg,
The elephant a bun,
The trout enjoys the river,
The whale enjoys the sea,
And dogs love most an old lamp-post,
But you’re my cup of tea.

mardi 1 septembre 2009

WH Auden - Le citoyen inconnu

Le citoyen inconnu

(A JS.07 M 378
Ce monument de marbre
Elevé par l’Etat)

Les fonctionnaires des statistiques nous apprennent
Que de lui, personne ne s’est jamais plaint
Et tous les rapports sur sa conduite conviennent
Qu’il fut, pour donner à un vieux mot un sens moderne, un saint,
Car, en toutes choses, il servit l’Intérêt Général.
En dehors de la guerre, et jusqu’à sa retraite
Il travailla dans une usine, sans tambours ni trompettes
Et satisfit son employeur, les Moteurs Bricolo
Il ne fut, ni un jaune, ni même un trublion
Son syndicat nous dit qu’il payait ses cotisations
(Notre rapport sur son syndicat le confirme)
Et nos spécialistes en Psychologie Ouvrière affirment
Qu’il était apprécié de ses collègues, et aimait boire un pot.
La Presse est convaincue qu’il achetait son quotidien
Qu’il réagissait à la publicité comme l’individu moyen
Des polices, prises sur son nom, indiquent qu’il fut assuré
Son dossier maladie nous apprend qu’il entra à l’hopital et en sortit soigné
Nos chercheurs en production et en niveau de vie nous assurent
Qu’il comprenait tout l’avantage des cartes de crédit
Et possédait tout ce que doit avoir l’homme d’aujourd’hui
Un phonographe, une radio, un frigidaire, une voiture
Nos spécialistes de l’Opinion se satisfont
Qu’il partageât les bonnes idées en toute saison
En temps de paix, il aimait la paix, et quand vint la guerre il partit
Il fut marié, et augmenta de cinq enfants notre population
Ce qui, selon les Démographes, est le bon nombre, pour sa génération
Et les Enseignants nous disent qu’il ne contraria jamais leur éducation.
Fut il libre ? Fut il heureux ? Quelle étrange question
S’il y avait eu quoi que ce soit, nous le saurions.


The Unknown Citizen

(To JS/07 M 378
This Marble Monument
Is Erected by the State)

He was found by the Bureau of Statistics to be
One against whom there was no official complaint,
And all the reports on his conduct agree
That, in the modern sense of an old-fashioned word, he was a saint,
For in everything he did he served the Greater Community.
Except for the War till the day he retired
He worked in a factory and never got fired,
But satisfied his employers, Fudge Motors Inc.
Yet he wasn't a scab or odd in his views,
For his Union reports that he paid his dues,
(Our report on his Union shows it was sound)
And our Social Psychology workers found
That he was popular with his mates and liked a drink.
The Press are convinced that he bought a paper every day
And that his reactions to advertisements were normal in every way.
Policies taken out in his name prove that he was fully insured,
And his Health-card shows he was once in hospital but left it cured.
Both Producers Research and High-Grade Living declare
He was fully sensible to the advantages of the Instalment Plan
And had everything necessary to the Modern Man,
A phonograph, a radio, a car and a frigidaire.
Our researchers into Public Opinion are content
That he held the proper opinions for the time of year;
When there was peace, he was for peace: when there was war, he went.
He was married and added five children to the population,
Which our Eugenist says was the right number for a parent of his generation.
And our teachers report that he never interfered with their education.
Was he free? Was he happy? The question is absurd:
Had anything been wrong, we should certainly have heard.

samedi 22 août 2009

WH Auden - Epitaphe pour un tyran

Epitaphe pour un tyran

La perfection, d’un certain genre, était son seul désir
La poésie qu’il inventa se comprenait sans peine
Il connaissait parfaitement les passions humaines
S’intéressait par-dessus tout aux armées, aux navires
Quand il riait, les sénateurs riaient sans retenue
Et quand il pleurait, les petits enfants mouraient dans les rues


Epitaph On A Tyrant

Perfection, of a kind, was what he was after,
And the poetry he invented was easy to understand;
He knew human folly like the back of his hand,
And was greatly interested in armies and fleets;
When he laughed, respectable senators burst with laughter,
And when he cried the little children died in the streets.


WH Auden - Si je le savais

Si je le savais…

Le Temps répond toujours que c’est comme ça
Il ne sait que le prix que nous devons payer;
Si je le savais je te le dirais

Quand nous sanglotons devant les clowns
Quand nous titubons devant l’orchestre
Le Temps répond toujours que c’est comme ca

Il n’y a pas de bonne aventure, et pourtant
Parce que je t’aime plus que je ne pourrais dire
Si je le savais je te le dirais

Le vent doit bien souffler de quelque part
Les feuilles se faner pour une raison mais
Le Temps répond toujours que c’est comme ca

Peut être que les roses veulent vraiment pousser
Que cette vision veut justement rester
Si je le savais je te le dirais

Et si les lions se levaient tous et partaient
Si les rivières et les soldats s’enfuyaient
Que répondrait le Temps sinon que c’est comme ça?
Si je le savais je te le dirais.



If I could tell you

Time will say nothing but I told you so,
Time only knows the price we have to pay;
If I could tell you I would let you know.

If we should weep when clowns put on their show,
If we should stumble when musicians play,
Time will say nothing but I told you so.

There are no fortunes to be told, although,
Because I love you more than I can say,
If I could tell you I would let you know.

The winds must come from somewhere when they blow,
There must be reasons why the leaves decay;
Time will say nothing but I told you so.

Perhaps the roses really want to grow,
The vision seriously intends to stay;
If I could tell you I would let you know.

Suppose the lions all get up and go,
And all the brooks and soldiers run away;
Will Time say nothing but I told you so?
If I could tell you I would let you know.

samedi 10 janvier 2009

WH Auden - la vérité sur l'amour

Traduit de l'anglais, pour changer

La vérité sur l’amour

On dit que l'amour est un petit garçon
Ou bien que c'est un oiseau
On dit que c'est lui qui fait tourner le monde
On dit aussi que c'est idiot
Mais quand j'ai interrogé mon voisin
Qui paraissait un expert
Sa femme s'est mise dans une colère noire
Disant qu'en voila des manières

Ressemble-t-il à un vieux pyjama ?
Au jambon d'une maison de cure ?
Sent il fort, comme le font les lamas ?
Ou est ce que son odeur rassure ?
Est-il piquant, au toucher, comme une haie?
Doux comme un duvet d’édredon ?
Sur les bords est-il pointu, ou bien tout rond ?
Dites-moi la vérité sur l'amour

Les livres d'histoire l'évoquent
Par d'indirectes allusions
C’est un sujet de discussion
Sur les paquebots transatlantiques
Je l'ai vu souvent mentionné
Dans des rapports de suicides
Je l'ai même trouvé griffonné
Au dos d'éphémérides

Hurle-t-il comme un dogue affamé ?
Braille-t-il comme une fanfare militaire ?
Arriverait-on à l’imiter ?
Sur une scie, ou un Steinway de concert ?
Est ce qu'on crie quand il chante dans les fêtes ?
Est ce qu'il n'écoute que du classique ?
Quand on veut du calme, est ce qu’il s'arrête ?
Dites moi la vérité sur l'amour

J'ai cherché dans le kiosque
Il ne s'y trouvait pas
Sur la Tamise, à Maidenhead
A Brighton, au grand air
Je ne sais pas ce que le merle chantait
Ni ce que la fleur a dit
Mais il n'était pas dans le poulailler
Ni en dessous du lit

Peut-il faire des mines incroyables?
Est-il malade sur une balançoire?
Passe-t-il tout son temps aux courses
Ou à jouer avec des bouts de ficelle?
A-t-il ses idées sur l'argent?
Est-il assez patriote?
Ses histoires sont elles vulgaires mais drôles?
Dites-moi la vérité sur l'amour

Quand il viendra, viendra-t-il sans prévenir ?
Au moment où je me mouche ?
Frappera-t-il à la porte un matin ?
Ou me bousculera-t-il dans le bus?
Viendra-t-il comme change le temps ?
Sera-t-il brutal ou prévenant ?
Changera-t-il ma vie pour toujours?
Dites-moi la vérité sur l'amour

O Tell Me The Truth About Love

Some say love's a little boy,
And some say it's a bird,
Some say it makes the world go around,
Some say that's absurd,
And when I asked the man next-door,
Who looked as if he knew,
His wife got very cross indeed,
And said it wouldn't do.

Does it look like a pair of pyjamas,
Or the ham in a temperance hotel?
Does its odour remind one of llamas,
Or has it a comforting smell?
Is it prickly to touch as a hedge is,
Or soft as eiderdown fluff?
Is it sharp or quite smooth at the edges?
O tell me the truth about love.

Our history books refer to it
In cryptic little notes,
It's quite a common topic on
The Transatlantic boats;
I've found the subject mentioned in
Accounts of suicides,
And even seen it scribbled on
The backs of railway guides.

Does it howl like a hungry Alsatian,
Or boom like a military band?
Could one give a first-rate imitation
On a saw or a Steinway Grand?
Is its singing at parties a riot?
Does it only like Classical stuff?
Will it stop when one wants to be quiet?
O tell me the truth about love.

I looked inside the summer-house;
It wasn't over there;
I tried the Thames at Maidenhead,
And Brighton's bracing air.
I don't know what the blackbird sang,
Or what the tulip said;
But it wasn't in the chicken-run,
Or underneath the bed.

Can it pull extraordinary faces?
Is it usually sick on a swing?
Does it spend all its time at the races,
or fiddling with pieces of string?
Has it views of its own about money?
Does it think Patriotism enough?
Are its stories vulgar but funny?
O tell me the truth about love.

When it comes, will it come without warning
Just as I'm picking my nose?
Will it knock on my door in the morning,
Or tread in the bus on my toes?
Will it come like a change in the weather?
Will its greeting be courteous or rough?
Will it alter my life altogether?
O tell me the truth about love.