jeudi 5 novembre 2009

WH Auden - Funeral Blues

Arrêtez les pendules, coupez le téléphone
D’un gros os bien juteux faites taire le chien
Muselez les pianos, qu’un tambour étouffé
Emmène le cercueil, qu’entrent les éplorés

Que dans le ciel tournoient des avions gémissants
Qu’ils écrivent là haut ce message : Il est Mort
Que l’on ceigne de crèpe le cou des tourterelles
Qu’aux carrefours les agents portent des gants noirs

Il était mon nord, mon sud, mon est et mon ouest
Ma semaine de travail, mon repos du dimanche
Mon midi, mon minuit, ma parole et mon chant
Je croyais qu’on s’aimait pour toujours, j’avais tort

Qu’importent les étoiles maintenant, mouchez les
Allez ranger la lune, démontez le soleil
Videz les océans, balayez les forêts
Plus rien de bon ne peut advenir désormais



Stop all the clocks, cut off the telephone,
Prevent the dog from barking with a juicy bone,
Silence the pianos and with muffled drum
Bring out the coffin, let the mourners come.

Let aeroplanes circle moaning overhead
Scribbling on the sky the message He Is Dead,
Put crêpe bows round the white necks of the public doves,
Let the traffic policemen wear black cotton gloves.

He was my North, my South, my East and West,
My working week and my Sunday rest,
My noon, my midnight, my talk, my song;
I thought that love would last for ever: I was wrong.

The stars are not wanted now: put out every one;
Pack up the moon and dismantle the sun;
Pour away the ocean and sweep up the wood.
For nothing now can ever come to any good.

mercredi 28 octobre 2009

John Mc Crae - Dans les plaines des Flandres

Dans les plaines des Flandres poussent les coquelicots
Au milieu des croix, rang après rang, fanaux
Qui indiquent nos postes, alors que dans le ciel
Les alouettes, chantant bravement, s’envolent
Inaudibles rumeurs, dans l’écho des canons

Nous sommes les cadavres, il y a quelques jours
Nous étions là, petits matins, dans le couchant
Nous aimions, étions aimés, et maintenant
Nous sommes morts,
Dans les plaines des Flandres.

Notre combat, nos ennemis, nous vous léguons
Recevez les, d‘une main lasse nous tendons
Ce flambeau, puisssiez vous le défendre
Si vous nous trahissez, qui mourons,
Jamais plus nous ne pourrons
Reposer, quand poussent les coquelicots
Dans les plaines des Flandres


In Flanders fields the poppies blow
Between the crosses, row on row,
That mark our place; and in the sky
The larks, still bravely singing, fly
Scarce heard amid the guns below.

We are the dead. Short days ago
We lived, felt dawn, saw sunset glow,
Loved, and were loved, and now we lie
In Flanders fields.

Take up our quarrel with the foe:
To you from failing hands we throw
The torch; be yours to hold it high.
If ye break faith with us who die
We shall not sleep, though poppies grow
In Flanders fields.

Yu Jian - A une poétesse

致一位诗人

多年以后
我们面对面
坐在一个房间
开始点烟
你的声音已经生锈
斑斑驳驳落在地上
却渴望被我拾起
再获得青铜的光泽
我沉默不语
无话找话 是一件很痛苦的事情
那一日已经远去
我不知道你的电话号码
那一日我曾经失眠
那那生命中少有的时刻
如果沿着那一日走近你
我们会相处一生

世界已建筑得如此坚固
让我们彬彬有礼地告辞吧
回到各自的房间
像墙壁那样 彼此站立
这样要习惯得多


A une poètesse

Longtemps après
Nous nous sommes revus
Assis dans cette chambre
Cigarettes allumées
Ta voix déjà éraillée
Sur le sol éparpillée
Avide d’être ramassée
Reprise, dans la lumière cuivrée
Mais je n’ai rien dit
Silence contre parole, c’est terrible
Ce jour là, je suis parti
Oublié ton numéro
Ce jour là j’ai perdu le sommeil
Et tous ces moments rares
Si j’étais resté, ce jour là, près de toi
C’aurait été pour toute la vie

Le monde a bâti tant de murs
Poliment se dire adieu
Rentrer chacun dans sa chambre
En voisins, de part et d’autre
Par habitude

samedi 10 octobre 2009

Su Shi - Combien de fois sous la lune

Combien de fois sous la lune,
Une coupe à la main j’interrogeai le firmament
Ne sachant pas, dans les palais célestes, quelle année on était
Je voulais partir à cheval sur le vent, mais j’avais peur,
Des pavillons d’or, des maisons de jade
Du froid glacial de ces hauts lieux,
De ces ombres qui dansent, inhumaines

Tourné vers ce palais, vers ses belles fenêtres,
Qui illuminent mon éveil
Insensibles, parfois grandes, parfois rondes
L’homme est joyeux et triste, seul et aimé,
La lune est sombre et claire, ronde et voilée
Rien ne s’accomplit jamais
Si seulement la vie était longue
A mille lieues, avec Phoebé


明月幾時有 把酒問青天
不知天上宮闕 今夕是何年

我欲乘風歸去 唯恐瓊樓玉宇
高處不勝寒 起舞弄清影 何似在人間

轉朱閣低綺戶照無眠
不應有恨何事長向別時圓
人有悲歡離合 月有陰晴圓缺
此事古難全 但願人長久
千里共嬋娟

vendredi 9 octobre 2009

WH Auden - Musée des Beaux Arts

Musée des Beaux Arts

En matière de souffrance, ils n’avaient jamais tort,
Les Vieux Maîtres, ils connaissaient trop bien
Son caractère humain, comme elle se produit
Pendant que quelqu’un mange, ou ouvre une fenêtre, ou seulement se promène
Comme, quand les anciens recueillis, passionnés, attendent
La naissance miraculeuse, il y a toujours
Des enfants qui n’en ont pas spécialement envie, et qui patinent
Sur un étang, à l’orée d’un bois
Ils n’oubliaient jamais
Que même le terrible martyr s’accomplit
Pendant que dans un coin, un endroit sale
Les chiens vivent leur vie de chien, et le cheval du bourreau
Frotte son innocent derrière contre un arbre
Dans l’Icare de Breughel, par exemple : comme chaque chose fuit
Joyeusement, le désastre. Le laboureur a peut être
Entendu le choc, le cri de désespoir
Mais ce n’est pas, pour lui, une catastrophe, le soleil brillait
Comme il devait, jambes blanches s’enfonçant dans l’eau
Verte ; et la riche et délicate nef, qui a dû voir
Un prodige, un garçon tombant du ciel
Avait un port à rallier, et voguait tranquillement

Musee des Beaux Arts

About suffering they were never wrong,
The Old Masters; how well, they understood
Its human position; how it takes place
While someone else is eating or opening a window or just walking dully along;
How, when the aged are reverently, passionately waiting
For the miraculous birth, there always must be
Children who did not specially want it to happen, skating
On a pond at the edge of the wood:
They never forgot
That even the dreadful martyrdom must run its course
Anyhow in a corner, some untidy spot
Where the dogs go on with their doggy life and the torturer's horse
Scratches its innocent behind on a tree.
In Breughel's Icarus, for instance: how everything turns away
Quite leisurely from the disaster; the ploughman may
Have heard the splash, the forsaken cry,
But for him it was not an important failure; the sun shone
As it had to on the white legs disappearing into the green
Water; and the expensive delicate ship that must have seen
Something amazing, a boy falling out of the sky,
had somewhere to get to and sailed calmly on.

dimanche 4 octobre 2009

WH Auden - Foxtrot

Foxtrot

Le soldat aime son fusil
Le savant aime ses livres
Le fermier aime ses chevaux
L’actrice aime ses sourires
L’amour est partout en ce monde
Où que l’on puisse aller
Certains perdent la tête pour la jolie Mae West
Mais tu es ma tasse de thé

On parle d’Alexandre
Ou bien de Fred Astaire
On veut ses héros chevelus
Ou alors débonnaires
Certains aiment les aides de camps
Et d’autres les curés
Certains aiment les brutes qui les maltraitent
Mais tu es ma tasse de thé

Il y a des fous de fox terriers
Des dingues de pékinois
De chats de gouttières, de perroquets
De cochons d’inde et même d’oies
Il y a des malades dans les asiles
Qui se prennent pour des marronniers
J’ai eu une vieille tante qui adorait une plante
Mais tu es ma tasse de thé

Il y a des ventres qui pendent
Et des nez épatés
Il y a des orteils en rateau
Et des rates dilatées
Il y a la crampe de l’écrivain
La maladie de la lavandière
Il y a aussi des choses qui ne sentent pas la rose
Mais tu es ma tasse de thé

Le merle aime le ver
La vipère le soleil
L’ours polaire aime son iceberg
L’éléphant son pâté
La truite aime sa rivière
La baleine sa mer
Et les chiens préfèrent les vieux réverbères
Mais tu es ma tasse de thé

FOXTROT FROM A PLAY

The soldier loves his rifle,
The scholar loves his books,
The farmer loves his horses,
The film star loves her looks.
There’s love the whole world over
Wherever you may be;
Some lose their rest for gay Mae West,
But you’re my cup of tea.

Some talk of Alexander
And some of Fred Astaire,
Some like their heroes hairy
Some like them debonair,
Some prefer a curate
And some an A.D.C.,
Some like a tough to treat’em rough,
But you’re my cup of tea.

Some are mad on Airedales
And some on Pekinese,
On tabby cats or parrots
Or guinea pigs or geese.
There are patients in asylums
Who think that they’re a tree;
I had an aunt who loved a plant,
But you’re my cup of tea.

Some have sagging waistlines
And some a bulbous nose
And some a floating kidney
And some have hammer toes,
Some have tennis elbow
And some have housemaid’s knee,
And some I know have got B.O.,
But you’re my cup of tea.

The blackbird loves the earthworm,
The adder loves the sun,
The polar bear an iceberg,
The elephant a bun,
The trout enjoys the river,
The whale enjoys the sea,
And dogs love most an old lamp-post,
But you’re my cup of tea.

vendredi 18 septembre 2009

Haizi - L'aubépine

山楂树

今夜我不会遇见你
今夜我遇见了世上的一切
但不会遇见你。

一棵夏季最后
火红的山楂树
象一辆高大女神的自行车
象一女孩 畏惧群山
呆呆站在门口
她不会向我
跑来!

我走过黄昏
象风吹向远处的平原
我将在暮色中抱住一棵孤独的树干
山楂树! 一闪而过 啊! 山楂

我要在你的乳房下坐到天亮。
又小又美丽的山楂的乳房
在高大女神的自行车上
在农奴的手上
在夜晚就要熄灭

L’aubépine

Cette nuit je ne te verrai pas
Cette nuit je verrai tout le monde
Mais je ne te verrai pas.

Dans l’été qui s’achève
Une aubépine flamboyante
Comme le vélo d’une déesse
Comme une petite fille, qui a peur des montagnes
Et se tient, toute bête, devant la porte
Mais jamais vers moi
N’accourt !

J'ai traversé le crépuscule
Comme le vent qui souffle vers les plaines lointaines
Dans le couchant, j’embrasserai ce tronc solitaire
Aubépine ! Eclair éphémère ! Aubépine

Sous tes seins, j’attendrai l’aube
Petits, jolis, seins d’aubépine
Sur le vélo de la grande déesse
Dans les mains de l’esclave
Dans le soir qui s’éteint.

jeudi 17 septembre 2009

Gu Cheng - Biographie

Biographie

Je suis un enfant triste
Qui n’a jamais grandi

Des plaines et des lacs
Venu du nord, le long d’un
Chemin tout blanc, jusqu’à
Ces villes pleines d’engrenages
Jusqu’à ces ruelles étroites
Cabanes et cœurs si lourds

Dans ces brumes blafardes
Toujours racontant
Ses histoires vertes

Je crois en mon auditoire
– L'espace, et ces gouttes
Qui éclaboussent la mer
Qu'elles me recouvrent tout entier
Recouvent mon introuvable
Tombe. Et je sais
Qu’alors, les herbes et les fleurs
Toutes se presseront
Sous les éclairs pâles des lampes
Pour doucement embrasser
Ma tristesse

(1980)



简历

我是一个悲哀的孩子
始终没有长大

我从北方的草滩上
走出,沿着一条
发白的路,走进
布满齿轮的城市
走进狭小的街巷
板棚, 每颗低低的心

在一片淡漠的烟中
继续讲绿色的故事

我相信我的听众
——天空,还有
海上迸溅的水滴
它们将复盖我的一切
复盖那无法寻找的
坟墓。我知道
那时,所有的草和小花
都会围拢
在灯光暗淡的一瞬
轻轻地亲吻我的悲哀

mercredi 2 septembre 2009

Gu Cheng - Terminus

Terminus

En rêve
Dans un bus
Oublié ma station
Fini au terminus

Le ciel est si noir
La terre couverte de fils électriques
Qui chercherai-je
Quand tout n’est qu’autrefois…

(1980)

终点

在梦里
我坐车
忘记了车站
一直坐到终点

天真黑呀
满地都是电线
我在找谁呢
一切都是“从前……”

一九八O年

Gu Cheng - Attente

Attente

Le monde est trempé
Les étoiles brillent à faire peur

Je ferme mon parapluie
Le ciel ferme ses nuages qui pleuvent

L’aiguille passe sur l’heure
Sur les talons du Seigneur

Tu n’es pas là
J’attends encore

(1980)



世界都湿了
星星亮得怕人
我收起伞
天收起滴水的云
时针转到零点
㧟了上帝的脚跟
你没有来
我还在等

一九八O年

mardi 1 septembre 2009

WH Auden - Le citoyen inconnu

Le citoyen inconnu

(A JS.07 M 378
Ce monument de marbre
Elevé par l’Etat)

Les fonctionnaires des statistiques nous apprennent
Que de lui, personne ne s’est jamais plaint
Et tous les rapports sur sa conduite conviennent
Qu’il fut, pour donner à un vieux mot un sens moderne, un saint,
Car, en toutes choses, il servit l’Intérêt Général.
En dehors de la guerre, et jusqu’à sa retraite
Il travailla dans une usine, sans tambours ni trompettes
Et satisfit son employeur, les Moteurs Bricolo
Il ne fut, ni un jaune, ni même un trublion
Son syndicat nous dit qu’il payait ses cotisations
(Notre rapport sur son syndicat le confirme)
Et nos spécialistes en Psychologie Ouvrière affirment
Qu’il était apprécié de ses collègues, et aimait boire un pot.
La Presse est convaincue qu’il achetait son quotidien
Qu’il réagissait à la publicité comme l’individu moyen
Des polices, prises sur son nom, indiquent qu’il fut assuré
Son dossier maladie nous apprend qu’il entra à l’hopital et en sortit soigné
Nos chercheurs en production et en niveau de vie nous assurent
Qu’il comprenait tout l’avantage des cartes de crédit
Et possédait tout ce que doit avoir l’homme d’aujourd’hui
Un phonographe, une radio, un frigidaire, une voiture
Nos spécialistes de l’Opinion se satisfont
Qu’il partageât les bonnes idées en toute saison
En temps de paix, il aimait la paix, et quand vint la guerre il partit
Il fut marié, et augmenta de cinq enfants notre population
Ce qui, selon les Démographes, est le bon nombre, pour sa génération
Et les Enseignants nous disent qu’il ne contraria jamais leur éducation.
Fut il libre ? Fut il heureux ? Quelle étrange question
S’il y avait eu quoi que ce soit, nous le saurions.


The Unknown Citizen

(To JS/07 M 378
This Marble Monument
Is Erected by the State)

He was found by the Bureau of Statistics to be
One against whom there was no official complaint,
And all the reports on his conduct agree
That, in the modern sense of an old-fashioned word, he was a saint,
For in everything he did he served the Greater Community.
Except for the War till the day he retired
He worked in a factory and never got fired,
But satisfied his employers, Fudge Motors Inc.
Yet he wasn't a scab or odd in his views,
For his Union reports that he paid his dues,
(Our report on his Union shows it was sound)
And our Social Psychology workers found
That he was popular with his mates and liked a drink.
The Press are convinced that he bought a paper every day
And that his reactions to advertisements were normal in every way.
Policies taken out in his name prove that he was fully insured,
And his Health-card shows he was once in hospital but left it cured.
Both Producers Research and High-Grade Living declare
He was fully sensible to the advantages of the Instalment Plan
And had everything necessary to the Modern Man,
A phonograph, a radio, a car and a frigidaire.
Our researchers into Public Opinion are content
That he held the proper opinions for the time of year;
When there was peace, he was for peace: when there was war, he went.
He was married and added five children to the population,
Which our Eugenist says was the right number for a parent of his generation.
And our teachers report that he never interfered with their education.
Was he free? Was he happy? The question is absurd:
Had anything been wrong, we should certainly have heard.

samedi 22 août 2009

WH Auden - Epitaphe pour un tyran

Epitaphe pour un tyran

La perfection, d’un certain genre, était son seul désir
La poésie qu’il inventa se comprenait sans peine
Il connaissait parfaitement les passions humaines
S’intéressait par-dessus tout aux armées, aux navires
Quand il riait, les sénateurs riaient sans retenue
Et quand il pleurait, les petits enfants mouraient dans les rues


Epitaph On A Tyrant

Perfection, of a kind, was what he was after,
And the poetry he invented was easy to understand;
He knew human folly like the back of his hand,
And was greatly interested in armies and fleets;
When he laughed, respectable senators burst with laughter,
And when he cried the little children died in the streets.


WH Auden - Si je le savais

Si je le savais…

Le Temps répond toujours que c’est comme ça
Il ne sait que le prix que nous devons payer;
Si je le savais je te le dirais

Quand nous sanglotons devant les clowns
Quand nous titubons devant l’orchestre
Le Temps répond toujours que c’est comme ca

Il n’y a pas de bonne aventure, et pourtant
Parce que je t’aime plus que je ne pourrais dire
Si je le savais je te le dirais

Le vent doit bien souffler de quelque part
Les feuilles se faner pour une raison mais
Le Temps répond toujours que c’est comme ca

Peut être que les roses veulent vraiment pousser
Que cette vision veut justement rester
Si je le savais je te le dirais

Et si les lions se levaient tous et partaient
Si les rivières et les soldats s’enfuyaient
Que répondrait le Temps sinon que c’est comme ça?
Si je le savais je te le dirais.



If I could tell you

Time will say nothing but I told you so,
Time only knows the price we have to pay;
If I could tell you I would let you know.

If we should weep when clowns put on their show,
If we should stumble when musicians play,
Time will say nothing but I told you so.

There are no fortunes to be told, although,
Because I love you more than I can say,
If I could tell you I would let you know.

The winds must come from somewhere when they blow,
There must be reasons why the leaves decay;
Time will say nothing but I told you so.

Perhaps the roses really want to grow,
The vision seriously intends to stay;
If I could tell you I would let you know.

Suppose the lions all get up and go,
And all the brooks and soldiers run away;
Will Time say nothing but I told you so?
If I could tell you I would let you know.

lundi 10 août 2009

Gu Cheng- Bruit, fenêtre ouverte

打開窗子的聲音

打開窗子的聲音
你聽見了
遠處是海

光滑的船
伏在沙丘上
遠處是 藍藍的海

你聽
最小的聲音 是海

船伏在沙丘上
遠處是藍藍的一片

Bruit, fenêtre ouverte

Bruit, fenêtre ouverte
Tu écoutes
Au loin, la mer

Bateau, tout lisse
Couché sur la dune
Au loin, la mer, toute bleue

Ecoute
Ce petit bruit : la mer

Bateau couché sur la dune
Au loin, tout ce bleu

Gu Cheng - Je chante ma chanson

我唱自己的歌

我唱自己的歌
在布满车前草的道路上
在灌木的集市上
在雪松和白桦树的舞会上
在那山野的原始欢乐上
我唱自己的歌

我唱自己的歌
在热电厂恐怖的烟云中
在变速箱复杂的组织中
在砂轮的亲吻中
在那社会文明的运行中
我唱自己的歌

我唱自己的歌
即不陌生又不熟练
我是练习曲的孩子
愿意加入所有歌队
为了不让规范的人们知道
我唱自己的歌

我唱呵,唱自己的歌
直到世界恢复了史前的寂寞
细长的月亮
从海边向我走来
轻轻地问:为什么?
你唱自己的歌

Je chante ma chanson

Je chante ma chanson
Sur la route encombrée de plantain
Dans le concert des arbrisseaux
Au bal des cèdres et des bouleaux
Dans l’harmonie originelle
Je chante ma chanson

Je chante ma chanson
Dans l’effrayante fumée des centrales électriques
Dans l’ordre compliqué des boîtes de vitesses
Sous les baisers des disques abrasifs
Dans la marche réglée de cette société
Je chante ma chanson

Je chante ma chanson
Aux étrangers, aux inconnus
Je suis cet enfant appliqué
Qui voudrait entrer dans chaque chorale
Pour que les gens normaux ne sachent pas
Qu’il chante sa chanson

Et je chanterai ma chanson
Jusqu’à ce que le monde redevienne désert
Et que la lune, mince et longue
Vienne vers moi, depuis la mer
Et doucement me demande : pourquoi
Tu chantes ta chanson?

lundi 18 mai 2009

Gu Cheng - Idées...

思想,就是思想
为什么要在故事中隐藏
好像孩子在饼干上面
涂满新鲜的果酱

Idées, rien que des idées
Pourquoi, toujours, cachées dans les histoires
Comme un enfant, sur un biscuit
Tartinant de la confiture

Gu Cheng - Toi et moi

你和我

你应该是一场梦,
我应该是一阵风。

一九七九年三月底

Toi et moi

Tu serais un rêve
Je serais le vent

(Mars 1979)

mardi 28 avril 2009

Luo Yihe - Clair de lune

月 亮


世界,一半黑着,一半亮着
事件堆起来了。那些流血的事实
城与年,日夜流着
是一些平滑的消息
使人们无所不知
黑着的一半
陈列着挑灯的街巷
月亮虽也照亮厚实的尘土,光辉
却遍地遗失。月亮陈旧
在隐没的蓝瓦上扔着、光着、贫穷着
象一些炭块上画下的皮肤
暗暗地红黄着
头戴半只黑盔,对秃海上的甲板
露着树枝
地面上的活人
不知你为何思想
世界,你这借自神明的台阶
下行着多少大国
和它们开发过度的人性与地力
只有月亮
在门边向着那健康的丛林
为我们谢罪

Clair de lune

Monde, mi ombre, mi clarté
Affaires entassées. Petits faits sanglants
Murs et années, jour et nuit se déversant
Comme une histoire banale
Que chacun doit connaître
Moitié ombre
Etalant ses ruelles, chargées de lampes
La lune éclaire cette épaisse poussière, mais sa lumière
Partout, s’efface. Vieille lune
Jetée sur les tuiles bleues, abandonnée, nue, pauvre
Comme une peau, dessinée au charbon
Assombrie rouge jaune
Tête mi-casquée de noir, sur la mer chauve, au navire
Montrant d'une branche
Les vivants sur la terre
Qui ne savent pourquoi ils pensent
Monde aux marches divines
Descendues par tant de nations
Nature humaine, pays, démesurés
Seule la lune
Devant la porte, face aux grand arbres
Prend pitié de nous

Gu Cheng - Adieu



在春天
你把手帕轻挥
是让我远去
还是马上返回?

不,什么也不是
什么也不因为
就像水中的落花
就像花上的露水……

只有影子懂得
只有风能体会
只有叹息惊起的彩蝶
还在心花中纷飞……

Adieu

C’est le printemps
Tu agites ton mouchoir
Est-ce pour que je m’en aille
Pour que je revienne bientôt ?

Ce n’est pour rien
C’est sans raison
Comme une fleur tombée sur l’eau
Comme la rosée sur la fleur

Il n’y a que l’ombre qui comprenne
Il n’y a que le vent qui saisisse
Il n’y a que ces papillons, par un souffle effrayés
Qui volètent, dans mon coeur en fleurs

samedi 18 avril 2009

Gu Cheng - De tout mon coeur, j'aime ce monde

我的心爱着这个世界

我的心爱着世界
爱着,在一个冬天的夜晚
轻轻吻她,像一个纯净的
野火,吻着全部草地
草地是温暖的,在尽头
有一片冰湖,湖底睡着鲈鱼

我的心爱着世界
她溶化了,像一朵霜花
溶进了我的血液,她
亲切地流着,从海洋流向
高山,流着,使眼睛变得蔚蓝
使早晨变得红润

我的心爱着世界
我爱着,用我的血液为她
画像,可爱的侧面像
玉米和群星的珠串不再闪耀
有些人疲倦了,转过头去
转过头去,去欣赏一张广告

De tout mon cœur, j’aime ce monde

De tout mon cœur, j’aime ce monde
Je l’aime, un soir d’hiver
Doucement embrassé, comme l’incendie
Pur, embrasse toute la plaine
La chaude plaine, au loin
Un lac glacé, au fond, un grand poisson qui dort

De tout mon cœur j’aime ce monde
Qui fond, comme une fleur glacée
Se fond en mon sang, qui
S’écoule, brûlant, de l’océan vers les
Sommets, coule avec des regards bleus
Et des matins rougeâtres

De tout mon cœur, j’aime ce monde
Je l’aime, avec mon sang je fais son
Portrait, son beau visage, comme un
Epi de maïs, guirlande d’étoiles éteintes.
Mais les gens sont fatigués, ils s'en détournent
S'en détournent, et admirent les publicités

mardi 7 avril 2009

Haizi - Quatre soeurs

四姐妹

荒凉的山岗上站着四姐妹
所有的风只向她们吹
所有的日子都为她们破碎

空气中的一棵麦子
高举到我的头顶
我身在这荒芜的山岗
怀念我空空的房间, 落满灰尘

我爱过的这糊涂的四姐妹啊
光芒四射的四姐妹
夜里我头枕卷册和神州
想起蓝色远方的四姐妹
我爱过的这糊涂的四姐妹啊
像爱着我亲手写下的四首诗
我的美丽的结伴而行的四姐妹
比命运女神还要多出一个
赶着美丽苍白的奶牛 走向月亮形的山峰

到了二月, 你是从哪里来的
天上滚过春天的雷, 你是从哪里来的
不和陌生人一起来
不和运货马车一起来
不和鸟群一起来

四姐妹抱着这一棵
一棵空气中的麦子
抱着昨天的大雪, 今天的雨水
明天的粮食与灰烬
这是绝望的麦子

请告诉四姐妹: 这是绝望的麦子
永远是这样
风后面是风
天空上面是天空
道路前面还是道路

Quatre sœurs

Sur la crête déserte, il y a quatre sœurs
Les vents ne soufflent que pour elles
Et tous les jours sont par elles brisés

Dans l’espace, un épi de blé
Aussi haut que le haut de ma tête
Mon corps, sur cette crête abandonnée
Se rappelle ma chambre vide
Où s’amoncelle la poussière

Ces quatre idiotes que j’aimais !
Quatre sœurs aux quatre rayons
La nuit, ma tête reposée
Sur les livres, la terre sacrée
Je pense aux quatre sœurs, dans les lointains bleutés
Ces quatre idiotes que j’aimais !
Comme j’aurais aimé
Quatre poèmes de ma main
Mes quatre jolies sœurs, en bande marchant
Une de plus que les Parques
Menant leurs jolies vaches blanches
Vers un sommet en forme de lune

Février que voici, d’où viens-tu ?
Orage qui roule dans le ciel de printemps, d’où viens-tu ?
Tu ne viens pas avec les gens
Tu ne viens pas sur les chariots des marchands
Tu ne viens pas avec un vol d’oiseaux

Les quatre sœurs embrassent l’épi
L’épi de blé dans l’espace
Embrassent les neiges d’hier
Les pluies d’aujourd’hui
Les récoltes et les cendres de demain
C’est le blé du désespoir

Alors, dites aux quatre sœurs : c’est le blé du désespoir
C’est toujours pareil
Après le vent, il y a le vent
Au dessus du ciel, il y a le ciel
Avant la route, encore la route

Haizi - Aube I

黎明(之一)

我把天空和大地打扫干干净净
归还一个陌不相识的人
我寂寞地等, 我阴沉地等
二月的雪, 二月的雨
泉水白白流淌
花朵为谁开放
永远是这样美丽负伤的麦子
吐着芳香, 站在山岗上

荒凉大地承受着荒凉天空的雷霆
圣书上卷是我的翅膀, 无比明亮
有时象一个阴沉沉的今天
圣书下卷肮脏而欢乐
当然也是我受伤的翅膀
荒凉大地承受着更加荒凉的天空

我空空荡荡的大地和天空
是上卷和下卷合成一本
的圣书, 是我重又劈开的肢体
流着雨雪、泪水在二月

Aube I

J’ai bien balayé le ciel et la terre
Et les ai rendus à un étranger
Seul j’attends, sombre j’attends
Les neiges de février, les pluies de février

L’eau de la source coule en vain
Pour qui s’épanouissent les fleurs ?
Toujours ce bel épi blessé
Qui répand ses parfums, debout sur la colline

Terre déserte, qui subit la foudre du ciel désolé
Ancien Testament, mes ailes, clarté sans pareille
Parfois semblable à ce jour sombre
Nouveau Testament, sale et joyeux
Aussi, bien sûr, mes ailes blessées
Terre déserte, qui subit un ciel encore plus désolé

Ma terre et mon ciel, vastes et vides
Sont les deux Testaments réunis en une
Bible, c’est mon corps démembré
D’où coulent pluies, et neiges,
Et larmes de Février.

lundi 6 avril 2009

Gu Cheng - La terre est tordue

土地是弯曲的

土地是弯曲的
我看不见你
我只能远远看见
你心上的蓝天

蓝吗?真蓝
那蓝色就是语言
我想使世界感到愉快
微笑却凝固在嘴边

还是给我一朵云吧
擦去晴朗的时间
我的眼泪需要泪水
我的太阳需要安眠

La terre est tordue

La terre est tordue
Je ne te vois plus
Je ne vois au loin
Que ce ciel tout bleu
Par dessus ton cœur

Tout bleu ? vraiment bleu ?
Ce bleu est parole
Je voudrais un monde
Heureux, mais figé
Le sourire aux lèvres

Ou donne-moi un nuage
Qui efface ce beau temps
Mes pleurs ont besoin de larmes
Mon soleil besoin de calme

samedi 4 avril 2009

Han Shan - Retour au pays

出生三十年,当游千万里。
行江青草合,入塞红尘起。
炼药空求仙,读书兼咏史。
今日归寒山,枕流兼洗耳。

Né depuis trente ans, j’ai vu du pays
Fleuve aux rives vertes, sable des confins
Livres, histoires lus, philtres bus en vain
Je rentre au mont Froid, baigner mon esprit

vendredi 20 mars 2009

GuCheng - Te rappelles tu cette rivière

还记得那条河吗?

还记得那条河吗?
她那么会拐弯
用小树叶遮住眼睛
然后,不发一言
我们走了好久
却没问清她从哪里来
最后,只发现
有一盏可爱的小灯
在河里悄悄洗澡

现在,河边没有花了
只有一条小路
白极了,像从大雪球里
抽出的一段棉线
黑皮肤的树
被冬天用魔法
固定在雪上
隔着水,他们也没忘记
要互相指责

水,仍在流着
在没有人的时候
就唱起不懂的歌
她从一个温暖的地方来
所以不怕感冒
她轻轻呵气
好像磨沙玻璃
她要在上面画画

我不会画画
我只会在雪地上写信
写下你想知道的一切
来吧,要不晚了
信会化的
刚懂事的花会把它偷走
交给吓人的熊蜂
然后,蜜就没了
只剩下一盏小灯

Te rappelles-tu cette rivière ?

Te rappelles-tu cette rivière
Qui serpentait tant
De feuilles nos yeux couverts
Et puis, plus un mot
Longtemps nous avons marché
Sans comprendre d’où elle venait
Et puis, seulement
Une adorable petite lampe
Dans la rivière, se baignant doucement

Maintenant, plus de fleurs sur la berge
Seulement un petit chemin
Tout blanc, comme si d’une boule de neige
On avait tiré un fil
Les arbres à l’écorce noire
Par un sortilège d’hiver
Cloués sur le sol enneigé
Près de l’eau, n’ont pas oublié
De se montrer du doigt

Et l’eau, toujours coulant
Même quand il n’y a personne
Chantant son air absurde
Elle vient d’un pays chaud
Bravant les rhumes
Elle souffle doucement
Comme pour polir la vitre
Sur laquelle elle veut dessiner

Je ne sais pas peindre
Je ne sais qu’écrire des mots sur la neige
Ecrire tout ce que tu veux savoir
Viens, car bientôt
Mes mots vont fondre
Les fleurs, enfin raisonnables, les emporteront
Les donneront aux effrayants bourdons
Et puis, il n’y aura plus de miel
Juste une petite lampe

Zhuangzi - Un bonheur de vairon

莊子與惠子游於濠梁之上。莊子曰:「鯈魚出游從容,是魚之樂也。」惠子曰︰
「子非魚,安知魚之樂?」莊子曰:「子非我,安知我不知魚之樂?」惠子曰「我非
子,固不知子矣;子固非魚也,子之不知魚之樂,全矣!」莊子曰:「請循其本。子
曰『汝安知魚樂』云者,既已知吾知之而問我。我知之濠上也。」

Zhuangzi et Huizi passaient sur un pont sur la Hao. Zhuangzi dit : « Les vairons nagent où ils veulent, un bonheur de poisson. » Huizi dit : « Tu n’es pas un poisson, comment sais tu qu’ils sont heureux ? » Zhuangzi répondit : « Tu n’es pas moi, comment sais tu que je ne le sais pas ? » Huizi répondit : « Je ne suis pas toi, donc je ne sais pas ce que tu penses. Toi, tu n’es pas un poisson, tu ne sais donc pas s’ils sont heureux. C’est tout ! » Zhuangzi dit : « Revenons au début. Quand tu m’as dit ‘comment sais tu qu’ils sont heureux’, tu m’as posé cette question parce que tu savais que je le savais. Et je le savais parce que j’étais là, sur la Hao ! »

jeudi 19 mars 2009

Xi Chuan - Noir



黑是件好事
实实在在的而又不会走掉的黑
它作为终点最好
作为起点也好
它被别人杀害
但仍然活着
它谋求了我们的恩情
把生命看得不严

我大声疾呼:地面上的黑
与藏在事件里的黑
请统一起来
就像男人和女人一样统一起来

我们猛地达到黑夜
又猛地抓住任何数量的黑
我们前进!

Noir

Le noir, c’est une bonne chose
Ce noir honnête, qui ne se défile pas
Une parfaite conclusion
Un bon début aussi
Par d’autres assassiné
Pourtant toujours vivant
Implorant notre pitié
Insouciant, face au destin

Alors je crie : Noir de la terre
Noir caché dans les choses
Venez ensemble
Comme viennent ensemble hommes et femmes

Soudain, nous voici dans la nuit
Soudain, nous tenons tout ce noir
En avant !

lundi 9 mars 2009

Walt Whitman - Capitaine ! Mon Capitaine !

O Captain! My Captain!

O Captain! My Captain! our fearful trip is done;
The ship has weather'd every rack, the prize we sought is won;
The port is near, the bells I hear, the people all exulting,
While follow eyes the steady keel, the vessel grim and daring
But O heart! heart! heart!
O the bleeding drops of red,
Where on the deck my Captain lies,
Fallen cold and dead.

O Captain! My Captain! rise up and hear the bells;
Rise up-for you the flag is flung-for you the bugle trills;
For you bouquets and ribbon'd wreaths-for you the shores a-crowding;
For you they call, the swaying mass, their eager faces turning
Here Captain! dear father!
This arm beneath your head;
It is some dream that on the deck,
You've fallen cold and dead.

My Captain does not answer, his lips are pale and still;
My father does not feel my arm, he has no pulse or will;
The ship is anchor'd safe and sound, its voyage closed and done;
From fearful trip the victor ship comes in with object won
Exult, O shores, and ring, O bells!
But I with mournful tread,
Walk the deck my Captain lies,
Fallen cold and dead.

Capitaine ! Mon Capitaine!

Capitaine! Mon Capitaine! Notre affreux périple prend fin ;
Le navire a bravé la tempête, nos efforts n’ont pas été vains
Le port est proche, voici les cloches, et toute la foule est en liesse,
Et observant son droit sillage, ce vaisseau sombre et intrépide
Mais O mon Dieu ! Mon Dieu !Mon Dieu !
Ces gouttes, toutes rouges
Là où sur le pont mon Capitaine
Est tombé, froid et mort

Capitaine! Mon Capitaine! Lève toi, écoute ces cloches;
Lève toi –c’est pour toi ces drapeaux – pour toi ces clairons qui sonnent
Pour toi ces bouquets, ces rubans, pour toi cette foule sur le port
C’est toi qu’ils appellent, masses vacillantes, visages implorants
Capitaine ! Toi mon père !
Mon bras soutiens ton cou ;
Ce n’est qu’en rêve, que sur ce pont
Tu tombas, froid et mort

Mon capitaine ne répond pas, sa bouche est froide, immobile ;
Mon père ne sent plus mon bras, il n’a plus de pouls, plus de vie ;
Le navire au port, à l’abri, son périple enfin terminé
Vaisseau victorieux rentrant glorieux d’affreuse odyssée
La foule exulte, les cloches sonnent
Mais moi d’un pas morne
J’arpente le pont ou mon Capitaine
Est tombé, froid et mort

Gu Cheng - Affaire

案件

黑夜
象一群又一群
蒙面人
悄悄走近
然后走开

我失去了梦
口袋里只剩下最小的分币
"我被劫了"
我对太阳说
太阳去追赶黑夜
又被另一群黑夜
所追赶

Affaire

La nuit
Comme meute après meute
De visages masqués
Qui s’approchent
Et puis s’en vont

J’ai perdu mon rêve
Dans ma poche, il ne reste qu’un tout petit sou
« On m’a dépouillé »
Je dis au soleil
Le soleil poursuit la nuit
Mais par une meute d’autres nuits
Est poursuivi

Gu Cheng - Ruelle

小巷

小巷
又弯又长

没有门
没有窗

我拿把旧钥匙
敲着厚厚的墙

Ruelle

Ruelle
Biaise et longue

Ni porte
Ni fenêtre

Ma vieille clef à la main
Je frappe tes murs épais