mercredi 9 juin 2010

Haizi - Au printemps dix Haizi

Au printemps dix Haizi

Au printemps dix Haizi sont tous ressuscités
Dans un pays de lumière
Ils rient de ce Haizi sauvage et blessé
Tu as dormi si longtemps, pour quoi faire?

Au printemps dix Haizi grondent doucement
Entourés, toi et moi, de leur danse et leur chant
T’ébouriffant, sautant sur toi et repartant, nuage de poussière
Ta souffrance béant, répandue sur la terre

Ce printemps, Haizi, sauvage et vengeur
Resté seul, le dernier
Fils de la nuit, plongé dans l’hiver, par la mort fasciné
N'en peut plus, rêve de villages vides et froids

Là bas les récoltes, en hautes meules, cachent les fenêtres
Une moitié pour les six bouches d’une famille, estomacs nourris
L’autre pour les paysans, qui les replanteront
Le vent souffle d’est en ouest, du nord au sud, ne voit ni nuit ni jour
Cette aube dont tu parles, c’est quoi au fond?

(mars 89)


春天, 十个海子

春天, 十个海子全都复活
在光明的景色中
嘲笑这一野蛮而悲伤的海子
你这么长久地沉睡到底是为了什么?
春天, 十个海子低低地怒吼
围着你和我跳舞、唱歌
扯乱你的黑头发, 骑上你飞奔而去, 尘土飞扬
你被劈开的疼痛在大地弥漫

在春天, 野蛮而复仇的海子
就剩这一个, 最后一个
这是黑夜的儿子, 沉浸于冬天, 倾心死亡
不能自拔, 热爱着空虚而寒冷的乡村

那里的谷物高高堆起, 遮住了窗子
它们一半而于一家六口人的嘴, 吃和胃
一半用于农业, 他们自己繁殖
大风从东吹到西, 从北刮到南, 无视黑夜和黎明
你所说的曙光究竟是什么意思

vendredi 4 juin 2010

Haizi - Soleil

Soleil

Fleurs de pêcher
Glissant sur le mur de terre
Son des cloches des vaches

Deux petits cousins amenés par ma tante
Se tiennent devant moi
Comme deux briquettes de charbon

Le soleil est si fort
Sang et fouet créateurs !


日 光

梨花
在土墙上滑动
牛铎声声

大婶拉过两位小堂弟
站在我面前
象两截黑炭

日光其实很强
一种万物生长的鞭子和血!

mercredi 2 juin 2010

Haizi - Caché dans ma fenêtre, un verre à ta santé

Caché dans ma fenêtre, un verre à ta santé

C’est la dernière fois que je pense au midi
Un midi comme les autres que se rappelle
Mon cadavre s'enfonçant dans la mer

Souvenir de cette belle
Vêtue d’une robe à fleurs
Accrochée au bois d’une porte
Dérivant la nuit sur la neige

Deux mains dans un rêve
Serrant sans répit des tisons

Au milieu de la vague
Amour aux cris aigus
Petite nymphe, petite nymphe
Où es tu ?


我的窗户里埋着一只为你祝福的杯子

那是我最后一次想起中午
那是我沉下海水的尸体
回忆起的一个普通的中午

记得那个美丽的
穿着花布的人
抱着一扇木门
夜里被雪漂走

梦中的双手
死死捏住火种

八条大水中
高喊着爱人
小林神, 小林神
你在哪里

mardi 25 mai 2010

Haizi - Poeme funèbre

死亡之诗(之一)

漆黑的夜里有一种笑声笑断我坟墓的木板
你可知道。这是一片埋葬老虎的土地

正当水面上渡过一只火红的老虎
你的笑声使河流漂浮
的老虎
断了两根骨头
正当这条河流开始在存有笑声的黑夜里结冰
断腿的老虎顺流而下 来到我的
窗前。

一块埋葬老虎的木板
被一种笑声笑断两截

Poème funèbre I

Dans la nuit d’encre, un rire a déchiré les planches de ma tombe
Tu le sais bien. C’est ici qu’on enterrait les tigres.

Et justement, traversant l’eau, un tigre rouge feu
Rire faisant flotter l’eau
Tigre
Aux deux os cassés
Et justement, ce fleuve, rire dans la nuit, soudain gèle
Tigre aux jambes brisées, dérive, passe devant
Ma fenêtre.

Une planche de la tombe du tigre
D’un rire coupée en deux.

samedi 8 mai 2010

Zhang Zao - Dans le miroir

镜中

只要想起一生中后悔的事
梅花便落了下来
比如看她游泳到河的另一岸
比如登上一株松木梯子
危险的事固然美丽
不如看她骑马归来
面颊温暖
羞惭。低下头,回答着皇帝
一面镜子永远等候她
让她坐到镜中常坐的地方
望着窗外,只要想起一生中后悔的事
梅花便落满了南山

张枣

Dans le miroir
Zhang Zao

Seuls importent les regrets d’une vie
Fleurs de pruniers tombées par terre
Comme la voir nager vers l’autre rive
Comme monter au sommet d’un grand pin
Histoires dangereuses, si belles
Plutôt la voir revenir, à cheval
Les joues brillantes,
Minaudant. Tête baissée, répond à l’empereur
Pendant que le miroir, toujours, attend
Qu’elle reprenne sa place, dans la glace
Regarde par la fenêtre, seuls importent les regrets d’une vie
Fleurs de pruniers, tombées par terre, jonchant les monts du Sud.

mardi 23 février 2010

Liezi - Retour au pays

燕 人 生 於 燕 , 長 於 楚 , 及 老 而 還 本 國 . 過 晉 國 , 同 行者 誑 之 ; 指 城 曰 : 「 此 燕 國 之 城 . 」 其 人 愀 然 變 容 . 指 社 曰 : 「 此 若 里 之 社 . 」 乃 喟 然 而 歎 . 指 舍 曰 : 「 此 若 先 人 之 廬 . 」 乃 涓 然 而 泣 . 指 壟 曰 : 「 此 若 先 人 之 冢 .」 其 人 哭 不 自 禁 . 同 行 者 啞 然 大 笑 , 曰 : 「 予 昔 紿 若 ,此 晉 國 耳 . 」 其 人 大 慚 . 及 至 燕 , 真 見 燕 國 之 城 社 , 真 見 先 人 之 廬 冢 , 悲 心 更 微 .

Un natif du Yan avait grandi au Chu. Devenu vieux, il rentra dans son pays natal. Comme ils traversaient le Jin, ses compagnons de voyage lui firent une blague. Lui montrant des remparts, ils dirent : "voici les murs du Yan". L'homme pâlit. Lui montrant des autels, ils dirent : "voici les temples de votre village" Il poussa un long soupir. Lui montrant une maison, ils dirent: "voici la demeure de vos parents" Ses larmes se mirent à couler. Lui montrant des tertres: "et voici les tombes de vos ancêtres". Notre homme sanglotait, sans pouvoir s’arrêter. Ses compagnons de voyage éclatèrent de rire: "nous vous avons bien eu: nous sommes au Jin" L'homme fut tout penaud. Et quand ils arrivèrent au Yan, qu'il vit ses murs et ses autels, et les maisons et les tombes de ses ancêtres, son émotion fut un peu moins grande.

lundi 1 février 2010

Haizi - Solitude à Changping

Solitude à Changping

La solitude, c’est une nasse
C’est l’eau dans la nasse
Plongée dans l’eau

La solitude, c’est un grand cerf qui dort dans l’eau
Qui rêve que ceux qui le chassent
Ce sont ces hommes qui puisent l’eau avec la nasse

Toutes les autres solitudes
Les deux garçons dans leurs barques de cèdre
Et ces filles qu’entourent
Les Odes en branches, les Elégies en feuilles
Dans la défaite de l’amour
Ce sont les flammes dans la nasse
Noyées au fond de l’eau

Mais quand on la remonte, ce n’est plus qu’une nasse
La solitude, ça ne se dit pas.

在昌平的孤独

孤独是一只鱼筐
是鱼筐中的泉水
放在泉水中

孤独是泉水中睡着的鹿王
梦见的猎鹿人
就是那用鱼筐提水的人

以及其他的孤独
是柏木之舟中的两个儿子
和所有女儿,围着诗经桑麻沅湘木叶
在爱情中失败
他们是鱼筐中的火苗
沉到水底

拉到岸上还是一只鱼筐
孤独不可言说

(1986)

samedi 30 janvier 2010

Un jour rêvé pour le poisson banane - JD Salinger

Il y avait quatre vingt dix sept publicitaires New Yorkais dans l’hôtel, et, vu comme ils monopolisaient les lignes longues distances, la fille du 507 avait dû attendre son appel de midi à près de deux heures trente. Mais elle n’avait pas perdu son temps. Elle avait lu un article d’un magazine féminin petit format, intitulé « Le sexe c’est bien --- ou c’est affreux ». Elle avait lavé son peigne et sa brosse. Elle avait enlevé la tâche de la jupe de son tailleur beige. Elle avait déplacé le bouton de son chemisier de chez Saks. Elle avait épilé deux poils qui venaient d’émerger de son grain de beauté. Et quand l’opératrice appela finalement la chambre, elle était assise sur le fauteuil, près de la fenêtre, et avait presque fini de se vernir les ongles de la main gauche.

C’était le genre de fille qu’une sonnerie de téléphone ne pouvait interrompre. On aurait pu croire que le téléphone sonnait continuellement depuis son adolescence.

De son petit pinceau à vernis, pendant que le téléphone sonnait, elle repassa sur l’ongle de son petit doigt, soulignant la lunule. Puis, elle reboucha la bouteille de vernis et, se levant, fit décrire à sa main gauche – la mouillée – des aller retours dans l’air. De sa main sèche, elle attrapa un cendrier bondé, près du fauteuil, et l’emporta avec elle jusqu’à la table de nuit sur laquelle le téléphone était posé. Elle s’assit sur un des lits jumeaux, faits, et – à la cinquième ou sixième sonnerie – décrocha le téléphone.

“Allo,” dit-elle, gardant les doigts de sa main gauche étendus loin de la robe de chambre de soie blanche, seul vêtement qu’elle portât à l’exception de ses mules – ses bagues étaient dans la salle de bain.

“J’ai New York en ligne pour vous, Madame Glass,” dit l’opératrice.

“Merci,” dit la fille, en faisant de la place sur la table de nuit pour le cendrier.
On entendit la voix d’une femme. « Muriel ? C’est toi ? »

La fille éloigna légèrement le combiné de son oreille. « Oui, Maman. Comment vas-tu ? » dit elle.

“Je me suis fait un sang d’encre pour toi. Pourquoi n’as-tu pas appelé ? Tout va bien ? »

“J’ai essayé de t’appeler la nuit dernière, et la nuit d’avant. Mais le téléphone, ici… »

“Tout va bien, Muriel?”

La fille éloigna encore le combiné de son oreille. « Je vais bien. J’ai chaud. C’est la journée la plus chaude qu’ils aient eu en Floride depuis…”

“Pourquoi ne m’as tu pas appelée? Je me suis fait un sang… »

“Maman, chérie, pas besoin de hurler. Je t’entends parfaitement, » dit la fille. « Je t’ai appelée deux fois la nuit dernière. Une fois juste après… »

“J’avais dit à ton père que tu appellerais probablement la nuit dernière. Mais non, il fallait qu’il… Tout va bien, Muriel ? Dis-moi la vérité.”

“Je vais bien. Arrête de me demander cela, s’il te plaît.”

“Quand êtes-vous arrivés?”

“Je ne sais pas. Mercredi matin, tôt. »

“Qui conduisait?”

“Lui,” dit la fille. “Et ne t’énerve pas. Il conduisait très doucement. J’en étais étonnée. »

“Il conduisait? Muriel, tu m’avais promis que…”

“Maman,” interrompit la fille, “Je viens de te dire qu’il conduisait doucement. Jamais plus de cinquante, pendant toute la route, en fait. »

“Il n’a pas essayé un de ses drôles de trucs, avec les arbres ? »

“Je t’ai dit qu’il conduisait doucement, Maman. S’il te plaît. Je lui ai demandé de rester près de la ligne blanche, et tout ça, et il a compris ce que je disais, et il l’a fait. Il essayait même de ne pas regarder les arbres – ça se voyait. A propos, Papa a fait réparer la voiture ? »

« Pas encore. Ils veulent quatre cents dollars rien que pour… »

“Maman, Seymour a dit à Papa qu’il paierait cela. Il n’y a pas de raison de… »

“Bon, on verra. Comment s’est il tenu… dans la voiture, tout çà?”

“Très bien,” dit la fille.

“Il a continué à t’appeler de cet affreux…”

“Non. Il en a trouvé un autre.”

“Quoi?”

“Oh, qu’est ce que ça change, Maman?”

“Muriel, je veux savoir. Ton père…”

“D’accord, d’accord. Il m’appelle Miss Trainée Spirituelle 1948,” dit la fille en pouffant.

“Ce n’est pas drôle, Muriel. Ce n’est pas drôle du tout. C’est horrible. C’est triste, en fait. Quand je pense combien…”

“Maman”, interrompit la fille, “écoute moi. Tu te souviens de ce livre qu’il m’avait envoyé d’Allemagne ? Tu sais – ces poèmes allemands. Qu’est ce que j’en ai fait ? Je me creuse les…”

“Tu l’as toujours.”

“Tu en es sûre?” dit la fille.

“Certainement. En fait, c’est moi qui l’ai. Il est dans la chambre de Freddy. Tu l’as laissé la bas et je n’avais pas de place pour le ranger dans le… Pourquoi ? Il le veut ? »

“Non. Seulement, il m’en a parlé, pendant qu’on descendait ici en voiture. Il voulait savoir si je l’avais lu. »

« C’était en allemand ! »

“Oui ma chérie. Mais ca ne change rien,” dit la fille, en croisant les jambes. “Il disait que ces poèmes avaient été écrits par le seul grand poète de ce siècle. Il disait que j’aurais dû acheter une traduction ou quelque chose comme ça. Ou même apprendre la langue, pourquoi pas. »

“Affreux. Affreux. C’est triste, en fait, exactement. Ton père disait hier soir… »

“Une seconde, maman,” dit la fille. Elle retourna au fauteuil près de la fenêtre, prendre ses cigarettes, en alluma une, puis revint s’asseoir sur le lit. « Maman ? » dit elle, expirant la fumée.

“Muriel. Maintenant, écoute-moi.”

« Je t’écoute ».

“Ton père a parlé au Docteur Sivestski.”
“Oh?” dit la fille.

“Il lui a tout dit. Enfin, il dit qu’il l’a fait – tu connais ton père. Les arbres. Ce truc avec la fenêtre. Ces choses horrible qu’il a dites à Mamie sur ses projets de décès. Ce qu’il a fait avec toutes ces jolies photos des Bermudes – tout. »

“Et alors?” dit la fille.

“Alors. En premier lieu, il a dit que l’Armée avait été parfaitement criminelle en le laissant sortir de l’hôpital – ma parole d’honneur. Il a très clairement dit à ton père qu’il y avait un risque – un très grand risque, a-t-il dit — que Seymour perde complètement le contrôle de lui-même. Ma parole d’honneur. »

“Il y a un psychiatre ici, à l’hôtel, » dit la fille.

“Qui? Comment s’appelle-t-il?”

“Je ne sais pas. Rieser, quelque chose comme ça. On dit qu’il est très fort. »

“Jamais entendu parler de lui.”

“Oui, mais on dit quand même qu’il est très fort. »

“Muriel, ne fait pas ta maligne, s’il te plaît. Nous sommes très inquiets pour toi. Ton père voulait t’envoyer un télégramme, hier soir, pour te dire de rentrer à la maison, en f… »

“Je ne rentre pas maintenant, Maman. Alors du calme. »

“Muriel. Ma parole d’honneur. Le Docteur Sivetsk a dit que Seymour risqué de perdre complètement le contr…”

“Je viens d’arriver, Maman. Ce sont les premières vacances que je prends depuis des années, je ne vais pas tout remballer et rentrer à la maison, » dit la fille. « Je ne pourrais voyager maintenant, de toutes façons. J’ai tellement de coups de soleil que je peux à peine bouger. »

« Tellement de coups de soleil ? Tu n’as pas utilisé le pot de Bronze que j’ai mis dans ton sac ? J’en mets dès que… »

« J’en ai mis. mais j’ai des coups de soleil quand même. »

“C’est terrible. Où ça.”

“Partout ma chérie, partout.”

“C’est terrible.”

“J’y survivrai.”

“Dis moi, tu as parlé à ce psychiatre? »

“Eh bien, en quelque sorte,” dit la fille.

“Qu’a-t-il dit? Où était Seymour pendant que tu lui parlais?”

“Dans le Salon Océan, jouant du piano. Il a joué du piano tous les soirs, depuis que nous sommes arrivés. »

“Alors, qu’a-t-il dit?”

“Oh, pas grand chose. Il m’a parlé le premier. J’étais assise à côté de lui au Bingo, hier soir, et il m’a demandé si c’était mon mari qui jouait du piano dans la pièce d’à côté. J’ai dit que oui, c’était lui, et il m’a demandé si Seymour était malade, ou quelques chose. Alors j’ai dit… »

“Pourquoi a-t-il demandé ça?”

“Je ne sais pas, Maman. Je crois parce qu’il est si pâle, tout ça, » dit la fille. « Mais bon, après le Bingo, sa femme et lui m’ont demandé si je voulais aller prendre un verre avec eux. Et j’en ai pris un. Sa femme était horrible. Tu te souviens de cette affreuse robe de soirée que nous avons vue dans la vitrine de Bonwit? Celle dont tu avais dit qu’il fallait avoir un tout petit, petit… »

“La verte?”

“Elle la portait. Et toute en hanches. Elle n’arrêtait pas de me demander si Seymour était apparenté à cette Suzanne Glass qui a une boutique sur Madison Avenue – la modiste. »

“Qu’a-t-il dit, alors? Le docteur. »

“Oh, eh bien, pas grand chose, en fait. Je veux dire, nous étions dans un bar, tout ça. C’était très bruyant. »

“Oui, mais as tu – tu lui as dit ce qu’il avait essayé de faire avec la chaise de Mamie?”

“Non, maman. Je ne suis pas vraiment entrée dans les details,” dit la fille. “Mais j’aurais probablement l’occasion de lui reparler. Il passe ses journées au bar.”

“A-t-il dit qu’il y avait un risque qu’il puisse devenir – tu sais – bizarre, ou quelque chose? Qu’il te fasse quelque chose ! »

“Pas exactement”, dit la fille. « Il lui faudrait plus d’informations, maman. Il faut leur parler de son enfance – des choses comme ça. Je te l’ai dit, on pouvait à peine parler, c’était très bruyant là bas. »

“Bon. Comment est ton manteau bleu?”

“Très bien. J’ai fait enlever une partie de la doublure.”

“Et comment sont les vêtements, cette année?”

“Terribles, mais pas mettables. Avec des paillettes – tout ça, » dit la fille.

“Et votre chambre?”

“Bien. Mais juste bien. Nous n’avons pas peu avoir la chambre que nous avions eue avant la guerre,” dit la fille. « Les gens sont affreux, cette année. Tu devrais voir ce qui est assis à côté de nous au restaurant. A la table d’à coté, on dirait qu’ils sont venus ici en camion. »

“Oui, c’est partout pareil. Et ta robe de bal ? »

“Trop longue. Je t’ai dit qu’elle était trop longue.”

“Muriel, je vais te le demander une fois de plus – tu vas vraiment bien?”

“Oui, Maman”, dit la fille. « Pour la quatre vingt dixième fois. »

“Et tu ne veux pas rentrer à la maison?”

“Non, maman.”

“Ton père a dit hier soir qu’il serait ravi de payer si tu voulais faire un voyage toute seule, pour réfléchir à tout cela. Tu pourrais faire une jolie croisière. Nous avons pensé… »

“Non, merci,” dit la fille en décroisant ses jambes. « Maman, ce coup de fil va coûter une b… »

“Quand je pense que tu as attendu ce garçon pendant toute la guerre – je veux dire, quand je pense à toutes ces petites idiotes d’épouses qui… »

“Maman,” dit la fille, “il vaut mieux qu’on raccroche. Seymour va rentrer d’une minute à l’autre. »

“Où est il?”

“Sur la plage.”

“Sur la plage? Tout seul? Il se tient correctement, sur la plage?”

“Maman,” dit la fille, “tu en parles comme s’il s’agissant d’un fou furieux…”

“Je n’ai rien dit de tel, Muriel.”

“Eh bien, tu en donnes l’impression. Je veux dire, tout ce qu’il fait est de rester couché. Il n’enlève même pas son peignoir. »

“Il n’enlève même pas son peignoir? Pourquoi ? »

“Je ne sais pas. Parce qu’il est si pâle, je pense. »

“Mon Dieu, il a besoin du soleil. Tu ne peux pas le forcer?”

“Tu connais Seymour,” dit la fille, en recroisant les jambes. « Il dit qu’il ne veut pas qu’un tas d’imbéciles viennent regarder son tatouage. »

“Il n’a pas de tatouage! Il s’en est fait faire un à l’Armée ? »

“Non Maman. Non, non,” dit la fille en se levant. “Ecoute, je t’appelerai demain, peut être.”

“Muriel. Maintenant, écoute moi.”

“Oui, Maman,” dit la fille en mettant tout son poids sur sa jambe droite.

“Appelle moi s’il dit, ou fait, quoi que ce soit de bizarre – tu vois ce que je veux dire. Tu m’entends ? »

“Maman, je n’ai pas peur de Seymour.”

“Muriel, je veux que tu me le promettes.”

“D’accord, je promets. Au revoir, Maman,” dit la fille. « Embrasse Papa. » Elle raccrocha.

“C’est ma glace,” dit Sybil Carpenter, descendue à l’hôtel avec sa mère. « Est-ce que c’est ma glace ? »

“Chaton, arête de répéter cela. Tu rends Maman complètement folle. Tiens toi calme s’il te plait. »

Madame Carpenter était en train de mettre de la lotion solaire sur les épaules de Sybil, l’étalant sur les fines omoplates de son dos. Sybil était assise, en équilibre instable, sur un énorme ballon de plage, face à l’océan. Elle portait un maillot de bain jaune canari, deux pièces, dont l’une ne lui serait pas réellement nécessaire pour les neuf ou dix années à venir.

“Ce n’était qu’un mouchoir de soie tout simple – on s’en rendait compte quand on approchait,” disait la femme dans le fauteuil de plage à côté de celui de Madame Carpenter. « J’aimerais savoir comment elle l’attachait. C’était vraiment adorable. »

“Ca a l’air adorable,” acquiesce Madame Carpenter. “Sybil, tiens toi calme, mon chat.”

“Est que c’est ma glace?” dit Sybil.

Madame Carpenter soupira. “D’accord,” dit elle. Elle reboucha la bouteille de lotion solaire. « Maintenant, cours et va jouer, mon chat. Maman remonte à l’hôtel prendre un Martini avec Madame Hubbel. Je te rapporterai l’olive. »

Libérée, Sybil se précipita tout de suite vers la partie plate de la plage, et commença à marcher dans la direction du Pavillon des Pêcheurs. Ne s’arrêtant que pour enfoncer son pied dans les restes effondrés d’un château, elle se trouva bientôt hors de la zone réservée aux visiteurs de l’hôtel.

Elle marcha pendant environ un quart de mile, puis, soudain, se mit à courir en diagonale, remontant vers la partie couverte de sable fin. Elle s’arrêta net en atteignant l’endroit où un jeune homme était allongé sur le dos.

“Tu vas dans l’eau, c’est ma glace? » dit-elle.

Le jeune home se releva, la main droite serrant les pans de son peignoir d’éponge. Il se retourna sur le ventre, laissant une serviette roulée tomber de ses yeux, qu’il cligna vers Sybil.

“Hé, bonjour Sybil.”

“Tu vas dans l’eau?”

“Je t’attendais,” dit le jeune homme. « Quoi de neuf ? »

« Quoi ? » dit Sybil.

“Quoi de neuf? Qu’est ce qu’il y a au programme ? »

“Mon papa arrive demain dans un navion, » dit Sybil en donnant des coups de pied dans le sable.

“Pas dans ma figure, poupée,” dit le jeune homme, mettant sa main sur la cheville de Sybil. « Eh bien, il était temps qu’il arrive, ton papa. Je l’attends depuis des heures. Des heures. »

“Où est la dame?” dit Sybil.

“La dame?” le jeune homme fit tomber du sable de ses cheveux fins. « C’est difficile à dire, Sybil. Elle pourrait être en mille lieux différents. Chez le coiffeur. En train de se faire teindre les cheveux en noir corbeau. Ou en train de fabriquer des poupées, pour les enfants dans le besoin, dans sa chambre.” Allongé sur le ventre, maintenant, il serra les deux poings, les mis l’un sur l’autres, et posa son menton par-dessus. « Demande moi autre chose, Sybil, » dit il. « Tu as un drôlement joli maillot de bain. S’il y a une chose que j’aime, ce sont bien les maillots de bain bleus. »

Sybil le fixa, puis regarda vers le bas, son ventre tout rond. « C’est un jaune, » dit elle. « C’est un jaune. »

“Ah oui? Approche toi.” Sybil fit un pas en avant. “Tu as tout à fait raison. Je suis idiot. »

“Tu vas dans l’eau?” dit Sybil.

“Je l’envisage sérieusement. Je suis en train d’y réfléchir, Sybil, tu dois être ravie de l’apprendre. »

Sybil tâta la bouée de caoutchouc que le jeune homme utilisait parfois comme oreiller. « Il lui faut de l’air, » dit elle.

“Tu as raison. Il lui faut plus d’air que je ne suis prêt à lui en donner. » Il enleva ses poings, et reposa son menton sur le sable. « Sybil, » dit il, « tu as l’air en plein forme. Je suis content de te voir. Parle moi de toi. » Il tendit les bras devant lui, et attrapa les deux cheville de Sybil dans ses mains. « Je suis Capricorne, » dit il. « Tu es quoi ? »

“Sharon Lipschutz a dit que tu l’avais laissée s’asseoir sur le siege du piano avec toi,” dit Sybil.

“Sharon Lipschutz a dit ca?”

“Sybil hocha la tête vigoureusement.

Il lâcha ses chevilles, replia ses mains, et posa le côté de son visage sur son avant bras droit. « Eh bien, » dit il, « tu sais comment ces choses arrivent, Sybil. J’étais là, assis, jouant du piano. Tu n’étais pas dans le coin. Et Sharon Lipschutz est arrivée, et s’est assise à côté de moi. Je ne pouvais pas la faire tomber, hein ? »

“Si.”

“Oh, non. Non je ne pouvais pas faire ça,” dit le jeune homme. “Je vais de dire ce que j’ai fait, pourtant. »

“Quoi?”

“J’ai fait comme si c’était toi.”

Sybil s’accroupit, soudain, et commença à creuser dans le sable. « Allons dans l’eau, » dit-elle.

“D’accord,” dit le jeune homme. « Je crois que je peux y arriver. »

“La prochaine fois, pousse là,” dit Sybil.

“Pousser qui?”

"Sharon Lipschutz."

“Ah, Sharon Lipschutz,” dit le jeune homme. « Comme ce nom me revient. Mélangeant souvenir, et désir. » Il se leva soudain, et regarda l’océan. « Sybil, » dit il, « je vais te dire ce que nous allons faire. Voyons si nous pouvons attraper un poisson banane. »

“Un quoi?”

“Un poisson banane”, dit il en défaisant la ceinture de son peignoir. Il enleva son peignoir. Ses épaules étaient blanches et minces, et son maillot bleu roi. Il plia son peignoir, d’abord dans le sens de la longueur, puis en trois. Il déroula la serviette qu’il avait mise sur ses yeux, l’étala sur le sable, et posa le peignoir plié par-dessus. Il se pencha, attrapa la bouée, et la cala sous son bras droit. Puis, dans sa main gauche, il prit la main de Sybil.

Tous deux se mirent à marcher vers l’océan.

“J’imagine que tu as vu pas mal de poisons bananes, au cours de ta vie,” dit le jeune homme.

Sybil hocha la tête.

“Jamais? Mais tu vis où, alors? »

“Je ne sais pas,” dit Sybil.

“Bien sur que tu sais. Tu dois savoir. Sharon Lipschutz sait où elle habite, et elle n’a que trois ans et demi. »

Sybil s’arrêta de marcher, et retira sa main de la sienne. Elle ramassa un coquillage banal, et se mit à le regarder d’un air de profonde curiosité. Elle le jeta. « Whirly Wood, Connecticut », dit elle, en recommença à marcher, le ventre en avant.

“Whirly Wood, Connecticut,” dit le jeune homme. « Ca ne serait pas près de Whirly Wood, Connecticut, par hasard ? »

Sybil le regarda. “C’est là que j’habite,” dit elle impatiemment. « J’habite à Whirly Wood, Connecticut. » Elle courut quelques pas devant lui, attrapa son pied gauche de la main gauche, et sauta deux ou trois fois.

“Tu n’imagines pas à quel point cela rend tout plus clair,” dit le jeune homme.

Sybil relâcha son pied. “As-tu ‘le petit Sambo Noir’ ? » dit elle.

“C’est très amusant que tu me demandes cela,” dit il. « Il se trouve que je viens de le finir la nuit dernière. » Il tendit la main, et reprit celle de Sybil « Qu’est ce que tu en as pensé ? » lui demanda-t-il.

“Est ce que les tigres ont couru autour de l’arbre ? »

“j’ai cru qu’ils ne s’arrêteraient jamais. Je n’avais jamais vu autant de tigres. »

“Il n’y en avait que six,” dit Sybil.

“Seulement six!” dit le jeune homme. « Pour toi c’est ‘seulement’ ? »

“Tu aimes la cire?” demande Sybil.

“Si j’aime quoi?” demanda le jeune homme.

“La cire.”

“Beaucoup. Toi aussi?”

Sybil acquiesca. “Tu aimes les olives ? » demanda-t-elle.

“Les olives – oui. Des olives et de la cire. Je ne m’en sépare jamais.”

“Tu aimes Sharon Lipschutz?” demanda Sybil.

“Oui. Oui, je l’aime,” dit le jeune homme. « Ce que j’apprécie tout particulièrement chez elle, c’est quelle ne fait jamais rien de méchant aux petits chiens dans le lobby de l’hôtel. Ce tout petit bouledogue, par exemple, qui appartient à cette dame du Canada. Tu ne me croiras probablement pas, mais il y a des petites filles qui donnent des coups à ce petit chien avec des bâtons de ballons. Sharon ne fait pas cela. Elle n’est jamais méchante ou cruelle. C’est pour cela que je l’aime autant. »

Sybil ne répondit pas.

“J’aime mâcher des bougies,” dit elle finalement.

“Qui n’aime pas cela?” dit le jeune homme, les pieds dans l’eau. « Ooo ! C’est froid. » Il fit tomber la bouée de caoutchouc, à l’envers. « Non, attends un instant, Sybil. Attends qu’on soit un peu plus loin.
Ils pataugèrent jusqu’à ce que Sybil ait de l’eau jusqu’à la taille. Puis le jeune homme la souleva, et la posa sur le ventre, sur la bouée.

“Tu ne portes jamais de bonnet de bain, ou de chose comme ca?” demanda-t-il.

“Ne me lâche pas,” ordonna Sybil. « Tu me tiens bien. »

“S’il vous plait, mademoiselle Carpenter. Je connais mon métier, » dit le jeune homme. « Ouvrez bien grand vos yeux, et cherchez les poissons banane. C’est un jour rêvé pour les poissons bananes.

“Je n’en vois aucun,” dit Sybil.

“C’est compréhensible. Leurs moeurs sont très particulières. » Il continuait à pousser la bouée. L’eau n’atteignait pas encore sa poitrine. « Leur existence est très tragique, » dit il. « Tu sais ce qu’ils font, Sybil ? »

Elle hocha la tête.

“Eh bien, ils nagent jusqu’à une grotte, où il y a beaucoup de bananes. Ce sont des poissons d’apparence normale, quand ils y entrent. Mais une fois dedans, ils se comportent comme des cochons. En fait, j’ai entendu dire que certains poissons banane peuvent entrer dans une grotte de banane, et y manger jusqu'à soixante dix huit bananes. » Il rapprocha la bouée, et sa passagère, d’un pied vers l’horizon. « Naturellement, après cela, ils sont si gros, qu’il ne peuvent plus ressortir de la grotte. Ils ne passent plus par la porte. »

“Pas trop loin,” dit Sybil. « Qu’est ce qui leur arrive ? »

“Qu’est ce qui arrive à qui?”

“Aux poissons banane.”

“Oh, tu veux dire après qu’ils aient mange tant de bananes qu’ils ne peuvent ressortir de la grotte aux bananes ? »

“Oui,” dit Sybil.

“Eh bien, je suis désolé, Sybil. Mais ils meurent. »

“Pourquoi?” dit Sybil.

“Eh bien, ils attrapent la fièvre bananière. Une maladie terrible. »

“Voila une vague,” dit Sybil nerveusement.

“On va l’ignorer. On va la snobber,” dit le jeune homme. “Deux snobs.” Il prit les chevilles de Sybil dans ses mains, et les tira vers le bas et en avant. La bouée bascula sur le sommet de la vague. L’eau trempa les cheveux blonds de Sybil, mais ses cris étaient tout joyeux.

D’une main, quand la bouée fut à nouveau à plat, elle essuya une mèche de cheveux mouillés devant ses yeux, et annonça, “je viens d’en voir un.”

“Vu quoi, mon coeur?”

“Un poisson banane.”

“Mon Dieu, non!” dit le jeune homme. « Avait il des bananes dans la bouche ? »

“Oui” dit Sybil. “Six”.

Le jeune homme attrapa soudain un des pieds mouillés de Sybil, qui pendaient au bout de la bouée, et en embrassa la voûte.

“Eh!” dit la propriétaire du pied, se retournant.

“Eh, toi même. On rentre maintenant. Tu en as eu assez?”

“Non!”

“Désolé,” dit il, en poussant la bouée vers le rivage jusqu’à ce que Sybil en descende. Il la porta sur le reste du chemin.

“Au revoir,” dit Sybil, courant sans regrets vers l’hôtel.

Le jeune homme remit son peignoir, en referma les pans, et enfonça sa serviette dans sa poche. Il attrapa la bouée, encombrante et dégoulinante, et la mit sous son bras. Il partit seul, marchant lentement dans le sable chaud et fin, vers l’hôtel.

Dans l’entresol de l’hôtel, où la direction envoyait les baigneurs, une femme au nez couvert de pommade de zinc monta dans l’ascenseur avec le jeune homme.

“Je vois que vous regardez mes pieds,” lui dit il quand l’ascenseur eut démarré.

“Excusez moi?” dit la femme.

“Je dis que je vois que vous regardez mes pieds.”

“Je vous prie de m’excuser. Il se trouve que je regardais le sol, » dit la femme, se retournant vers la porte de l’ascenseur.

“Si vous voulez regarder mes pieds, dites le, » dit le jeune homme. « Mais ne faites pas ces maudites manières. »

“Je descends ici, s’il vous plaît, » dit rapidement la femme à la fille qui conduisait l’ascenseur.

Les portes s’ouvrirent et la fille sortit sans se retourner.

“J’ai deux pieds normaux et je ne comprends pas pour quelle maudite raison quelqu’un voudrait les fixer, » dit le jeune homme. « Cinquième, s’il vous plait. » Il sortit la clef de sa chambre de la poche de son peignoir.

Il descendit au cinquième étage, traversa le couloir, et entra dans la chambre 507. Elle sentait les valises de cuir neuf, et le dissolvant pour vernis à ongles.

Il jeta un coup d’oeil à la fille endormie sur l’un des lits jumeaux. Puis, il s’approcha d’une des valises, l’ouvrit, et, de sous une pile de caleçons et de maillots de corps, sortit un automatique Ortgies de calibre 7.65. Il en retira le magasin, le regarda, puis le remis en place. Il l’arma. Puis il traversa la pièce, alla s’assoir sur le lit jumeau vide, regarda la fille, visa, et se tira une balle dans la tempe droite.

mercredi 13 janvier 2010

Emily Dickinson - Je ne suis personne

I'm nobody! Who are you?
Are you nobody, too?
Then there's a pair of us - don't tell!
They'd banish us, you know!

How dreary to be somebody!
How public like a frog
To tell one's name the livelong day
To an admiring bog!


Je ne suis personne ! et toi?
Tu n'es personne aussi?
Alors nous sommes deux, tais toi!
Ils nous chasseraient, tu sais!

C'est terrible d'être quelqu'un!
Banal comme une grenouille
Qui crie son nom toutes la journée
A travers les marais!

samedi 19 décembre 2009

Gu Cheng - Retour

回 归

不要睡去,不要
亲爱的,路还很长
不要靠近森林的诱惑
不要失掉希望

请用凉凉的雪水
把地址写在手上
或是靠着我的肩膀
度过朦胧的晨光

撩开透明的暴风雨
我们就会到达家乡
一片圆形的绿地
铺在古塔近旁

我将在那儿
守护你疲倦的梦想
赶开一群群黑夜
只留下铜鼓和太阳

在古塔的另一边
有许多细小的海浪
悄悄爬上沙岸
收集着颤动的音响……

Retour

Reste éveillée, reste
Mon amour, la route est longue encor
N’écoute pas l’appel de la forêt
Ne perd pas l’espoir

Avec l’eau froide de la neige
Dans ta main écris l’adresse
Ou appuyée sur mon épaule
Passons la brume de l’aube

Derrière le voile de l’orage
Nous arriverons au pays
Cette terre verte et ronde
Qui s’étend au pied de la tour

Là bas,
Je veillerai tes rêves fourbus
Je chasserai toutes ces nuits
Je te laisserai tambours et soleils

De l’autre coté de la tour
Il y aura de petites vagues
Muettes, s’accrochant à la plage
Amassant leur musique tremblante

mardi 15 décembre 2009

Kong Shao'an - Feuille morte

孔绍安

落叶
早秋惊落叶,
飘零似客心。
翻飞未肯下,
犹言惜故林。

Feuille morte

Surprise par l’automne une feuille envolée
Flotte de çà de là comme un cœur étranger
Tourbillonne au hasard sans vouloir se poser
Et quitte tristement son ancienne forêt

mercredi 9 décembre 2009

Carl Sandburg - Prière d'après la guerre mondiale

Prayer after world war

Wandering oversea dreamer,
Hunting and hoarse, Oh daughter and mother,
Oh daughter of ashes and mother of blood,
Child of the hair let down, and tears,
Child of the cross in the south
And the star in the north,
Keeper of Egypt and Russia and France,
Keeper of England and Poland and Spain,
Make us a song for to-morrow.
Make us one new dream, us who forget,
Out of the storm let us have one star.

Struggle, Oh anvils, and help her.
Weave with your wool, Oh winds and skies.
Let your iron and copper help,
Oh dirt of the old dark earth.

Wandering oversea singer,
Singing of ashes and blood,
Child of the scars of fire,
Make us one new dream, us who forget.
Out of the storm let us have one star.


Prière après la guerre mondiale

Rêveur dérivant sur la mer
Chassant enroué, O fille et mère
Fille de cendre, mère de sang
Enfant aux cheveux défaits, et larmes
Enfant de la croix dans le sud
Et de l’étoile dans le nord
Gardien de l’Egypte, de la Russie et de la France
Gardien de l’Angleterre, de la Pologne et de l’Espagne
Fais- nous une chanson, pour les lendemains
Fais nous un nouveau rêve, nous qui oublions
Au sortir de l’orage, donne-nous une étoile.

Luttez, enclûmes, et aidez la.
Filez votre laine, vents et ciels
De votre fer, de votre cuivre, aidez
Poussière de cette vieille terre sombre.

Chanteur dérivant sur la mer
Chantant les cendres et le sang
Enfant des blessures de feu
Fais nous un nouveau rêve, nous qui oublions
Au sortir de l’orage, donne-nous une étoile.

Carl Sandburg - Statistiques

Statistics

Napoleon shifted,
Restless in the old sarcophagus
And murmured to a watchguard:
"Who goes there?"
"Twenty-one million men,
Soldiers, armies, guns,
Twenty-one million
Afoot, horseback,
In the air,
Under the sea."
And Napoleon turned to his sleep:
"It is not my world answering;
It is some dreamer who knows not
The world I marched in
From Calais to Moscow."
And he slept on
In the old sarcophagus
While the aeroplanes
Droned their motors
Between Napoleon's mausoleum
And the cool night stars.


Statistiques

Napoléon se retourna
Gêné dans son vieux sarcophage
Et murmura à un gardien
« Qui va là ? »
« Vingt et un million d’hommes,
Soldats, armées, canons,
Vingt et un million
A pied, à cheval
Dans les airs,
Et sous la mer. »
Napoléon se rendormit :
« Ce n’est pas mon monde qui répond ;
Ce n’est qu’un rêve qui ne sait pas
Ce monde où j’ai marché
De Calais à Moscou. »
Il se rendort
Dans le vieux sarcophage
Tandis que les aéroplanes
Ronronnent dans la nuit,
Entre le tombeau de Napoléon
Et les froides étoiles

jeudi 3 décembre 2009

Wilhelm Muller - Le Tilleul

Le tilleul

Au puits, devant la porte
Se tient un grand tilleul
J’ai rêvé dans son ombre
Des rêves merveilleux

J’ai gravé sur son tronc
Tous mes mots d’amoureux
Dans la joie, dans la peine
Toujours il me rappelle

Ce soir, j’ai dû passer
Près de lui, dans la nuit
Et même dans ce noir
J’ai dû fermer les yeux

Ses branches chuchotaient
Comme si elles m’appelaient
Près de moi mon ami
Tu trouveras la paix

Le vent soufflait, glacial
Tout droit sur mon visage
Mon chapeau s’envola
Je ne l’ai pas ramassé

Et maintenant une heure
Après l’avoir laissé
Je l’entends qui chuchote
Tu trouveras la paix



Der Lindenbaum

Am Brunnen vor dem Tore
Da steht ein Lindenbaum:
Ich träumt in seinem Schatten
So manchen süßen Traum.

Ich schnitt in seine Rinde
So manches liebe Wort;
Es zog in Freud und Leide
Zu ihm mich immer fort.

Ich mußt auch heute wandern
Vorbei in tiefer Nacht,
Da hab ich noch im Dunkel
Die Augen zugemacht.

Und seine Zweige rauschten,
Als riefen sie mir zu:
Komm her zu mir, Geselle,
Hier findst du deine Ruh!

Die kalten Winde bliesen
Mir grad ins Angesicht,
Der Hut flog mir vom Kopfe,
Ich wendete mich nicht.

Nun bin ich manche Stunde
Entfernt von jenem Ort,
Und immer hör ich´s rauschen:
Du fändest Ruhe dort!

samedi 7 novembre 2009

Bei Dao - Tout

Tout

Tout n’est que destin
Tout n’est que brume
Tout est début sans fin
Tout est vaine recherche
Toutes les joies sont sans sourire
Toutes les douleurs sans larmes
Toutes les paroles sont redites
Toutes les retrouvailles rencontres
Toutes les amours sont dans nos coeurs
Tous les passés sont dans nos rêves
Tous les espoirs portent leur explication
Toutes les convictions leurs gémissements
Toutes les explosions ont un instant de calme
Toutes les morts, un lourd écho


一切

一切都是命运
一切都是烟云
一切都是没有结局的开始
一切都是稍纵即逝的追寻
一切欢乐都没有微笑
一切苦难都没有泪痕
一切语言都是重复
一切交往都是初逢
一切爱情都在心里
一切往事都在梦中
一切希望都带着注释
一切信仰都带着呻吟
一切爆发都有片刻的宁静
一切死亡都有冗长的回声

jeudi 5 novembre 2009

WH Auden - Funeral Blues

Arrêtez les pendules, coupez le téléphone
D’un gros os bien juteux faites taire le chien
Muselez les pianos, qu’un tambour étouffé
Emmène le cercueil, qu’entrent les éplorés

Que dans le ciel tournoient des avions gémissants
Qu’ils écrivent là haut ce message : Il est Mort
Que l’on ceigne de crèpe le cou des tourterelles
Qu’aux carrefours les agents portent des gants noirs

Il était mon nord, mon sud, mon est et mon ouest
Ma semaine de travail, mon repos du dimanche
Mon midi, mon minuit, ma parole et mon chant
Je croyais qu’on s’aimait pour toujours, j’avais tort

Qu’importent les étoiles maintenant, mouchez les
Allez ranger la lune, démontez le soleil
Videz les océans, balayez les forêts
Plus rien de bon ne peut advenir désormais



Stop all the clocks, cut off the telephone,
Prevent the dog from barking with a juicy bone,
Silence the pianos and with muffled drum
Bring out the coffin, let the mourners come.

Let aeroplanes circle moaning overhead
Scribbling on the sky the message He Is Dead,
Put crêpe bows round the white necks of the public doves,
Let the traffic policemen wear black cotton gloves.

He was my North, my South, my East and West,
My working week and my Sunday rest,
My noon, my midnight, my talk, my song;
I thought that love would last for ever: I was wrong.

The stars are not wanted now: put out every one;
Pack up the moon and dismantle the sun;
Pour away the ocean and sweep up the wood.
For nothing now can ever come to any good.

mercredi 28 octobre 2009

John Mc Crae - Dans les plaines des Flandres

Dans les plaines des Flandres poussent les coquelicots
Au milieu des croix, rang après rang, fanaux
Qui indiquent nos postes, alors que dans le ciel
Les alouettes, chantant bravement, s’envolent
Inaudibles rumeurs, dans l’écho des canons

Nous sommes les cadavres, il y a quelques jours
Nous étions là, petits matins, dans le couchant
Nous aimions, étions aimés, et maintenant
Nous sommes morts,
Dans les plaines des Flandres.

Notre combat, nos ennemis, nous vous léguons
Recevez les, d‘une main lasse nous tendons
Ce flambeau, puisssiez vous le défendre
Si vous nous trahissez, qui mourons,
Jamais plus nous ne pourrons
Reposer, quand poussent les coquelicots
Dans les plaines des Flandres


In Flanders fields the poppies blow
Between the crosses, row on row,
That mark our place; and in the sky
The larks, still bravely singing, fly
Scarce heard amid the guns below.

We are the dead. Short days ago
We lived, felt dawn, saw sunset glow,
Loved, and were loved, and now we lie
In Flanders fields.

Take up our quarrel with the foe:
To you from failing hands we throw
The torch; be yours to hold it high.
If ye break faith with us who die
We shall not sleep, though poppies grow
In Flanders fields.

Yu Jian - A une poétesse

致一位诗人

多年以后
我们面对面
坐在一个房间
开始点烟
你的声音已经生锈
斑斑驳驳落在地上
却渴望被我拾起
再获得青铜的光泽
我沉默不语
无话找话 是一件很痛苦的事情
那一日已经远去
我不知道你的电话号码
那一日我曾经失眠
那那生命中少有的时刻
如果沿着那一日走近你
我们会相处一生

世界已建筑得如此坚固
让我们彬彬有礼地告辞吧
回到各自的房间
像墙壁那样 彼此站立
这样要习惯得多


A une poètesse

Longtemps après
Nous nous sommes revus
Assis dans cette chambre
Cigarettes allumées
Ta voix déjà éraillée
Sur le sol éparpillée
Avide d’être ramassée
Reprise, dans la lumière cuivrée
Mais je n’ai rien dit
Silence contre parole, c’est terrible
Ce jour là, je suis parti
Oublié ton numéro
Ce jour là j’ai perdu le sommeil
Et tous ces moments rares
Si j’étais resté, ce jour là, près de toi
C’aurait été pour toute la vie

Le monde a bâti tant de murs
Poliment se dire adieu
Rentrer chacun dans sa chambre
En voisins, de part et d’autre
Par habitude

samedi 10 octobre 2009

Su Shi - Combien de fois sous la lune

Combien de fois sous la lune,
Une coupe à la main j’interrogeai le firmament
Ne sachant pas, dans les palais célestes, quelle année on était
Je voulais partir à cheval sur le vent, mais j’avais peur,
Des pavillons d’or, des maisons de jade
Du froid glacial de ces hauts lieux,
De ces ombres qui dansent, inhumaines

Tourné vers ce palais, vers ses belles fenêtres,
Qui illuminent mon éveil
Insensibles, parfois grandes, parfois rondes
L’homme est joyeux et triste, seul et aimé,
La lune est sombre et claire, ronde et voilée
Rien ne s’accomplit jamais
Si seulement la vie était longue
A mille lieues, avec Phoebé


明月幾時有 把酒問青天
不知天上宮闕 今夕是何年

我欲乘風歸去 唯恐瓊樓玉宇
高處不勝寒 起舞弄清影 何似在人間

轉朱閣低綺戶照無眠
不應有恨何事長向別時圓
人有悲歡離合 月有陰晴圓缺
此事古難全 但願人長久
千里共嬋娟

vendredi 9 octobre 2009

WH Auden - Musée des Beaux Arts

Musée des Beaux Arts

En matière de souffrance, ils n’avaient jamais tort,
Les Vieux Maîtres, ils connaissaient trop bien
Son caractère humain, comme elle se produit
Pendant que quelqu’un mange, ou ouvre une fenêtre, ou seulement se promène
Comme, quand les anciens recueillis, passionnés, attendent
La naissance miraculeuse, il y a toujours
Des enfants qui n’en ont pas spécialement envie, et qui patinent
Sur un étang, à l’orée d’un bois
Ils n’oubliaient jamais
Que même le terrible martyr s’accomplit
Pendant que dans un coin, un endroit sale
Les chiens vivent leur vie de chien, et le cheval du bourreau
Frotte son innocent derrière contre un arbre
Dans l’Icare de Breughel, par exemple : comme chaque chose fuit
Joyeusement, le désastre. Le laboureur a peut être
Entendu le choc, le cri de désespoir
Mais ce n’est pas, pour lui, une catastrophe, le soleil brillait
Comme il devait, jambes blanches s’enfonçant dans l’eau
Verte ; et la riche et délicate nef, qui a dû voir
Un prodige, un garçon tombant du ciel
Avait un port à rallier, et voguait tranquillement

Musee des Beaux Arts

About suffering they were never wrong,
The Old Masters; how well, they understood
Its human position; how it takes place
While someone else is eating or opening a window or just walking dully along;
How, when the aged are reverently, passionately waiting
For the miraculous birth, there always must be
Children who did not specially want it to happen, skating
On a pond at the edge of the wood:
They never forgot
That even the dreadful martyrdom must run its course
Anyhow in a corner, some untidy spot
Where the dogs go on with their doggy life and the torturer's horse
Scratches its innocent behind on a tree.
In Breughel's Icarus, for instance: how everything turns away
Quite leisurely from the disaster; the ploughman may
Have heard the splash, the forsaken cry,
But for him it was not an important failure; the sun shone
As it had to on the white legs disappearing into the green
Water; and the expensive delicate ship that must have seen
Something amazing, a boy falling out of the sky,
had somewhere to get to and sailed calmly on.

dimanche 4 octobre 2009

WH Auden - Foxtrot

Foxtrot

Le soldat aime son fusil
Le savant aime ses livres
Le fermier aime ses chevaux
L’actrice aime ses sourires
L’amour est partout en ce monde
Où que l’on puisse aller
Certains perdent la tête pour la jolie Mae West
Mais tu es ma tasse de thé

On parle d’Alexandre
Ou bien de Fred Astaire
On veut ses héros chevelus
Ou alors débonnaires
Certains aiment les aides de camps
Et d’autres les curés
Certains aiment les brutes qui les maltraitent
Mais tu es ma tasse de thé

Il y a des fous de fox terriers
Des dingues de pékinois
De chats de gouttières, de perroquets
De cochons d’inde et même d’oies
Il y a des malades dans les asiles
Qui se prennent pour des marronniers
J’ai eu une vieille tante qui adorait une plante
Mais tu es ma tasse de thé

Il y a des ventres qui pendent
Et des nez épatés
Il y a des orteils en rateau
Et des rates dilatées
Il y a la crampe de l’écrivain
La maladie de la lavandière
Il y a aussi des choses qui ne sentent pas la rose
Mais tu es ma tasse de thé

Le merle aime le ver
La vipère le soleil
L’ours polaire aime son iceberg
L’éléphant son pâté
La truite aime sa rivière
La baleine sa mer
Et les chiens préfèrent les vieux réverbères
Mais tu es ma tasse de thé

FOXTROT FROM A PLAY

The soldier loves his rifle,
The scholar loves his books,
The farmer loves his horses,
The film star loves her looks.
There’s love the whole world over
Wherever you may be;
Some lose their rest for gay Mae West,
But you’re my cup of tea.

Some talk of Alexander
And some of Fred Astaire,
Some like their heroes hairy
Some like them debonair,
Some prefer a curate
And some an A.D.C.,
Some like a tough to treat’em rough,
But you’re my cup of tea.

Some are mad on Airedales
And some on Pekinese,
On tabby cats or parrots
Or guinea pigs or geese.
There are patients in asylums
Who think that they’re a tree;
I had an aunt who loved a plant,
But you’re my cup of tea.

Some have sagging waistlines
And some a bulbous nose
And some a floating kidney
And some have hammer toes,
Some have tennis elbow
And some have housemaid’s knee,
And some I know have got B.O.,
But you’re my cup of tea.

The blackbird loves the earthworm,
The adder loves the sun,
The polar bear an iceberg,
The elephant a bun,
The trout enjoys the river,
The whale enjoys the sea,
And dogs love most an old lamp-post,
But you’re my cup of tea.

vendredi 18 septembre 2009

Haizi - L'aubépine

山楂树

今夜我不会遇见你
今夜我遇见了世上的一切
但不会遇见你。

一棵夏季最后
火红的山楂树
象一辆高大女神的自行车
象一女孩 畏惧群山
呆呆站在门口
她不会向我
跑来!

我走过黄昏
象风吹向远处的平原
我将在暮色中抱住一棵孤独的树干
山楂树! 一闪而过 啊! 山楂

我要在你的乳房下坐到天亮。
又小又美丽的山楂的乳房
在高大女神的自行车上
在农奴的手上
在夜晚就要熄灭

L’aubépine

Cette nuit je ne te verrai pas
Cette nuit je verrai tout le monde
Mais je ne te verrai pas.

Dans l’été qui s’achève
Une aubépine flamboyante
Comme le vélo d’une déesse
Comme une petite fille, qui a peur des montagnes
Et se tient, toute bête, devant la porte
Mais jamais vers moi
N’accourt !

J'ai traversé le crépuscule
Comme le vent qui souffle vers les plaines lointaines
Dans le couchant, j’embrasserai ce tronc solitaire
Aubépine ! Eclair éphémère ! Aubépine

Sous tes seins, j’attendrai l’aube
Petits, jolis, seins d’aubépine
Sur le vélo de la grande déesse
Dans les mains de l’esclave
Dans le soir qui s’éteint.

jeudi 17 septembre 2009

Gu Cheng - Biographie

Biographie

Je suis un enfant triste
Qui n’a jamais grandi

Des plaines et des lacs
Venu du nord, le long d’un
Chemin tout blanc, jusqu’à
Ces villes pleines d’engrenages
Jusqu’à ces ruelles étroites
Cabanes et cœurs si lourds

Dans ces brumes blafardes
Toujours racontant
Ses histoires vertes

Je crois en mon auditoire
– L'espace, et ces gouttes
Qui éclaboussent la mer
Qu'elles me recouvrent tout entier
Recouvent mon introuvable
Tombe. Et je sais
Qu’alors, les herbes et les fleurs
Toutes se presseront
Sous les éclairs pâles des lampes
Pour doucement embrasser
Ma tristesse

(1980)



简历

我是一个悲哀的孩子
始终没有长大

我从北方的草滩上
走出,沿着一条
发白的路,走进
布满齿轮的城市
走进狭小的街巷
板棚, 每颗低低的心

在一片淡漠的烟中
继续讲绿色的故事

我相信我的听众
——天空,还有
海上迸溅的水滴
它们将复盖我的一切
复盖那无法寻找的
坟墓。我知道
那时,所有的草和小花
都会围拢
在灯光暗淡的一瞬
轻轻地亲吻我的悲哀

mercredi 2 septembre 2009

Gu Cheng - Terminus

Terminus

En rêve
Dans un bus
Oublié ma station
Fini au terminus

Le ciel est si noir
La terre couverte de fils électriques
Qui chercherai-je
Quand tout n’est qu’autrefois…

(1980)

终点

在梦里
我坐车
忘记了车站
一直坐到终点

天真黑呀
满地都是电线
我在找谁呢
一切都是“从前……”

一九八O年

Gu Cheng - Attente

Attente

Le monde est trempé
Les étoiles brillent à faire peur

Je ferme mon parapluie
Le ciel ferme ses nuages qui pleuvent

L’aiguille passe sur l’heure
Sur les talons du Seigneur

Tu n’es pas là
J’attends encore

(1980)

等

世界都湿了
星星亮得怕人
我收起伞
天收起滴水的云
时针转到零点
㧟了上帝的脚跟
你没有来
我还在等

一九八O年

mardi 1 septembre 2009

WH Auden - Le citoyen inconnu

Le citoyen inconnu

(A JS.07 M 378
Ce monument de marbre
Elevé par l’Etat)

Les fonctionnaires des statistiques nous apprennent
Que de lui, personne ne s’est jamais plaint
Et tous les rapports sur sa conduite conviennent
Qu’il fut, pour donner à un vieux mot un sens moderne, un saint,
Car, en toutes choses, il servit l’Intérêt Général.
En dehors de la guerre, et jusqu’à sa retraite
Il travailla dans une usine, sans tambours ni trompettes
Et satisfit son employeur, les Moteurs Bricolo
Il ne fut, ni un jaune, ni même un trublion
Son syndicat nous dit qu’il payait ses cotisations
(Notre rapport sur son syndicat le confirme)
Et nos spécialistes en Psychologie Ouvrière affirment
Qu’il était apprécié de ses collègues, et aimait boire un pot.
La Presse est convaincue qu’il achetait son quotidien
Qu’il réagissait à la publicité comme l’individu moyen
Des polices, prises sur son nom, indiquent qu’il fut assuré
Son dossier maladie nous apprend qu’il entra à l’hopital et en sortit soigné
Nos chercheurs en production et en niveau de vie nous assurent
Qu’il comprenait tout l’avantage des cartes de crédit
Et possédait tout ce que doit avoir l’homme d’aujourd’hui
Un phonographe, une radio, un frigidaire, une voiture
Nos spécialistes de l’Opinion se satisfont
Qu’il partageât les bonnes idées en toute saison
En temps de paix, il aimait la paix, et quand vint la guerre il partit
Il fut marié, et augmenta de cinq enfants notre population
Ce qui, selon les Démographes, est le bon nombre, pour sa génération
Et les Enseignants nous disent qu’il ne contraria jamais leur éducation.
Fut il libre ? Fut il heureux ? Quelle étrange question
S’il y avait eu quoi que ce soit, nous le saurions.


The Unknown Citizen

(To JS/07 M 378
This Marble Monument
Is Erected by the State)

He was found by the Bureau of Statistics to be
One against whom there was no official complaint,
And all the reports on his conduct agree
That, in the modern sense of an old-fashioned word, he was a saint,
For in everything he did he served the Greater Community.
Except for the War till the day he retired
He worked in a factory and never got fired,
But satisfied his employers, Fudge Motors Inc.
Yet he wasn't a scab or odd in his views,
For his Union reports that he paid his dues,
(Our report on his Union shows it was sound)
And our Social Psychology workers found
That he was popular with his mates and liked a drink.
The Press are convinced that he bought a paper every day
And that his reactions to advertisements were normal in every way.
Policies taken out in his name prove that he was fully insured,
And his Health-card shows he was once in hospital but left it cured.
Both Producers Research and High-Grade Living declare
He was fully sensible to the advantages of the Instalment Plan
And had everything necessary to the Modern Man,
A phonograph, a radio, a car and a frigidaire.
Our researchers into Public Opinion are content
That he held the proper opinions for the time of year;
When there was peace, he was for peace: when there was war, he went.
He was married and added five children to the population,
Which our Eugenist says was the right number for a parent of his generation.
And our teachers report that he never interfered with their education.
Was he free? Was he happy? The question is absurd:
Had anything been wrong, we should certainly have heard.

samedi 22 août 2009

WH Auden - Epitaphe pour un tyran

Epitaphe pour un tyran

La perfection, d’un certain genre, était son seul désir
La poésie qu’il inventa se comprenait sans peine
Il connaissait parfaitement les passions humaines
S’intéressait par-dessus tout aux armées, aux navires
Quand il riait, les sénateurs riaient sans retenue
Et quand il pleurait, les petits enfants mouraient dans les rues


Epitaph On A Tyrant

Perfection, of a kind, was what he was after,
And the poetry he invented was easy to understand;
He knew human folly like the back of his hand,
And was greatly interested in armies and fleets;
When he laughed, respectable senators burst with laughter,
And when he cried the little children died in the streets.


WH Auden - Si je le savais

Si je le savais…

Le Temps répond toujours que c’est comme ça
Il ne sait que le prix que nous devons payer;
Si je le savais je te le dirais

Quand nous sanglotons devant les clowns
Quand nous titubons devant l’orchestre
Le Temps répond toujours que c’est comme ca

Il n’y a pas de bonne aventure, et pourtant
Parce que je t’aime plus que je ne pourrais dire
Si je le savais je te le dirais

Le vent doit bien souffler de quelque part
Les feuilles se faner pour une raison mais
Le Temps répond toujours que c’est comme ca

Peut être que les roses veulent vraiment pousser
Que cette vision veut justement rester
Si je le savais je te le dirais

Et si les lions se levaient tous et partaient
Si les rivières et les soldats s’enfuyaient
Que répondrait le Temps sinon que c’est comme ça?
Si je le savais je te le dirais.



If I could tell you

Time will say nothing but I told you so,
Time only knows the price we have to pay;
If I could tell you I would let you know.

If we should weep when clowns put on their show,
If we should stumble when musicians play,
Time will say nothing but I told you so.

There are no fortunes to be told, although,
Because I love you more than I can say,
If I could tell you I would let you know.

The winds must come from somewhere when they blow,
There must be reasons why the leaves decay;
Time will say nothing but I told you so.

Perhaps the roses really want to grow,
The vision seriously intends to stay;
If I could tell you I would let you know.

Suppose the lions all get up and go,
And all the brooks and soldiers run away;
Will Time say nothing but I told you so?
If I could tell you I would let you know.

lundi 10 août 2009

Gu Cheng- Bruit, fenêtre ouverte

打開窗子的聲音

打開窗子的聲音
你聽見了
遠處是海

光滑的船
伏在沙丘上
遠處是 藍藍的海

你聽
最小的聲音 是海

船伏在沙丘上
遠處是藍藍的一片

Bruit, fenêtre ouverte

Bruit, fenêtre ouverte
Tu écoutes
Au loin, la mer

Bateau, tout lisse
Couché sur la dune
Au loin, la mer, toute bleue

Ecoute
Ce petit bruit : la mer

Bateau couché sur la dune
Au loin, tout ce bleu

Gu Cheng - Je chante ma chanson

我唱自己的歌

我唱自己的歌
在布满车前草的道路上
在灌木的集市上
在雪松和白桦树的舞会上
在那山野的原始欢乐上
我唱自己的歌

我唱自己的歌
在热电厂恐怖的烟云中
在变速箱复杂的组织中
在砂轮的亲吻中
在那社会文明的运行中
我唱自己的歌

我唱自己的歌
即不陌生又不熟练
我是练习曲的孩子
愿意加入所有歌队
为了不让规范的人们知道
我唱自己的歌

我唱呵,唱自己的歌
直到世界恢复了史前的寂寞
细长的月亮
从海边向我走来
轻轻地问:为什么?
你唱自己的歌

Je chante ma chanson

Je chante ma chanson
Sur la route encombrée de plantain
Dans le concert des arbrisseaux
Au bal des cèdres et des bouleaux
Dans l’harmonie originelle
Je chante ma chanson

Je chante ma chanson
Dans l’effrayante fumée des centrales électriques
Dans l’ordre compliqué des boîtes de vitesses
Sous les baisers des disques abrasifs
Dans la marche réglée de cette société
Je chante ma chanson

Je chante ma chanson
Aux étrangers, aux inconnus
Je suis cet enfant appliqué
Qui voudrait entrer dans chaque chorale
Pour que les gens normaux ne sachent pas
Qu’il chante sa chanson

Et je chanterai ma chanson
Jusqu’à ce que le monde redevienne désert
Et que la lune, mince et longue
Vienne vers moi, depuis la mer
Et doucement me demande : pourquoi
Tu chantes ta chanson?