Il est un bonheur que je n’ai jamais éprouvé
Un bonheur qu’Hitler n’a jamais éprouvé
Il ne pouvait que donner des ordres à des généraux
Je ne puis qu’écrire avec obstination
Mais aucun de nous n’a ressenti
La joie de la machine à laver
Dont le tambour inoxydable
Trouve tous les vêtements
Sales
Trouve les culottes de la jeune fille
Tachées
Trouve les mouchoirs du bébé
Infects
Trouve que la cotte de l’ouvrier
Dissimule sa crasse
Trouve que les robes de bal et les queues de pie
Mériteraient d’être lavées
Ce sentiment est partagé
Par l’humanité toute entière
Aussi
Pour un monde irréprochable
Les habits de toutes les couleurs
Et de toutes les coupes
La soie d’orient le lin d’occident
Tous
Sont jetés
Dans le tambour obscur
De la machine à laver
Qui jour et nuit
Dans tous les foyers du monde
Tourne
Les fleuves peuvent s’assécher
Les gouvernements tomber
Jamais
Une bataille de Stalingrad ne fera
Que la machine à laver
Qui ne distingue pas un uniforme d’un mouchoir
S’arrête
有一种快感我从未体验
有一种快感希特勒从未体验
他只能命令将军们去干这样的事
我只能在写作中一意孤行
但我们都不能体验
那是洗衣机的快感
不锈钢的缸体 把一切纺织物都视为
肮脏
把少女的内裤视为 污点
把婴儿的手帕视为 细菌
把劳动者的工作服视为
藏圬纳垢之所
把旗袍和燕尾服视为
要洗一洗的
它的看法获得全人类
无一例外的支持
于是
为了一个清洁卫生的世界
它把花花绿绿 形形色色的纺织品
东方的丝绸和西方的亚麻布
全部 纳入
黑色的缸体
洗衣机 日日夜夜
在世界的每一个家庭中 旋转
河流会枯竭 政权会垮台
但永远不会有
斯大林格勒战役发生
让一部不能区别头巾和军装的
洗衣机
停下来
lundi 3 février 2014
dimanche 2 février 2014
Larkin - Heureux qui comme Ulysse
Heureux qui comme Ulysse
Remontant l’Angleterre sur une autre ligne
Plus tôt que d’habitude, par un froid nouvel an
A un arrêt, je vis des gens, avec des numéros
Qui couraient sur le quai vers l‘entrée familière
« Tiens, Coventry ! » je m’exclamai, « C’est là que je suis né »
Je me penchais, clignais, cherchais un signe
Qui indiquât l’endroit où si longtemps
J’avais été « chez moi », mais voyais bien
Que je ne savais plus où était quoi. Etait-ce de là bas
Sous ces piles de caisses que nous partions tous les ans
Pour nos congés payés… Un sifflet retentit
Tout bougea, je me rassis, regardant mes bottines.
« Eh bien, dit mon ami, c’est ici que tu as tes racines ? »
Non, c’est juste là que mon enfance se vida,
Je voulais lui répondre, là que j’ai débuté :
Maintenant, le plan des lieux m’est revenu
Notre jardin d’abord, où je n’inventai pas
D’aveuglantes théologies de fleurs et de fruits,
Où jamais un vieux monsieur ne s’adressa à moi.
Et puis il y a cette merveilleuse fratrie
Où jamais, malheureux, je ne me suis enfui
Les garçons tout en muscles, les filles toute poitrine
Leur vieux tacot marrant, leur ferme où je pouvais
« Enfin être moi-même ». Et je vous montrerai, aussi
Ces fougères, au milieu desquelles, tout tremblant
Je n’ai pas résolu de le faire, quand elle s’allongerait
Et que « tout disparaîtrait dans un feu brûlant »
Et ces bureaux, où mes gribouillages
Ne furent pas imprimés en petit-romain, ni lus
Par un honorable cousin de notre maire
Qui n’a pas appelé, n’a pas dit à mon père
Ici, devant nous, si nous pouvions lire le futur -
« Tu sembles vraiment détester cet endroit,
Dit mon ami, rien qu’à voir ton visage, - Oui,
Mais ce n’est peut être pas de sa faute », ai-je dit
Rien, comme tout, peut arriver partout.
I Remember, I Remember
Coming up to England by a different line
For once, early in the cold new year,
We stopped, and, watching men with number-plates
Sprint down the platform to familiar gates,
'Why, Coventry!' I exclaimed. 'I was born here'
I leant far out, and squinnied for a sign
That this was still the town that had been 'mine'
So long, but found I wasn't even clear
Which side was which. From where those cycle-crates
Were standing, had we annually departed
For all those family hols? . . . A whistle went:
Things moved. I sat back, staring at my boots.
'Was that,' my friend smiled, 'where you "have your roots" ?'
No, only where my childhood was unspent,
I wanted to retort, just were I started:
By now I've got the whole place clearly charted.
Our garden, first: where I did not invent
Blinding theories of flowers and fruits,
And wasn't spoken to by an old hat.
And here we have that splendid family
I never ran to when I got depressed,
The boys all biceps and the girls all chest,
Their comic Ford, their farm where I could be
'Really myself'. I'll show you, come to that,
The bracken where I never trembling sat,
Determined to go through with it; where she
Lay back, and 'all became a burning mist'.
And, in those offices, my doggerel
Was not set up in blunt ten-point, nor read
By a distinguished cousin of the mayor,
Who didn't call and tell my father There
Before us, had we the gift to see ahead -
'You look as if you wished the place in Hell,'
My friend said, 'judging from your face.' 'Oh well,
I suppose it's not the place's fault,' I said.
Nothing, like something, happens anywhere.
Remontant l’Angleterre sur une autre ligne
Plus tôt que d’habitude, par un froid nouvel an
A un arrêt, je vis des gens, avec des numéros
Qui couraient sur le quai vers l‘entrée familière
« Tiens, Coventry ! » je m’exclamai, « C’est là que je suis né »
Je me penchais, clignais, cherchais un signe
Qui indiquât l’endroit où si longtemps
J’avais été « chez moi », mais voyais bien
Que je ne savais plus où était quoi. Etait-ce de là bas
Sous ces piles de caisses que nous partions tous les ans
Pour nos congés payés… Un sifflet retentit
Tout bougea, je me rassis, regardant mes bottines.
« Eh bien, dit mon ami, c’est ici que tu as tes racines ? »
Non, c’est juste là que mon enfance se vida,
Je voulais lui répondre, là que j’ai débuté :
Maintenant, le plan des lieux m’est revenu
Notre jardin d’abord, où je n’inventai pas
D’aveuglantes théologies de fleurs et de fruits,
Où jamais un vieux monsieur ne s’adressa à moi.
Et puis il y a cette merveilleuse fratrie
Où jamais, malheureux, je ne me suis enfui
Les garçons tout en muscles, les filles toute poitrine
Leur vieux tacot marrant, leur ferme où je pouvais
« Enfin être moi-même ». Et je vous montrerai, aussi
Ces fougères, au milieu desquelles, tout tremblant
Je n’ai pas résolu de le faire, quand elle s’allongerait
Et que « tout disparaîtrait dans un feu brûlant »
Et ces bureaux, où mes gribouillages
Ne furent pas imprimés en petit-romain, ni lus
Par un honorable cousin de notre maire
Qui n’a pas appelé, n’a pas dit à mon père
Ici, devant nous, si nous pouvions lire le futur -
« Tu sembles vraiment détester cet endroit,
Dit mon ami, rien qu’à voir ton visage, - Oui,
Mais ce n’est peut être pas de sa faute », ai-je dit
Rien, comme tout, peut arriver partout.
I Remember, I Remember
Coming up to England by a different line
For once, early in the cold new year,
We stopped, and, watching men with number-plates
Sprint down the platform to familiar gates,
'Why, Coventry!' I exclaimed. 'I was born here'
I leant far out, and squinnied for a sign
That this was still the town that had been 'mine'
So long, but found I wasn't even clear
Which side was which. From where those cycle-crates
Were standing, had we annually departed
For all those family hols? . . . A whistle went:
Things moved. I sat back, staring at my boots.
'Was that,' my friend smiled, 'where you "have your roots" ?'
No, only where my childhood was unspent,
I wanted to retort, just were I started:
By now I've got the whole place clearly charted.
Our garden, first: where I did not invent
Blinding theories of flowers and fruits,
And wasn't spoken to by an old hat.
And here we have that splendid family
I never ran to when I got depressed,
The boys all biceps and the girls all chest,
Their comic Ford, their farm where I could be
'Really myself'. I'll show you, come to that,
The bracken where I never trembling sat,
Determined to go through with it; where she
Lay back, and 'all became a burning mist'.
And, in those offices, my doggerel
Was not set up in blunt ten-point, nor read
By a distinguished cousin of the mayor,
Who didn't call and tell my father There
Before us, had we the gift to see ahead -
'You look as if you wished the place in Hell,'
My friend said, 'judging from your face.' 'Oh well,
I suppose it's not the place's fault,' I said.
Nothing, like something, happens anywhere.
Libellés :
anglais,
Philip Larkin (1922-1985)
Yu Jian - 16
Les samedis de machine à laver
Le plaisir de tourner
Abime les habits du maître
Abime leurs couleurs vives
Abime leur mauvaise qualité
Abime ceux qu’on ne saurait porter dans les dîners
Abime
Pour que jour après jour
Tout reste propre
Le seul épargné est un pull en laine
Qui exige un cycle différent
Son rêve ?
A la jupe rouge
De la maîtresse de maison
Etre assorti
洗衣机的星期六
旋转的快感 将主人的布磨损
磨损它的鲜艳 磨损它的粗糙
磨损它不适应于宴会的部分
磨损 让人日复一日 保持干净
幸福的是一件羊毛衣
它要求与众不同的转速
它的愿望 是与女主人的
红裙子 匹配
Le plaisir de tourner
Abime les habits du maître
Abime leurs couleurs vives
Abime leur mauvaise qualité
Abime ceux qu’on ne saurait porter dans les dîners
Abime
Pour que jour après jour
Tout reste propre
Le seul épargné est un pull en laine
Qui exige un cycle différent
Son rêve ?
A la jupe rouge
De la maîtresse de maison
Etre assorti
洗衣机的星期六
旋转的快感 将主人的布磨损
磨损它的鲜艳 磨损它的粗糙
磨损它不适应于宴会的部分
磨损 让人日复一日 保持干净
幸福的是一件羊毛衣
它要求与众不同的转速
它的愿望 是与女主人的
红裙子 匹配
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
lundi 27 janvier 2014
Yu Jian - 61
L’architecte de l’asile
Est
Ce brave homme
Sain d’esprit
Qui a construit
Des milliers de logements
Des
Vespasiennes et des centres commerciaux
Avec les mêmes
Structures de briques
De verre et d’acier
La même décoration
Les mêmes espaces verts
Les mêmes
Arrivées d’eau et de gaz
L’asile
Est un bâtiment normal
Construit par un homme normal
Il faudrait qu’il se retire
Respecte les horaires
Profite du moment
Devienne ce brave homme
Qui dort normalement
Mange normalement
Mais il n’est pas normal
Il habite à l’intérieur
Et a eu l’idée anormale
De faire d’une pièce que les braves gens considèrent comme normale
Le numéro 204 fou
Avec des murs, fous, plastifiés, et des rambardes, folles, d’acier
Des vitres teintées des robinets fous
Des postes de radio fous des ceintures en cuir
Des ampoules folles de 60 watts
Des chaises pliantes folles et métalliques des urinoirs fous en porcelaine
Un grand salon fou avec un vestibule
Un père fou
Qui parcours un tas de journaux fous
Une serpillère folle
Qui racle la peau d’une chair de ciment
Bref, cet homme est fou
Et doit être enfermé dans cette
Pièce normale
疯人院的设计师
也就是 设计
千家万户 以及
公共厕所和超级商场的
那一位
头脑正常的好人
他用了同样的
砖混结构 玻璃和钢材
同样装修 同样绿化 同样
通煤气和自来水
疯人院 就是一幢正常人设计的
正常建筑
他应该好好地安顿下来
按照作息时间表 坐享现成
当一个正常睡眠
正常进餐的好人
但他不正常 他住在里面
却有一种不正常的想法
他把好人视为正常的房间
当成发疯的204号
发疯的喷塑墙和发疯的钢栅栏
发疯的茶色玻璃窗子和自来水
发疯的无线电收音机和牛皮腰带
发疯的60瓦电灯泡
发疯的钢折椅和陶瓷小便槽
发疯的大客厅和防盗门
发疯的父亲 在翻一大堆发疯的报纸
发疯的拖把 在剥水泥肉的皮
所以他是疯子
必须把他关在这个
正常的房间里
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
dimanche 26 janvier 2014
Yu Jian - 59
La maladie mentale du maïs
Folle possession de l’âme
Me dépeint humilié et offensé
Et je veux être un Beatles
Des champs
Ou alors une belle récolte de narcotiques
Ou encore un café triste « fin de siècle »
Dans une gare sinistre
Sourire condescendant
Ou bien un « requiem pour un village »
« Le doigt comme un magicien sous la lune »
Folle possession de l’âme
Me dépeint humilié et offensé
Et je veux être un Beatles
Des champs
Ou alors une belle récolte de narcotiques
Ou encore un café triste « fin de siècle »
Dans une gare sinistre
Sourire condescendant
Ou bien un « requiem pour un village »
« Le doigt comme un magicien sous la lune »
Maïs insensé
Qui expose ta bouche pleine de dents jaunes
Et qui crie et qui hurle au poète
Viens vite me violer
Entraîne moi dans ton champ de
Maïs élégiaque
Qui expose ta bouche pleine de dents jaunes
Et qui crie et qui hurle au poète
Viens vite me violer
Entraîne moi dans ton champ de
Maïs élégiaque
玉米的精神病
疯狂地要获得灵魂
把我写成被侮辱与被损害的一个
我要当一个庄稼地上的
披头士
或者代表毒品丰收
或者“世纪末”的伤心咖啡馆
在阴郁的火车站上 屈尊微笑……
或者“乡村的挽歌”
“手指头要象月亮下的巫师一样”
疯玉米 豁着满嘴的黄牙齿
对瘦诗人大叫大嚷
快强奸我吧
快把我拖进诗歌的
玉米地
疯狂地要获得灵魂
把我写成被侮辱与被损害的一个
我要当一个庄稼地上的
披头士
或者代表毒品丰收
或者“世纪末”的伤心咖啡馆
在阴郁的火车站上 屈尊微笑……
或者“乡村的挽歌”
“手指头要象月亮下的巫师一样”
疯玉米 豁着满嘴的黄牙齿
对瘦诗人大叫大嚷
快强奸我吧
快把我拖进诗歌的
玉米地
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
Yu Jian - 55
Ce que le grand public appelle poésie
Est le meilleur des chiffons
Capable de faire briller
Sur une chaussure de marque
A la porte d’une suite
L’élégance des Classiques公众叫做诗歌的东西
品质比麻布更好
它可以为大厅门口的
名牌皮鞋
揩擦出魏晋风度
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
Yu Jian - 6
Un arbre
Du ciel garde ses distances
D’un autre arbre garde ses distances
D’un autre fruit garde ses distances
D’un autre sol garde ses distances
D’une autre source garde ses distances
D’autres oiseaux garde ses distances
Il doit de toute chose garder ses distance
Car il suffit qu’il fasse un pas
Pour qu’il perde le ciel
Perde le sol
Perde l’eau
Perde l’oiseau
Pour qu’il perde sa place
Et qu’il meure
一棵树
与天空保持距离
与另一棵树保持着距离
与另一类果实保持着距离
与另一片土壤保持着距离
与另一片水源保持着距离
与另一群鸟保持着距离
它必须与一切事物保持距离
它只要移动一步 它就丧失天空
丧事土壤 丧失水 丧失鸟
它就丧失职位
它只要死掉
Du ciel garde ses distances
D’un autre arbre garde ses distances
D’un autre fruit garde ses distances
D’un autre sol garde ses distances
D’une autre source garde ses distances
D’autres oiseaux garde ses distances
Il doit de toute chose garder ses distance
Car il suffit qu’il fasse un pas
Pour qu’il perde le ciel
Perde le sol
Perde l’eau
Perde l’oiseau
Pour qu’il perde sa place
Et qu’il meure
一棵树
与天空保持距离
与另一棵树保持着距离
与另一类果实保持着距离
与另一片土壤保持着距离
与另一片水源保持着距离
与另一群鸟保持着距离
它必须与一切事物保持距离
它只要移动一步 它就丧失天空
丧事土壤 丧失水 丧失鸟
它就丧失职位
它只要死掉
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
Yu Jian - 15
J’écris en automne
Comme
les maîtres d’autrefois
Du quinze Septembre au quinze Octobre
Des vendanges aux gelées blanches
J’écris en automne
C’est uniquement une habitude distinguée
Autour de moi aucun indice
N'évoque l’automne des poètes anciens
Il y a bien ce géant qui gouverne tout
Entre ciel et terre
Etendant
son empire
Mais ce n’est pas l’automne
Pas la grue au-dessus des champs
Pas
le fifre dans l’orage
Oh
En tous lieux en septembre ce sont
Les tuyaux de la compagnie des eaux
C’est
le compteur
Rouillé
Au
coin de l’appartement
Qui calcule
La
superficie détrempée
我在秋天写作 象古代的大师
在八月十五或九月十五
在立秋之日或白露时分
我在秋天写作
这仅仅是一个文雅的好习惯
周围并没有任何迹象
与唐诗中记录的秋天有关
也有一个统治着一切的庞然大物
在天空和大地之间 辽阔地盘踞
但那不是秋天
不是田野上的仙鹤 不是风暴中的牧笛
哦 那在八月无所不在的
是自来水厂的管道 是生锈的
水表 在公寓的一角
计算着 潮湿的面积
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
Yu Jian-1
Quand le début c’est un lapin
On sait bien que derrière il y a le méchant loup
Mais on se dit qu'un théâtre doit avoir une issue
Qu’on a le temps
Que l’on peut rester regarder
Attendre encore
Que peut être, extraordinaire,
Un char d’assaut traverse la scène
Et puis, le méchant loup est là
On se résigne à partir
Mais on ne voit plus le début
Il n’y a plus de lapin
Et ma seule issue c'est le méchant loup
开头是一只兔子
就知道后面有大灰狼
总以为这个剧院必有出口
时间还早 还可以再看下去
再等等 也许会出乎预料
有一辆坦克会横穿过舞台
直到大灰狼来了 才决心离开
可是开头已经不见了 没有兔子
我只能从大灰狼这里出去
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
dimanche 22 décembre 2013
Lawrence Ferlinghetti - Goya dans ses plus grandes scènes
Goya dans ses plus grandes scènes nous semble dessiner
les peuples du monde
à l'instant précis où
ils atteignent à la dignité
"d'humanité douloureuse"
Ils se tordent sur la page
dans un véritable orage
de calamités
Entassés
gémissants avec des bébés et des baïonnettes
sous un ciel de ciment
dans un paysage abstrait d'arbres déchiquetés
de statues voilées d'ailes et de becs de chauves-souris
de gibets glissants
de cadavres et de coqs carnivores
et de tous les monstres derniers hurlants
de
l'imagination des catastrophes
ils ont l'air tellement réels
que c'est comme s'ils existaient encore
Et ils existent
seul le paysage a changé
Ils s'étalent le long des routes
tourmentés par les légionnaires
les faux moulins à vent et les oiseaux déments
Ce sont les mêmes peuples
mais plus loin de chez eux
sur des autoroutes de cinquante voies
sur un continent de béton
où s'espacent des panneaux naïfs
qu'illustrent d'idiotes illusions de bonheur
La scène a moins de tombereaux
mais plus de citoyens en manque
dans des voitures peintes
ils ont d'étranges plaques d'immatriculation
et des moteurs
qui dévorent l'Amérique
les peuples du monde
à l'instant précis où
ils atteignent à la dignité
"d'humanité douloureuse"
Ils se tordent sur la page
dans un véritable orage
de calamités
Entassés
gémissants avec des bébés et des baïonnettes
sous un ciel de ciment
dans un paysage abstrait d'arbres déchiquetés
de statues voilées d'ailes et de becs de chauves-souris
de gibets glissants
de cadavres et de coqs carnivores
et de tous les monstres derniers hurlants
de
l'imagination des catastrophes
ils ont l'air tellement réels
que c'est comme s'ils existaient encore
Et ils existent
seul le paysage a changé
Ils s'étalent le long des routes
tourmentés par les légionnaires
les faux moulins à vent et les oiseaux déments
Ce sont les mêmes peuples
mais plus loin de chez eux
sur des autoroutes de cinquante voies
sur un continent de béton
où s'espacent des panneaux naïfs
qu'illustrent d'idiotes illusions de bonheur
La scène a moins de tombereaux
mais plus de citoyens en manque
dans des voitures peintes
ils ont d'étranges plaques d'immatriculation
et des moteurs
qui dévorent l'Amérique
In Goya’s greatest
scenes we seem to see
the people of the
world
exactly at
the moment when
they
first attained the title of
‘suffering humanity’
They
writhe upon the page
in a veritable rage
of
adversity
Heaped up
groaning with babies and bayonets
under cement
skies
in an
abstract landscape of blasted trees
bent statues bats wings and beaks
slippery gibbets
cadavers and carnivorous cocks
and all
the final hollering monsters
of
the
‘imagination of disaster’
they are
so bloody real
it is as if they really still
existed
And they do
Only the landscape is changed
They still are
ranged along the roads
plagued by
legionnaires
false windmills and demented roosters
They are the same
people
only further from home
on freeways
fifty lanes wide
on a concrete continent
spaced with bland
billboards
illustrating imbecile illusions of happiness
The scene shows fewer tumbrils
but more strung-out
citizens
in
painted cars
and they have strange license
plates
and engines
that devour
America
Libellés :
anglais,
Lawrence Ferlighetti (1919-)
jeudi 21 novembre 2013
e.e. Cummings - Ma très chère et cetera
ma très chère et cetera
tante lucie pendant la dernière
guerre savait et mieux
encore expliquait ce
pour quoi chacun se
battait,
ma soeur
isabel produisit des centaines
(et
des centaines) de chaussettes sans
parler des chemises passe-montagnes antipoux
et cetera mitaines et cetera, ma
mère espérait que
je mourrais et cetera
comme un brave bien sûr mon père se
cassait la voix à répéter que c'était
une chance et que si seulement il
avait pu tandis que moi
même et cetera allongé tranquille
dans la boue profonde et
cetera
(rêvant
et
cetera, de
Tes sourires
yeux genoux et de ton Et cetera)
tante lucie pendant la dernière
guerre savait et mieux
encore expliquait ce
pour quoi chacun se
battait,
ma soeur
isabel produisit des centaines
(et
des centaines) de chaussettes sans
parler des chemises passe-montagnes antipoux
et cetera mitaines et cetera, ma
mère espérait que
je mourrais et cetera
comme un brave bien sûr mon père se
cassait la voix à répéter que c'était
une chance et que si seulement il
avait pu tandis que moi
même et cetera allongé tranquille
dans la boue profonde et
cetera
(rêvant
et
cetera, de
Tes sourires
yeux genoux et de ton Et cetera)
Libellés :
anglais,
EE Cummings (1894-1962)
mercredi 20 novembre 2013
e.e. Cummings - puisqu'on ressent d'abord
puisqu'on ressent d'abord
quiconque prête attention
à la syntaxe des choses
ne vous embrassera jamais vraiment;
ne sera vraiment fou
dans le Printemps du monde
mon sang approuve,
et les baisers sont un meilleur parti
que la sagesse
madame j'en fais serment par toutes les fleurs. Ne pleurez pas
- le meilleur mouvement de mon esprit vaut moins
qu'un battement de vos paupières qui dit
nous sommes l'un pour l'autre: alors
riez, reposée dans mes bras
car la vie n'est pas un paragraphe
Et la mort, je crois, pas une parenthèse
since feeling is first
who pays any attention
to the syntax of things
will never wholly kiss you;
wholly to be a fool
while Spring in is the world
by blood approves
and kisses are a better fate
than wisdom
lady i swear by all flowers. Don't cry
- the best gesture of my brain is less than
your eyelid's flutter which says
we are for each other: then
laugh, leaning back in my arms
for life's not a paragraph
And death I think is no parenthesis
quiconque prête attention
à la syntaxe des choses
ne vous embrassera jamais vraiment;
ne sera vraiment fou
dans le Printemps du monde
mon sang approuve,
et les baisers sont un meilleur parti
que la sagesse
madame j'en fais serment par toutes les fleurs. Ne pleurez pas
- le meilleur mouvement de mon esprit vaut moins
qu'un battement de vos paupières qui dit
nous sommes l'un pour l'autre: alors
riez, reposée dans mes bras
car la vie n'est pas un paragraphe
Et la mort, je crois, pas une parenthèse
since feeling is first
who pays any attention
to the syntax of things
will never wholly kiss you;
wholly to be a fool
while Spring in is the world
by blood approves
and kisses are a better fate
than wisdom
lady i swear by all flowers. Don't cry
- the best gesture of my brain is less than
your eyelid's flutter which says
we are for each other: then
laugh, leaning back in my arms
for life's not a paragraph
And death I think is no parenthesis
Libellés :
anglais,
EE Cummings (1894-1962)
mercredi 13 novembre 2013
Haizi - le soleil d'Arles
Le soleil d’Arles*
A mon grand frère maigre
(Tout ce que j'ai fait sur nature, c'est des marrons pris dans le feu. Ah! Ceux qui ne croient pas au soleil d'ici sont bien impies.) **
Partir au Sud
Partir au SudIl n’y a dans ton sang ni amour ni printemps
Ni clair de lune
Jamais assez de pain
Et encor moins d’amis
Il y a seulement ces pauvres enfants qui dévorent tout
Van Gogh, Oh Van Gogh, mon grand frère maigre
Jailli de la terre
Comme un volcan, insouciant
Est-ce un murier, un champ de blé
Ou bien est-ce toi
Qui surgit de l’excès de ces temps de misère
En vérité, ton œil unique illumine le monde
Mais c’est le troisième œil qu’il te faut employer, le soleil d’Arles
Embrase les étoiles en un torrent vulgaire
Embrase la terre qui tourne
Comme une main levée en un spasme jaune, les tournesols
Invitent ceux qui tirent les marrons du feu
Tu ne montreras plus le Christ aux oliviers
Si tu dois peindre peins l’olive qu’on récolte
Peins cette boule de feu
Remplace notre père dans les cieux
Et lave nos existences
Grand frère aux cheveux roux, finis ton absinthe
Et allume ce feu
Embrase
阿尔的太阳
*
——给我的瘦哥哥
——给我的瘦哥哥
“一切我所向着的自然创作的,是栗子,从火中取出来的。啊,那不信仰太阳的人是背弃了神的人。”**
到南方去
到南方去
你的血液里没有情人和春天
没有月亮
面包甚至都不够
朋友更少
只有一群苦痛的孩子,吞噬着一切
瘦哥哥凡·高,凡·高啊
从地下强劲喷出的
火山一样不计后果的
是丝杉和麦田
还是你自己
喷出多余的活命的时间
其实,你的一只眼睛就可以照亮世界
但你还要使用第三只眼,阿尔的太阳
把星空烧成粗糙的河流
把土地烧得旋转
举起黄色的痉挛的手,向日葵
邀请一切火中取栗的人
不要再画基督的橄榄园
要画就画橄榄收获
画强暴的一团火
代替天上的老爷子
洗净生命
红头发的哥哥,喝完苦艾酒
你就开始点这把火吧
烧吧
1984.4
—————————————
* 阿尔系法国南部一小镇,凡·高在此创作了七八十幅画,这是他的黄金时期。——海子自注。
** 摘自凡·高致其弟泰奥书信。
到南方去
你的血液里没有情人和春天
没有月亮
面包甚至都不够
朋友更少
只有一群苦痛的孩子,吞噬着一切
瘦哥哥凡·高,凡·高啊
从地下强劲喷出的
火山一样不计后果的
是丝杉和麦田
还是你自己
喷出多余的活命的时间
其实,你的一只眼睛就可以照亮世界
但你还要使用第三只眼,阿尔的太阳
把星空烧成粗糙的河流
把土地烧得旋转
举起黄色的痉挛的手,向日葵
邀请一切火中取栗的人
不要再画基督的橄榄园
要画就画橄榄收获
画强暴的一团火
代替天上的老爷子
洗净生命
红头发的哥哥,喝完苦艾酒
你就开始点这把火吧
烧吧
1984.4
—————————————
* 阿尔系法国南部一小镇,凡·高在此创作了七八十幅画,这是他的黄金时期。——海子自注。
** 摘自凡·高致其弟泰奥书信。
Libellés :
chinois (moderne),
Haizi 海子 (1964-1989)
samedi 26 octobre 2013
Haizi - Cuivre d'Asie
Cuivre d’Asie
Cuivre d’Asie, cuivre d’Asie
Grand père est mort ici, mon père est mort ici, et je mourrai ici
Tu es le seul endroit où l’on enterre
Cuivre d’Asie, cuivre d’Asie
Ce qui aime douter et puis s’envole, c’est l’oiseau ; ce qui submerge tout, l’eau de la mer
Ton seul seigneur, c’est l’herbe verte, qui loge sur ton dos chétif, et conserve les paumes et les secrets des fleurs sauvages
Cuivre d’Asie, cuivre d’Asie
As-tu remarqué ? ces deux colombes sont deux chaussures blanches que Qu Yuan oublia sur la grève
Afin que nous --- cette rivière et nous, puissions les porter
Cuivre d’Asie, cuivre d’Asie
Quand les tambours se taisent, nous appelons ce cœur qui danse dans le noir : clair de lune
Ce clair de lune que tu composas.
(Octobre 1984)
亚洲铜
亚洲铜 亚洲铜
祖父死在这里 父亲死在这里 我也会死在这里
你是唯一的一块埋人的地方
亚洲铜 亚洲铜
爱怀疑和飞翔的是鸟 淹没一切的是海水
你的主人却是青草 住在自己细小的腰上 守住野花的手掌和秘密
亚洲铜 亚洲铜
看见了吗? 那两只白鸽子 它是屈原遗落在沙滩上的白鞋子
让我们——我们和河流一起 穿上它吧
亚洲铜 亚洲铜
击鼓之后 我们把在黑暗中跳舞的心脏叫做月亮
这月亮主要由你构成
Cuivre d’Asie, cuivre d’Asie
Grand père est mort ici, mon père est mort ici, et je mourrai ici
Tu es le seul endroit où l’on enterre
Cuivre d’Asie, cuivre d’Asie
Ce qui aime douter et puis s’envole, c’est l’oiseau ; ce qui submerge tout, l’eau de la mer
Ton seul seigneur, c’est l’herbe verte, qui loge sur ton dos chétif, et conserve les paumes et les secrets des fleurs sauvages
Cuivre d’Asie, cuivre d’Asie
As-tu remarqué ? ces deux colombes sont deux chaussures blanches que Qu Yuan oublia sur la grève
Afin que nous --- cette rivière et nous, puissions les porter
Cuivre d’Asie, cuivre d’Asie
Quand les tambours se taisent, nous appelons ce cœur qui danse dans le noir : clair de lune
Ce clair de lune que tu composas.
(Octobre 1984)
亚洲铜
亚洲铜 亚洲铜
祖父死在这里 父亲死在这里 我也会死在这里
你是唯一的一块埋人的地方
亚洲铜 亚洲铜
爱怀疑和飞翔的是鸟 淹没一切的是海水
你的主人却是青草 住在自己细小的腰上 守住野花的手掌和秘密
亚洲铜 亚洲铜
看见了吗? 那两只白鸽子 它是屈原遗落在沙滩上的白鞋子
让我们——我们和河流一起 穿上它吧
亚洲铜 亚洲铜
击鼓之后 我们把在黑暗中跳舞的心脏叫做月亮
这月亮主要由你构成
Libellés :
chinois (moderne),
Haizi 海子 (1964-1989)
mardi 27 décembre 2011
Gu Cheng - Je suis un enfant coléreux
我是一个任性的孩子
也许
我是被妈妈宠坏的孩子
我任性
我希望
每一个时刻
都像彩色蜡笔那样美丽
我希望
能在心爱的白纸上画画
画出笨拙的自由
画下一只永远不会
流泪的眼睛
一片天空
一片属于天空的羽毛和树叶
一个淡绿的夜晚和苹果
我想画下早晨
画下露水所能看见的微笑
画下所有最年轻的
没有痛苦的爱情
画下想象中
我的爱人
她没有见过阴云
她的眼睛是晴空的颜色
她永远看着我
永远,看着
绝不会忽然掉过头去
我想画下遥远的风景
画下清晰的地平线和水波
画下许许多多快乐的小河
画下丘陵——
长满淡淡的茸毛
我让它们挨得很近
让它们相爱
让每一个默许
每一阵静静的春天的激动
都成为
一朵小花的生日
我还想画下未来
我没见过她,也不可能
但知道她很美
我画下她秋天的风衣
画下那些燃烧的烛火和枫叶
画下许多因为爱她
而熄灭的心
画下婚礼
画下一个个早早醒来的节日——
上面贴着玻璃糖纸
和北方童话的插图
我是一个任性的孩子
我想涂去一切不幸
我想在大地上
画满窗子
让所有习惯黑暗的眼睛
都习惯光明
我想画下风
画下一架比一架更高大的山岭
画下东方民族的渴望
画下大海——
无边无际愉快的声音
最后,在纸角上
我还想画下自己
画下一只树熊
他坐在维多利亚深色的丛林里
坐在安安静静的树枝上
发愣
他没有家
没有一颗留在远处的心
他只有,许许多多
浆果一样的梦
和很大很大的眼睛
我在希望
在想
但不知为什么
我没有领到蜡笔
没有得到一个彩色的时刻
我只有我
我的手指和创痛
只有撕碎那一张张
心爱的白纸
让它们去寻找蝴蝶
让它们从今天消失
我是一个孩子
一个被幻想妈妈宠坏的孩子
我任性
(一九八一年三月)
Je suis un enfant coléreux
Peut être que
Je suis un enfant que sa maman a trop gâté
Je suis coléreux
Je voulais
Que chaque instant
Soit beau comme des crayons de toutes les couleurs
Je voulais
Pouvoir dessiner sur l’adorable feuille blanche
Dessiner l’idiote liberté
Dessiner un œil
Qui jamais ne pleurerait
Et un ciel
Et des plumes et des feuilles sur ce ciel
Un soir glauque et une pomme
Je voulais dessiner l’aube
Dessiner la rosée et les sourires qu’on aperçoit
Dessiner toutes ces enfantines
Amours qui n’ont pas souffert
Dessiner en rêve
Celle que j’aime
Elle n‘a pas vu les nuages sombres
Ses yeux sont clairs comme le ciel
Toujours elle me regarde
Toujours, observe
Sans jamais détourner la tête
Je voulais dessiner des pays lointains
Dessiner des horizons clairs et des vagues
Dessiner tous ces ruisseaux joyeux
Dessiner des collines ---
Couvertes de mousse pâle
Je les aurais serrées
Pour qu’elles s’aiment
Pour que chacune s’abandonne
Que chaque souffle calme du printemps
Devienne
La fête d’une fleur
Je voulais aussi dessiner l’avenir
Je ne l’avais jamais vue, c’était impossible
Mais je savais qu’elle serait belle
Dessiner son manteau d’automne
Dessiner ces bougies ces érables en feu
Dessiner des cœurs
Par son amour éteints
Dessiner des mariages
Dessiner toutes ces fêtes levées de bon matin --
Et coller dessus des papiers de bonbons
Et des illustrations de contes pour enfants
Je suis un enfant coléreux
Et j’ai voulu tout raturer
Je voulais partout sur la terre
Dessiner des fenêtres
Pour que les yeux accoutumés à l’ombre
S’habituent à la lumière
Je voulais dessiner le vent
Dessiner les crêtes des montagnes toujours plus hautes
Dessiner la soif des peuples de l’orient
Dessiner l’océan
Et le chant infini du bonheur
Enfin, au coin de la feuille
Je voulais me dessiner aussi
Dessiner un ours dans les arbres
Dans la jungle sombre de Victoria
Rêvant
Sans maison
Sans cœur abandonné au loin
Avec seulement, tout plein
De rêves comme des baies
Et d’immenses yeux
Je voulais encore
Voulais
Mais je ne sais pas pourquoi
Je n’ai pas reçu de crayons
Pas eu d’instant de toutes les couleurs
Je n’ai eu que moi
Avec mes doigts et mes douleurs
Que ces feuilles déchirées
Adorables et blanches
Parties chasser les papillons
Evanouies dans le présent
Je suis un enfant
Que sa maman rêveuse a trop gâté
Je suis coléreux
(Mars 1981)
也许
我是被妈妈宠坏的孩子
我任性
我希望
每一个时刻
都像彩色蜡笔那样美丽
我希望
能在心爱的白纸上画画
画出笨拙的自由
画下一只永远不会
流泪的眼睛
一片天空
一片属于天空的羽毛和树叶
一个淡绿的夜晚和苹果
我想画下早晨
画下露水所能看见的微笑
画下所有最年轻的
没有痛苦的爱情
画下想象中
我的爱人
她没有见过阴云
她的眼睛是晴空的颜色
她永远看着我
永远,看着
绝不会忽然掉过头去
我想画下遥远的风景
画下清晰的地平线和水波
画下许许多多快乐的小河
画下丘陵——
长满淡淡的茸毛
我让它们挨得很近
让它们相爱
让每一个默许
每一阵静静的春天的激动
都成为
一朵小花的生日
我还想画下未来
我没见过她,也不可能
但知道她很美
我画下她秋天的风衣
画下那些燃烧的烛火和枫叶
画下许多因为爱她
而熄灭的心
画下婚礼
画下一个个早早醒来的节日——
上面贴着玻璃糖纸
和北方童话的插图
我是一个任性的孩子
我想涂去一切不幸
我想在大地上
画满窗子
让所有习惯黑暗的眼睛
都习惯光明
我想画下风
画下一架比一架更高大的山岭
画下东方民族的渴望
画下大海——
无边无际愉快的声音
最后,在纸角上
我还想画下自己
画下一只树熊
他坐在维多利亚深色的丛林里
坐在安安静静的树枝上
发愣
他没有家
没有一颗留在远处的心
他只有,许许多多
浆果一样的梦
和很大很大的眼睛
我在希望
在想
但不知为什么
我没有领到蜡笔
没有得到一个彩色的时刻
我只有我
我的手指和创痛
只有撕碎那一张张
心爱的白纸
让它们去寻找蝴蝶
让它们从今天消失
我是一个孩子
一个被幻想妈妈宠坏的孩子
我任性
(一九八一年三月)
Je suis un enfant coléreux
Peut être que
Je suis un enfant que sa maman a trop gâté
Je suis coléreux
Je voulais
Que chaque instant
Soit beau comme des crayons de toutes les couleurs
Je voulais
Pouvoir dessiner sur l’adorable feuille blanche
Dessiner l’idiote liberté
Dessiner un œil
Qui jamais ne pleurerait
Et un ciel
Et des plumes et des feuilles sur ce ciel
Un soir glauque et une pomme
Je voulais dessiner l’aube
Dessiner la rosée et les sourires qu’on aperçoit
Dessiner toutes ces enfantines
Amours qui n’ont pas souffert
Dessiner en rêve
Celle que j’aime
Elle n‘a pas vu les nuages sombres
Ses yeux sont clairs comme le ciel
Toujours elle me regarde
Toujours, observe
Sans jamais détourner la tête
Je voulais dessiner des pays lointains
Dessiner des horizons clairs et des vagues
Dessiner tous ces ruisseaux joyeux
Dessiner des collines ---
Couvertes de mousse pâle
Je les aurais serrées
Pour qu’elles s’aiment
Pour que chacune s’abandonne
Que chaque souffle calme du printemps
Devienne
La fête d’une fleur
Je voulais aussi dessiner l’avenir
Je ne l’avais jamais vue, c’était impossible
Mais je savais qu’elle serait belle
Dessiner son manteau d’automne
Dessiner ces bougies ces érables en feu
Dessiner des cœurs
Par son amour éteints
Dessiner des mariages
Dessiner toutes ces fêtes levées de bon matin --
Et coller dessus des papiers de bonbons
Et des illustrations de contes pour enfants
Je suis un enfant coléreux
Et j’ai voulu tout raturer
Je voulais partout sur la terre
Dessiner des fenêtres
Pour que les yeux accoutumés à l’ombre
S’habituent à la lumière
Je voulais dessiner le vent
Dessiner les crêtes des montagnes toujours plus hautes
Dessiner la soif des peuples de l’orient
Dessiner l’océan
Et le chant infini du bonheur
Enfin, au coin de la feuille
Je voulais me dessiner aussi
Dessiner un ours dans les arbres
Dans la jungle sombre de Victoria
Rêvant
Sans maison
Sans cœur abandonné au loin
Avec seulement, tout plein
De rêves comme des baies
Et d’immenses yeux
Je voulais encore
Voulais
Mais je ne sais pas pourquoi
Je n’ai pas reçu de crayons
Pas eu d’instant de toutes les couleurs
Je n’ai eu que moi
Avec mes doigts et mes douleurs
Que ces feuilles déchirées
Adorables et blanches
Parties chasser les papillons
Evanouies dans le présent
Je suis un enfant
Que sa maman rêveuse a trop gâté
Je suis coléreux
(Mars 1981)
Libellés :
chinois (moderne),
Gu Cheng 顾城 (1956-1993)
mardi 20 décembre 2011
WH Auden - Le plus aimant des deux
Le plus aimant des deux
Regardant les étoiles, je comprends bien
Que de leur point de vue, je ne suis rien
Mais ici bas il n’est guère effrayant
D’être ignoré des bêtes et des gens
Que dirions-nous si les astres brûlaient
D’une passion dont nous ne pouvions mais ?
S’il n’est pas permis de s’apprécier autant
Je préfère des deux être le plus aimant
Amoureux comme je crois l’être
D’étoiles qui s’en moquent peut-être
Saurais-je en les voyant affirmer
Que l’une d’elles aujourd’hui m’a manqué ?
Si toutes les étoiles venaient à mourir
Devant un ciel vide je devrais m’attendrir
Mais pour trouver sublime ce noir intransigeant
Il me faudrait peut être un peu de temps
The more loving one - WH Auden
Looking up at the stars, I know quite well
That, for all they care, I can go to hell,
But on earth indifference is the least
We have to dread from man or beast.
How should we like it were stars to burn
With a passion for us we could not return?
If equal affection cannot be,
Let the more loving one be me.
Admirer as I think I am
Of stars that do not give a damn,
I cannot, now I see them, say
I missed one terribly all day.
Were all stars to disappear or die,
I should learn to look at an empty sky
And feel its total dark sublime,
Though this might take me a little time.
Regardant les étoiles, je comprends bien
Que de leur point de vue, je ne suis rien
Mais ici bas il n’est guère effrayant
D’être ignoré des bêtes et des gens
Que dirions-nous si les astres brûlaient
D’une passion dont nous ne pouvions mais ?
S’il n’est pas permis de s’apprécier autant
Je préfère des deux être le plus aimant
Amoureux comme je crois l’être
D’étoiles qui s’en moquent peut-être
Saurais-je en les voyant affirmer
Que l’une d’elles aujourd’hui m’a manqué ?
Si toutes les étoiles venaient à mourir
Devant un ciel vide je devrais m’attendrir
Mais pour trouver sublime ce noir intransigeant
Il me faudrait peut être un peu de temps
The more loving one - WH Auden
Looking up at the stars, I know quite well
That, for all they care, I can go to hell,
But on earth indifference is the least
We have to dread from man or beast.
How should we like it were stars to burn
With a passion for us we could not return?
If equal affection cannot be,
Let the more loving one be me.
Admirer as I think I am
Of stars that do not give a damn,
I cannot, now I see them, say
I missed one terribly all day.
Were all stars to disappear or die,
I should learn to look at an empty sky
And feel its total dark sublime,
Though this might take me a little time.
Libellés :
anglais,
WH Auden (1907-1973)
lundi 17 octobre 2011
Huang Guang Dao - Imaginer autre chose
想象另一种可能
在是与非之间
我们需要一万次穿越盛开的蜂巢
聆听开花时
虚妄的词语落下来
就在此刻
当光被再一次提及
鸟群
成为虚无的排列
静止在高空
所有鸟儿都是白色的
有如苦痛之时
一根带血的刺虚晃了一下
Imaginer autre chose
Entre le vrai et le faux
Nous devons mille fois traverser cette ruche en fleurs
On les entend s’épanouir
Et les mots fabriqués s’effondrent
A cet instant
Où la lumière est encore évoquée
Un vol d’oiseaux
Devient l’ordre du néant
Immobiles au firmament
Tous les oiseaux sont blancs
Comme dans la douleur
Une épine sanglante
Qui feinte
在是与非之间
我们需要一万次穿越盛开的蜂巢
聆听开花时
虚妄的词语落下来
就在此刻
当光被再一次提及
鸟群
成为虚无的排列
静止在高空
所有鸟儿都是白色的
有如苦痛之时
一根带血的刺虚晃了一下
Imaginer autre chose
Entre le vrai et le faux
Nous devons mille fois traverser cette ruche en fleurs
On les entend s’épanouir
Et les mots fabriqués s’effondrent
A cet instant
Où la lumière est encore évoquée
Un vol d’oiseaux
Devient l’ordre du néant
Immobiles au firmament
Tous les oiseaux sont blancs
Comme dans la douleur
Une épine sanglante
Qui feinte
Libellés :
chinois (moderne),
Huang Guangdao 黄光道 (1989-)
vendredi 14 octobre 2011
Duo Yu - L'homme à la lampe
提灯人
——献给A
他举着灯,匆匆走在无面孔的人群里
太阳像一束追光,追着他不测的命运
当所有人都看到光明时他却只能看到黑暗
当所有人都替他捏把汗时他却在日落之前
被一把拽进黑暗里……
(2011春夏之交)
L’homme à la lampe
- Pour A
Une lampe à la main, il fend la foule sans visage
Le soleil comme un projecteur, suit son étrange destin
Chacun voit la lumière : lui seul distingue l’ombre
Chacun pour lui retient son souffle : il est là, devant le couchant
Par une main traîné dans l’obscurité….
(2011, printemps, été)
——献给A
他举着灯,匆匆走在无面孔的人群里
太阳像一束追光,追着他不测的命运
当所有人都看到光明时他却只能看到黑暗
当所有人都替他捏把汗时他却在日落之前
被一把拽进黑暗里……
(2011春夏之交)
L’homme à la lampe
- Pour A
Une lampe à la main, il fend la foule sans visage
Le soleil comme un projecteur, suit son étrange destin
Chacun voit la lumière : lui seul distingue l’ombre
Chacun pour lui retient son souffle : il est là, devant le couchant
Par une main traîné dans l’obscurité….
(2011, printemps, été)
Libellés :
chinois (moderne),
Duo Yu (朵鱼 1973-)
mercredi 7 septembre 2011
Duo Yu - Le bruit d'une porte qu'on frappe
敲门声
风暴正在街上大打出手
冷却塔轰鸣着高温之歌
年青的占星家在为时代推敲命运——
还差一个逗号了——背后传来敲门声
还差一个句号了——敲门声越来越急
还差一声叹息了……敲门者已破门而入。
(2011)
Le bruit d’une porte qu’on frappe
L’orage brutalise la route
La tour de refroidissement crie sa chanson brûlante
Le jeune astrologue médite sur le destin de notre époque -
Il ne manque qu’une virgule -- Derrière, le bruit d’une porte qu’on frappe
Il ne manque qu’un point – Les coups, de plus en plus vite
Il ne manque qu’un soupir… On a enfoncé la porte.
(2011)
风暴正在街上大打出手
冷却塔轰鸣着高温之歌
年青的占星家在为时代推敲命运——
还差一个逗号了——背后传来敲门声
还差一个句号了——敲门声越来越急
还差一声叹息了……敲门者已破门而入。
(2011)
Le bruit d’une porte qu’on frappe
L’orage brutalise la route
La tour de refroidissement crie sa chanson brûlante
Le jeune astrologue médite sur le destin de notre époque -
Il ne manque qu’une virgule -- Derrière, le bruit d’une porte qu’on frappe
Il ne manque qu’un point – Les coups, de plus en plus vite
Il ne manque qu’un soupir… On a enfoncé la porte.
(2011)
Libellés :
chinois (moderne),
Duo Yu (朵鱼 1973-)
vendredi 26 août 2011
Duo Yu - En mémoire
怀念
突然想起那些早逝的诗人
他们的诗集就放在手边
他们的音容还留在记忆里
他们的邮件还躺在信箱里
他们喝过的酒、唱过的歌、骂过的人
还一样清白、愤怒、无耻地活在世上
而他们
也真的跟活着时没什么两样
只是安静了许多
只是不再讲话
而我们这个世界
又多么需要安静一小会儿啊!
(2010冬)
En mémoire
Je me souviens de ces poètes morts trop jeunes
Leurs recueils encore sous la main
Leurs voix encore dans nos esprits
Leur courrier dans la boite aux lettres
Le vin qu’ils ont bu, les airs qu’ils chantèrent, les gens qu’ils maudirent
Toujours innocemment, indignement, insolemment vivants ici bas
Et eux
Pas vraiment différents de quand ils étaient là
Juste un peu plus calmes
Juste ne parlant plus
Et ce monde
Qui aurait tant besoin d’un peu de calme !
(Hiver 2010)
突然想起那些早逝的诗人
他们的诗集就放在手边
他们的音容还留在记忆里
他们的邮件还躺在信箱里
他们喝过的酒、唱过的歌、骂过的人
还一样清白、愤怒、无耻地活在世上
而他们
也真的跟活着时没什么两样
只是安静了许多
只是不再讲话
而我们这个世界
又多么需要安静一小会儿啊!
(2010冬)
En mémoire
Je me souviens de ces poètes morts trop jeunes
Leurs recueils encore sous la main
Leurs voix encore dans nos esprits
Leur courrier dans la boite aux lettres
Le vin qu’ils ont bu, les airs qu’ils chantèrent, les gens qu’ils maudirent
Toujours innocemment, indignement, insolemment vivants ici bas
Et eux
Pas vraiment différents de quand ils étaient là
Juste un peu plus calmes
Juste ne parlant plus
Et ce monde
Qui aurait tant besoin d’un peu de calme !
(Hiver 2010)
Libellés :
chinois (moderne),
Duo Yu (朵鱼 1973-)
mardi 26 juillet 2011
Mademoiselle Gee - WH Auden
Mademoiselle Gee
Ecoutez la petite histoire
De mademoiselle Edith Gee
Elle habitait Clevedon Terrace
Numéro 66
Elle louchait un peu de l’œil gauche
Ses lèvres étaient menues et fines
Elle avait les épaules étroites et tombantes
Et pas la moindre poitrine
Un chapeau de velours avec des rubans
Un tailleur de serge gris
Elle vivait à Clevedon Terrace
Dans une chambre à petit prix
Un imper mauve quand il pleuvait
Un parapluie vert à emporter
Elle avait un vélo, avec un panier
Et des freins mal réglés
La paroisse Saint Aloysius
Etait juste à côté
Elle y faisait du tricot
Pour la vente de charité
Parfois Mademoiselle Gee interrogeait le ciel
‘Quelqu’un sait il seulement,
Que je vis ici à Clevedon Terrace
Pour cent livres par an ?’
Une nuit elle avait rêvé
Qu’elle était la Reine de France
Et que le curé de Saint Aloysius
Priait sa Majesté de lui accorder cette danse
Mais l’orage emporta le palais
Elle pédalait dans un champ de blé
Et un taureau, le portrait du curé
La chargeait tête baissée
Elle sentait son souffle sur elle
Il allait la rattraper
Et son vélo avançait de moins en moins vite
A cause des freins mal réglés
L’été les arbres étaient comme un tableau
L’hiver les montrait en ruine
Elle allait en vélo à la messe du soir
Boutonnée jusqu’au cou
Elle passe devant les amoureux
En détournant la tête
Elle passe devant les amoureux
Qui ne lui font pas fête
Mademoiselle Gee s’assied dans le transept
Et écoute l’orgue jouer
Et le chœur qui chante si doucement
En cette fin de journée
Mademoiselle Gee s’agenouille dans le transept
Les genoux à même le sol
Ne me soumets pas à la tentation
Mais fais de moi une bonne fille
Les jours et les nuits passent sur elle
Comme les vagues sur une épave en ruine
En vélo elle va jusqu'au dispensaire
Toujours boutonnée jusqu'au cou
En vélo elle va jusqu'au dispensaire
Sonne chez le chirurgien
Docteur, j’ai une douleur à l’intérieur
Et je ne me sens pas bien
Le docteur Thomas l’ausculte
Et l’examine à nouveau
Puis se tournant pour se laver les mains
Dit: 'pourquoi n’êtes vous pas venue plus tôt ?'
Le docteur Thomas est devant son dîner
Alors que sa femme n’a pas encore sonné
Il fait des boulettes avec son pain
Et dit c’est curieux, le cancer
Personne ne sait d’où il vient
Quoi qu’on puisse en dire
Il est comme un assassin
Qui attend son heure
Les femmes sans enfants l’attrapent
Et les hommes à la retraite
Comme s’il était là pour compenser
Quand la création s’arrête
Sa femme appele la bonne et dit
'Tu es morbide, mon chéri'
Il dit 'j’ai vu Mademoiselle Gee ce soir
Et je crois bien qu’elle est finie'
Ils ont emmené Mademoiselle Gee à l’hôpital
Ils l’ont allongée, en ruine
Allongée dans le dortoir des dames
Ses draps remontés jusqu’au cou
Ils l’ont allongée sur la table
Les étudiants ont ri
Et Mr Rose, le chirurgien
A découpé Mademoiselle Gee
Il s’est tourné vers ses étudiants:
'Messieurs, votre attention
On voit rarement une tumeur
De pareilles proportions'
Ils l’ont enlevée de la table
Ont roulé Mademoiselle Gee
Vers un autre service
Celui d’Anatomie
Ils l’ont accrochée au plafond
Mademoiselle Gee, pendue à un clou
Pendant qu’une bande de carabins d’Oxford
Délicatement dissèquait son genou.
Miss Gee
Let me tell you a little story
About Miss Edith Gee;
She lived in Clevedon Terrace
At number 83.
She'd a slight squint in her left eye,
Her lips they were thin and small,
She had narrow sloping shoulders
And she had no bust at all.
She'd a velvet hat with trimmings,
And a dark grey serge costume;
She lived in Clevedon Terrace
In a small bed-sitting room.
She'd a purple mac for wet days,
A green umbrella too to take,
She'd a bicycle with shopping basket
And a harsh back-pedal break.
The Church of Saint Aloysius
Was not so very far;
She did a lot of knitting,
Knitting for the Church Bazaar.
Miss Gee looked up at the starlight
And said, 'Does anyone care
That I live on Clevedon Terrace
On one hundred pounds a year?'
She dreamed a dream one evening
That she was the Queen of France
And the Vicar of Saint Aloysius
Asked Her Majesty to dance.
But a storm blew down the palace,
She was biking through a field of corn,
And a bull with the face of the Vicar
Was charging with lowered horn.
She could feel his hot breath behind her,
He was going to overtake;
And the bicycle went slower and slower
Because of that back-pedal break.
Summer made the trees a picture,
Winter made them a wreck;
She bicycled to the evening service
With her clothes buttoned up to her neck.
She passed by the loving couples,
She turned her head away;
She passed by the loving couples,
And they didn't ask her to stay.
Miss Gee sat in the side-aisle,
She heard the organ play;
And the choir sang so sweetly
At the ending of the day,
Miss Gee knelt down in the side-aisle,
She knelt down on her knees;
'Lead me not into temptation
But make me a good girl, please.'
The days and nights went by her
Like waves round a Cornish wreck;
She bicycled down to the doctor
With her clothes buttoned up to her neck.
She bicycled down to the doctor,
And rang the surgery bell;
'O, doctor, I've a pain inside me,
And I don't feel very well.'
Doctor Thomas looked her over,
And then he looked some more;
Walked over to his wash-basin,
Said,'Why didn't you come before?'
Doctor Thomas sat over his dinner,
Though his wife was waiting to ring,
Rolling his bread into pellets;
Said, 'Cancer's a funny thing.
'Nobody knows what the cause is,
Though some pretend they do;
It's like some hidden assassin
Waiting to strike at you.
'Childless women get it.
And men when they retire;
It's as if there had to be some outlet
For their foiled creative fire.'
His wife she rang for the servent,
Said, 'Dont be so morbid, dear';
He said: 'I saw Miss Gee this evening
And she's a goner, I fear.'
They took Miss Gee to the hospital,
She lay there a total wreck,
Lay in the ward for women
With her bedclothes right up to her neck.
They lay her on the table,
The students began to laugh;
And Mr. Rose the surgeon
He cut Miss Gee in half.
Mr. Rose he turned to his students,
Said, 'Gentlemen if you please,
We seldom see a sarcoma
As far advanced as this.'
They took her off the table,
They wheeled away Miss Gee
Down to another department
Where they study Anatomy.
They hung her from the ceiling
Yes, they hung up Miss Gee;
And a couple of Oxford Groupers
Carefully dissected her knee.
Ecoutez la petite histoire
De mademoiselle Edith Gee
Elle habitait Clevedon Terrace
Numéro 66
Elle louchait un peu de l’œil gauche
Ses lèvres étaient menues et fines
Elle avait les épaules étroites et tombantes
Et pas la moindre poitrine
Un chapeau de velours avec des rubans
Un tailleur de serge gris
Elle vivait à Clevedon Terrace
Dans une chambre à petit prix
Un imper mauve quand il pleuvait
Un parapluie vert à emporter
Elle avait un vélo, avec un panier
Et des freins mal réglés
La paroisse Saint Aloysius
Etait juste à côté
Elle y faisait du tricot
Pour la vente de charité
Parfois Mademoiselle Gee interrogeait le ciel
‘Quelqu’un sait il seulement,
Que je vis ici à Clevedon Terrace
Pour cent livres par an ?’
Une nuit elle avait rêvé
Qu’elle était la Reine de France
Et que le curé de Saint Aloysius
Priait sa Majesté de lui accorder cette danse
Mais l’orage emporta le palais
Elle pédalait dans un champ de blé
Et un taureau, le portrait du curé
La chargeait tête baissée
Elle sentait son souffle sur elle
Il allait la rattraper
Et son vélo avançait de moins en moins vite
A cause des freins mal réglés
L’été les arbres étaient comme un tableau
L’hiver les montrait en ruine
Elle allait en vélo à la messe du soir
Boutonnée jusqu’au cou
Elle passe devant les amoureux
En détournant la tête
Elle passe devant les amoureux
Qui ne lui font pas fête
Mademoiselle Gee s’assied dans le transept
Et écoute l’orgue jouer
Et le chœur qui chante si doucement
En cette fin de journée
Mademoiselle Gee s’agenouille dans le transept
Les genoux à même le sol
Ne me soumets pas à la tentation
Mais fais de moi une bonne fille
Les jours et les nuits passent sur elle
Comme les vagues sur une épave en ruine
En vélo elle va jusqu'au dispensaire
Toujours boutonnée jusqu'au cou
En vélo elle va jusqu'au dispensaire
Sonne chez le chirurgien
Docteur, j’ai une douleur à l’intérieur
Et je ne me sens pas bien
Le docteur Thomas l’ausculte
Et l’examine à nouveau
Puis se tournant pour se laver les mains
Dit: 'pourquoi n’êtes vous pas venue plus tôt ?'
Le docteur Thomas est devant son dîner
Alors que sa femme n’a pas encore sonné
Il fait des boulettes avec son pain
Et dit c’est curieux, le cancer
Personne ne sait d’où il vient
Quoi qu’on puisse en dire
Il est comme un assassin
Qui attend son heure
Les femmes sans enfants l’attrapent
Et les hommes à la retraite
Comme s’il était là pour compenser
Quand la création s’arrête
Sa femme appele la bonne et dit
'Tu es morbide, mon chéri'
Il dit 'j’ai vu Mademoiselle Gee ce soir
Et je crois bien qu’elle est finie'
Ils ont emmené Mademoiselle Gee à l’hôpital
Ils l’ont allongée, en ruine
Allongée dans le dortoir des dames
Ses draps remontés jusqu’au cou
Ils l’ont allongée sur la table
Les étudiants ont ri
Et Mr Rose, le chirurgien
A découpé Mademoiselle Gee
Il s’est tourné vers ses étudiants:
'Messieurs, votre attention
On voit rarement une tumeur
De pareilles proportions'
Ils l’ont enlevée de la table
Ont roulé Mademoiselle Gee
Vers un autre service
Celui d’Anatomie
Ils l’ont accrochée au plafond
Mademoiselle Gee, pendue à un clou
Pendant qu’une bande de carabins d’Oxford
Délicatement dissèquait son genou.
Miss Gee
Let me tell you a little story
About Miss Edith Gee;
She lived in Clevedon Terrace
At number 83.
She'd a slight squint in her left eye,
Her lips they were thin and small,
She had narrow sloping shoulders
And she had no bust at all.
She'd a velvet hat with trimmings,
And a dark grey serge costume;
She lived in Clevedon Terrace
In a small bed-sitting room.
She'd a purple mac for wet days,
A green umbrella too to take,
She'd a bicycle with shopping basket
And a harsh back-pedal break.
The Church of Saint Aloysius
Was not so very far;
She did a lot of knitting,
Knitting for the Church Bazaar.
Miss Gee looked up at the starlight
And said, 'Does anyone care
That I live on Clevedon Terrace
On one hundred pounds a year?'
She dreamed a dream one evening
That she was the Queen of France
And the Vicar of Saint Aloysius
Asked Her Majesty to dance.
But a storm blew down the palace,
She was biking through a field of corn,
And a bull with the face of the Vicar
Was charging with lowered horn.
She could feel his hot breath behind her,
He was going to overtake;
And the bicycle went slower and slower
Because of that back-pedal break.
Summer made the trees a picture,
Winter made them a wreck;
She bicycled to the evening service
With her clothes buttoned up to her neck.
She passed by the loving couples,
She turned her head away;
She passed by the loving couples,
And they didn't ask her to stay.
Miss Gee sat in the side-aisle,
She heard the organ play;
And the choir sang so sweetly
At the ending of the day,
Miss Gee knelt down in the side-aisle,
She knelt down on her knees;
'Lead me not into temptation
But make me a good girl, please.'
The days and nights went by her
Like waves round a Cornish wreck;
She bicycled down to the doctor
With her clothes buttoned up to her neck.
She bicycled down to the doctor,
And rang the surgery bell;
'O, doctor, I've a pain inside me,
And I don't feel very well.'
Doctor Thomas looked her over,
And then he looked some more;
Walked over to his wash-basin,
Said,'Why didn't you come before?'
Doctor Thomas sat over his dinner,
Though his wife was waiting to ring,
Rolling his bread into pellets;
Said, 'Cancer's a funny thing.
'Nobody knows what the cause is,
Though some pretend they do;
It's like some hidden assassin
Waiting to strike at you.
'Childless women get it.
And men when they retire;
It's as if there had to be some outlet
For their foiled creative fire.'
His wife she rang for the servent,
Said, 'Dont be so morbid, dear';
He said: 'I saw Miss Gee this evening
And she's a goner, I fear.'
They took Miss Gee to the hospital,
She lay there a total wreck,
Lay in the ward for women
With her bedclothes right up to her neck.
They lay her on the table,
The students began to laugh;
And Mr. Rose the surgeon
He cut Miss Gee in half.
Mr. Rose he turned to his students,
Said, 'Gentlemen if you please,
We seldom see a sarcoma
As far advanced as this.'
They took her off the table,
They wheeled away Miss Gee
Down to another department
Where they study Anatomy.
They hung her from the ceiling
Yes, they hung up Miss Gee;
And a couple of Oxford Groupers
Carefully dissected her knee.
Libellés :
anglais,
WH Auden (1907-1973)
mercredi 27 avril 2011
Haizi - La nuit dans une goutte
一滴水中的黑夜
一滴水中的黑夜
一滴泪水中的全部黑夜
一滴无名的泪水
在乡村长大的泪水
飞在乡村的黑夜
山坡上,几棵冬天的草
看见四海龙王 在黄昏之后
举起了一片淹没了野鸽子的
漆黑的像黑夜的海水
一样的天空
海水把你推上岸来
一滴水中的黑夜
推到我的怀抱
朝夕相伴,如痴如醉
一滴泪水有她自己的笑容
就像黑夜中闪闪的星星
这些陌生人系好了自己的马
在女王广大的田野和树林
1988.2.11
La nuit dans une goutte
La nuit dans une goutte
Toute la nuit dans une larme
Une larme sans nom
Larme grandie au village
Volant dans la nuit du village
Sur la colline, quelques herbes d’hiver
J’ai vu le roi dragon des quatre mers
Au-delà du crépuscule
Qui soulevait un morceau de ciel
A noyer les tourterelles
Noir comme la mer, la nuit
La mer t’a jetée sur la côte
La nuit dans une goutte
T’a jetée dans mes bras
Ensemble jour et nuit
Idiots et ivres
Dans une larme, il y a son sourire
Comme les étoiles qui brillent dans la nuit
Ces inconnus ont attaché leurs chevaux
Dans les grands bois et les champs de la reine
11-2-1988
一滴水中的黑夜
一滴泪水中的全部黑夜
一滴无名的泪水
在乡村长大的泪水
飞在乡村的黑夜
山坡上,几棵冬天的草
看见四海龙王 在黄昏之后
举起了一片淹没了野鸽子的
漆黑的像黑夜的海水
一样的天空
海水把你推上岸来
一滴水中的黑夜
推到我的怀抱
朝夕相伴,如痴如醉
一滴泪水有她自己的笑容
就像黑夜中闪闪的星星
这些陌生人系好了自己的马
在女王广大的田野和树林
1988.2.11
La nuit dans une goutte
La nuit dans une goutte
Toute la nuit dans une larme
Une larme sans nom
Larme grandie au village
Volant dans la nuit du village
Sur la colline, quelques herbes d’hiver
J’ai vu le roi dragon des quatre mers
Au-delà du crépuscule
Qui soulevait un morceau de ciel
A noyer les tourterelles
Noir comme la mer, la nuit
La mer t’a jetée sur la côte
La nuit dans une goutte
T’a jetée dans mes bras
Ensemble jour et nuit
Idiots et ivres
Dans une larme, il y a son sourire
Comme les étoiles qui brillent dans la nuit
Ces inconnus ont attaché leurs chevaux
Dans les grands bois et les champs de la reine
11-2-1988
Libellés :
chinois (moderne),
Haizi 海子 (1964-1989)
jeudi 16 décembre 2010
Haizi - A Rimbaud
献给韩波:诗歌的烈士
反对月亮
反对月亮肚子上绿色浇灌天空
韩波,我的生理之王
韩波,我远嫁他方姐妹早夭之子
韩波,语言的水兽和姑娘们的秘密情郎
韩波在天之巨大下面——脊背坼裂
上路,上路韩波如醉舟
不顾一切地上路
韩波如装满医生的车子
远方如韩波的病人
远方如树的手指怀孕花果
反对老家的中产阶级
韩波是野兽睫毛上淫浪的波浪
村中的韩波
毒药之父
(1864-1891)
埋于此:太阳
海子的诗
A Rimbaud, poète martyr
A bas la lune
A bas le vert qui arrose le ciel sur le ventre de la lune
Rimbaud, seigneur de ma physiologie
Rimbaud, fils trop tôt disparu de mes sœurs mariées au loin
Rimbaud, monstre marin du langage, amour secret des jeunes filles
Rimbaud, sous le ciel immense – les reins brisés
En route, Rimbaud en route comme un bateau ivre
En route quoi qu’il advienne
Rimbaud comme une voiture remplie de médecins
Le loin, comme un malade de Rimbaud
Le loin, comme la main d’un arbre, enceinte de fleurs et de fruits
A bas la classe moyenne du pays natal
Rimbaud, vague lubrique sur les cils d’une bête sauvage
Rimbaud de village
Père des poisons
(1864-1891)
Enterré ici : Soleil
Poème de Haizi
反对月亮
反对月亮肚子上绿色浇灌天空
韩波,我的生理之王
韩波,我远嫁他方姐妹早夭之子
韩波,语言的水兽和姑娘们的秘密情郎
韩波在天之巨大下面——脊背坼裂
上路,上路韩波如醉舟
不顾一切地上路
韩波如装满医生的车子
远方如韩波的病人
远方如树的手指怀孕花果
反对老家的中产阶级
韩波是野兽睫毛上淫浪的波浪
村中的韩波
毒药之父
(1864-1891)
埋于此:太阳
海子的诗
A Rimbaud, poète martyr
A bas la lune
A bas le vert qui arrose le ciel sur le ventre de la lune
Rimbaud, seigneur de ma physiologie
Rimbaud, fils trop tôt disparu de mes sœurs mariées au loin
Rimbaud, monstre marin du langage, amour secret des jeunes filles
Rimbaud, sous le ciel immense – les reins brisés
En route, Rimbaud en route comme un bateau ivre
En route quoi qu’il advienne
Rimbaud comme une voiture remplie de médecins
Le loin, comme un malade de Rimbaud
Le loin, comme la main d’un arbre, enceinte de fleurs et de fruits
A bas la classe moyenne du pays natal
Rimbaud, vague lubrique sur les cils d’une bête sauvage
Rimbaud de village
Père des poisons
(1864-1891)
Enterré ici : Soleil
Poème de Haizi
Libellés :
chinois (moderne),
Haizi 海子 (1964-1989)
mercredi 15 décembre 2010
Duo Yu - Doute
不相信
他朝我的影子狠狠地踩下去
让我的心头一紧
我抬眼看见那张脸
一半是微笑,一半是阴影
开阔的鼻孔有一股腐烂的味道
他指了指前方
我重新把头低下
当时阳光正毒
我的身影很短
Doute
Il piétine mon ombre avec férocité
Et mon cœur se serre
Je lève les yeux, j’aperçois ce visage
Moitié sourire, moitié noirceur
Narines dilatées qui sentent un peu la pourriture
Il pointe du doigt, devant nous
Alors je baisse la tête
A cet instant, le soleil est terrible
Et mon ombre toute petite
他朝我的影子狠狠地踩下去
让我的心头一紧
我抬眼看见那张脸
一半是微笑,一半是阴影
开阔的鼻孔有一股腐烂的味道
他指了指前方
我重新把头低下
当时阳光正毒
我的身影很短
Doute
Il piétine mon ombre avec férocité
Et mon cœur se serre
Je lève les yeux, j’aperçois ce visage
Moitié sourire, moitié noirceur
Narines dilatées qui sentent un peu la pourriture
Il pointe du doigt, devant nous
Alors je baisse la tête
A cet instant, le soleil est terrible
Et mon ombre toute petite
Libellés :
chinois (moderne),
Duo Yu (朵鱼 1973-)
dimanche 12 décembre 2010
Yu Jian 47
47
清晨的腐败
发生在厨房内部
如果把食物和蔬菜的排列
看成讨论晚餐的会议
La corruption du petit matin
Apparait au cœur de la cuisine
Si l’on a disposé les plats et les légumes
Comme une conférence, débattant du dîner
清晨的腐败
发生在厨房内部
如果把食物和蔬菜的排列
看成讨论晚餐的会议
La corruption du petit matin
Apparait au cœur de la cuisine
Si l’on a disposé les plats et les légumes
Comme une conférence, débattant du dîner
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
Yu Jian - 33
33
超级市场的水泥地基打入地层十米以下
为的是不使消过毒的苹果和冰冻的牛肉
从货架上掉下来
超级市场 仍旧是大地上的一部分
在这坚固而没有细菌的地面上
长不出苹果树
在这丰富多彩的货架中间
不会有人
在转过某个弯的时候 悠然瞥见
远远的南山下 一头母牛和一头小羊
在低头吃草
Les fondations de ciment du supermarché s’enfoncent à dix mètres sous la terre
Pour que les pommes, traitées, et la viande de bœuf, surgelée
Ne tombent pas des étagères
Mais si le supermarché
N’est rien qu’un endroit, sur la terre
Sur son sol stable et aseptisé
Ne pousseront pas les pommiers
Dans ses rayons, richement décorés
Personne jamais
Au hasard d’un tournant
N’apercevra au loin
Au pied de la montagne, au sud
Une vache, un agneau
Broutant tête baissée
超级市场的水泥地基打入地层十米以下
为的是不使消过毒的苹果和冰冻的牛肉
从货架上掉下来
超级市场 仍旧是大地上的一部分
在这坚固而没有细菌的地面上
长不出苹果树
在这丰富多彩的货架中间
不会有人
在转过某个弯的时候 悠然瞥见
远远的南山下 一头母牛和一头小羊
在低头吃草
Les fondations de ciment du supermarché s’enfoncent à dix mètres sous la terre
Pour que les pommes, traitées, et la viande de bœuf, surgelée
Ne tombent pas des étagères
Mais si le supermarché
N’est rien qu’un endroit, sur la terre
Sur son sol stable et aseptisé
Ne pousseront pas les pommiers
Dans ses rayons, richement décorés
Personne jamais
Au hasard d’un tournant
N’apercevra au loin
Au pied de la montagne, au sud
Une vache, un agneau
Broutant tête baissée
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
samedi 11 décembre 2010
Duo Yu - C'est l'hiver
冬天来了
冬天来了,孤立的时刻到了。
是不自由在为我们争取自由,
是星光在为监狱颁发荣誉。
是枯木在认领前世的落叶,
是北风在自扫门前雪。
成群的乌鸦飞过丛林,必有一只
是最黑的;一只穿皮衣的大鸟,
在敲响流亡者的家门。
是时候了,不能再给机会主义
以机会,不能再让天鹅恋上癞蛤蟆。
冷空气正在北方开着会议,我等着
等着你们给我送来一个最冷的冬天。
(2010冬)
C’est l’hiver
C’est l’hiver, voici venus les moments solitaires
C’est l’enfermé, luttant pour notre liberté
C’est le ciel étoilé, qui de la prison chante la louange
C’est l’arbre sec, qui reconnait ses feuilles mortes
C’est le vent du nord, qui balaie la neige devant la porte
Des vols de corbeaux passent sur les bois, il faut que l’un d’eux
Soit le plus noir, un grand oiseau vêtu de cuir
Qui frappe à la maison de l’exilé
Voici venu le temps, on ne peut plus donner l’opportunisme
A l’occasion, on ne peut plus laisser le cygne s’éprendre du crapaud.
Les vents glacés sont dans le nord en conférence, j’attends
J’attends que vous m’envoyiez le plus froid des hivers.
(Hiver 2010)
冬天来了,孤立的时刻到了。
是不自由在为我们争取自由,
是星光在为监狱颁发荣誉。
是枯木在认领前世的落叶,
是北风在自扫门前雪。
成群的乌鸦飞过丛林,必有一只
是最黑的;一只穿皮衣的大鸟,
在敲响流亡者的家门。
是时候了,不能再给机会主义
以机会,不能再让天鹅恋上癞蛤蟆。
冷空气正在北方开着会议,我等着
等着你们给我送来一个最冷的冬天。
(2010冬)
C’est l’hiver
C’est l’hiver, voici venus les moments solitaires
C’est l’enfermé, luttant pour notre liberté
C’est le ciel étoilé, qui de la prison chante la louange
C’est l’arbre sec, qui reconnait ses feuilles mortes
C’est le vent du nord, qui balaie la neige devant la porte
Des vols de corbeaux passent sur les bois, il faut que l’un d’eux
Soit le plus noir, un grand oiseau vêtu de cuir
Qui frappe à la maison de l’exilé
Voici venu le temps, on ne peut plus donner l’opportunisme
A l’occasion, on ne peut plus laisser le cygne s’éprendre du crapaud.
Les vents glacés sont dans le nord en conférence, j’attends
J’attends que vous m’envoyiez le plus froid des hivers.
(Hiver 2010)
Libellés :
chinois (moderne),
Duo Yu (朵鱼 1973-)
vendredi 3 décembre 2010
Huang Guangdao - En mémoire de notre ciel
纪念我们的天空
想起一些沉重的事儿
我可以孤独地忘了自己
麦子绿了
什么也听不到
水银般的耳朵是多么的高贵
整个冬天
有阳光的地方
水会失去形状
我会紧缩成一具尸体
像醉鬼佯装着继续爬上山岗
爬上山岗
窗前的栾树
每一个季节
我会给它们一个失望的比喻
倒立的扫帚
倒立的人儿
......
可为什么长着长着就没了样儿
分叉的嫩枝
无数的嫩枝无限地分叉下去
各自开着花儿
各自占据一个遥远的地方
面对这样的城堡
天空是破碎的
抬头看一眼
那么多谎言在穿梭
像一场危险地叙述
鸟儿会在高处迷路
也会从高处迅速地衰老下来
而我则可以想象着在你毛茸茸的脖颈上
掏出隐匿的刀刃
告诉人们
你的秘密
是没有花瓣的土地
En mémoire de notre ciel
Quand je pense à des choses difficiles
Je peux m’oublier tout seul
Le blé devient vert
On n’entend plus rien
Les oreilles, vif argent, sont si nobles
Tout l’hiver
Aux lieux ensoleillés
L’eau perd sa forme
Je m’étiole me fais cadavre
Comme un ivrogne fais semblant de grimper
Grimper
Par la fenêtre, des arbres à savon
En chaque saison
Je ferai une pauvre métaphore
Balais à l’envers
Bonshommes à l’envers
….
Mais pourquoi ils poussent, poussent et n’ont l’air de rien
Branches qui bifurquent
Branches innombrables qui bifurquent sans fin
Chacune fleurie
Chacune occupant un endroit distant
Face à pareil château
Le ciel est en miettes
Levant la tête, un regard
Tant de mensonges échangés
Comme une histoire dangereuse
Dans les hauteurs, les oiseaux se perdent
Et des hauteurs vite vieillissent
Alors, j’imagine que sur ton cou velu
Tirant une lame cachée
Je dis à tout le monde
Que tes secrets
Sont une terre sans pétales
想起一些沉重的事儿
我可以孤独地忘了自己
麦子绿了
什么也听不到
水银般的耳朵是多么的高贵
整个冬天
有阳光的地方
水会失去形状
我会紧缩成一具尸体
像醉鬼佯装着继续爬上山岗
爬上山岗
窗前的栾树
每一个季节
我会给它们一个失望的比喻
倒立的扫帚
倒立的人儿
......
可为什么长着长着就没了样儿
分叉的嫩枝
无数的嫩枝无限地分叉下去
各自开着花儿
各自占据一个遥远的地方
面对这样的城堡
天空是破碎的
抬头看一眼
那么多谎言在穿梭
像一场危险地叙述
鸟儿会在高处迷路
也会从高处迅速地衰老下来
而我则可以想象着在你毛茸茸的脖颈上
掏出隐匿的刀刃
告诉人们
你的秘密
是没有花瓣的土地
En mémoire de notre ciel
Quand je pense à des choses difficiles
Je peux m’oublier tout seul
Le blé devient vert
On n’entend plus rien
Les oreilles, vif argent, sont si nobles
Tout l’hiver
Aux lieux ensoleillés
L’eau perd sa forme
Je m’étiole me fais cadavre
Comme un ivrogne fais semblant de grimper
Grimper
Par la fenêtre, des arbres à savon
En chaque saison
Je ferai une pauvre métaphore
Balais à l’envers
Bonshommes à l’envers
….
Mais pourquoi ils poussent, poussent et n’ont l’air de rien
Branches qui bifurquent
Branches innombrables qui bifurquent sans fin
Chacune fleurie
Chacune occupant un endroit distant
Face à pareil château
Le ciel est en miettes
Levant la tête, un regard
Tant de mensonges échangés
Comme une histoire dangereuse
Dans les hauteurs, les oiseaux se perdent
Et des hauteurs vite vieillissent
Alors, j’imagine que sur ton cou velu
Tirant une lame cachée
Je dis à tout le monde
Que tes secrets
Sont une terre sans pétales
Libellés :
chinois (moderne),
Huang Guangdao 黄光道 (1989-)
jeudi 2 décembre 2010
Yu Jian - 110
干活的时候
总是有什么在后面或旁边
默不做声地看着
或许还做做鬼脸
但没有时间去对付它
它可能是某种尚未长出舌头的东西
它将在我干完之后
长出舌头
Quand on travaille
Il y a toujours quelque chose, derrière ou à coté
Qui regarde sans dire un mot
Ou bien fait des grimaces
Mais dont on n’a pas le temps de s’occuper
Peut être que ce quelque chose n’a pas encore de langue
Et que, quand j’aurai terminé
Il lui en poussera une
总是有什么在后面或旁边
默不做声地看着
或许还做做鬼脸
但没有时间去对付它
它可能是某种尚未长出舌头的东西
它将在我干完之后
长出舌头
Quand on travaille
Il y a toujours quelque chose, derrière ou à coté
Qui regarde sans dire un mot
Ou bien fait des grimaces
Mais dont on n’a pas le temps de s’occuper
Peut être que ce quelque chose n’a pas encore de langue
Et que, quand j’aurai terminé
Il lui en poussera une
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
vendredi 5 novembre 2010
Zhai Yongming - Rideau
Rideau
Derrière le mur, il y a la mer
Derrière le rideau, il y a le ciel
Entre mur et rideau, il y a le temps
(Maintenant, parlons du décor
De son endroit, de son envers
Monde sans moi
Scène de rêve et de raison
Chant qui pleure et qui parle
Faux soir et vrai jour
Entremêlés
Inséparables)
Devant le rideau, il y a le présent
Devant le public, il y a le rideau
Entre public et rideau, les projecteurs
Qui éclairent mes yeux
Eclairent cette vie que le rideau partage
Vie de pantin
Vie de douleur
Vie d’illusion
C’est quoi, la vie, quand le rideau retombe ?
幕
在一堵墙的后面是大海
在一块布的后面是天空
在一堵墙和一块布之间的是时间
(现在,谈谈幕
谈谈幕前幕后
无我的世界
似幻似真的戏
如泣如诉的唱
假的夜晚和真的白天
紧靠在一起
谁能分辨?)
在一块布的前面是现在
在观众面前的是一块布
在观众和布中间的是满台灯火
满台灯火照亮我的眼睛
照亮一块布隔断的人生
有傀儡般的人生
有辛苦奔波的人生
有真真假假的人生
哪一种人生是满台寂静后的人生?
Derrière le mur, il y a la mer
Derrière le rideau, il y a le ciel
Entre mur et rideau, il y a le temps
(Maintenant, parlons du décor
De son endroit, de son envers
Monde sans moi
Scène de rêve et de raison
Chant qui pleure et qui parle
Faux soir et vrai jour
Entremêlés
Inséparables)
Devant le rideau, il y a le présent
Devant le public, il y a le rideau
Entre public et rideau, les projecteurs
Qui éclairent mes yeux
Eclairent cette vie que le rideau partage
Vie de pantin
Vie de douleur
Vie d’illusion
C’est quoi, la vie, quand le rideau retombe ?
幕
在一堵墙的后面是大海
在一块布的后面是天空
在一堵墙和一块布之间的是时间
(现在,谈谈幕
谈谈幕前幕后
无我的世界
似幻似真的戏
如泣如诉的唱
假的夜晚和真的白天
紧靠在一起
谁能分辨?)
在一块布的前面是现在
在观众面前的是一块布
在观众和布中间的是满台灯火
满台灯火照亮我的眼睛
照亮一块布隔断的人生
有傀儡般的人生
有辛苦奔波的人生
有真真假假的人生
哪一种人生是满台寂静后的人生?
Libellés :
chinois (moderne),
Zhai Yongming (翟永明 1955-)
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