lundi 17 février 2014

Yu Jian - Dossier Zero - Prologue, chapitres 1 à 3

Salle des dossiers


Au quatrième étage
Serrure après serrure
Dans une cellule
Le sien

Rangé dans un dossier
Preuve d’une existence
Deux étages plus loin

Il travaille au premier
Séparé du dossier
Par 50 mètres de couloir
Et 30 marches

Une pièce à nulle autre pareille
6 dalles de béton armé
3 portes
Pas de fenêtre

Une lampe fluorescente
Quatre extincteurs rouges
200 mètres carrés
Plus de mille serrures

Serrures de cadenas
Serrures encastrées
Serrures de tiroir
La plus grande de marque ‘éternelle’ accrochée dehors

Un étage
A gauche
Un étage
A droite
Encore à gauche
Encore à droite
Une serrure
Une serrure

Par un code secret
Enfin on entre à l’intérieur
Rangée de dossiers sur rangées de dossiers
L’un à côté de l’autre

L’autre au dessus de l’un
L’un en dessous de l’autre
L’autre devant l’un
L’un derrière l’autre

8 étages 64 rangs
Se répartissent plus d’une tonne de papier apprêté
De caractères noirs
De trombones et d’encre

Ses trente années
Un dossier sur 1800 dans un tiroir
Par un crochet
Maintenu

Pas vraiment épais
L’homme est encore jeune
Plus de 50 pages
40 000 caractères

En annexe
Une dizaine de cachets
Sept ou huit photos
Des empreintes digitales
Poids total 1000g

Ecritures différentes
Chacune couchée de gauche à droite
Retraits de deux cases
Une ligne entre deux paragraphes

D’une lettre à l’autre
Rien que noms définitions et adverbes
A propos de lui

Le premier tiers de sa vie
Ses dates
Des lieux
Des actes
Des personnages et des habitudes

Une pile sans verbes
Sagement rangée dans le noir
Qui ne bougera pas
Ne jaunira pas

Ne moisira pas
Ne brûlera pas
Pas de souris
Pas de microbes
Aucune bactérie

Recopiée soigneusement
Clairement
Proprement
Digne de foi

Il y est dit qu’on le tient pour un camarade
Qu’on lui a donné des papiers
Un salaire
Qu’on confirme son sexe

Il y est dit
Qu’il arrive au travail tous les jours à huit heures
Qu’il utilise du papier
De l’encre et du correcteur

Conçoit
Préface
Organise
Corrige
Relit
Toujours respecte la grammaire

D’un passage au suivant
Une main qui bouge
Stylo de gauche à droite
D’une lettre

A l’autre
De verbe en nom
D’évidence en métaphore
De… à…

Processus consommant de l’encre
Gestes d’un brave homme
Quelqu’un l’appelle « 0 »

Son corps prend le relais
Comme un 0 il se tourne et répond
On lui emprunte du papier

Son immeuble imperturbable
Sa position imperturbable
Cette lumière imperturbable

Ces cadenas imperturbables
Ces casiers imperturbables
Son dossier imperturbable



Chapitre 1 - Naissance


Ses origines n’ont rien de littéraire
Il est né des douleurs d’une accouchée de 28 ans

Une clinique renommée
Trois étages
Vecteurs d’infections
De médicaments
De médecins et de morgue

Qu’on doit chaque année rebadigeonner
Qui consomme beaucoup de gaze
De coton
De verre et d’alcool à brûler

Murs qui montrent leurs briques
Planchers aux veines effacées
Choses venues de corps humains

Remplaçant la peinture
Moins brillantes
Un peu souples
Inhumaines

Bistouri dépoli
Médecin de 48 ans
Infirmières toutes filles

Crie
Lutte
Pique
Injecte
Contamine
Sanglote
Barbouille

Tord
Attrape
Tire
Coupe
Déchire
Court
Lâche
Goutte
Suinte
Coule

Ces verbes
Tous présents
Ici tout n’est que verbes
Verbes tachés de sang

« La tête est sortie » voix compétente du médecin
Preuve : mains pleines de sang

Blouse blanche pleine de sang
Draps pleins de sang
Plancher plein de sang
Métal plein de sang

Preuves: “gynécologie obstétrique””ne pas cracher par terre””un seul enfant c’est mieux”

Références: rhumes à droite
Laryngites tout droit
« WC hommes »

Radiologie deuxième étage
Admissions 100 mètres à l’ouest en sortant
Chirurgie au 305

Piqûres queue rez-de-chaussée
Paiements queue guichet gauche
Queue des médicaments guichet droit

Un jour débordant de douleur
Un jour à bout de nerf
Un jour coupé et recousu

Jour de diagnostic et de rechute
Jour de gangrène et de rétablissement
Jour de mort et de naissance

Partout mots qui guérissent et mots malades
Mots qui veulent vivre et mots qui meurent
Partout

Gestes qui guérissent gestes de malades
Dernier geste au mourant premier au nouveau né

Toutes ces rengaines
Qui se collent
Sur ce nourrisson
Ce tout début
Cette première fois

Cette langue toute neuve
Cette gorge toute neuve
Ce crâne tout neuf
Ces testicules tout neufs

Objets vivants nés de ces verbes innombrables
Auxquels on a donné ce nom 0



Chapitre 2 - Croissance


Et son écoute a commencé
Et sa vue a commencé
Et ses gestes ont commencé

Les grands lui donnent à entendre
Les grands lui donnent à voir
Les grands lui donnent à bouger

Maman c’est ‘mère’
Papa c’est ‘père’
Mamie c’est ‘grand-mère’

Ces choses sombres
Troubles
Confuses
En charpie

Se précisent
Se clarifient
Entrent chacune dans les cases
Des cahiers d’exercices

Deviennent noms
Particules
Syllabes
Passés
Phrases
Voix passives

Préfixes
Deviennent idée
Sens
Définition
Littéral
Figuré
Ambigu

Deviennent interrogatives
Déclaratives
Juxtaposées
Figures rhétoriques
Notes sémantiques

Parasite des mots
Qui ne peut plus s’empêcher de les entendre
De les voir
De les rencontrer

Il y a des mots qui le révèlent
Et puis des mots qui le protègent
Au fil des mots du simple au compliqué
Du

Banal au profond
De l’enfantin au mûr
Du brut au raffiné
Ce petit homme

A un an sevré
A deux à la crèche
A quatre en maternelle
A six ans est cultivé

Du CP à la sixième
Attesté par
Le professeur Zhang
Cinquième quatrième troisième
Attestées par

Le professeur Wang
Seconde première
Attestées par
Le professeur Li
Enfin diplômé de l’université

Un mémoire
Sujet clair
Structure correcte
Plan solide
Style soigné

Argumentation recherchée
Force d’évocation
Une voix dans le désert
Grand talent littéraire
Beaucoup d’émotion

Appréciation : respecte ses professeurs
Se soucie de ses camarades
Combat l’individualisme
Jamais en retard

Se conforme au règlement
Aime le travail
Ne tire pas au flanc
Ne dit pas de gros mots
N’embête pas les filles

Ne ment pas
Combat la vermine
Se soucie d’hygiène
Ne prend aux masses ni une aiguille ni un fil
Toujours volontaire

Parle poliment
Bel esprit
Belle apparence
Se coupe les ongles
Dit monsieur
Dit madame

Soutient les grands pères
Donne le bras aux grand-mères
En classe garde ses mains dans son dos
Cherche vraiment à progresser

Ecoute attentivement
Prend des notes
Joyeux et dynamique
Modeste et effacé
Supporte effort et critique

Insuffisances :
N’aime pas la gymnastique
Bavarde parfois en cours
Ne se brosse pas souvent les dents

Annotation :
Rapport au professeur
A un jour dans la rue trouvé un centime
Et ne l’a pas remis au gentil policier

Observation :
Ce camarade a bon esprit
Mais ne parle pas beaucoup
On ne sait pas ce qu’il pense

Nous souhaitons que ses parents
Examinent son journal
Et nous en rendent compte de temps en temps
Dans l’intérêt de son éducation

Un rapport : ce deux Novembre 1968
J’ai fait quelque chose de mal

J’ai dessiné un tank sur un mur un mur immaculé un mur public un mur à tout le monde un mur collectif

Mur par moi dessiné d’un gros tank je me suis rendu coupable d’individualiste je promets de me réformer

Allergies aux médicaments : symptômes observés par les médecins
Sa mère et ses parents

« Chéri » trois fois par jour
4-6 comprimés par prise
Après usage plaques rouges sur le visage

« Gentil » trois fois par jour
Un comprimé par prise
Symptômes identiques
Rougeur moins forte

« Sage » (usage externe
En pommade) Après application patient sujet à somnolence

« Le grand méchant loup va venir
Maman ne veut plus de toi » (stimulant) après absorption sujet à vertiges

Présence d’oligo-élements : (aussi appelés Théragran) tendresse
Attention
Fleur
Herbe

Bourgeon
Pousse
Petit
Tendre
Doux
Doré
(25 milligrammes par comprimé)

Innocent
Pur
Puéril
Coquin
(25 mg par comprimé) touché
Emporté
Embrassé
Emmené
Tendrement regardé
Doucement caressé

Frôler
Bercer
Avertir
Réclamer
Prendre en main
Forger
Greffer

Façonner
Reprendre
Corriger
Eradiquer
Elever
Se soucier
Sans le vouloir blesser
(50 mg par comprimé)

Somnifères de marque : demain ou quand tu seras grand (traitement à vie)

Excipients : lait
Littérature
Pâtes de fruit
Histoire
Chocolat
Riz cantonais

Trois clartés soleil lune étoiles
Quatre poèmes airs odes hymnes
Tablettes de calcium
Travail volontaire
Huile de foie de morue

Fruits confits
Conférences
Causeries
Séminaires
Cinq mille ans
Un demi-siècle
Une dizaine d’années

Trois ans de suite
Gauche centre droite
Début
Milieu
Récemment
Sauté
Surgelé
Braisé

Frit
Grillé
Mariné
En sauce
Bouilli
Glutamate
Poivre
Sauce soja
Succès de

Honte de
Gloire de
Suite de
Destin de
Victoire de
Grandeur de
Foi de

Bulletin : excellent
Correct
A
Bon ensemble
95
Premier
Désigné le meilleur

Contrôle qualité : taille plus d’un mètre soixante dix
Poids 63 kilos
Tour de taille 8 pouces.

A des cheveux
Des fossettes
De la barbe
Des testicules
Des yeux
Deux biceps

Un trois pièces
Des enceintes
Un salaire
Des passions
De l’allure
De la tendresse

Sait s’émouvoir
Sait danser
Sait chanter
Sait rédiger
Sait parler
Sait dormir

De vraies oreilles
Un vrai nez
De vraies jambes
De vrais bras
Un vrai anus

Audition gauche droite
Un mètre cinquante
Palpation foie néant
Cœur poumon diaphragme RAS
(Signature du médecin)



Chapitre trois Amours (adolescence)


En ce jour baigné de soleil
Chaleur du monde propice à toute vie

Midi en Avril
Cette chaleur agaçante
Cette chaleur indécente
Cette

Chaleur en fleur en érection
Où tout ce qui vit veut se mouvoir
Se mouvoir et séduire

Tous ces corps
Toutes ces jointures
Toutes ces mains
Toutes ces jambes
Partout

Des gestes qu’on ne saurait nommer
Des actes dont on ne peut parler
Pas de vivats
Pas

De cris
Pas d‘annonces
Pas de slogans
Un jour banal
Qui ne passera pas à la postérité

Juste le détail d’un geste
Les parties d’un mouvement
Juste du corps

De la peau
Des membres
De la tige
Du tronc
Du rond

Du long
Du souple
Du doux
Du raide

De la sève
Du frottement
Du va et vient
Du halètement

Libération
Charge
Saccades
Jaillissement
Explosion

(Souvenir) Ce jour là
Eux
Camarades de classe
Tous âgés de 13 ans
Ont fait irruption

Dans les toilettes des garçons
Sur les murs étaient dessinées les choses interdites
Tous ces gestes
Geste de se masturber

Se masturber est le premier verbe
Le ticket pour la virilité
La main qui colle
Tout de suite fini

Tout chaud
Après cette douceur
Les petits Adams
Ne trouvent pas les mots pour se consoler

Les mots qu’ils voudraient ne sont pas dehors
Dehors c’est ce mot mon école
Ce mot classe

Dehors c’est parc
Etang
Tableau
Terrain de sport
Etude
Livre ces mots là

Rien à voir avec ce que fait leur main
Les petits gars n’y peuvent mais
Alors ils font un geste vague

Grognent des mots secrets
Se taquinent
Se racontent leurs expériences
Sortent des toilettes

Vont en cours
Ecoutent
Notent
Récitent
Testent
Répondent
Composent
Révisent

Observation : les 23 paragraphes ci-dessus à détruire
Ne pas reproduire
Ne pas imprimer
Ne pas publier



Chapitre trois – Version officielle - (le temps des amours)


A l‘âge légal
18 ans on peut parler mariage
Parler d’amour
Et faire les papiers

Amour et passion
Affaires personnelles
Histoire de bavardages
Qui réduisent une foule à quelques personnes

Puis à trois
Puis à deux
Histoire d’une langue qui se colle au palais

D’une mâchoire qui tombe
Histoire où l’on respire par le nez
De lèvres et de dents

Histoire qui approche et qui serre
D’une bouche qui s’avance
Histoire de deux lèvres rondes

Histoire d’ensemble et de solo
De sons durs et de sons doux
De consonnes et de voyelles
Bloqués et libres

Son brusques ou allongés
Nerveux ou détendus
Descendants ou montants
De langue et de dents

Bien sûr il faut se laver la tête
Le visage
Changer de chemise
Se rincer la bouche
Changer de chaussettes
Changer de chaussures
Se parfumer

Bien sûr il faut le meilleur
La meilleure
Les meilleures

Bien sûr à sept heures
Bien sûr la porte du parc
Bien sûr surveiller de loin et se faire attendre

Bien sûr les saules sur la rivière le vent du matin qui chasse la lune
Bien sûr deux napperons
Deux limonades

Bien sûr face à face mots ravalés rires étouffés ne rien vouloir dire que temps frais bel automne

Bien sûr âme soeur deux coeurs à l’unisson
Bien sûr profond
Idiot
Immense

Bien sûr s’aventurer
Devine
Vraiment
Sans blague
Bien sûr minauder
Intime

Bien sûr retenir
Contenir
Balancer
Bien sûr en larmes interroger les fleurs qui ne répondent pas

Bien sûr tant et tant
Plus et plus
Bien sûr tristesse douleur et désespoir

Bien sûr colère qui devient joie
Pleurs qui se changent en rire
Bien sûr douter
Hésiter
Tenter

Bien sûr n’y rien comprendre
S’imaginer
Sourire mystérieux
Bien sûr un mouchoir

Des moustiques
Une chenille
Des pissenlits
Une rose blanche

Bien sûr c’est le meilleur
Gravé dans la mémoire
Inoubliable
Unique

Pour toujours clair de lune
Pour toujours ruelles
Pour toujours vent qui souffle
Pour toujours crépuscule

Pour toujours onze heures
Pour toujours le parc ferme
Pour toujours réverbères
Pour toujours avenue

Pour toujours se quitter à regret
Pour toujours un dernier regard
Pour toujours une silhouette
Pour toujours l’éclat de ses yeux

C’est l’heure
Dépêche-toi
C’est l’heure
Dépêche-toi
Au revoir
Bill

Au revoir
Aurore
A demain
Prune
A demain
Belle
Au revoir
Laure
A demain
Rose

Résumé : écriture folle
Verbes intransitifs
Adjectifs
Noms
Adverbes modaux

Poème
Compare
Elevé
Fable
Légende
Anthropique
Sarcasme
Humour noir

Confession
Touchant
Néoclassique
Poème en prose
Assonance
Allitération
Rime

Dialectique
Ambivalence
Parnassien
Naturaliste
Symboliste
Iambique

Dire ceci penser cela petits mots vastes desseins l’ennemi avance je recule l’ennemi recule je le harcèle un pas en avant trois pas en arrière

Situation : (Réunion
Entrevue
Comité
Enregistrement
Camarades
Parents

Amis
Concierges
Responsables
Signataires
Greffiers)

Rassurant
Valable
Voulu
Rien à dire
Super
Tranquille
Assortis

Accord
Signe de tête
Approuver
Lever la main
Applaudir
Signer

Correct
Pas mal
C’est bon
Terrible
Tope là
C’est décidé

档案室

建筑物的五楼 锁和锁后面 密室里 他的那一份
装在文件袋里 它作为一个人的证据 隔着他本人两层楼
他在二楼上班 那一袋 距离他50米过道 30级台阶
与众不同的房间 6面钢筋水泥灌注 3道门 没有窗子
一盏日光灯 四个红色消防瓶 200平方米 一千多把锁
明锁 暗锁 抽屉锁 最大的一把是“永固牌” 挂在外面
上楼 往左 上楼 往右 再往左 再向右 开锁 开锁
通过一个密码 最终打入内部 档案柜靠着档案柜 这个在那个旁边
那个在这个上面 这个在那个底下 那个在这个前面 这个在那个后面
8排64行 分装着一吨多道林纸 黑字 曲别针和胶水
他那30年 1800个抽屉中的一袋 被一把钥匙 掌握着
并不算太厚 此人正年轻 只有50多页 4万余字
外加 十多个公章 七八张像片 一些手印 净重1000克
不同的笔迹 一律从左向右排列 首行空出两格 分段另起一行
从一个部首到另一个部首 都是关于他的名词 定语和状语
他一生的三分之一 他的时间 地点 事件 人物和活动规律
没有动词的一堆 可靠地呆在黑暗里 不会移动 不会曝光
不会受潮 不会起火 没有老鼠 没有病菌 没有任何微生物
抄写得整整齐齐 清清楚楚 干干净净 被信任着
人家据此视他为同志 发给他证件 工资 承认他的性别
据此 他每天八点钟来上班 使用各种纸张 墨水和涂改液
构思 开篇 布局 修改 校对 使一切循着规范的语法
从写到写 一只手的移动 钢笔从左向右 从一个部首
到另一个部首 从动词到名词 从直白到暗喻 从 •到 •
一个墨水渐尽的过程 一种好人的动作 有人叫道“0”
他的肉体负载着他 像0那样转身回应 另一位请他递纸
他的大楼丝纹未动 他的位置丝纹未动 那些光线丝纹未动
那些锁丝纹未动 那些大铁柜丝纹未动 他的那一袋丝纹未动


卷一 出生史

他的起源和书写无关 他来自一位妇女在28岁的阵痛
老牌医院 三楼 炎症 药物 医生和停尸房的载体
每年都要略事粉刷 消耗很多纱布 棉球 玻璃和酒精
墙壁露出砖块 地板上木纹已消失 来自人体的东西
代替了油漆 不光滑 略有弹性 与人性无关
手术刀脱铬了 医生48岁 护士们全是处女
嚎叫 挣扎 输液 注射 传递 呻吟 涂抹
扭曲 抓住 拉扯 割开 撕裂 奔跑 松开 滴 淌 流
这些动词 全在现场 现场全是动词 浸在血泊中的动词
“头出来了”医生娴熟的发音 证词:手上全是血
白大褂上全是血 被罩上全是血 地板上全是血 金属上全是血
证词:“妇产科”“请勿随地吐痰”“只生一个好”
调查材料:患感冒的往右去 得喉炎的朝前走 “男厕”
X光在三楼 住院部出了门向西走100米 外科在305
打针的在一楼排队 缴费的在左窗口排队 取药的排队在右窗口
挤满各种疼痛的一日 神经绷紧的一日 切割与缝合的一日
初诊和复发的一日 腐烂与痊愈的一日 死亡与诞生的一日
到处是治病的话与患病的话 求生的话与垂死的话 到处是
治病的行为与患病的行为 送终的行为与接生的行为
这老掉牙的一切 黏附着 那个头胎 那最初的 那第一次的
那条新的舌头 那条新的声带 那个新的脑瓜 那对新的睾丸
这些来自无数动词中的活动物 被命名为一个实词0


卷二 成长史

他的听也开始了 他的看也开始了 他的动也开始了
大人把听见给他 大人把看见给他 大人把动作给他
妈妈用“母亲” 爸爸用“父亲” 外婆用“外祖母”
那黑暗的 那混沌的 那朦胧的 那血肉模糊的一团
清晰起来 明白起来 懂得了 进入一个个方格 一页页稿纸
成为名词 虚词 音节 过去式 词组 被动语态
词缀 成为意思 意义 定义 本义 引义 歧义
成为疑问句 陈述句 并列复合句 语言修辞学 语义标记
词的寄生者 再也无法不听到词 不看到词 不碰到词
一些词将他公开 一些词为他掩饰 跟着词从简到繁 从
肤浅到深奥 从幼稚到成熟 从生涩到练达 这个小人
一岁断奶 二岁进托儿所 四岁上幼儿园 六岁成了文化人
一到六年级 证明人 张老师 初一初二初三 证明人
王老师 高一高二 证明人 李老师 最后他大学毕业
一篇论文 主题清楚 布局得当 层次分明 平仄工整
对仗讲究 言此意彼 空谷足音 文采飞扬 言志抒情
鉴定:尊敬老师 关心同学 反对个人主义 不迟到
遵守纪律 热爱劳动 不早退 不讲脏话 不调戏妇女
不说谎 灭四害 讲卫生 不拿群众一针一线 积极肯干
讲文明 心灵美 仪表美 修指甲 喊叔叔 叫阿姨
扶爷爷 挽奶奶 上课把手背在后面 积极要求上进
专心听讲 认真做笔记 生动活泼 谦虚谨慎 任劳任怨
不足之处:不喜欢体育课 有时上课讲小话 不经常刷牙
小字条:报告老师 他在路上拾到一分钱 没交民警叔叔
评语:这个同学思想好 只是不爱讲话 不知道他想什么
希望家长 检查他的日记 随时向我们汇报 配合培养
一份检查:1968年11月2日这一天 做了一件坏事
我在墙上画了一辆坦克洁白的墙公共的墙大家的墙集体的
墙被我画了辆大坦克我犯了自由主义一定要坚决改过
药物过敏史:症状来自医生 母亲等家长的报告
“宝贝”日服3回 每次4—6片 用药后面部有红斑
“好孩子”日服3回 每次1片 症状同上 红斑较轻
“乖”(外用 涂患处)涂抹后患者易发生嗜睡现象
“大灰狼来啦 妈妈不要你啦”(兴奋剂)服后患者易晕眩
微量元素配合表:(又名施尔康)爱护 关心 花朵 草
芽 苗苗 小的 嫩的 甜蜜的 金色的 (每片含25微克)
天真的 纯洁的 稚气的 淘气的 (每片含25微克)
牵着 领着 抱着 带着 慈祥地看着 温柔地抚摸着
轻拍 摇晃 叮咛 嘱咐 循循善诱 锤炼 嫁接
陶冶 矫治 校正 清除 培养 关怀 误伤 (各50微克)
名牌催眠灵:明天或等你长大了(终身服用)
填料:牛奶 语文 水果糖 历史 巧克力 鸡蛋炒饭
三光日月星 四诗风雅颂 钙片 义务劳动 鱼肝油
果珍 报告会 故事会 大会 五千年 半个世纪 十年来
连续三年 左中右 初叶 中叶 最近 红烧 冰镇 黄焖
油爆 叉烧 腌 卤 熬 味精 胡椒粉 生抽王 的成就
的耻辱 的光荣 的继续 的必然 的胜利 的伟大 的信心
成绩单:优 合格 甲 三好 95 一等 评比第一名
产品鉴定书:身高一米七以上 净重63公斤 腰8寸
有头发 有酒窝 有胡须 有睾丸 有眼珠 有肱二头肌
有三室一厅 有音响 有工资 有爱好 有风度 有爱心
会体贴 会跳舞 会唱歌 会写作 会说话 会睡觉
耳朵是耳朵 鼻子是鼻子 腿是腿 手是手 肛门是肛门
左右耳听力1.5公尺 肝未触及 心肺膈无异常(医师签字)


卷三 恋爱史(青春期)

在那悬浮于阳光中的一日 世界的温度正适于一切活物
四月的正午 一种骚动的温度 一种乱伦的温度 一种
盛开勃起的温度 凡是活着的东西都想动 动引诱着
那么多肌体 那么多关节 那么多手 那么多腿 到处
都是无以命名的行为 不能言说的动作 没有呐喊 没有
喧嚣 没有宣言 没有口号 平庸的一日 历史从未记载
只是动作的各种细节 行为的各种局部 只是和肉体有关
和皮肤有关 和四肢有关 和茎有关 和根有关 和圆的有关
和长的有关 和弹性的有关 和柔软的有关 和坚硬的有关
和汁液有关 和磨擦有关 和交流有关 和透气有关
和开放有关 和进攻有关 和蹦踢 喷射 冲刺有关
(回忆)那一日 他们 同班男生 全是13岁 湧进来
学校的男厕 墙上画着禁止的一切 好多动作 手淫这个动作
手淫是最初的动词 男人的入场券 手黏乎乎 立刻完事
温度正好 尝到了那种小甜头 亚当们 找不着词儿宽恕自己
他们要的词外面没有 外头是母校这个名词 教室这个名词
外头是花园 水池 黑板 大操场 阅览室 书这些名词
和他手上的活毫不相干 男孩们憋得慌 只好做些暧昧的手势
编了些暗语来咕噜 互相逗着 交谈那种体验 走出公厕
去上课 听讲 记录 背诵 测验 答问 考试 温习
批复:把以上23行全部删去 不得复印 发表 出版


卷三 正文(恋爱期)

法定的年纪 18岁可以谈论结婚 谈出恋爱 再把证件领取
恋与爱 个人问题 这是一个谈的过程 一个一群人递减为几个人
递减为三个人 递减为两个人的过程 一个舌背接触硬颚的过程
一个软颚下垂 气流从鼻腔通过的过程 一个下唇与上齿
接近或靠拢的过程 一个嘴唇前伸 两唇构成圆形的过程
一个聚音对分散音 糙音对润音 浊音对清音 受阻对不受阻
突发音对延续音 紧张对松弛 降调对升调 舌头对撮口的过程
当然要洗头 洗脸 换衬衣 漱口 换袜子 换皮鞋 洒香水
当然是最好的那一套 最好的那一条 最好的那一种
当然是七点到 当然是公园门口 当然是眺望与姗姗来迟
当然是杨柳岸晓风残月 当然是两张纸垫着 两瓶汽水
当然是相对无言欲言又止掩口一笑欲说还休却道天凉好个秋
当然是志同道合心心相印 当然是深深地 痴痴地 长长地
当然是摸底 你猜猜 “真的 不骗你” 当然是娇嗔 亲昵
当然是含着 噙着 荡漾着 当然是泪眼问花花不语
当然是多么多么 非常非常 当然是忧伤 悲哀 绝望
当然是转怒为喜 破涕为笑 当然是迟疑 踌躇 试探
当然是摸不透 推测 谜一样的笑容 当然是一块小手绢
一群蚊子 一只毛毛虫 一株蒲公英 一朵白玫瑰
当然是最最最好 刻骨铭心 难忘的 只有一次的
永恒啊月光 永恒啊小路 永恒啊起风了 永恒啊夜幕
永恒啊11点 永恒啊公园关大门 永恒啊路灯 永恒啊长街
永恒啊依依 永恒啊回眸 永恒啊背影 永恒啊秋波
时间到了 请赶紧 时间到了 请赶紧 再见 比尔
再见 露 下次 梅 下次 华 再见 桂珍 下次 兰
总结:狂草 不及物动词 形容词 名词 情态状语
赋 比 兴 寓言 神话 拟人法 反讽 黑色幽默
自白派 通感 新古典主义 口语诗 头韵 腹韵 尾韵
矛盾修辞 功能性含混 玉台体 天籁 象征 抑扬格
言此意彼词近旨远敌进我退敌退我扰道高一尺魔高一丈
表态:(大会 小会 居委会 登记的 同志们 亲人们
朋友们 守门的 负责的 签字的 盖章的)
安全 要得 随便 没说的 真棒 放心 般配
同意 点头 赞成 举手 鼓掌 签字
可以 不错 好咧 真棒 行嘛 一致通过

dimanche 16 février 2014

Walt Whitman - Je chante le soi-même

Je chante le soi-même

Je chante le soi-même, l’individu simple et distinct,
Et pourtant prononce le mot Démocratique, le mot Masse.

De pied en cap je chante la physiologie
Ni la physionomie ni le cerveau ne suffisent à la Muse, et je dis que la Forme, entière, vaut bien plus,
Je chante le féminin comme le masculin.

La vie, immense en sa passion, en son élan, en sa puissance,
Joyeuse, promise à la liberté par la volonté de Dieu
Je chante l’homme d’aujourd’hui



One’s-self I sing


One's-self I sing, a simple separate person,
Yet utter the word Democratic, the word En-Masse.

Of physiology from top to toe I sing,
Not physiognomy alone nor brain alone is worthy for the Muse, I say
the Form complete is worthier far,
The Female equally with the Male I sing.

Of Life immense in passion, pulse, and power,
Cheerful, for freest action form'd under the laws divine,
The Modern Man I sing.


mardi 4 février 2014

Yu Jian - 71

71


死亡的道路
并不通向黑暗中的棺材或者焚尸炉
而是由优美的诗句筑成
例如
那些鸟巢的梦
是在光辉中变成飞机场

Le chemin de la mort
N’est pas celui qui dans le noir mène au cercueil et au crématoire
Mais est pavé de strophes magnifiques
Semblable
A ces rêves d’un nid
Qui dans la lumière deviennent des aéroports

lundi 3 février 2014

Yu Jian - 17

Il est un bonheur que je n’ai jamais éprouvé
Un bonheur qu’Hitler n’a jamais éprouvé
Il ne pouvait que donner des ordres à des généraux
Je ne puis qu’écrire avec obstination
Mais aucun de nous n’a ressenti
La joie de la machine à laver
Dont le tambour inoxydable
Trouve tous les vêtements
Sales
Trouve les culottes de la jeune fille
Tachées
Trouve les mouchoirs du bébé
Infects
Trouve que la cotte de l’ouvrier
Dissimule sa crasse
Trouve que les robes de bal et les queues de pie
Mériteraient d’être lavées

Ce sentiment est partagé
Par l’humanité toute entière
Aussi
Pour un monde irréprochable
Les habits de toutes les couleurs
Et de toutes les coupes
La soie d’orient le lin d’occident
Tous
Sont jetés
Dans le tambour obscur
De la machine à laver
Qui jour et nuit
Dans tous les foyers du monde
Tourne
Les fleuves peuvent s’assécher
Les gouvernements tomber
Jamais
Une bataille de Stalingrad ne fera
Que la machine à laver
Qui ne distingue pas un uniforme d’un mouchoir
S’arrête

有一种快感我从未体验
有一种快感希特勒从未体验
他只能命令将军们去干这样的事
我只能在写作中一意孤行
但我们都不能体验
那是洗衣机的快感
不锈钢的缸体 把一切纺织物都视为
肮脏
把少女的内裤视为 污点
把婴儿的手帕视为 细菌
把劳动者的工作服视为 
藏圬纳垢之所
把旗袍和燕尾服视为
要洗一洗的
它的看法获得全人类 
无一例外的支持
于是
为了一个清洁卫生的世界
它把花花绿绿 形形色色的纺织品
东方的丝绸和西方的亚麻布
全部 纳入 
黑色的缸体
洗衣机 日日夜夜
在世界的每一个家庭中 旋转 
河流会枯竭 政权会垮台 
但永远不会有
斯大林格勒战役发生
让一部不能区别头巾和军装的
洗衣机
停下来

dimanche 2 février 2014

Larkin - Heureux qui comme Ulysse

Heureux qui comme Ulysse

Remontant l’Angleterre sur une autre ligne
Plus tôt que d’habitude, par un froid nouvel an
A un arrêt, je vis des gens, avec des numéros
Qui couraient sur le quai vers l‘entrée familière
« Tiens, Coventry ! » je m’exclamai, « C’est là que je suis né »

Je me penchais, clignais, cherchais un signe
Qui indiquât l’endroit où si longtemps
J’avais été « chez moi », mais voyais bien
Que je ne savais plus où était quoi. Etait-ce de là bas
Sous ces piles de caisses que nous partions tous les ans

Pour nos congés payés… Un sifflet retentit
Tout bougea, je me rassis, regardant mes bottines.
« Eh bien, dit mon ami, c’est ici que tu as tes racines ? »
Non, c’est juste là que mon enfance se vida,
Je voulais lui répondre, là que j’ai débuté :

Maintenant, le plan des lieux m’est revenu
Notre jardin d’abord, où je n’inventai pas
D’aveuglantes théologies de fleurs et de fruits,
Où jamais un vieux monsieur ne s’adressa à moi.
Et puis il y a cette merveilleuse fratrie

Où jamais, malheureux, je ne me suis enfui
Les garçons tout en muscles, les filles toute poitrine
Leur vieux tacot marrant, leur ferme où je pouvais
« Enfin être moi-même ». Et je vous montrerai, aussi
Ces fougères, au milieu desquelles, tout tremblant

Je n’ai pas résolu de le faire, quand elle s’allongerait
Et que « tout disparaîtrait dans un feu brûlant »
Et ces bureaux, où mes gribouillages
Ne furent pas imprimés en petit-romain, ni lus
Par un honorable cousin de notre maire

Qui n’a pas appelé, n’a pas dit à mon père
Ici, devant nous, si nous pouvions lire le futur -
« Tu sembles vraiment détester cet endroit,
Dit mon ami, rien qu’à voir ton visage, - Oui,
Mais ce n’est peut être pas de sa faute », ai-je dit

Rien, comme tout, peut arriver partout.


I Remember, I Remember

Coming up to England by a different line
For once, early in the cold new year,
We stopped, and, watching men with number-plates
Sprint down the platform to familiar gates,
'Why, Coventry!' I exclaimed. 'I was born here'

I leant far out, and squinnied for a sign
That this was still the town that had been 'mine'
So long, but found I wasn't even clear
Which side was which. From where those cycle-crates
Were standing, had we annually departed

For all those family hols? . . . A whistle went:
Things moved. I sat back, staring at my boots.
'Was that,' my friend smiled, 'where you "have your roots" ?'
No, only where my childhood was unspent,
I wanted to retort, just were I started:

By now I've got the whole place clearly charted.
Our garden, first: where I did not invent
Blinding theories of flowers and fruits,
And wasn't spoken to by an old hat.
And here we have that splendid family

I never ran to when I got depressed,
The boys all biceps and the girls all chest,
Their comic Ford, their farm where I could be
'Really myself'. I'll show you, come to that,
The bracken where I never trembling sat,

Determined to go through with it; where she
Lay back, and 'all became a burning mist'.
And, in those offices, my doggerel
Was not set up in blunt ten-point, nor read
By a distinguished cousin of the mayor,

Who didn't call and tell my father There
Before us, had we the gift to see ahead -
'You look as if you wished the place in Hell,'
My friend said, 'judging from your face.' 'Oh well,
I suppose it's not the place's fault,' I said.

Nothing, like something, happens anywhere.


Yu Jian - 16

Les samedis de machine à laver
Le plaisir de tourner
Abime les habits du maître
Abime leurs couleurs vives
Abime leur mauvaise qualité
Abime ceux qu’on ne saurait porter dans les dîners
Abime
Pour que jour après jour
Tout reste propre
Le seul épargné est un pull en laine
Qui exige un cycle différent
Son rêve ?
A la jupe rouge
De la maîtresse de maison
Etre assorti

洗衣机的星期六
旋转的快感 将主人的布磨损
磨损它的鲜艳 磨损它的粗糙
磨损它不适应于宴会的部分
磨损 让人日复一日 保持干净
幸福的是一件羊毛衣
它要求与众不同的转速
它的愿望 是与女主人的
红裙子 匹配

lundi 27 janvier 2014

Yu Jian - 61

L’architecte de l’asile
     Est
Ce brave homme
Sain d’esprit
Qui a construit
Des milliers de logements
     Des
Vespasiennes et des centres commerciaux
Avec les mêmes
Structures de briques
     De verre et d’acier
La même décoration
     Les mêmes espaces verts
          Les mêmes
Arrivées d’eau et de gaz
L’asile
     Est un bâtiment normal
Construit par un homme normal

Il faudrait qu’il se retire
Respecte les horaires
     Profite du moment
Devienne ce brave homme
     Qui dort normalement
Mange normalement

Mais il n’est pas normal
     Il habite à l’intérieur
Et a eu l’idée anormale
De faire d’une pièce que les braves gens considèrent comme normale
Le numéro 204 fou

Avec des murs, fous, plastifiés, et des rambardes, folles, d’acier
Des vitres teintées des robinets fous
Des postes de radio fous des ceintures en cuir
Des ampoules folles de 60 watts
Des chaises pliantes folles et métalliques des urinoirs fous en porcelaine
Un grand salon fou avec un vestibule
Un père fou
     Qui parcours un tas de journaux fous
Une serpillère folle
     Qui racle la peau d’une chair de ciment

Bref, cet homme est fou
Et doit être enfermé dans cette
Pièce normale

疯人院的设计师
也就是 设计 
千家万户 以及
公共厕所和超级商场的
那一位 
头脑正常的好人
他用了同样的
砖混结构 玻璃和钢材
同样装修 同样绿化 同样
通煤气和自来水
疯人院 就是一幢正常人设计的
正常建筑 

他应该好好地安顿下来
按照作息时间表 坐享现成
当一个正常睡眠 
正常进餐的好人

但他不正常 他住在里面
却有一种不正常的想法 
他把好人视为正常的房间 
当成发疯的204号

发疯的喷塑墙和发疯的钢栅栏
发疯的茶色玻璃窗子和自来水
发疯的无线电收音机和牛皮腰带
发疯的60瓦电灯泡 
发疯的钢折椅和陶瓷小便槽
发疯的大客厅和防盗门
发疯的父亲 在翻一大堆发疯的报纸
发疯的拖把 在剥水泥肉的皮

所以他是疯子
必须把他关在这个
正常的房间里

dimanche 26 janvier 2014

Yu Jian - 59

La maladie mentale du maïs
Folle possession de l’âme
Me dépeint humilié et offensé
Et je veux être un Beatles
Des champs
Ou alors une belle récolte de narcotiques
Ou encore un café triste « fin de siècle »
Dans une gare sinistre
       Sourire condescendant
Ou bien un « requiem pour un village »
       « Le doigt comme un magicien sous la lune »
Maïs insensé
Qui expose ta bouche pleine de dents jaunes
Et qui crie et qui hurle au poète
Viens vite me violer
Entraîne moi dans ton champ de
Maïs élégiaque

玉米的精神病 
疯狂地要获得灵魂
把我写成被侮辱与被损害的一个
我要当一个庄稼地上的
披头士
或者代表毒品丰收 
或者“世纪末”的伤心咖啡馆
在阴郁的火车站上 屈尊微笑……
或者“乡村的挽歌” 
“手指头要象月亮下的巫师一样” 

疯玉米 豁着满嘴的黄牙齿
对瘦诗人大叫大嚷
快强奸我吧 
快把我拖进诗歌的
玉米地

Yu Jian - 55


Ce que le grand public appelle poésie
Est le meilleur des chiffons
Capable de faire briller
Sur une chaussure de marque
A la porte d’une suite
L’élégance des Classiques

公众叫做诗歌的东西
品质比麻布更好
它可以为大厅门口的
名牌皮鞋
揩擦出魏晋风度

Yu Jian - 6

Un arbre
Du ciel garde ses distances
D’un autre arbre garde ses distances
D’un autre fruit garde ses distances
D’un autre sol garde ses distances
D’une autre source garde ses distances
D’autres oiseaux garde ses distances
Il doit de toute chose garder ses distance
Car il suffit qu’il fasse un pas
     Pour qu’il perde le ciel
Perde le sol   
     Perde l’eau
          Perde l’oiseau
Pour qu’il perde sa place
Et qu’il meure

一棵树
与天空保持距离
与另一棵树保持着距离
与另一类果实保持着距离
与另一片土壤保持着距离
与另一片水源保持着距离
与另一群鸟保持着距离
它必须与一切事物保持距离
它只要移动一步 它就丧失天空
丧事土壤 丧失水 丧失鸟
它就丧失职位
它只要死掉

Yu Jian - 15


J’écris en automne
                Comme les maîtres d’autrefois
Du quinze Septembre au quinze Octobre
Des vendanges aux gelées blanches
J’écris en automne
C’est uniquement une habitude distinguée
Autour de moi aucun indice
N'évoque l’automne des poètes anciens
Il y a bien ce géant qui gouverne tout
Entre ciel et terre
                Etendant son empire
Mais ce n’est pas l’automne
Pas la grue au-dessus des champs
                Pas le fifre dans l’orage
Oh
                 En tous lieux en septembre ce sont
Les tuyaux de la compagnie des eaux
                C’est le compteur
Rouillé
                Au coin de l’appartement
Qui calcule
                La superficie détrempée


我在秋天写作 象古代的大师
在八月十五或九月十五
在立秋之日或白露时分
我在秋天写作 
这仅仅是一个文雅的好习惯
周围并没有任何迹象
与唐诗中记录的秋天有关 
也有一个统治着一切的庞然大物
在天空和大地之间 辽阔地盘踞
但那不是秋天
不是田野上的仙鹤 不是风暴中的牧笛
哦 那在八月无所不在的 
是自来水厂的管道  是生锈的
水表 在公寓的一角
计算着 潮湿的面积

Yu Jian-1

Quand le début c’est un lapin
On sait bien que derrière il y a le méchant loup
Mais on se dit qu'un théâtre doit avoir une issue
Qu’on a le temps
        Que l’on peut rester regarder
Attendre encore
        Que peut être, extraordinaire,
Un char d’assaut traverse la scène
Et puis, le méchant loup est là
        On se résigne à partir
Mais on ne voit plus le début
        Il n’y a plus de lapin
Et ma seule issue c'est le méchant loup


开头是一只兔子
就知道后面有大灰狼
总以为这个剧院必有出口
时间还早 还可以再看下去
再等等 也许会出乎预料
有一辆坦克会横穿过舞台
直到大灰狼来了 才决心离开
可是开头已经不见了 没有兔子
我只能从大灰狼这里出去

dimanche 22 décembre 2013

Lawrence Ferlinghetti - Goya dans ses plus grandes scènes

Goya dans ses plus grandes scènes nous semble dessiner
                                 les peuples du monde
        à l'instant précis où
              ils atteignent à la dignité
                               "d'humanité douloureuse"

Ils se tordent sur la page
          dans un véritable orage
                      de calamités

Entassés
         gémissants avec des bébés et des baïonnettes
                       sous un ciel de ciment
  dans un paysage abstrait d'arbres déchiquetés
           de statues voilées d'ailes et de becs de chauves-souris
                       de gibets glissants
           de cadavres et de coqs carnivores
  et de tous les monstres derniers hurlants
           de
                l'imagination des catastrophes
  ils ont l'air tellement réels
           que c'est comme s'ils existaient encore

Et ils existent
        seul le paysage a changé

Ils s'étalent le long des routes
        tourmentés par les légionnaires
             les faux moulins à vent et les oiseaux déments

Ce sont les mêmes peuples
      mais plus loin de chez eux
             sur des autoroutes de cinquante voies
      sur un continent de béton
             où s'espacent des panneaux naïfs
                   qu'illustrent d'idiotes illusions de bonheur

La scène a moins de tombereaux
         mais plus de citoyens en manque
               dans des voitures peintes
          ils ont d'étranges plaques d'immatriculation
       et des moteurs
                    qui dévorent l'Amérique
 
 
 
In Goya’s greatest scenes we seem to see
                                           the people of the world   
       exactly at the moment when
             they first attained the title of
                                                             ‘suffering humanity’   
          They writhe upon the page
                                        in a veritable rage
                                                                of adversity   
          Heaped up
                     groaning with babies and bayonets
                                                       under cement skies   
            in an abstract landscape of blasted trees
                  bent statues bats wings and beaks
                               slippery gibbets
                  cadavers and carnivorous cocks
            and all the final hollering monsters
                  of the
                           ‘imagination of disaster’
            they are so bloody real
                                        it is as if they really still existed

    And they do

                  Only the landscape is changed

They still are ranged along the roads   
          plagued by legionnaires
                     false windmills and demented roosters
They are the same people
                                     only further from home
      on freeways fifty lanes wide
                              on a concrete continent
                                        spaced with bland billboards   
                        illustrating imbecile illusions of happiness

                       
                        The scene shows fewer tumbrils
                                                but more strung-out citizens
                                                                     in painted cars
                               and they have strange license plates   
                           and engines
                                           that devour America

jeudi 21 novembre 2013

e.e. Cummings - Ma très chère et cetera

ma très chère et cetera
tante lucie pendant la dernière

guerre savait et mieux
encore expliquait ce
pour quoi chacun se

battait,
ma soeur

isabel produisit des centaines
(et
des centaines) de chaussettes sans
parler des chemises passe-montagnes antipoux

et cetera mitaines et cetera, ma
mère espérait que
je mourrais et cetera
comme un brave bien sûr mon père se
cassait la voix à répéter que c'était
une chance et que si seulement il
avait pu tandis que moi

même et cetera allongé tranquille
dans la boue profonde et

cetera
(rêvant
et
    cetera, de
Tes sourires
yeux genoux et de ton Et cetera)

mercredi 20 novembre 2013

e.e. Cummings - puisqu'on ressent d'abord

puisqu'on ressent d'abord
quiconque prête attention
à la syntaxe des choses
ne vous embrassera jamais vraiment;

ne sera vraiment fou
dans le Printemps du monde

mon sang approuve,
et les baisers sont un meilleur parti
que la sagesse
madame j'en fais serment par toutes les fleurs. Ne pleurez pas
- le meilleur mouvement de mon esprit vaut moins
qu'un battement de vos paupières qui dit

nous sommes l'un pour l'autre: alors
riez, reposée dans mes bras
car la vie n'est pas un paragraphe

Et la mort, je crois, pas une parenthèse


since feeling is first
who pays any attention
to the syntax of things
will never wholly kiss you;

wholly to be a fool
while Spring in is the world

by blood approves
and kisses are a better fate
than wisdom
lady i swear by all flowers. Don't cry
- the best gesture of my brain is less than
your eyelid's flutter which says

we are for each other: then
laugh, leaning back in my arms
for life's not a paragraph

And death I think is no parenthesis

mercredi 13 novembre 2013

Haizi - le soleil d'Arles


Le soleil d’Arles*

A mon grand frère maigre
(Tout ce que j'ai fait sur nature, c'est des marrons pris dans le feu. Ah! Ceux qui ne croient pas au soleil d'ici sont bien impies.) **


Partir au Sud
Partir au Sud
Il n’y a dans ton sang ni amour ni printemps
Ni clair de lune
Jamais assez de pain
Et encor moins d’amis
Il y a seulement ces pauvres enfants qui dévorent tout
Van Gogh, Oh Van Gogh, mon grand frère maigre
Jailli de la terre
Comme un volcan, insouciant
Est-ce un murier, un champ de blé
Ou bien est-ce toi
Qui surgit de l’excès de ces temps de misère
En vérité, ton œil unique illumine le monde
Mais c’est le troisième œil qu’il te faut employer, le soleil d’Arles
Embrase les étoiles en un torrent vulgaire
Embrase la terre qui tourne
Comme une main levée en un spasme jaune, les tournesols
Invitent ceux qui tirent les marrons du feu
Tu ne montreras plus le Christ aux oliviers
Si tu dois peindre peins l’olive qu’on récolte
Peins cette boule de feu
Remplace notre père dans les cieux
Et lave nos existences
Grand frère aux cheveux roux, finis ton absinthe
Et allume ce feu
Embrase

 (Avril 1984)

 * Arles est une petite ville du Sud de la France où Van Gogh peignit des dizaines de toiles, c’est son âge d'or.
** extrait de lettres de Van Gogh à son frère Théo


阿尔的太阳 *
——
给我的瘦哥哥

一切我所向着的自然创作的,是栗子,从火中取出来的。啊,那不信仰太阳的人是背弃了神的人。**

到南方去
到南方去
你的血液里没有情人和春天
没有月亮
面包甚至都不够
朋友更少
只有一群苦痛的孩子,吞噬着一切
瘦哥哥凡·高,凡·高啊
从地下强劲喷出的
火山一样不计后果的
是丝杉和麦田
还是你自己
喷出多余的活命的时间
其实,你的一只眼睛就可以照亮世界
但你还要使用第三只眼,阿尔的太阳
把星空烧成粗糙的河流
把土地烧得旋转
举起黄色的痉挛的手,向日葵
邀请一切火中取栗的人
不要再画基督的橄榄园
要画就画橄榄收获
画强暴的一团火
代替天上的老爷子
洗净生命
红头发的哥哥,喝完苦艾酒
你就开始点这把火吧
烧吧

1984.4
—————————————
   * 阿尔系法国南部一小镇,凡·高在此创作了七八十幅画,这是他的黄金时期。——海子自注。
  ** 摘自凡·高致其弟泰奥书信。

 

samedi 26 octobre 2013

Haizi - Cuivre d'Asie

Cuivre d’Asie

Cuivre d’Asie, cuivre d’Asie
Grand père est mort ici, mon père est mort ici, et je mourrai ici
Tu es le seul endroit où l’on enterre

Cuivre d’Asie, cuivre d’Asie
Ce qui aime douter et puis s’envole, c’est l’oiseau ; ce qui submerge tout, l’eau de la mer
Ton seul seigneur, c’est l’herbe verte, qui loge sur ton dos chétif, et conserve les paumes et les secrets des fleurs sauvages

Cuivre d’Asie, cuivre d’Asie
As-tu remarqué ? ces deux colombes sont deux chaussures blanches que Qu Yuan oublia sur la grève
Afin que nous --- cette rivière et nous, puissions les porter

Cuivre d’Asie, cuivre d’Asie
Quand les tambours se taisent, nous appelons ce cœur qui danse dans le noir : clair de lune
Ce clair de lune que tu composas.

(Octobre 1984)


亚洲铜

亚洲铜 亚洲铜
祖父死在这里 父亲死在这里 我也会死在这里
你是唯一的一块埋人的地方

亚洲铜 亚洲铜
爱怀疑和飞翔的是鸟 淹没一切的是海水
你的主人却是青草 住在自己细小的腰上 守住野花的手掌和秘密

亚洲铜 亚洲铜
看见了吗? 那两只白鸽子 它是屈原遗落在沙滩上的白鞋子
让我们——我们和河流一起 穿上它吧

亚洲铜 亚洲铜
击鼓之后 我们把在黑暗中跳舞的心脏叫做月亮
这月亮主要由你构成




mardi 27 décembre 2011

Gu Cheng - Je suis un enfant coléreux

我是一个任性的孩子


也许
我是被妈妈宠坏的孩子
我任性

我希望
每一个时刻
都像彩色蜡笔那样美丽
我希望
能在心爱的白纸上画画
画出笨拙的自由
画下一只永远不会
流泪的眼睛
一片天空
一片属于天空的羽毛和树叶
一个淡绿的夜晚和苹果

我想画下早晨
画下露水所能看见的微笑
画下所有最年轻的
没有痛苦的爱情
画下想象中
我的爱人
她没有见过阴云
她的眼睛是晴空的颜色
她永远看着我
永远,看着
绝不会忽然掉过头去

我想画下遥远的风景
画下清晰的地平线和水波
画下许许多多快乐的小河
画下丘陵——
长满淡淡的茸毛
我让它们挨得很近
让它们相爱
让每一个默许
每一阵静静的春天的激动
都成为
一朵小花的生日

我还想画下未来
我没见过她,也不可能
但知道她很美
我画下她秋天的风衣
画下那些燃烧的烛火和枫叶
画下许多因为爱她
而熄灭的心
画下婚礼
画下一个个早早醒来的节日——
上面贴着玻璃糖纸
和北方童话的插图

我是一个任性的孩子
我想涂去一切不幸
我想在大地上
画满窗子
让所有习惯黑暗的眼睛
都习惯光明
我想画下风
画下一架比一架更高大的山岭
画下东方民族的渴望
画下大海——
无边无际愉快的声音

最后,在纸角上
我还想画下自己
画下一只树熊
他坐在维多利亚深色的丛林里
坐在安安静静的树枝上
发愣
他没有家
没有一颗留在远处的心
他只有,许许多多
浆果一样的梦
和很大很大的眼睛

我在希望
在想
但不知为什么
我没有领到蜡笔
没有得到一个彩色的时刻
我只有我
我的手指和创痛
只有撕碎那一张张
心爱的白纸
让它们去寻找蝴蝶
让它们从今天消失

我是一个孩子
一个被幻想妈妈宠坏的孩子
我任性

(一九八一年三月)



Je suis un enfant coléreux

Peut être que
Je suis un enfant que sa maman a trop gâté
Je suis coléreux

Je voulais
Que chaque instant
Soit beau comme des crayons de toutes les couleurs
Je voulais
Pouvoir dessiner sur l’adorable feuille blanche
Dessiner l’idiote liberté
Dessiner un œil
Qui jamais ne pleurerait
Et un ciel
Et des plumes et des feuilles sur ce ciel
Un soir glauque et une pomme

Je voulais dessiner l’aube
Dessiner la rosée et les sourires qu’on aperçoit
Dessiner toutes ces enfantines
Amours qui n’ont pas souffert
Dessiner en rêve
Celle que j’aime
Elle n‘a pas vu les nuages sombres
Ses yeux sont clairs comme le ciel
Toujours elle me regarde
Toujours, observe
Sans jamais détourner la tête

Je voulais dessiner des pays lointains
Dessiner des horizons clairs et des vagues
Dessiner tous ces ruisseaux joyeux
Dessiner des collines ---
Couvertes de mousse pâle
Je les aurais serrées
Pour qu’elles s’aiment
Pour que chacune s’abandonne
Que chaque souffle calme du printemps
Devienne
La fête d’une fleur

Je voulais aussi dessiner l’avenir
Je ne l’avais jamais vue, c’était impossible
Mais je savais qu’elle serait belle
Dessiner son manteau d’automne
Dessiner ces bougies ces érables en feu
Dessiner des cœurs
Par son amour éteints
Dessiner des mariages
Dessiner toutes ces fêtes levées de bon matin --
Et coller dessus des papiers de bonbons
Et des illustrations de contes pour enfants

Je suis un enfant coléreux
Et j’ai voulu tout raturer
Je voulais partout sur la terre
Dessiner des fenêtres
Pour que les yeux accoutumés à l’ombre
S’habituent à la lumière
Je voulais dessiner le vent
Dessiner les crêtes des montagnes toujours plus hautes
Dessiner la soif des peuples de l’orient
Dessiner l’océan
Et le chant infini du bonheur

Enfin, au coin de la feuille
Je voulais me dessiner aussi
Dessiner un ours dans les arbres
Dans la jungle sombre de Victoria
Rêvant
Sans maison
Sans cœur abandonné au loin
Avec seulement, tout plein
De rêves comme des baies
Et d’immenses yeux

Je voulais encore
Voulais
Mais je ne sais pas pourquoi
Je n’ai pas reçu de crayons
Pas eu d’instant de toutes les couleurs
Je n’ai eu que moi
Avec mes doigts et mes douleurs
Que ces feuilles déchirées
Adorables et blanches
Parties chasser les papillons
Evanouies dans le présent

Je suis un enfant
Que sa maman rêveuse a trop gâté
Je suis coléreux

(Mars 1981)

mardi 20 décembre 2011

WH Auden - Le plus aimant des deux

Le plus aimant des deux


Regardant les étoiles, je comprends bien
Que de leur point de vue, je ne suis rien
Mais ici bas il n’est guère effrayant
D’être ignoré des bêtes et des gens

Que dirions-nous si les astres brûlaient
D’une passion dont nous ne pouvions mais ?
S’il n’est pas permis de s’apprécier autant
Je préfère des deux être le plus aimant

Amoureux comme je crois l’être
D’étoiles qui s’en moquent peut-être
Saurais-je en les voyant affirmer
Que l’une d’elles aujourd’hui m’a manqué ?

Si toutes les étoiles venaient à mourir
Devant un ciel vide je devrais m’attendrir
Mais pour trouver sublime ce noir intransigeant
Il me faudrait peut être un peu de temps



The more loving one - WH Auden


Looking up at the stars, I know quite well
That, for all they care, I can go to hell,
But on earth indifference is the least
We have to dread from man or beast.

How should we like it were stars to burn
With a passion for us we could not return?
If equal affection cannot be,
Let the more loving one be me.

Admirer as I think I am
Of stars that do not give a damn,
I cannot, now I see them, say
I missed one terribly all day.

Were all stars to disappear or die,
I should learn to look at an empty sky
And feel its total dark sublime,
Though this might take me a little time.

lundi 17 octobre 2011

Huang Guang Dao - Imaginer autre chose

想象另一种可能


在是与非之间
我们需要一万次穿越盛开的蜂巢

聆听开花时
虚妄的词语落下来

就在此刻
当光被再一次提及

鸟群
成为虚无的排列

静止在高空
所有鸟儿都是白色的

有如苦痛之时
一根带血的刺虚晃了一下

Imaginer autre chose

Entre le vrai et le faux
Nous devons mille fois traverser cette ruche en fleurs

On les entend s’épanouir
Et les mots fabriqués s’effondrent

A cet instant
Où la lumière est encore évoquée

Un vol d’oiseaux
Devient l’ordre du néant

Immobiles au firmament
Tous les oiseaux sont blancs

Comme dans la douleur
Une épine sanglante
      Qui feinte

vendredi 14 octobre 2011

Duo Yu - L'homme à la lampe

提灯人

——献给A

他举着灯,匆匆走在无面孔的人群里
太阳像一束追光,追着他不测的命运
当所有人都看到光明时他却只能看到黑暗
当所有人都替他捏把汗时他却在日落之前
被一把拽进黑暗里……

(2011春夏之交)

L’homme à la lampe
- Pour A

Une lampe à la main, il fend la foule sans visage
Le soleil comme un projecteur, suit son étrange destin
Chacun voit la lumière : lui seul distingue l’ombre
Chacun pour lui retient son souffle : il est là, devant le couchant
Par une main traîné dans l’obscurité….

(2011, printemps, été)



mercredi 7 septembre 2011

Duo Yu - Le bruit d'une porte qu'on frappe

敲门声


风暴正在街上大打出手
冷却塔轰鸣着高温之歌
年青的占星家在为时代推敲命运——
还差一个逗号了——背后传来敲门声
还差一个句号了——敲门声越来越急
还差一声叹息了……敲门者已破门而入。
(2011)

Le bruit d’une porte qu’on frappe

L’orage brutalise la route
La tour de refroidissement crie sa chanson brûlante
Le jeune astrologue médite sur le destin de notre époque -
Il ne manque qu’une virgule -- Derrière, le bruit d’une porte qu’on frappe
Il ne manque qu’un point – Les coups, de plus en plus vite
Il ne manque qu’un soupir… On a enfoncé la porte.
(2011)

vendredi 26 août 2011

Duo Yu - En mémoire

怀念


突然想起那些早逝的诗人
他们的诗集就放在手边
他们的音容还留在记忆里
他们的邮件还躺在信箱里
他们喝过的酒、唱过的歌、骂过的人
还一样清白、愤怒、无耻地活在世上
而他们
也真的跟活着时没什么两样
只是安静了许多
只是不再讲话
而我们这个世界
又多么需要安静一小会儿啊!

(2010冬)

En mémoire

Je me souviens de ces poètes morts trop jeunes
Leurs recueils encore sous la main
Leurs voix encore dans nos esprits
Leur courrier dans la boite aux lettres
Le vin qu’ils ont bu, les airs qu’ils chantèrent, les gens qu’ils maudirent
Toujours innocemment, indignement, insolemment vivants ici bas
Et eux
Pas vraiment différents de quand ils étaient là
Juste un peu plus calmes
Juste ne parlant plus
Et ce monde
Qui aurait tant besoin d’un peu de calme !

(Hiver 2010)



mardi 26 juillet 2011

Mademoiselle Gee - WH Auden

Mademoiselle Gee

Ecoutez la petite histoire
De mademoiselle Edith Gee
Elle habitait Clevedon Terrace
Numéro 66

Elle louchait un peu de l’œil gauche
Ses lèvres étaient menues et fines
Elle avait les épaules étroites et tombantes
Et pas la moindre poitrine

Un chapeau de velours avec des rubans
Un tailleur de serge gris
Elle vivait à Clevedon Terrace
Dans une chambre à petit prix

Un imper mauve quand il pleuvait
Un parapluie vert à emporter
Elle avait un vélo, avec un panier
Et des freins mal réglés

La paroisse Saint Aloysius
Etait juste à côté
Elle y faisait du tricot
Pour la vente de charité

Parfois Mademoiselle Gee interrogeait le ciel
‘Quelqu’un sait il seulement,
Que je vis ici à Clevedon Terrace
Pour cent livres par an ?’

Une nuit elle avait rêvé
Qu’elle était la Reine de France
Et que le curé de Saint Aloysius
Priait sa Majesté de lui accorder cette danse

Mais l’orage emporta le palais
Elle pédalait dans un champ de blé
Et un taureau, le portrait du curé
La chargeait tête baissée

Elle sentait son souffle sur elle
Il allait la rattraper
Et son vélo avançait de moins en moins vite
A cause des freins mal réglés

L’été les arbres étaient comme un tableau
L’hiver les montrait en ruine
Elle allait en vélo à la messe du soir
Boutonnée jusqu’au cou

Elle passe devant les amoureux
En détournant la tête
Elle passe devant les amoureux
Qui ne lui font pas fête

Mademoiselle Gee s’assied dans le transept
Et écoute l’orgue jouer
Et le chœur qui chante si doucement
En cette fin de journée

Mademoiselle Gee s’agenouille dans le transept
Les genoux à même le sol
Ne me soumets pas à la tentation
Mais fais de moi une bonne fille

Les jours et les nuits passent sur elle
Comme les vagues sur une épave en ruine
En vélo elle va jusqu'au dispensaire
Toujours boutonnée jusqu'au cou

En vélo elle va jusqu'au dispensaire
Sonne chez le chirurgien
Docteur, j’ai une douleur à l’intérieur
Et je ne me sens pas bien

Le docteur Thomas l’ausculte
Et l’examine à nouveau
Puis se tournant pour se laver les mains
Dit: 'pourquoi n’êtes vous pas venue plus tôt ?'

Le docteur Thomas est devant son dîner
Alors que sa femme n’a pas encore sonné
Il fait des boulettes avec son pain
Et dit c’est curieux, le cancer

Personne ne sait d’où il vient
Quoi qu’on puisse en dire
Il est comme un assassin
Qui attend son heure

Les femmes sans enfants l’attrapent
Et les hommes à la retraite
Comme s’il était là pour compenser
Quand la création s’arrête

Sa femme appele la bonne et dit
'Tu es morbide, mon chéri'
Il dit 'j’ai vu Mademoiselle Gee ce soir
Et je crois bien qu’elle est finie'

Ils ont emmené Mademoiselle Gee à l’hôpital
Ils l’ont allongée, en ruine
Allongée dans le dortoir des dames
Ses draps remontés jusqu’au cou

Ils l’ont allongée sur la table
Les étudiants ont ri
Et Mr Rose, le chirurgien
A découpé Mademoiselle Gee

Il s’est tourné vers ses étudiants:
'Messieurs, votre attention
On voit rarement une tumeur
De pareilles proportions'

Ils l’ont enlevée de la table
Ont roulé Mademoiselle Gee
Vers un autre service
Celui d’Anatomie

Ils l’ont accrochée au plafond
Mademoiselle Gee, pendue à un clou
Pendant qu’une bande de carabins d’Oxford
Délicatement dissèquait son genou.

 

Miss Gee

Let me tell you a little story
About Miss Edith Gee;
She lived in Clevedon Terrace
At number 83.

She'd a slight squint in her left eye,
Her lips they were thin and small,
She had narrow sloping shoulders
And she had no bust at all.

She'd a velvet hat with trimmings,
And a dark grey serge costume;
She lived in Clevedon Terrace
In a small bed-sitting room.

She'd a purple mac for wet days,
A green umbrella too to take,
She'd a bicycle with shopping basket
And a harsh back-pedal break.

The Church of Saint Aloysius
Was not so very far;
She did a lot of knitting,
Knitting for the Church Bazaar.

Miss Gee looked up at the starlight
And said, 'Does anyone care
That I live on Clevedon Terrace
On one hundred pounds a year?'

She dreamed a dream one evening
That she was the Queen of France
And the Vicar of Saint Aloysius
Asked Her Majesty to dance.

But a storm blew down the palace,
She was biking through a field of corn,
And a bull with the face of the Vicar
Was charging with lowered horn.

She could feel his hot breath behind her,
He was going to overtake;
And the bicycle went slower and slower
Because of that back-pedal break.

Summer made the trees a picture,
Winter made them a wreck;
She bicycled to the evening service
With her clothes buttoned up to her neck.

She passed by the loving couples,
She turned her head away;
She passed by the loving couples,
And they didn't ask her to stay.

Miss Gee sat in the side-aisle,
She heard the organ play;
And the choir sang so sweetly
At the ending of the day,

Miss Gee knelt down in the side-aisle,
She knelt down on her knees;
'Lead me not into temptation
But make me a good girl, please.'

The days and nights went by her
Like waves round a Cornish wreck;
She bicycled down to the doctor
With her clothes buttoned up to her neck.

She bicycled down to the doctor,
And rang the surgery bell;
'O, doctor, I've a pain inside me,
And I don't feel very well.'

Doctor Thomas looked her over,
And then he looked some more;
Walked over to his wash-basin,
Said,'Why didn't you come before?'

Doctor Thomas sat over his dinner,
Though his wife was waiting to ring,
Rolling his bread into pellets;
Said, 'Cancer's a funny thing.

'Nobody knows what the cause is,
Though some pretend they do;
It's like some hidden assassin
Waiting to strike at you.

'Childless women get it.
And men when they retire;
It's as if there had to be some outlet
For their foiled creative fire.'

His wife she rang for the servent,
Said, 'Dont be so morbid, dear';
He said: 'I saw Miss Gee this evening
And she's a goner, I fear.'

They took Miss Gee to the hospital,
She lay there a total wreck,
Lay in the ward for women
With her bedclothes right up to her neck.

They lay her on the table,
The students began to laugh;
And Mr. Rose the surgeon
He cut Miss Gee in half.

Mr. Rose he turned to his students,
Said, 'Gentlemen if you please,
We seldom see a sarcoma
As far advanced as this.'

They took her off the table,
They wheeled away Miss Gee
Down to another department
Where they study Anatomy.

They hung her from the ceiling
Yes, they hung up Miss Gee;
And a couple of Oxford Groupers
Carefully dissected her knee.

mercredi 27 avril 2011

Haizi - La nuit dans une goutte

一滴水中的黑夜



一滴水中的黑夜
一滴泪水中的全部黑夜

一滴无名的泪水
在乡村长大的泪水
飞在乡村的黑夜
山坡上,几棵冬天的草

看见四海龙王 在黄昏之后
举起了一片淹没了野鸽子的
漆黑的像黑夜的海水
一样的天空

海水把你推上岸来
一滴水中的黑夜
推到我的怀抱
朝夕相伴,如痴如醉
一滴泪水有她自己的笑容
就像黑夜中闪闪的星星
这些陌生人系好了自己的马
在女王广大的田野和树林

1988.2.11



La nuit dans une goutte


La nuit dans une goutte
Toute la nuit dans une larme

Une larme sans nom
Larme grandie au village
Volant dans la nuit du village
Sur la colline, quelques herbes d’hiver

J’ai vu le roi dragon des quatre mers
    Au-delà du crépuscule
Qui soulevait un morceau de ciel
A noyer les tourterelles
Noir comme la mer, la nuit

La mer t’a jetée sur la côte
La nuit dans une goutte
T’a jetée dans mes bras
Ensemble jour et nuit
    Idiots et ivres

Dans une larme, il y a son sourire
Comme les étoiles qui brillent dans la nuit
Ces inconnus ont attaché leurs chevaux
Dans les grands bois et les champs de la reine

11-2-1988