J’ai toujours voulu atteindre le septième cran de ma ceinture
Au septième cran ma taille
Satisfait enfin à la norme collective
Au neuvième je suis plus à mon aise plus détendu
Comme un hippopotame ou la rivière en crue qui le submerge
Mais toute ma vie j’ai lutté pour le septième cran
Comme une conspiration jamais déjouée
Derrière mon ventre
我总是想抵达皮带的第七个扣
在第七扣 我的腰围
才符合公有制的标准
但在第九扣我最舒适 最放松
象河马 象漫过河马的洪水
但一生我都在为第七扣斗争
象阴谋 象肚皮后面
永不溃败的阴谋
jeudi 8 mai 2014
jeudi 1 mai 2014
Li Bai - Nuit calme
Devant mon lit le clair de lune
Semble du givre sur le sol
Levant la tête je contemple l’astre
Puis baisse les yeux et pense à mon pays
床前明月光
疑是地上霜
举头望明月
低头思故乡
Semble du givre sur le sol
Levant la tête je contemple l’astre
Puis baisse les yeux et pense à mon pays
床前明月光
疑是地上霜
举头望明月
低头思故乡
Libellés :
Li Bai 李白 (701-762)
dimanche 20 avril 2014
Yu Jian - 100
Le soleil d’après midi
A traversé les meubles
Pénétré les profondeurs de la chambre
Illuminé bols et assiettes dans le buffet
Fait rutiler sel et poivre sur la cuisinière
Eclairé les tasseaux carrés qui supportent la table
Le soleil a réordonné les couleurs du débarras
Et d’un éclair dans le noir
J’ai retrouvé, perdue depuis longtemps,
Une cuiller d’argent
阳光在下午
穿过家具 进入房间的深处
照亮了橱柜里的碗和盘子
照亮了煤气炉上的盐巴瓶和胡椒
照亮了桌面底下的方榫头
阳光重新布置了什物间的光谱
在黑色的一闪中
我忽然发现了那把失踪已久的
银调羹
A traversé les meubles
Pénétré les profondeurs de la chambre
Illuminé bols et assiettes dans le buffet
Fait rutiler sel et poivre sur la cuisinière
Eclairé les tasseaux carrés qui supportent la table
Le soleil a réordonné les couleurs du débarras
Et d’un éclair dans le noir
J’ai retrouvé, perdue depuis longtemps,
Une cuiller d’argent
阳光在下午
穿过家具 进入房间的深处
照亮了橱柜里的碗和盘子
照亮了煤气炉上的盐巴瓶和胡椒
照亮了桌面底下的方榫头
阳光重新布置了什物间的光谱
在黑色的一闪中
我忽然发现了那把失踪已久的
银调羹
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
Yu Jian - 97
Sur cette génération la tempête est passée
C’étaient autrefois les combattants de l’avant-garde
Ils se tourmentent aujourd’hui pour la décoration de leur appartement
Pendant que leurs enfants font leurs devoirs
Ces indignations si fragiles
Ces attitudes progressistes
Sont devenues grimaces
Dans les miroirs
Au dîner ils moquent méprisants quelque
Imbécile aigri
Quelque éternel sceptique
Société
Ne doute plus de leur fidélité
Ne ressasse plus les fantômes de Times Square
Sans remords, les anciens hippies sont depuis longtemps rentrés chez eux
En pleurant, ils ont pris un bon bain chaud
Avec des fibres végétales naturelles, ils ont frotté leur dos
A sept heures
Ils ont enfilé un peignoir éponge
Et comme une vieille épouse retrouvée
Ont rejoint leur poste de télévision
这一代人已经风流云散
从前的先锋派斗士
如今挖空心思地装修房间
娃娃在做一年级的作业
那些愤怒多么不堪一击
那些前卫的姿态
是为在镜子上 获得表情
晚餐时他们会轻蔑地调侃起某个
愤世嫉俗的傻瓜 某个还在怀疑的人
组织啊 别再猜疑他们的忠诚
别再在时代的广场上捕风捉影
老嬉皮士如今早已后悔莫及地回到家里
哭泣着洗热水澡 用丝瓜瓤擦背
七点钟 他们裹着割绒的浴巾
象重新发现自己的老婆那样
发现电视上的频道
C’étaient autrefois les combattants de l’avant-garde
Ils se tourmentent aujourd’hui pour la décoration de leur appartement
Pendant que leurs enfants font leurs devoirs
Ces indignations si fragiles
Ces attitudes progressistes
Sont devenues grimaces
Dans les miroirs
Au dîner ils moquent méprisants quelque
Imbécile aigri
Quelque éternel sceptique
Société
Ne doute plus de leur fidélité
Ne ressasse plus les fantômes de Times Square
Sans remords, les anciens hippies sont depuis longtemps rentrés chez eux
En pleurant, ils ont pris un bon bain chaud
Avec des fibres végétales naturelles, ils ont frotté leur dos
A sept heures
Ils ont enfilé un peignoir éponge
Et comme une vieille épouse retrouvée
Ont rejoint leur poste de télévision
这一代人已经风流云散
从前的先锋派斗士
如今挖空心思地装修房间
娃娃在做一年级的作业
那些愤怒多么不堪一击
那些前卫的姿态
是为在镜子上 获得表情
晚餐时他们会轻蔑地调侃起某个
愤世嫉俗的傻瓜 某个还在怀疑的人
组织啊 别再猜疑他们的忠诚
别再在时代的广场上捕风捉影
老嬉皮士如今早已后悔莫及地回到家里
哭泣着洗热水澡 用丝瓜瓤擦背
七点钟 他们裹着割绒的浴巾
象重新发现自己的老婆那样
发现电视上的频道
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chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
Yu Jian - 92
Entendant tomber une pomme de pin
On ne pense pas: « Montagne déserte où roulent les pignons »
Juste le son : « poc »
Et quand on regarde
Le sol en est couvert
Pas moyen de savoir laquelle a fait ce bruit
听见松果落地的时候
并未想到“山空松子落”
只是“噗”地一声
看见时 一地都是松果
不知道响的是哪一个
On ne pense pas: « Montagne déserte où roulent les pignons »
Juste le son : « poc »
Et quand on regarde
Le sol en est couvert
Pas moyen de savoir laquelle a fait ce bruit
听见松果落地的时候
并未想到“山空松子落”
只是“噗”地一声
看见时 一地都是松果
不知道响的是哪一个
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
lundi 14 avril 2014
Yu Jian - 84
Sur la terre pour planter un arbre
Il suffit de creuser un trou
D’y semer une graine dans l’ombre nouvelle
Puis de reboucher
D’arroser
D’attendre la pluie
Et le soleil et les oiseaux
Mais pour planter un arbre dans une bibliothèque
Il te faut faire un plan
Préciser ton projet
Utiliser des engins et même des explosifs
Eventrer couche après couche
Armatures, béton et fondations
Puis arroser
Pour que la plus profonde
Ainsi ramollie
Se rappelle l’ombre
在大地上种树
只要挖一个坑
把种子播到新鲜的黑暗中
然后盖土 浇水
等待着雨
等待着阳光和鸟
但在图书馆的地上种树
你得找到图纸 弄清结构
使用工具甚至炸药
把钢筋、混凝土、基石
一层层撬开
然后浇水 让最底层的
在松动中
回忆起那黑暗
Il suffit de creuser un trou
D’y semer une graine dans l’ombre nouvelle
Puis de reboucher
D’arroser
D’attendre la pluie
Et le soleil et les oiseaux
Mais pour planter un arbre dans une bibliothèque
Il te faut faire un plan
Préciser ton projet
Utiliser des engins et même des explosifs
Eventrer couche après couche
Armatures, béton et fondations
Puis arroser
Pour que la plus profonde
Ainsi ramollie
Se rappelle l’ombre
在大地上种树
只要挖一个坑
把种子播到新鲜的黑暗中
然后盖土 浇水
等待着雨
等待着阳光和鸟
但在图书馆的地上种树
你得找到图纸 弄清结构
使用工具甚至炸药
把钢筋、混凝土、基石
一层层撬开
然后浇水 让最底层的
在松动中
回忆起那黑暗
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chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
Yu Jian - 81
Maxime :
Sentences métaphysiques
Vous
Etes la cause du dédain de Dieu
Préceptes horticoles
Vous
Etes la raison de Ses labourages
箴言:
你们 关于灵魂的造句
是上帝拂袖而去的原因
你们 培育玫瑰的习惯
是上帝挥锄开荒的理由
Sentences métaphysiques
Vous
Etes la cause du dédain de Dieu
Préceptes horticoles
Vous
Etes la raison de Ses labourages
箴言:
你们 关于灵魂的造句
是上帝拂袖而去的原因
你们 培育玫瑰的习惯
是上帝挥锄开荒的理由
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chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
Yu Jian - 88
Les roues dentées de la rivière
Se sont arrêtées au milieu des pierres
Ce que cela veut dire
Dieu seul le sait
河流的齿轮
停在石头之中
这是什么意思
只有上帝知道
Se sont arrêtées au milieu des pierres
Ce que cela veut dire
Dieu seul le sait
河流的齿轮
停在石头之中
这是什么意思
只有上帝知道
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
dimanche 13 avril 2014
Yu Jian - 90
Tel un méandre sur la terre
Telle une droite entre deux points
Jour et nuit la rivière clapote
Jour et nuit la couleuvre se tait
同样在大地上弯弯曲曲
同样是两点一线
河日夜喧响
蛇日夜沉默
Telle une droite entre deux points
Jour et nuit la rivière clapote
Jour et nuit la couleuvre se tait
同样在大地上弯弯曲曲
同样是两点一线
河日夜喧响
蛇日夜沉默
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
Yu Jian - 80
Dans l’obscurité
Nous empruntons toujours des chemins familiers
Comme le sang connait le cœur
Nous savons, au plus profond des ténèbres
Nous organiser
Ou abattre un rival
Mais dans la lumière
Quand devant nous toute chose est exposée
Nous sommes pieds et poings liés
在黑暗里
我们尊循的是熟悉的路线
犹如血液知道心脏
我们知道如何在黑暗深处
找到组织 搞掉对手
而在明亮中
与一览无遗的事物面对
我们却束手无策
Nous empruntons toujours des chemins familiers
Comme le sang connait le cœur
Nous savons, au plus profond des ténèbres
Nous organiser
Ou abattre un rival
Mais dans la lumière
Quand devant nous toute chose est exposée
Nous sommes pieds et poings liés
在黑暗里
我们尊循的是熟悉的路线
犹如血液知道心脏
我们知道如何在黑暗深处
找到组织 搞掉对手
而在明亮中
与一览无遗的事物面对
我们却束手无策
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
Yu Jian - 79
Partant de la lumière
Nous allons vers l'obscurité
Jamais le contraire
从亮处开始
我们到黑暗中去
而不是相反
Nous allons vers l'obscurité
Jamais le contraire
从亮处开始
我们到黑暗中去
而不是相反
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
Yu Jian - 78
Au plus profond du tigre
Peut-on encore avancer ?
On doit revenir à son visage velu
Et d’une main délicieuse
En caresser la surface
在一头老虎的深处
还可以往哪里去呢?
只有退回到它的毛脸那里去
用美味的手
抚摸它表面
Peut-on encore avancer ?
On doit revenir à son visage velu
Et d’une main délicieuse
En caresser la surface
在一头老虎的深处
还可以往哪里去呢?
只有退回到它的毛脸那里去
用美味的手
抚摸它表面
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
Yu Jian - 77
Le vent a atteint la banlieue
L’automne grésille dans les arbres
Les draps claquent dans le ciel bleu
Au temple les clochettes tintent
Seuls les mots gardent le silence
Ils ne peuvent sonner au vent
Ce ne sont pas des drapeaux
Ou des habits séchant sur une corde
Quand l’émotion saisit nos coeurs
Les mots sont comme des pierres
Imperturbables
风已经抵达郊区
秋天在树叶中哗哗地响
布也在深蓝的天空下响起来
风铃也在庙宇中响了起来
只有语词坚守着沉默
它不能随着风发出响声
它不是旗帜
也不是晾衣服的棕绳
在动人心弦的时刻
语词象石头一样
纹丝不动
L’automne grésille dans les arbres
Les draps claquent dans le ciel bleu
Au temple les clochettes tintent
Seuls les mots gardent le silence
Ils ne peuvent sonner au vent
Ce ne sont pas des drapeaux
Ou des habits séchant sur une corde
Quand l’émotion saisit nos coeurs
Les mots sont comme des pierres
Imperturbables
风已经抵达郊区
秋天在树叶中哗哗地响
布也在深蓝的天空下响起来
风铃也在庙宇中响了起来
只有语词坚守着沉默
它不能随着风发出响声
它不是旗帜
也不是晾衣服的棕绳
在动人心弦的时刻
语词象石头一样
纹丝不动
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
samedi 12 avril 2014
Yu Jian - 76
Le centre a explosé l’ancienne autorité est devenue
caduque
Dans le salon désordonné les insectes pullulent sous les projecteurs
La hiérarchie est renversée dans les ténèbres le poète
S’assied au dernier rang
Dieu a pris sa retraite les esprits sont allés vivre ailleurs
L’ordre n’est pas rétabli le chaos n’est pas clarifié
Seul, une lampe à la main : le poète
Le soleil est au firmament splendide est son épithète
La terre est en-dessous enceinte de mille choses
On appelle profondeur ce qui se cache dans la boue
Le seul vrai nom des hommes c’est travailleurs et le mot comédien
Désigne ces gens qui dans les fermes voient des roseraies
Mais à la cantine de la mort il n’y a plus de plats à emporter
Poète l’échelle de tes valeurs doit s’appuyer sur la géographie
中心四散 旧时代威权作废
混乱的大厅 聚光灯下尽是蛾子
等级颠倒 诗人在黑暗中
叨陪末座
上帝离休 神生活在别处
秩序有待恢复 混沌有待澄明
掌灯者唯有 诗人
太阳高高在上 辉煌是它的状语
大地在下边 孕育万物
深刻 指的是泥巴的内容
劳动者是人的唯一名称 演员一词
指的是把农场说成玫瑰园的那号人
但在死亡的快餐店中已没有盒饭
诗人啊 你的尺度 得从测量土地开始
Dans le salon désordonné les insectes pullulent sous les projecteurs
La hiérarchie est renversée dans les ténèbres le poète
S’assied au dernier rang
Dieu a pris sa retraite les esprits sont allés vivre ailleurs
L’ordre n’est pas rétabli le chaos n’est pas clarifié
Seul, une lampe à la main : le poète
Le soleil est au firmament splendide est son épithète
La terre est en-dessous enceinte de mille choses
On appelle profondeur ce qui se cache dans la boue
Le seul vrai nom des hommes c’est travailleurs et le mot comédien
Désigne ces gens qui dans les fermes voient des roseraies
Mais à la cantine de la mort il n’y a plus de plats à emporter
Poète l’échelle de tes valeurs doit s’appuyer sur la géographie
中心四散 旧时代威权作废
混乱的大厅 聚光灯下尽是蛾子
等级颠倒 诗人在黑暗中
叨陪末座
上帝离休 神生活在别处
秩序有待恢复 混沌有待澄明
掌灯者唯有 诗人
太阳高高在上 辉煌是它的状语
大地在下边 孕育万物
深刻 指的是泥巴的内容
劳动者是人的唯一名称 演员一词
指的是把农场说成玫瑰园的那号人
但在死亡的快餐店中已没有盒饭
诗人啊 你的尺度 得从测量土地开始
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
mardi 1 avril 2014
Yu Jian - 62
La profondeur d’un poème lyrique
Est sous la langue d’une rose rouge
Une binette noire plantée dans un carreau
Qui évoque les amours de jeunesse d’un truand
Et des chaussures de daim dans un frigidaire - et suggèrent quoi d’autre
Tu ne devines pas
Des traces de pas qui fondent dans la montagne
Des rizières qui représentent l’Asie
Et ce mot bronze qui revient
Que tu dois associer
A un
Vieil empereur élégant et dissolu
Anchois
Qu’y a-t-il autour de vous ?
« Des princesses »
Printemps
La nature est un
Chandail vert
En rotin tressé
Et si tu ne comprends pas
Tu n’es qu’un illettré
Sans imagination
抒情诗的深度
在红玫瑰的舌头下面
一把插在玻璃上的黑锄头
暗示的是匪徒的初恋
而冰箱里的麂皮鞋又意味着什么
你猜不到啦 是山区解冻的脚步
水稻象征亚洲
而青铜这个词出现 你就应当联想起
一位 风流倜傥的老皇帝
凤尾鱼啊 在您周围的是什么?
“宫娥”
春天 自然是一条 柳条织成的
绿毛衣啦 如果你猜不着
你就是一个没有想象力的
文盲
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
dimanche 23 mars 2014
Bukowski - La cause et l'effet
La Cause et l’Effet
les meilleurs souvent meurent de leur propre main
juste pour partir,
et ceux qui restent
ne comprennent jamais
comment quelqu’un
a pu vouloir
les
quitter
Cause And Effect
the best often die by their own hand
just to get away,
and those left behind
can never quite understand
why anybody
would ever want to
get away
from
them
les meilleurs souvent meurent de leur propre main
juste pour partir,
et ceux qui restent
ne comprennent jamais
comment quelqu’un
a pu vouloir
les
quitter
Cause And Effect
the best often die by their own hand
just to get away,
and those left behind
can never quite understand
why anybody
would ever want to
get away
from
them
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
Bukowski - Eh oui
Eh Oui
il y a des choses pires que
d’être seul
mais il faut souvent des décennies
pour s’en rendre compte
et la plupart du temps
quand cela arrive
c’est trop tard
et il n’y rien de pire
que
trop tard.
Oh Yes
there are worse things than
being alone
but it often takes decades
to realize this
and most often
when you do
it's too late
and there's nothing worse
than
too late.
il y a des choses pires que
d’être seul
mais il faut souvent des décennies
pour s’en rendre compte
et la plupart du temps
quand cela arrive
c’est trop tard
et il n’y rien de pire
que
trop tard.
Oh Yes
there are worse things than
being alone
but it often takes decades
to realize this
and most often
when you do
it's too late
and there's nothing worse
than
too late.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
samedi 22 mars 2014
Padgett - Album
Les images mentales que j’ai de mes parents de mes grand parents et de mon enfance commencent à se briser en petits morceaux et s’envolent loin de moi dans l’espace vide , portées par un vent qui m’attire à lui toujours si doucement, si doucement qu’il ne dresse pas un cheveu sur mon crâne (même si en vérité il en reste bien peu à dresser). Je commence à prendre l’idée que la mort est la fin de la vie plus au sérieux qu’auparavant. Je me suis longtemps demandé pourquoi certains semblent trouver la vie triste ou tragique. N’est-elle pas aussi amusante et comique ? Et au-delà, n’est-elle pas étonnante et merveilleuse ? Oui, mais seulement quand elle est là. Et elle commence à me quitter. Les images se désintègrent, comme si leurs molécules disaient : « j’en ai assez,» et se préparaient à partir ailleurs former une autre configuration. Elles nous trahissent, ces molécules, nous qui les avons tant aimées. Elles nous le rendent mal.
The mental pictures I have of my parents and grandparents and my childhood are beginning to break up into small fragments and get blown away from me into empty space, and the same wind is sucking me toward it ever so gently, so gently as not even to raise a hair on my head (though the truth is that there are very few of them to be raised). I'm starting to take the idea of death as the end of life somewhat harder than before. I used to wonder why people seemed to think that life is tragic or sad. Isn't it also comic and funny? And beyond all that, isn't it amazing and marvelous? Yes, but only if you have it. And I am starting not to have it. The pictures are disintegrating, as if their molecules were saying, "I've had enough," ready to go somewhere else and form a new configuration. They betray us, those molecules, we who have loved them. They treat us like dirt.
The mental pictures I have of my parents and grandparents and my childhood are beginning to break up into small fragments and get blown away from me into empty space, and the same wind is sucking me toward it ever so gently, so gently as not even to raise a hair on my head (though the truth is that there are very few of them to be raised). I'm starting to take the idea of death as the end of life somewhat harder than before. I used to wonder why people seemed to think that life is tragic or sad. Isn't it also comic and funny? And beyond all that, isn't it amazing and marvelous? Yes, but only if you have it. And I am starting not to have it. The pictures are disintegrating, as if their molecules were saying, "I've had enough," ready to go somewhere else and form a new configuration. They betray us, those molecules, we who have loved them. They treat us like dirt.
Libellés :
anglais,
Ron Padgett (1942-)
Yu Jian - 75
(à Elytis, prix Nobel de littérature)
Grèce
Ton éclat s’est terni
Tes poètes sont émasculés
Pays d’Hélène
Qui maintenant a peur de se marier
Le sang de tes héros ne coulera plus
Pour les beautés
Tachant de rouge la mer Egée
Grèce
Ton étoile s’est éteinte
Dans les îles obèses
Les touristes regardent
Le poète au visage pâle
Qui mène sa barque lyrique
Et bouture
Des algues surréalistes
(致诺贝尔文学奖得主埃里蒂斯)
希腊啊 你已经光芒暗淡
你的诗人已经没有阳具
海伦的国 竟有人害怕婚姻
再也不会有英雄的血
为美人们 染红爱琴海
希腊啊 你的星已经落下
肥胖的岛屿之间 旅游者们看见
面色苍白的诗人 摇着抒情的船
在把超现实的海藻
无性繁殖
Grèce
Ton éclat s’est terni
Tes poètes sont émasculés
Pays d’Hélène
Qui maintenant a peur de se marier
Le sang de tes héros ne coulera plus
Pour les beautés
Tachant de rouge la mer Egée
Grèce
Ton étoile s’est éteinte
Dans les îles obèses
Les touristes regardent
Le poète au visage pâle
Qui mène sa barque lyrique
Et bouture
Des algues surréalistes
(致诺贝尔文学奖得主埃里蒂斯)
希腊啊 你已经光芒暗淡
你的诗人已经没有阳具
海伦的国 竟有人害怕婚姻
再也不会有英雄的血
为美人们 染红爱琴海
希腊啊 你的星已经落下
肥胖的岛屿之间 旅游者们看见
面色苍白的诗人 摇着抒情的船
在把超现实的海藻
无性繁殖
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
mercredi 19 mars 2014
Padgett - Les variations Goldberg
Les Variations Goldberg
En entendant Glenn Gould parler
à la radio aujourd’hui - une voix d’autrefois –
j’ai compris que si excentrique si
compliqué si grincheux qu’il ait été
je sais que j’aurais cru tout ce qu’il disait
et je l’ai cru, ses phrases étaient si bien
conçues, et ses mots si précis,
que pendant un instant
j’ai regretté de ne pas l’avoir connu même si
je ne crois pas que j’aurais pu lui parler toute la nuit
au téléphone encore que
peut-être surtout quand
j’étais assez jeune pour me tuer pour l’art.
The Goldberg Variations
When I heard Glenn Gould talking
on the radio today – his voice from long ago –
I knew no matter how eccentric how
difficult how crabby he might have been
I knew I’d trust whatever he had to say
and I did, so well-structured his sentences
were, and precise his words,
and for a moment
I felt regret I never knew him though
I don’t think I could have talked all night
on the phone with him but then
maybe I would have especially when
I was young enough to kill myself for art.
En entendant Glenn Gould parler
à la radio aujourd’hui - une voix d’autrefois –
j’ai compris que si excentrique si
compliqué si grincheux qu’il ait été
je sais que j’aurais cru tout ce qu’il disait
et je l’ai cru, ses phrases étaient si bien
conçues, et ses mots si précis,
que pendant un instant
j’ai regretté de ne pas l’avoir connu même si
je ne crois pas que j’aurais pu lui parler toute la nuit
au téléphone encore que
peut-être surtout quand
j’étais assez jeune pour me tuer pour l’art.
The Goldberg Variations
When I heard Glenn Gould talking
on the radio today – his voice from long ago –
I knew no matter how eccentric how
difficult how crabby he might have been
I knew I’d trust whatever he had to say
and I did, so well-structured his sentences
were, and precise his words,
and for a moment
I felt regret I never knew him though
I don’t think I could have talked all night
on the phone with him but then
maybe I would have especially when
I was young enough to kill myself for art.
Libellés :
anglais,
Ron Padgett (1942-)
mardi 18 mars 2014
Padgett - Rialto
Quand ma mère disait Allons au Rialto
je n’ai jamais pensé que ce mot Rialto
était bizarre ou étranger ou désignait autre chose
que ce théâtre Rialto de ma ville natale
tout comme l’Orpheum, dont le nom n’était qu’un phonème
sans trace du dieu des Poètes, même si
plus tard on me parlerait de lui et du pont
et je comprendrais que les dieux et les ponts volent invisibles
traversent l’océan et changent de forme et se posent
dans une ville natale où ils continuent de vivre
jusqu’à ce que vienne le temps de s’envoler encore et de recommencer
à être des phonèmes parfaitement neutres dans l’esprit
des innocents et des ouverts
sur le chemin du Ritz.
When my mother said Let’s go down to the Rialto
it never occurred to me that the name Rialto
was odd or from anywhere else or meant anything
other than Rialto the theatre in my hometown
like the Orpheum, whose name was only a phoneme
with no trace of the god of Poetry, though
later I would learn about him and about the bridge
and realize that gods and bridges can fly invisibly
across the ocean and change their shapes and land
in one’s hometown and go on living there
until it’s time to fly again and start all over
as a perfectly clean phoneme in the heads
of the innocent and the open
on their way to the Ritz.
je n’ai jamais pensé que ce mot Rialto
était bizarre ou étranger ou désignait autre chose
que ce théâtre Rialto de ma ville natale
tout comme l’Orpheum, dont le nom n’était qu’un phonème
sans trace du dieu des Poètes, même si
plus tard on me parlerait de lui et du pont
et je comprendrais que les dieux et les ponts volent invisibles
traversent l’océan et changent de forme et se posent
dans une ville natale où ils continuent de vivre
jusqu’à ce que vienne le temps de s’envoler encore et de recommencer
à être des phonèmes parfaitement neutres dans l’esprit
des innocents et des ouverts
sur le chemin du Ritz.
When my mother said Let’s go down to the Rialto
it never occurred to me that the name Rialto
was odd or from anywhere else or meant anything
other than Rialto the theatre in my hometown
like the Orpheum, whose name was only a phoneme
with no trace of the god of Poetry, though
later I would learn about him and about the bridge
and realize that gods and bridges can fly invisibly
across the ocean and change their shapes and land
in one’s hometown and go on living there
until it’s time to fly again and start all over
as a perfectly clean phoneme in the heads
of the innocent and the open
on their way to the Ritz.
Libellés :
anglais,
Ron Padgett (1942-)
Padgett - le poète en oiseau immortel
Le poète en oiseau immortel
Il y a une seconde mon cœur a fait boum
et je me suis dit : « mauvais moment
pour mourir d’une crise cardiaque, au
milieu d’un poème », puis me suis rassuré
à l’idée que personne à ma connaissance
n’est jamais mort en train d’écrire
un poème, tout comme les oiseaux ne meurent jamais en plein vol.
Je crois.
Poet as Immortal Bird
A second ago my heart thump went
and I thought, “This would be a bad time
to have a heart attack and die, in the
middle of a poem,” then took comfort
in the idea that no one I ever heard
of has ever died in the middle of writing
a poem, just as birds never die in midflight.
I think.
Il y a une seconde mon cœur a fait boum
et je me suis dit : « mauvais moment
pour mourir d’une crise cardiaque, au
milieu d’un poème », puis me suis rassuré
à l’idée que personne à ma connaissance
n’est jamais mort en train d’écrire
un poème, tout comme les oiseaux ne meurent jamais en plein vol.
Je crois.
Poet as Immortal Bird
A second ago my heart thump went
and I thought, “This would be a bad time
to have a heart attack and die, in the
middle of a poem,” then took comfort
in the idea that no one I ever heard
of has ever died in the middle of writing
a poem, just as birds never die in midflight.
I think.
Libellés :
anglais,
Ron Padgett (1942-)
ee cummings - au Juste
Au Juste-
printemps quand le monde est boue-
délicieux le petit
hommeauballon boiteux
siffle au petit large
et eddieetbill arrivent
en courant des billes et
des pirates et c’est le
printemps
quand le monde est flaque-merveilleux
le drôle de
vieil hommeauballon siffle
au petit large
et bettyetisbel viennent en dansant
des marelles et des cordes à sauter et
c’est
le printemps
et
l’hommeauballon
au pied de chèvre siffle
au
petit
large
in Just-
spring when the world is mud-
luscious the little
lame balloonman
whistles far and wee
and eddieandbill come
running from marbles and
piracies and it's
spring
when the world is puddle-wonderful
the queer
old balloonman whistles
far and wee
and bettyandisbel come dancing
from hop-scotch and jump-rope and
it's
spring
and
the
goat-footed
balloonMan whistles
far
and
wee
printemps quand le monde est boue-
délicieux le petit
hommeauballon boiteux
siffle au petit large
et eddieetbill arrivent
en courant des billes et
des pirates et c’est le
printemps
quand le monde est flaque-merveilleux
le drôle de
vieil hommeauballon siffle
au petit large
et bettyetisbel viennent en dansant
des marelles et des cordes à sauter et
c’est
le printemps
et
l’hommeauballon
au pied de chèvre siffle
au
petit
large
in Just-
spring when the world is mud-
luscious the little
lame balloonman
whistles far and wee
and eddieandbill come
running from marbles and
piracies and it's
spring
when the world is puddle-wonderful
the queer
old balloonman whistles
far and wee
and bettyandisbel come dancing
from hop-scotch and jump-rope and
it's
spring
and
the
goat-footed
balloonMan whistles
far
and
wee
Libellés :
anglais,
EE Cummings (1894-1962)
samedi 15 mars 2014
Bukowski - les âmes des animaux morts
les âmes des animaux morts
après l’abattoir
il y avait un bar au coin de la rue
et je m’y asseyais
et regardais le soleil se coucher
à travers la fenêtre,
fenêtre qui dominait un terrain
plein de hautes herbes sêches.
je ne me douchais jamais avec les autres à
l’usine
après le travail
alors je sentais la sueur et
le sang.
l’odeur de la sueur diminue après un
moment
mais alors celle du sang fulmine
et prend de l’importance.
je fumais des cigarettes et buvais des bières
jusqu’à ce que je me sente assez bien pour
monter dans le bus
avec les âmes de tous ces animaux
morts à côté de
moi ;
des têtes se tournaient à peine
des femmes se levaient et s’éloignaient de
moi.
quand je descendais du bus
je n’avais qu’un pâté de maison
et un escalier jusqu’à ma
chambre
où j’allumais la radio et
une cigarette
et où personne ne faisait plus attention
à moi.
the souls of dead animals
after the slaughterhouse
there was a bar around the corner
and I sat in there
and watched the sun go down
through the window,
a window that overlooked a lot
full of tall dry weeds.
I never showered with the boys at the
plant
after work
so I smelled of sweat and
blood.
the smell of sweat lessens after a
while
but the blood-smell begins to fulminate
and gain power.
I smoked cigarettes and drank beer
until I felt good enough to
board the bus
with the souls of all those dead
animals riding with
me;
heads would turn slightly
women would rise and move away from
me.
when I got off the bus
I only had a block to walk
and one stairway up to my
room
where I'd turn on my radio and
light a cigarette
and nobody minded me
at all.
après l’abattoir
il y avait un bar au coin de la rue
et je m’y asseyais
et regardais le soleil se coucher
à travers la fenêtre,
fenêtre qui dominait un terrain
plein de hautes herbes sêches.
je ne me douchais jamais avec les autres à
l’usine
après le travail
alors je sentais la sueur et
le sang.
l’odeur de la sueur diminue après un
moment
mais alors celle du sang fulmine
et prend de l’importance.
je fumais des cigarettes et buvais des bières
jusqu’à ce que je me sente assez bien pour
monter dans le bus
avec les âmes de tous ces animaux
morts à côté de
moi ;
des têtes se tournaient à peine
des femmes se levaient et s’éloignaient de
moi.
quand je descendais du bus
je n’avais qu’un pâté de maison
et un escalier jusqu’à ma
chambre
où j’allumais la radio et
une cigarette
et où personne ne faisait plus attention
à moi.
the souls of dead animals
after the slaughterhouse
there was a bar around the corner
and I sat in there
and watched the sun go down
through the window,
a window that overlooked a lot
full of tall dry weeds.
I never showered with the boys at the
plant
after work
so I smelled of sweat and
blood.
the smell of sweat lessens after a
while
but the blood-smell begins to fulminate
and gain power.
I smoked cigarettes and drank beer
until I felt good enough to
board the bus
with the souls of all those dead
animals riding with
me;
heads would turn slightly
women would rise and move away from
me.
when I got off the bus
I only had a block to walk
and one stairway up to my
room
where I'd turn on my radio and
light a cigarette
and nobody minded me
at all.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
Bukowski - Poème tard la nuit
on dit que
rien ne se perd:
c'est soit cela
ou
tout.
dark night poem
they say that
nothing is wasted:
either that
or
it all is.
rien ne se perd:
c'est soit cela
ou
tout.
dark night poem
they say that
nothing is wasted:
either that
or
it all is.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
Yu Jian - 74
Le soleil d’automne traverse le plateau près de Kunming
Brille sur la faculté de Mudan
Comme tous les jours la rue Qingyun le lac Cuihu se cachent dans les futaies
Sous les branches
Employés et étudiants en congé sont désoeuvrés
Mais parmi eux pas de Mudan
Pas plus que
Dans les stations loin de Kunming
秋天的阳光越过昆明附近的高原
照耀着穆旦的大学
青云街和翠湖依旧遮蔽在乔木之中
在树枝下 避暑的职工和学者同样空虚
在他们中间没有穆旦其人
在昆明以远的各站
也没有
Brille sur la faculté de Mudan
Comme tous les jours la rue Qingyun le lac Cuihu se cachent dans les futaies
Sous les branches
Employés et étudiants en congé sont désoeuvrés
Mais parmi eux pas de Mudan
Pas plus que
Dans les stations loin de Kunming
秋天的阳光越过昆明附近的高原
照耀着穆旦的大学
青云街和翠湖依旧遮蔽在乔木之中
在树枝下 避暑的职工和学者同样空虚
在他们中间没有穆旦其人
在昆明以远的各站
也没有
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
Yu Jian - 73
Dans l’espace industriel le poumon d’autrefois hurle
Les fausses dents toujours neuves du peuple
Rongent bloc à bloc
Ce qui reste de ses lobes
Et Ronsard sur une table d’opération en métal
Attend l’ablation définitive
Dans la cuisine lyrique un poème mijote
Des gens de talent, délicatement, lui ajoutent des adjectifs
Comme on ajoute du glutamate
Puis comme une hotte grand public
Respirent profondément
古代的肺在工业的天空尖叫
它被人民日异月新的假牙
一立方一立方地咬穿
在剩余的肺叶内部
杜甫在金属的手术台上
等候一次性切除
诗歌在抒情的厨房里烹制
才子们娴熟地应用形容词
就象应用味精
然后象流行的抽油烟机那样
深度呼吸
Les fausses dents toujours neuves du peuple
Rongent bloc à bloc
Ce qui reste de ses lobes
Et Ronsard sur une table d’opération en métal
Attend l’ablation définitive
Dans la cuisine lyrique un poème mijote
Des gens de talent, délicatement, lui ajoutent des adjectifs
Comme on ajoute du glutamate
Puis comme une hotte grand public
Respirent profondément
古代的肺在工业的天空尖叫
它被人民日异月新的假牙
一立方一立方地咬穿
在剩余的肺叶内部
杜甫在金属的手术台上
等候一次性切除
诗歌在抒情的厨房里烹制
才子们娴熟地应用形容词
就象应用味精
然后象流行的抽油烟机那样
深度呼吸
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
Yu Jian - 72
La panthère noire
Comme une pierre noire
Dissimule dans l’ombre
Deux diamants verts
Derrière la rambarde la foule brillante
L’encercle
Lui jette des épluchures
Lui crache dessus
Imperturbable
Elle méprise la civilisation
Comme un diamant dans l’ombre
Dédaigne le cou d’une reine
黑豹子
犹如黑色石头
在黑暗之中
蕴藉着两颗绿钻石
灿烂的人群在铁栅外面
围住它
向它投掷果皮 向它啐
它一动不动
对人类的文明不屑一顾
犹如黑暗中的钻石
拒绝着女王的胸脯
Comme une pierre noire
Dissimule dans l’ombre
Deux diamants verts
Derrière la rambarde la foule brillante
L’encercle
Lui jette des épluchures
Lui crache dessus
Imperturbable
Elle méprise la civilisation
Comme un diamant dans l’ombre
Dédaigne le cou d’une reine
黑豹子
犹如黑色石头
在黑暗之中
蕴藉着两颗绿钻石
灿烂的人群在铁栅外面
围住它
向它投掷果皮 向它啐
它一动不动
对人类的文明不屑一顾
犹如黑暗中的钻石
拒绝着女王的胸脯
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
samedi 8 mars 2014
Bukowski - un poème est une ville
un poème est une ville
un poème est une ville pleine de rues et d’égouts,
pleine de saints, de héros, de mendiants et de fous,
pleine de banalités et de biture,
pleine de pluie et de tonnerre et de périodes de
sécheresse, un poème est une ville en guerre,
un poème est une ville qui interroge l’horloge,
un poème est une ville en flammes,
un poème est une ville en armes
aux salons de coiffures remplis d’ivrognes désabusés,
un poème est une ville où Dieu chevauche nu
à travers les rues comme lady Godiva,
où les chiens aboient la nuit, et courent après
le drapeau, un poème est une ville de poètes,
qui se ressemblent tous
et sont jaloux et aigris…
un poème c’est cette ville maintenant,
à 50 kilomètres de nulle part,
à 9h09 du matin,
l’odeur d’alcool et de cigarettes,
pas de police, pas d’amoureux, dans les rues,
ce poème, cette ville, qui ferme ses portes,
barricadé, presque vide,
sans larmes s’attristant, sans pitié vieillissant,
les montagnes de granite
l’océan comme une flamme lavande,
une lune déchue
et la petite musique des carreaux cassés…
un poème est une ville, un poème est une nation,
un poème c’est le monde…
et maintenant je mets tout ceci sous verre
pour qu’un éditeur dément l’examine
et la nuit est ailleurs
et des dames grises et floues font la queue,
les chiens suivent les chiens vers l’estuaire,
les trompettes annoncent le supplice
tandis que les petites gens s’énervent sur des choses
qui leur résistent.
a poem is a city
a poem is a city filled with streets and sewers
filled with saints, heroes, beggars, madmen,
filled with banality and booze,
filled with rain and thunder and periods of
drought, a poem is a city at war,
a poem is a city asking a clock why,
a poem is a city burning,
a poem is a city under guns
its barbershops filled with cynical drunks,
a poem is a city where God rides naked
through the streets like Lady Godiva,
where dogs bark at night, and chase away
the flag; a poem is a city of poets,
most of them quite similar
and envious and bitter …
a poem is this city now,
50 miles from nowhere,
9:09 in the morning,
the taste of liquor and cigarettes,
no police, no lovers, walking the streets,
this poem, this city, closing its doors,
barricaded, almost empty,
mournful without tears, aging without pity,
the hardrock mountains,
the ocean like a lavender flame,
a moon destitute of greatness,
a small music from broken windows …
a poem is a city, a poem is a nation,
a poem is the world …
and now I stick this under glass
for the mad editor’s scrutiny,
and night is elsewhere
and faint gray ladies stand in line,
dog follows dog to estuary,
the trumpets bring on gallows
as small men rant at things
they cannot do.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
mercredi 5 mars 2014
Padgett - Mesdames et messieurs dans l'espace
Mesdames et messieurs, dans l’espace
Voici ma philosophie:
tout change (le mot « tout »
vient de changer, comme le
mot « change », qui veut maintenant
dire « inchangé ») si
vite que cela dépasse littéralement l’entendement,
le laisse loin derrière
comme certaines des immenses
idées de ce domaine.
Je n’ai pas de début et n’aurai pas
de fin : un rayon lumineux
s’étend avant et derrière
et je ne cuis mes légumes
que quelques minutes,
le moins possible. On beurre
et c’est prêt. Voici ma
philosophie : on beurre et c’est prêt.
Ladies and Gentlemen in Outer Space
Here is my philosophy:
Everything changes (the word "everything"
has just changed as the
word "change" has: it now
means "no change") so
quickly that it literally surpasses my belief,
charges right past it
like some of the giant
ideas in this area.
I had no beginning and I shall have
no end: the beam of light
stretches out before and behind
and I cook the vegetables
for a few minutes only,
the fewer the better. Butter
and serve. Here is my
philosophy: butter and serve.
Voici ma philosophie:
tout change (le mot « tout »
vient de changer, comme le
mot « change », qui veut maintenant
dire « inchangé ») si
vite que cela dépasse littéralement l’entendement,
le laisse loin derrière
comme certaines des immenses
idées de ce domaine.
Je n’ai pas de début et n’aurai pas
de fin : un rayon lumineux
s’étend avant et derrière
et je ne cuis mes légumes
que quelques minutes,
le moins possible. On beurre
et c’est prêt. Voici ma
philosophie : on beurre et c’est prêt.
Ladies and Gentlemen in Outer Space
Here is my philosophy:
Everything changes (the word "everything"
has just changed as the
word "change" has: it now
means "no change") so
quickly that it literally surpasses my belief,
charges right past it
like some of the giant
ideas in this area.
I had no beginning and I shall have
no end: the beam of light
stretches out before and behind
and I cook the vegetables
for a few minutes only,
the fewer the better. Butter
and serve. Here is my
philosophy: butter and serve.
Libellés :
anglais,
Ron Padgett (1942-)
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