Je me souviens d’avant, de nos jeunes années
Quand nous étions si francs, si peu madrés
Quand nous savions ce que parler veut dire
Quand au petit matin, nous partions à la gare
Sur l’avenue déserte, dans l’obscurité
Où les petits vendeurs bravent la fumée
Mais les jours d’autrefois se sont raccourcis
Lettres, voitures, chevaux, tout s’est ralenti
Un unique amour occupe une vie
Avant, même les cadenas étaient jolis
Avec leurs petites clefs d’orfèvrerie
Et quand on les fermait chacun comprenait
记得早先少年时
大家诚诚恳恳
说一句 是一句
清早上火车站
长街黑暗无行人
卖豆浆的小店冒着热气
从前的日色变得慢
车,马,邮件都慢
一生只够爱一个人
从前的锁也好看
钥匙精美有样子
你锁了 人家就懂了
jeudi 23 juin 2016
dimanche 12 juin 2016
Haizi - Le chant du suicidé
Le chant du suicidé
Etendu dans l’eau d’après-midi
Un rideau qui s’agite
Quelques branches s’étirent
Le corps, une gemme sur l’eau
Est une bouteille coupée par le milieu
Dans laquelle l’eau ne peut être coupée
Etendu sur une hache
Comme étendu sur une lyre
Et puis il y a la corde
Enroulée sous le lit
Dans le bois le soleil te tranche
Comme il tranche le vent du sud
Tire ton fusil, rentre seul au pays
Comme un pigeon
Tombé dans une corbeille écarlate
自杀者之歌
伏在下午的水中
窗帘一掀一掀
一两根树枝伸过来
肉体,水面的宝石
是对半分裂的瓶子
瓶里的水不能分裂
伏在一具斧子上
像伏在一具琴上
还有绳索
盘在床底下
林间的太阳砍断你
像砍断南风
你把枪打开,独自走回故乡
像一只鸽子
倒在猩红的篮子上
Etendu dans l’eau d’après-midi
Un rideau qui s’agite
Quelques branches s’étirent
Le corps, une gemme sur l’eau
Est une bouteille coupée par le milieu
Dans laquelle l’eau ne peut être coupée
Etendu sur une hache
Comme étendu sur une lyre
Et puis il y a la corde
Enroulée sous le lit
Dans le bois le soleil te tranche
Comme il tranche le vent du sud
Tire ton fusil, rentre seul au pays
Comme un pigeon
Tombé dans une corbeille écarlate
自杀者之歌
伏在下午的水中
窗帘一掀一掀
一两根树枝伸过来
肉体,水面的宝石
是对半分裂的瓶子
瓶里的水不能分裂
伏在一具斧子上
像伏在一具琴上
还有绳索
盘在床底下
林间的太阳砍断你
像砍断南风
你把枪打开,独自走回故乡
像一只鸽子
倒在猩红的篮子上
Libellés :
chinois (moderne),
Haizi 海子 (1964-1989)
mardi 28 juillet 2015
Bukowski - Insomnie
Insomnie
dans les étages du dessous,
seul à ne pas dormir
écoutant les moteurs
et les sirènes incessantes
pensant aux minotaures
pensant à Segovia
qui pratique 5 heures par jour
ou aux tombeaux
qui n’ont pas besoin de pratique,
tes pieds s’enroulent dans les draps
et tu aperçois une main
qui pourrait être celle d’un homme
de 80 ans, et tu
es au-dessus de 32 personnes qui dorment
et sais que la plupart
se réveilleront
et vont bailler et manger et vider les poubelles
peut-être même déféquer,
mais pour l’instant ils sont à toi
chevauchant tes minotaures,
soufflant la grêle brûlante de tes chants
ou respirant en champignons :
les crânes plats comme cercueils,
tous amants séparés,
et tu te lèves, allumes une cigarette,
évidemment,
toujours vivant.
on the floors below,
only you are not sleeping,
you are listening to the engines
and horns that never stop,
you are thinking of minotaurs,
you are thinking of Segovia
who practices 5 hours a day
or the graves
that need no practice,
and your feel twist in the sheets
and you look down at a hand
that could easily belong to a man
of 80, and you
are on top of 32 people sleeping
and you know that most of them
will awaken
to yawn and eat and empty trash,
perhaps defecate,
but right now they are yours,
riding your minotaurs
breathing fiery hailstones of song,
or mushroom breathing:
skulls flat as coffins,
all lovers parted,
and you rise and light a cigarette,
evidently,
still alive.
as-tu jamais été dans une chambre
au-dessus de 32 personnes qui dormentdans les étages du dessous,
seul à ne pas dormir
écoutant les moteurs
et les sirènes incessantes
pensant aux minotaures
pensant à Segovia
qui pratique 5 heures par jour
ou aux tombeaux
qui n’ont pas besoin de pratique,
tes pieds s’enroulent dans les draps
et tu aperçois une main
qui pourrait être celle d’un homme
de 80 ans, et tu
es au-dessus de 32 personnes qui dorment
et sais que la plupart
se réveilleront
et vont bailler et manger et vider les poubelles
peut-être même déféquer,
mais pour l’instant ils sont à toi
chevauchant tes minotaures,
soufflant la grêle brûlante de tes chants
ou respirant en champignons :
les crânes plats comme cercueils,
tous amants séparés,
et tu te lèves, allumes une cigarette,
évidemment,
toujours vivant.
Insomnia
have you
ever been in a room
on top
of 32 people sleepingon the floors below,
only you are not sleeping,
you are listening to the engines
and horns that never stop,
you are thinking of minotaurs,
you are thinking of Segovia
who practices 5 hours a day
or the graves
that need no practice,
and your feel twist in the sheets
and you look down at a hand
that could easily belong to a man
of 80, and you
are on top of 32 people sleeping
and you know that most of them
will awaken
to yawn and eat and empty trash,
perhaps defecate,
but right now they are yours,
riding your minotaurs
breathing fiery hailstones of song,
or mushroom breathing:
skulls flat as coffins,
all lovers parted,
and you rise and light a cigarette,
evidently,
still alive.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
Bukowski - conseil d'ami à de nombreux jeunes gens
Conseil d'ami à de nombreux jeunes gens
Partez pour le Tibet
Chevauchez un chameau
Plongez vous dans la Bible
Teignez vos chaussures en bleu
Laissez vous pousser la barbe
Faites le tour du monde dans un canot de papier
Epousez une unijambiste et rasez vous au coupe chou
Et gravez votre nom sur son bras.
Brossez vous les dents au gas oïl
Dormez le jour et grimpez aux arbres la nuit venue
Faites vous moine, buvez du plomb et de la bière
Gardez la tête sous l'eau et jouez du violon
Faites la danse du ventre devant des bougies roses
Tuez votre chien
Présentez vous à la mairie
Vivez dans un tonneau
Fendez vous le crâne d'un coup de hachette
Allez planter des tulipes sous la pluie
Mais n'écrivez pas de poésie.
Friendly advice to a lot of young men
Go to Tibet.
Ride a camel.
Read the Bible.
Dye your shoes blue.
Grow a Beard.
Circle the world in a paper canoe.
Subscribe to “The Saturday Evening Post.”
Chew on the left side of your mouth only.
Marry a woman with one leg and shave with a straight razor.
And carve your name in her arm.
Brush your teeth with gasoline.
Sleep all day and climb trees at night.
Be a monk and drink buckshot and beer.
Hold your head under water and play the violin.
Do a belly dance before pink candles.
Kill your dog.
Run for Mayor.
Live in a barrel.
Break your head with a hatchet.
Plant tulips in the rain.
But don't write poetry.
Partez pour le Tibet
Chevauchez un chameau
Plongez vous dans la Bible
Teignez vos chaussures en bleu
Laissez vous pousser la barbe
Faites le tour du monde dans un canot de papier
Epousez une unijambiste et rasez vous au coupe chou
Et gravez votre nom sur son bras.
Brossez vous les dents au gas oïl
Dormez le jour et grimpez aux arbres la nuit venue
Faites vous moine, buvez du plomb et de la bière
Gardez la tête sous l'eau et jouez du violon
Faites la danse du ventre devant des bougies roses
Tuez votre chien
Présentez vous à la mairie
Vivez dans un tonneau
Fendez vous le crâne d'un coup de hachette
Allez planter des tulipes sous la pluie
Mais n'écrivez pas de poésie.
Friendly advice to a lot of young men
Go to Tibet.
Ride a camel.
Read the Bible.
Dye your shoes blue.
Grow a Beard.
Circle the world in a paper canoe.
Subscribe to “The Saturday Evening Post.”
Chew on the left side of your mouth only.
Marry a woman with one leg and shave with a straight razor.
And carve your name in her arm.
Brush your teeth with gasoline.
Sleep all day and climb trees at night.
Be a monk and drink buckshot and beer.
Hold your head under water and play the violin.
Do a belly dance before pink candles.
Kill your dog.
Run for Mayor.
Live in a barrel.
Break your head with a hatchet.
Plant tulips in the rain.
But don't write poetry.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
Bukowski - poème pour mon 43eme anniversaire
Poème pour mon 43eme anniversaire
Finir tout seul
dans le tombeau d'une chambre
sans cigarettes
ni vin -
juste une ampoule
un bedon,
les cheveux gris,
mais bien content d'avoir
cette chambre
... au petit matin
ils sont tous là
qui gagnent leurs vies:
juges et charpentiers,
plombiers et médecins,
kioskiers et policiers,
coiffeurs et garagistes,
dentistes et fleuristes,
serveuses cuisiniers
et chauffeurs de taxi...
et toi tu te retournes
sur le côté gauche
pour que le soleil
soit dans ton dos
et loin
de tes yeux.
Poem for my 43rd birthday
To end up alone
in a tomb of a room
without cigarettes
or wine--
just a lightbulb
and a potbelly,
grayhaired,
and glad to have
the room.
...in the morning
they're out there
making money:
judges, carpenters,
plumbers, doctors,
newsboys, policemen,
barbers, carwashers,
dentists, florists,
waitresses, cooks,
cabdrivers...
and you turn over
to your left side
to get the sun
on your back
and out
of your eyes.
Finir tout seul
dans le tombeau d'une chambre
sans cigarettes
ni vin -
juste une ampoule
un bedon,
les cheveux gris,
mais bien content d'avoir
cette chambre
... au petit matin
ils sont tous là
qui gagnent leurs vies:
juges et charpentiers,
plombiers et médecins,
kioskiers et policiers,
coiffeurs et garagistes,
dentistes et fleuristes,
serveuses cuisiniers
et chauffeurs de taxi...
et toi tu te retournes
sur le côté gauche
pour que le soleil
soit dans ton dos
et loin
de tes yeux.
Poem for my 43rd birthday
To end up alone
in a tomb of a room
without cigarettes
or wine--
just a lightbulb
and a potbelly,
grayhaired,
and glad to have
the room.
...in the morning
they're out there
making money:
judges, carpenters,
plumbers, doctors,
newsboys, policemen,
barbers, carwashers,
dentists, florists,
waitresses, cooks,
cabdrivers...
and you turn over
to your left side
to get the sun
on your back
and out
of your eyes.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
Bukowski - pas ceux qui vécurent ici
Pas ceux qui vécurent ici
mais ceux qui y moururent;
et pas quand
mais comment;
pas
les grands connus
mais les grands morts inconnus;
pas
l'histoire
des nations
mais la vie des hommes.
les fables sont des rêves,
pas des mensonges,
et
la vérité change
comme
les gens,
et quand la vérité se fait stable
les gens
se font
morts
et
l'insecte
et le feu et
le flot
se font
vérité
It's not who lived here
but who died here;
and it’s not when
but how;
it’s not
the known great
but the great who died unknown;
it’s not
the history
of countries
but the lives of men.
fables are dreams,
not lies,
and
truth changes
as
men change,
and when truth becomes stable
men
will
become dead
and
the insect
and the fire and
the flood
will become
truth.
mais ceux qui y moururent;
et pas quand
mais comment;
pas
les grands connus
mais les grands morts inconnus;
pas
l'histoire
des nations
mais la vie des hommes.
les fables sont des rêves,
pas des mensonges,
et
la vérité change
comme
les gens,
et quand la vérité se fait stable
les gens
se font
morts
et
l'insecte
et le feu et
le flot
se font
vérité
It's not who lived here
but who died here;
and it’s not when
but how;
it’s not
the known great
but the great who died unknown;
it’s not
the history
of countries
but the lives of men.
fables are dreams,
not lies,
and
truth changes
as
men change,
and when truth becomes stable
men
will
become dead
and
the insect
and the fire and
the flood
will become
truth.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
Sandburg - Le peuple, oui - I
Des quatre coins de la terre
De coins battus par le vent
Perclus de pluie et de tonnerre
D'endroits où commencent les vents
Où naissent les brouillards et leurs brumeux enfants
Des grands hommes sont venus de grands versants rocheux
Et des hommes assoupis des vallées assoupies
Leurs femmes grandes, leurs femmes assoupies
Avec ballots et biens
Et des petites qui balbutient: "où maintenant? et après?"
Le peuple de la terre, la famille de l'homme
A voulu édifier ce dont il serait fier
Une tour qui des plates landes de la terre
Monterait à travers le plafond jusqu'au sommet des cieux
Et le grand œuvre a commencé
Semelles et poteaux enfoncés
murs, planchers, spires d'escaliers
dressés vers les astres, tout là haut
dressés bien au delà des échelles lunaires.
Et Dieu Tout Puissant aurait pu les abattre
ou les frapper sourds et muets
Mais Dieu était un patron farceur
Dieu était un chef attentif
Qui avait autre chose en tête
Et soudain mélangea leurs paroles
changea les langages des gens
pour que chacun parle différemment
Et le maçon ne savait plus ce que disait le portefaix
Au charpentier l'apprenti tendait le mauvais outil
Cinq cents façons de dire "Q u i e s t u ?"
changèrent la façon de demander: "que fait-on maintenant?"
ou de dire "naître n'est qu'un début"
ou "plutôt chanter que faire ce raffut"
ou "ce que tu ne sais pas ne saurait te nuire"
Et les magasiniers se mirent à se quereller
avec les bandes de porteurs et les guildes de bâtisseurs
et les architectes s'arrachèrent les cheveux sur leurs plans
et les briquetiers et les écorcheurs de mules le rapportèrent
aux patrons de paille qui le rapportèrent aux contremaîtres
et les signaux se mélangèrent; les ouvriers qui remplissaient les seaux
sifflèrent les porteurs - et l'ouvrage fut en ruine
Certains l'appelèrent Tour de Babel
Le peuple lui donna beaucoup d'autres noms
Ses ruies s'élevaient telles un crâne ou un spectre
un témoignage à peine commencé
qui penchait et pendait aux grand vents ennemis
maintenu par de doux vents amis.
De coins battus par le vent
Perclus de pluie et de tonnerre
D'endroits où commencent les vents
Où naissent les brouillards et leurs brumeux enfants
Des grands hommes sont venus de grands versants rocheux
Et des hommes assoupis des vallées assoupies
Leurs femmes grandes, leurs femmes assoupies
Avec ballots et biens
Et des petites qui balbutient: "où maintenant? et après?"
Le peuple de la terre, la famille de l'homme
A voulu édifier ce dont il serait fier
Une tour qui des plates landes de la terre
Monterait à travers le plafond jusqu'au sommet des cieux
Et le grand œuvre a commencé
Semelles et poteaux enfoncés
murs, planchers, spires d'escaliers
dressés vers les astres, tout là haut
dressés bien au delà des échelles lunaires.
Et Dieu Tout Puissant aurait pu les abattre
ou les frapper sourds et muets
Mais Dieu était un patron farceur
Dieu était un chef attentif
Qui avait autre chose en tête
Et soudain mélangea leurs paroles
changea les langages des gens
pour que chacun parle différemment
Et le maçon ne savait plus ce que disait le portefaix
Au charpentier l'apprenti tendait le mauvais outil
Cinq cents façons de dire "Q u i e s t u ?"
changèrent la façon de demander: "que fait-on maintenant?"
ou de dire "naître n'est qu'un début"
ou "plutôt chanter que faire ce raffut"
ou "ce que tu ne sais pas ne saurait te nuire"
Et les magasiniers se mirent à se quereller
avec les bandes de porteurs et les guildes de bâtisseurs
et les architectes s'arrachèrent les cheveux sur leurs plans
et les briquetiers et les écorcheurs de mules le rapportèrent
aux patrons de paille qui le rapportèrent aux contremaîtres
et les signaux se mélangèrent; les ouvriers qui remplissaient les seaux
sifflèrent les porteurs - et l'ouvrage fut en ruine
Certains l'appelèrent Tour de Babel
Le peuple lui donna beaucoup d'autres noms
Ses ruies s'élevaient telles un crâne ou un spectre
un témoignage à peine commencé
qui penchait et pendait aux grand vents ennemis
maintenu par de doux vents amis.
Libellés :
anglais,
Carl Sandburg (1878-1967)
Sandburg - Les gens qui doivent
Les gens qui doivent
J'ai peint sur le toit d'un gratte-ciel.
Peint longuement, ça m'a fait ma journée.
Au carrefour les gens grouillaient et le sifflet du policier n'a pas arrêté de l'après midi.
Ils étaient comme des insectes, autant d'insectes sur leur chemin -
Des gens en mouvement, ou alors à l'arrêt;
Et le policier une tache bleue, un éclair d'argent
Autour duquel les marées noires se divisaient
Gardait la rue. Et j'ai paint longuement
Ca m'a fait ma journée
People who must
I painted on the roof of a skyscraper.
I painted a long while and called it a day's work.
The people on the corner swarmed and the traffic cop's whistle never let up all afternoon.
They were the same as bugs, many bugs on their way--
These people on the go or at a standstill;
And the traffic cop a spot of blue, a splinter of brass,
Where the black tides ran around him
And he kept the street. I painted a long while
And called it a day's work.
J'ai peint sur le toit d'un gratte-ciel.
Peint longuement, ça m'a fait ma journée.
Au carrefour les gens grouillaient et le sifflet du policier n'a pas arrêté de l'après midi.
Ils étaient comme des insectes, autant d'insectes sur leur chemin -
Des gens en mouvement, ou alors à l'arrêt;
Et le policier une tache bleue, un éclair d'argent
Autour duquel les marées noires se divisaient
Gardait la rue. Et j'ai paint longuement
Ca m'a fait ma journée
People who must
I painted on the roof of a skyscraper.
I painted a long while and called it a day's work.
The people on the corner swarmed and the traffic cop's whistle never let up all afternoon.
They were the same as bugs, many bugs on their way--
These people on the go or at a standstill;
And the traffic cop a spot of blue, a splinter of brass,
Where the black tides ran around him
And he kept the street. I painted a long while
And called it a day's work.
Libellés :
anglais,
Carl Sandburg (1878-1967)
dimanche 12 juillet 2015
Sandburg - Rats d'égouts
Rats d’égouts
Ils désignaient une manière de favoris du nom « lilas ».
Et certaines barbes prenaient dans leur discours l’apparence verbale
De « côtelettes », de « Galway », ou de « plumeaux ».
De telles métaphores sautaient de leurs lèvres comme des cris de rue
Sautent des moineaux qui trouvent des graines éparpillées dans les interstices des pavés
Ah-ha ces métaphores – et ah-ha ces garçons—connus de la polices
Comme les Douze Salauds et dont les noms faisaient la une des journaux
Et deux d’entre eux claquèrent le même jour, lors d’une « fête à la cravate »… pour employer les métaphores de leurs lèvres.
Alley Rats
They were calling certain styles of whiskers by the name of “lilacs.”
And another manner of beard assumed in their chatter a verbal guise
Of “mutton chops,” “galways,” “feather dusters.”
Metaphors such as these sprang from their lips while other street cries
Sprang from sparrows finding scattered oats among interstices of the curb.
Ah-hah these metaphors—and Ah-hah these boys—among the police they were known
As the Dirty Dozen and their names took the front pages of newspapers
And two of them croaked on the same day at a “necktie party” … if we employ the metaphors of their lips.
Libellés :
anglais,
Carl Sandburg (1878-1967)
samedi 11 juillet 2015
Yu Jian - 268
Quitter ces lieux brûlants comme un cautère
Partir du centre ville partir des quartiers commerçants,
Partir des distributeurs de billets de banque,
Partir des étalages de nourriture dans les supermarchés,
Partir des tours où travaillent les cols blancs
Partir affolé des voitures et des passages piétons
Les pas se font glissants Il a failli
Se cogner contre la porte de verre d’un grand magasin
Quitter ces lotissements flambant neufs
Quitter le béton Les armatures les métaux importés
Quitter ces WC modernes que l'on vient d'installer
Quitter ces salons, ces bacs à fleurs sur les balcons
Partir des stations d’essence, de sous les échangeurs
Partir des hôpitaux qu’on désinfecte et
Des bibliothèques où l’on lit librement
Quitter les portables Les fixes, les éclairages nocturnes
Surtout, partir de cette banlieue en plein essor
Surtout, quitter au bord des champs
Ces villages de vacances qui viennent d’apparaître
Partir du centre ville partir des quartiers commerçants,
Partir des distributeurs de billets de banque,
Partir des étalages de nourriture dans les supermarchés,
Partir des tours où travaillent les cols blancs
Partir affolé des voitures et des passages piétons
Les pas se font glissants Il a failli
Se cogner contre la porte de verre d’un grand magasin
Quitter ces lotissements flambant neufs
Quitter le béton Les armatures les métaux importés
Quitter ces WC modernes que l'on vient d'installer
Quitter ces salons, ces bacs à fleurs sur les balcons
Partir des stations d’essence, de sous les échangeurs
Partir des hôpitaux qu’on désinfecte et
Des bibliothèques où l’on lit librement
Quitter les portables Les fixes, les éclairages nocturnes
Surtout, partir de cette banlieue en plein essor
Surtout, quitter au bord des champs
Ces villages de vacances qui viennent d’apparaître
Il est tout seul qui veut
aller
Par là Par là
Sans rien y voir
Tranche de noir
Qu'on vient juste de décharger
Ce cheval noir
Par là Par là
Sans rien y voir
Tranche de noir
Qu'on vient juste de décharger
Ce cheval noir
离开那些灸手可热的地方
从市中心离开 从商业区离开
从银行的取款机前离开
从超级市场摆满食物的货架离开
从白领阶层上班的大厦离开
从汽车和斑马线惊慌失措地离开
步子经常打滑 差一点
撞在百货公司的玻璃门上
离开那些刚刚建成的小区
离开水泥 钢筋和进口的金属材料
离开刚刚装好的抽水马桶
离开那些客厅和阳台上的花盆
从加油站和立交桥下面离开
从正在消毒的医院和
可以自由借阅浏览的图书馆离开
离开手机 电话和夜晚的灯光
甚至从欣欣向荣的郊区离开
甚至离开了那些在田野的边缘
刚刚出现的渡假区
只有它独自一个要去
那个方向 那个方向
什么都看不见
漆黑一片
它是一匹刚刚卸完了货的
黑马
(lu par yu jian)
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
dimanche 30 novembre 2014
Duo Yu - Bonheur quotidien
Bonheur quotidien
A la fin Mars, les hirondelles, les rigueurs de l’hiver passées,
Sur l’abricotier, devant ma fenêtre, se remettent à pépier
Je leur suis parfois reconnaissant de tout ce tapage
Reconnaissant qu’elles me présentent ce bonheur quotidien
Bonjour feuilles nouvelles, bonjour vertes chenilles, bonjour les hirondelles
Aux plumes ébouriffées ! Sur le rebord de ma fenêtre, les graines éparpillées
Scintillent d’une obscure beauté. Mon Dieu, qu’est ce qui m’arrive ?
J’entends souvent, quand le vent souffle dans le grenier, comme une armée qui défile
Et sous les draps, par le soleil éclaboussés, dissimule des objets d’acier…
日常之欢
三月过后,捱过严冬的麻雀们
又开始在窗外的杏树上叽叽喳喳
我有时对它们的喧闹心存感激
感激它们为我演示一种日常之欢
新树叶好,菜青虫好,尾羽蓬松的
母麻雀好!洒在窗台上的谷粒
闪烁着无名的善。天啊,我这是怎么啦
我时常听到风刮过屋顶时像列阵的步兵
洒满阳光的床单下暗藏着铁器……
A la fin Mars, les hirondelles, les rigueurs de l’hiver passées,
Sur l’abricotier, devant ma fenêtre, se remettent à pépier
Je leur suis parfois reconnaissant de tout ce tapage
Reconnaissant qu’elles me présentent ce bonheur quotidien
Bonjour feuilles nouvelles, bonjour vertes chenilles, bonjour les hirondelles
Aux plumes ébouriffées ! Sur le rebord de ma fenêtre, les graines éparpillées
Scintillent d’une obscure beauté. Mon Dieu, qu’est ce qui m’arrive ?
J’entends souvent, quand le vent souffle dans le grenier, comme une armée qui défile
Et sous les draps, par le soleil éclaboussés, dissimule des objets d’acier…
日常之欢
三月过后,捱过严冬的麻雀们
又开始在窗外的杏树上叽叽喳喳
我有时对它们的喧闹心存感激
感激它们为我演示一种日常之欢
新树叶好,菜青虫好,尾羽蓬松的
母麻雀好!洒在窗台上的谷粒
闪烁着无名的善。天啊,我这是怎么啦
我时常听到风刮过屋顶时像列阵的步兵
洒满阳光的床单下暗藏着铁器……
Libellés :
chinois (moderne),
Duo Yu (朵鱼 1973-)
lundi 24 novembre 2014
Duo Yu - Aimer tant
爱若干
我们以为这个男人打她、骂她,她再也不会
爱上他了。我们错了。她爱他的拳头,爱他的
伤害。他用她辛苦挣来的钱去抽,去赌,去嫖
她就去挣更多的钱给他。他半夜回来,将她
拉到身下,她便迎合着,像木柴迎向一团火。
他一边狠狠地操她,一边骂她不要脸,她说
她就是个不要脸的骚娘们儿,骂得好极了。
她为他堕胎,第二天接着去工作,因为
她爱他。她必须爱他,我们不知道,如果
不爱他,这个世上,她就再也没有可爱之人了
她爱他,所以绝不能失去他。我们这才明白
她为何会将他一劈两半,一半藏在冰箱里,
一半埋在床底下。
Aimer tant
Nous avions cru que parce qu’il la battait, qu’il l’insultait, elle ne pouvait
l’aimer encore. Nous avions tort. Elle aimait ses poings, elle aimait ses
blessures. L’argent qu’elle gagnait si difficilement, il le fumait, le jouait, le courait.
Et elle continuait à lui en gagner plus. Quand il rentrait en pleine nuit, et la
traînait sous lui, elle se faisait docile, comme un fagot attend la flamme.
Il la baisait brutalement, en la traitant de moins que rien, elle répondait
qu’il avait bien raison, qu’elle n’était rien qu’une salope.
Pour lui, elle avait avorté, le lendemain était retournée travailler, parce
qu’elle l’aimait. Elle devait l’aimer, nous ne le savions pas, mais quand
elle ne l’aimerait plus, elle n’aurait ici-bas plus personne à aimer.
Elle l’aimait tellement qu’elle n’a pas pu le perdre. Et nous comprenons ici
pourquoi elle l’a coupé en deux, caché une moitié dans le frigo
et enterré l’autre sous le lit.
我们以为这个男人打她、骂她,她再也不会
爱上他了。我们错了。她爱他的拳头,爱他的
伤害。他用她辛苦挣来的钱去抽,去赌,去嫖
她就去挣更多的钱给他。他半夜回来,将她
拉到身下,她便迎合着,像木柴迎向一团火。
他一边狠狠地操她,一边骂她不要脸,她说
她就是个不要脸的骚娘们儿,骂得好极了。
她为他堕胎,第二天接着去工作,因为
她爱他。她必须爱他,我们不知道,如果
不爱他,这个世上,她就再也没有可爱之人了
她爱他,所以绝不能失去他。我们这才明白
她为何会将他一劈两半,一半藏在冰箱里,
一半埋在床底下。
Aimer tant
Nous avions cru que parce qu’il la battait, qu’il l’insultait, elle ne pouvait
l’aimer encore. Nous avions tort. Elle aimait ses poings, elle aimait ses
blessures. L’argent qu’elle gagnait si difficilement, il le fumait, le jouait, le courait.
Et elle continuait à lui en gagner plus. Quand il rentrait en pleine nuit, et la
traînait sous lui, elle se faisait docile, comme un fagot attend la flamme.
Il la baisait brutalement, en la traitant de moins que rien, elle répondait
qu’il avait bien raison, qu’elle n’était rien qu’une salope.
Pour lui, elle avait avorté, le lendemain était retournée travailler, parce
qu’elle l’aimait. Elle devait l’aimer, nous ne le savions pas, mais quand
elle ne l’aimerait plus, elle n’aurait ici-bas plus personne à aimer.
Elle l’aimait tellement qu’elle n’a pas pu le perdre. Et nous comprenons ici
pourquoi elle l’a coupé en deux, caché une moitié dans le frigo
et enterré l’autre sous le lit.
Libellés :
chinois (moderne),
Duo Yu (朵鱼 1973-)
samedi 22 novembre 2014
Charles Bukowski - La belle dame
la belle dame
nous sommes rassemblés ici
pour l’enterrer dans ce
poème.
elle n’a pas épousé un soûlaud sans travail qui
la battait tous les
soirs.
aucun de ses enfants a jamais porté
de chemises tâchées de morve
ou de robes déchirées.
et la belle dame
simplement
calmement
est décédée.
puisse-t-elle être enterrée
dans la pure poussière
de ce poème
avec ses entrailles
et ses bijoux
et ses peignes et ses
poèmes
avec ses yeux bleu pâle
et son
mari
souriant
fortuné
effrayé.
the beautiful lady
we are gathered here now
to bury her in this
poem.
she did not marry an unemployed wino who
beat her every
night.
her several children will never wear
snot-stained shirts
or torn dresses.
the beautiful lady
simply
calmly
died.
and may the clean dirt of this poem
bury
her.
her and her womb
and her jewels
and her combs and her
poems
and her pale blue eyes
and her
grinning
rich
frightened
husband.
nous sommes rassemblés ici
pour l’enterrer dans ce
poème.
elle n’a pas épousé un soûlaud sans travail qui
la battait tous les
soirs.
aucun de ses enfants a jamais porté
de chemises tâchées de morve
ou de robes déchirées.
et la belle dame
simplement
calmement
est décédée.
puisse-t-elle être enterrée
dans la pure poussière
de ce poème
avec ses entrailles
et ses bijoux
et ses peignes et ses
poèmes
avec ses yeux bleu pâle
et son
mari
souriant
fortuné
effrayé.
the beautiful lady
we are gathered here now
to bury her in this
poem.
she did not marry an unemployed wino who
beat her every
night.
her several children will never wear
snot-stained shirts
or torn dresses.
the beautiful lady
simply
calmly
died.
and may the clean dirt of this poem
bury
her.
her and her womb
and her jewels
and her combs and her
poems
and her pale blue eyes
and her
grinning
rich
frightened
husband.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
Charles Bukowski - De la glace pour les aigles
De la glace pour les aigles
Je me rappelle encore les chevaux
sous la lune
je me rappelle encore que je leur donnais
du sucre
en rectangles blancs
pareils à des glaçons
et leurs têtes étaient comme
des aigles
chauves et qui pouvaient mordre et
ne le faisaient pas
Les chevaux étaient plus vrais que
mon père
plus vrais que Dieu
et ils auraient pu m’écraser les
pieds mais ne le faisaient pas
ils auraient pu faire toutes sortes d’horreurs
mais ne le faisaient pas.
J’avais presque 5 ans
mais je n’ai pas oublié
mon dieu qu’elles étaient fortes, et bonnes
ces langues rouges qui pendaient en bavant
de leur âme.
Ice for the eagles
I keep remembering the horses
under the moon
I keep remembering feeding the horses
sugar
white oblongs of sugar
more like ice,
and they had heads like
eagles
bald heads that could bite and
did not.
The horses were more real than
my father
more real than God
and they could have stepped on my
feet but they didn't
they could have done all kinds of horrors
but they didn't.
I was almost 5
but I have not forgotten yet;
o my god they were strong and good
those red tongues slobbering
out of their souls.
Je me rappelle encore les chevaux
sous la lune
je me rappelle encore que je leur donnais
du sucre
en rectangles blancs
pareils à des glaçons
et leurs têtes étaient comme
des aigles
chauves et qui pouvaient mordre et
ne le faisaient pas
Les chevaux étaient plus vrais que
mon père
plus vrais que Dieu
et ils auraient pu m’écraser les
pieds mais ne le faisaient pas
ils auraient pu faire toutes sortes d’horreurs
mais ne le faisaient pas.
J’avais presque 5 ans
mais je n’ai pas oublié
mon dieu qu’elles étaient fortes, et bonnes
ces langues rouges qui pendaient en bavant
de leur âme.
Ice for the eagles
I keep remembering the horses
under the moon
I keep remembering feeding the horses
sugar
white oblongs of sugar
more like ice,
and they had heads like
eagles
bald heads that could bite and
did not.
The horses were more real than
my father
more real than God
and they could have stepped on my
feet but they didn't
they could have done all kinds of horrors
but they didn't.
I was almost 5
but I have not forgotten yet;
o my god they were strong and good
those red tongues slobbering
out of their souls.
Libellés :
anglais,
Charles Bukowski (1920-1994)
Duo Yu - Qu'est-ce qu'il a, ce monde
Qu’est-ce qu’il a, ce monde
Qui emmènera les brebis paître aux nuages blancs
Qui emmènera les chevaux s’abreuver à l’Océan
Le paysan qui a perdu son champ plante sur son toit des pommes de terre
Le fonctionnaire qui tient le pouvoir cache son argent dans un trou de souris
Mendiant, ne va pas demander à la porte du riche
Victime, ne va pas réclamer devant le tribunal
Monde, calme-toi, et écoute
La doléance de l’ombrageuse cigale
Qui crie du matin jusqu’au soir
这世界怎么啦
是谁将羊群赶到白云上吃草
是谁将马群赶到大海上饮水
失去土地的农夫在屋顶上栽种土豆
权柄在握的官吏在鼠洞里隐藏金钱
行乞者啊,不要去富人的门前乞讨
冤屈者啊,不要到法院的门口喊冤
世界,请安静一下,听听
这只狂躁的蝉有什么冤情
它从早晨一直叫到了晚上
Qui emmènera les brebis paître aux nuages blancs
Qui emmènera les chevaux s’abreuver à l’Océan
Le paysan qui a perdu son champ plante sur son toit des pommes de terre
Le fonctionnaire qui tient le pouvoir cache son argent dans un trou de souris
Mendiant, ne va pas demander à la porte du riche
Victime, ne va pas réclamer devant le tribunal
Monde, calme-toi, et écoute
La doléance de l’ombrageuse cigale
Qui crie du matin jusqu’au soir
这世界怎么啦
是谁将羊群赶到白云上吃草
是谁将马群赶到大海上饮水
失去土地的农夫在屋顶上栽种土豆
权柄在握的官吏在鼠洞里隐藏金钱
行乞者啊,不要去富人的门前乞讨
冤屈者啊,不要到法院的门口喊冤
世界,请安静一下,听听
这只狂躁的蝉有什么冤情
它从早晨一直叫到了晚上
Libellés :
chinois (moderne),
Duo Yu (朵鱼 1973-)
jeudi 20 novembre 2014
Duo Yu - Quand chacun dormira à poings fermés
Quand chacun dormira à poings fermés
Quand chacun dormira à poings fermés, les oiseaux de nuit reviendront au bois
Quand chacun dormira à poings fermés, la rivière en grondant s’écoulera
Quand chacun dormira à poings fermés, la terre doucement se retournera
Quand chacun dormira à poings fermés, les animaux géants se mettront à ronfler
Alors, les grandes cités du Nord éteindront toutes les lumières
Toutes les exclamations ensemble se fondront en un chœur d’insectes
A travers la brume encore effilochée, on verra soudain la sphère étoilée
Et le royaume d’autrefois à cet instant apparaitra
只有在众人沉睡时
只有在众人沉睡时,夜鸟才会归林
只有在众人沉睡时,河流才哗哗流淌
只有在众人沉睡时,大地才轻轻翻身
只有在众人沉睡时,巨兽才开始打鼾
此刻,北方的大城熄灭了全城的灯火
全部的喧嚣汇成了夜虫的合鸣
雾霭虽未散尽,星空就要乍现
那上古的国在这一刻突然降临
Libellés :
chinois (moderne),
Duo Yu (朵鱼 1973-)
jeudi 13 novembre 2014
Yu Jian - 12 (le chemin qui mène là bas)
Le chemin qui mène là-bas n’a pas besoin de traverser
L’acier
Le plastique et le nylon
N’a pas besoin d’emprunter
Les rues
Et les grandes routes
N’a pas besoin de passer
Par les coiffeuses des femmes
Et les verres de bière des hommes
Le chemin qui mène là-bas
N’a pas besoin de passeport
De chaussures
Ou d’essence
Je sais que ce chemin sur la terre
Autrefois
N’avait pas de limites
Mais aujourd’hui pour aller là-bas
Sans piétiner
Les tuyaux de gaz ou les services comptabilité
Je n’ai que mes poèmes
Pour me servir de pieds
通向那里的道路不需要经过
铁
塑料和尼龙
不需要经过
街道
和公路
不需要经过
女人的梳妆台
和男人们的啤酒杯
通向那里的道路
不需要证件
鞋子
和汽油
我知道这条道路曾经
在大地上
无边无际地存在
但我现在要去那里
如果我不想踩着
煤气管或者会计室
我只能用诗歌
做我的脚
L’acier
Le plastique et le nylon
N’a pas besoin d’emprunter
Les rues
Et les grandes routes
N’a pas besoin de passer
Par les coiffeuses des femmes
Et les verres de bière des hommes
Le chemin qui mène là-bas
N’a pas besoin de passeport
De chaussures
Ou d’essence
Je sais que ce chemin sur la terre
Autrefois
N’avait pas de limites
Mais aujourd’hui pour aller là-bas
Sans piétiner
Les tuyaux de gaz ou les services comptabilité
Je n’ai que mes poèmes
Pour me servir de pieds
通向那里的道路不需要经过
铁
塑料和尼龙
不需要经过
街道
和公路
不需要经过
女人的梳妆台
和男人们的啤酒杯
通向那里的道路
不需要证件
鞋子
和汽油
我知道这条道路曾经
在大地上
无边无际地存在
但我现在要去那里
如果我不想踩着
煤气管或者会计室
我只能用诗歌
做我的脚
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
mardi 11 novembre 2014
Comme je Méditais en Silence - Walt Whitman
Comme je Méditais en Silence
Comme je Méditais en Silence,
Sur mes poèmes revenant, m’attardant, réfléchissant,
Un Fantôme m’est apparu, son visage mal convaincu
Terrifiant par sa beauté, sa puissance et son âge,
Le génie des poètes d’antan,
Qui me considérait de ses yeux flamboyantsDu doigt me désignant tous ces chants immortels
Et la voix menaçante, Que chantes-tu ? dit-il,
Ne comprends-tu pas que les bardes promis à la pérennité
N’ont qu’un seul sujet, qui est la Guerre, et la fortune des combats,
Et la formation du parfait soldat.
Sache-le, alors je répondis,
C’est autant, Ombre altière, je chante aussi la guerre, et plus longue et plus grande qu’aucune,
Livrée dans ce recueil,
à l’issue incertaine, avec ses dérobades et ses avances et ses retraites,
et sa victoire qui chancelle et puis s’arrête,
(Et que pourtant,
je crois, enfin, inévitable, ou quasiment,) livrée sur cette terre,Pour la vie et la mort, pour notre Ame éternelle, et notre Corps,
Je suis là, moi aussi, qui chante le chant des combats,
Et par-dessus tout,
la bravoure du soldat.
As I ponder'd in silence,
Returning upon my poems, considering, lingering long,
A Phantom arose before me with distrustful aspect,
Terrible in beauty, age, and power,
The genius of poets of old lands,
As to me directing like flame its eyes,
With finger pointing to many immortal songs,
And menacing voice, What singest thou? it said,
Know'st thou not there is hut one theme for ever-enduring bards?
And that is the theme of War, the fortune of battles,
The making of perfect soldiers.
Be it so, then I answer'd,
I too haughty Shade also sing war, and a longer and greater one than any,
Waged in my book with varying fortune, with flight, advance and retreat, victory deferr'd and wavering,
(Yet methinks certain, or as good as certain, at the last,) the field the world,
For life and death, for the Body and for the eternal Soul,
Lo, I too am come, chanting the chant of battles,
I above all promote brave soldiers.
Libellés :
anglais,
Walt Whitman (1819 - 1892)
dimanche 2 novembre 2014
Yu Jian - 344 (la caisse noire du piano)
344
黑色钢琴盖
像一具装着大人物的棺木
暗藏着他的恶习和指甲壳
女儿的恐惧表现为表情呆板
手指总是长不长
她神经质地
在每次课程结束时
忽然微笑
La caisse noire du piano
Comme le cercueil d’un important personnage
Dissimule ses cruautés et ses faux ongles
La terreur de ma fille se lit sur son visage figé
Ses doigts ne veulent pas s’allonger
Et sa nervosité
Redevient sourire
Quand la leçon prend fin
黑色钢琴盖
像一具装着大人物的棺木
暗藏着他的恶习和指甲壳
女儿的恐惧表现为表情呆板
手指总是长不长
她神经质地
在每次课程结束时
忽然微笑
La caisse noire du piano
Comme le cercueil d’un important personnage
Dissimule ses cruautés et ses faux ongles
La terreur de ma fille se lit sur son visage figé
Ses doigts ne veulent pas s’allonger
Et sa nervosité
Redevient sourire
Quand la leçon prend fin
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
Yu Jian - 85 (au sud et puis à l'ouest)
85
在西部以南
灰色的岩石上
爬满冬天的蜘蛛同样 在黑蜘蛛身上
爬着灰色的岩石
Au sud et puis à l’ouest
Sur les rochers gris
Rampent les araignées d’hiver
Ou bien sur le corps noir des araignées
Rampent les rochers gris
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
dimanche 26 octobre 2014
Larkin - Retour sur les crapauds
Retour sur les crapauds
Une promenade dans le parc
Semble préférable au bureau :
Le lac, les rayons du soleil,
La pelouse où l’on s’étend,
Le bruit lointain du bac à sable
Derrière les bas noirs des nourrices -
L’endroit vous parait confortable.
Mais je n’en voudrais pas,
Car je fais partie de ces gens
Qu’on y rencontre l’après-midi
Vieux éclopés faisant leurs exercices
Greffiers effarés qui tremblent de peur
Convalescents au teint de cire
Perdus depuis quelque accident
Et personnages en longs manteaux
Dans les poubelles se plongeant
Qui cherchent tous à fuir ce travail de crapaud
En se faisant faibles ou idiots.
Imaginez-vous l’un deux !
Ecoutant l’heure sonner
Regardant le pain se livrer
Le soleil dans le ciel se cacher
Les enfants de l’école rentrer;
Imaginez-vous l’un d’eux,
Ressassant leurs vies ratées
Devant un massif d’azalées
Sans rien à faire que de rentrer
Sans amis que des chaises vides-
Non, rendez-moi ma bannette courrier
Ma secrétaire et son gros chignon
Mes je-prends-les-appels-monsieur ?
Que demander de mieux,
Quand on allume à quatre heures passées
Dans les derniers jours de l’année ?
Donne-moi le bras, crapaud, mon frère
Sur le chemin du cimetière.
Toads revisited
Walking around in the park
Should feel better than work:
The lake, the sunshine,
The grass to lie on,
Blurred playground noises
Beyond black-stockinged nurses -
Not a bad place to be.
Yet it doesn't suit me.
Being one of the men
You meet of an afternoon:
Palsied old step-takers,
Hare-eyed clerks with the jitters,
Waxed-fleshed out-patients
Still vague from accidents,
And characters in long coats
Deep in the litter-baskets -
All dodging the toad work
By being stupid or weak.
Think of being them!
Hearing the hours chime,
Watching the bread delivered,
The sun by clouds covered,
The children going home;
Think of being them,
Turning over their failures
By some bed of lobelias,
Nowhere to go but indoors,
Nor friends but empty chairs -
No, give me my in-tray,
My loaf-haired secretary,
My shall-I-keep-the-call-in-Sir:
What else can I answer,
When the lights come on at four
At the end of another year?
Give me your arm, old toad;
Help me down Cemetery Road.
Should feel better than work:
The lake, the sunshine,
The grass to lie on,
Blurred playground noises
Beyond black-stockinged nurses -
Not a bad place to be.
Yet it doesn't suit me.
Being one of the men
You meet of an afternoon:
Palsied old step-takers,
Hare-eyed clerks with the jitters,
Waxed-fleshed out-patients
Still vague from accidents,
And characters in long coats
Deep in the litter-baskets -
All dodging the toad work
By being stupid or weak.
Think of being them!
Hearing the hours chime,
Watching the bread delivered,
The sun by clouds covered,
The children going home;
Think of being them,
Turning over their failures
By some bed of lobelias,
Nowhere to go but indoors,
Nor friends but empty chairs -
No, give me my in-tray,
My loaf-haired secretary,
My shall-I-keep-the-call-in-Sir:
What else can I answer,
When the lights come on at four
At the end of another year?
Give me your arm, old toad;
Help me down Cemetery Road.
Libellés :
anglais,
Philip Larkin (1922-1985)
vendredi 24 octobre 2014
Yu Jian - 93 (ce soir les nuages)
这个黄昏云象贝多芬的头发那样卷曲着
这个黄昏高原之幕被落日的手揭开了一架巨大的红钢琴
张开在怒江和高黎贡山之间
水从深处抬起了它的透明 鸟把羽毛松开在树枝上
黄金之豹 把双爪枕在岩石的包厢口 蛇上升着
石头松开了握着的石头 森林里树的肤色在转深
星星的耳朵悬挂在高处 万物的听都来了
哦 请弹奏吧 永恒之手
Ce soir les nuages roulent comme les cheveux sur la tête de Beethoven
Ce soir sur le plateau le rideau se lève sous la main du
soleil couchant
Un énorme piano rougeS’étend du Salouen aux monts Gaoligong
Des profondeurs l’eau fait jaillir sa transparence
sur les branches les oiseaux se défont de leurs plumes
La panthère dorée a déposé ses griffes à l’entrée de la loge le serpent se dresse
La pierre a relâché son étreinte sur la pierre dans la forêt l’écorce des arbres s’assombrit
Les oreilles des étoiles sont suspendues là-haut toutes les créatures sont à l’écoute
Joue ! O main immortelle !
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
Yu Jian - 31 (Geyitou)
在云南以北的国家公路旁
一块路牌标示出格以头地方
哦 格以头
没有人知道那是一个什么去处
只看见路牌下有一条腐烂在雨水中的泥浆路
是马蹄和光脚板踩出来的
一块路牌标示出格以头地方
哦 格以头
没有人知道那是一个什么去处
只看见路牌下有一条腐烂在雨水中的泥浆路
是马蹄和光脚板踩出来的
Au nord du Yunnan au bord d’une route nationale
Une pancarte indique un lieu appelé Geyitou
Oh Geyitou
Personne ne sait quel genre d’endroit cela peut être
On y voit seulement au-dessous du panneau un chemin délabré par la pluie et la boue
Que des sabots et des pieds nus ont aplani
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
Yu Jian - 258 (dimensions)
测量
不知几万里也
这是您的大地
20米×48米
占地960平米
这是您的小区
23米×5、1米
占地117、3平米
这是您的套间
6、5米×4、2米
占地27、3平米
这是您的客厅
5、6米×3、4米
占地19平米
这是您的卧室
2、1米×1、8米
占地3、8平米
测量员以为还可以退一步
结果撞到了墙壁
这是您的厨房
1、6米×1、1米
占地1、76平米
这是您的卫生间
1、4米×1、8米
占地2、8平米
这是您的床位
1、6米×0、5米×2
占地1、6平米
这是太太和您
本人
0、2×0、3米
占地0、06平米
先生,这是……测量员停顿了一下
您的盒子。
Nul ne saurait appréhender
Ces dimensions
Voici votre territoire
20 mètres par 48
960 mètres carrés
Voici votre voisinage
23 mètres par 5,1
117,3 mètres carrés
Voici votre vestibule
6,5 mètres par 4,2
27,3 mètres carrés
Voici votre salon
5,6 mètres par 3,4
19 mètres carrés
Voici votre chambre
2,1 mètres par 1,8
3,8 mètres carrés
Le géomètre croit pouvoir encore reculer d’un pas
Et se cogne contre le mur
Voici votre cuisine
1,6 mètre par 1,1
1,76 mètre carré
Voici votre salle de bains
1,4 mètre par 1,8
2,8 mètres carrés
Voici l’emplacement de votre lit
1,6 mètre par 0,5, fois 2
1,6 mètre carré
Voici votre épouse et
Vous-même
0,2 mètres par 0,3
0,06 mètre carré
Et voici, Monsieur… le géomètre fait silence
Voici votre boîte.
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
jeudi 9 octobre 2014
Lecture de Yu Jian, la Guillotine, Montreuil 23 Octobre 2014
Les mains
vides Apportant un poème
空着手 带着诗
Lecture bilingue de poèmes de Yu Jian
Par Yu Jian et François Charton
Jeudi 23 Octobre - 19h30
Au Théâtre de la Guillotine
24 rue Robespierre
Montreuil (métro Robespierre)
Paris attire toujours autant les artistes : le grand poète
chinois YuJian 于坚 y
vient quelques semaines. Nous organisons avec lui, dans l'esprit du banquet de poésie qui a eu lieu au printemps cette
année, une soirée ou ses textes et images seront partagés, en chinois et en
français, pour le plaisir de curieux, d'amateurs de poésie ou de culture
chinoise ou des deux. Quelques thèmes (art, peurs, écriture, nature...) seront
bien espacés pour nous laisser le temps de discuter et partager autour d'un
verre, afin que la poésie sonne, claironne et vive.
Né en 1954 au Yunnan, dans le Sud Ouest de la Chine, Yu Jian
voit ses études interrompues par la Révolution Culturelle et devient, à quinze
ans, ouvrier soudeur. Sous l’influence de son père, amateur de poésie
classique, il commence à écrire des vers au milieu des années 70. En 1980, à la
faveur de la réouverture des universités, il est admis à l’Université du
Yunnan, dont il sort diplômé de littérature chinoise en 1984. En 1986, ses premiers
poèmes paraissent dans des revues littéraires d’envergure, et il fonde avec le
poète Han Dong un magazine d’avant-garde, Tamen (Eux). Ses premiers recueils
paraissent à la fin des années 80.
En 1994, il fait paraître Dossier 0, un long poème en prose
reprenant le style des dossiers administratifs, métaphore tant de l’homme
moderne que du processus créatif (une traduction est parue en 2005 aux
éditions, Bleu de Chine, Gallimard, et est reprise dans le recueil Les rubans
du cerf volant, parus en 2014). En 2000, il fait paraître Un Vol, longue
évocation de la société contemporaine, influencée par La Terre Vaine de T.S.
Eliot (traduction parue en 2010 aux éditions Gallimard-Bleu de Chine).
Parallèlement à son œuvre poétique, Yu Jian poursuit une activité de
photographe et de cinéaste.
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
mardi 23 septembre 2014
Yu Jian - 239 (les mains vides)
Les mains vides apportant un poème
J’entre dans le salon pour son anniversaire
Passe la porte enlève mes souliers
Tous les messieurs toutes les dames se retournent
Comme des singes dressés qui attendent
Que de mes mains tel un magicien
Je tire un cadeau pour notre hôte
Une rose un cigare un briquet
Une poupée ou bien des caramels
Voire, une limousine
Ils ont préparé leurs bravos
Leurs « Comme c’est joli !»
Et je comprends soudain qu’ici
Mon cadeau n’est plus présentable
Comment expliquer à cet hôte rayonnant
Qu’à son anniversaire j’ai apporté un poème
C’est si inconvenant vieillot bon marché bizarre
Si risible mesquin si impensable
Que sous tous ces regards mon poème
Comme un dégoûtant un cafard
Leur ferait pousser des cris
Abominables
空着手 带着诗
来到他家的客厅 祝贺生日
进门 脱掉鞋子
女士们先生们全部转过身来
像被训练过的猴子 等着
我的手 变戏法似地
掏出一件送给主人的礼物
玫瑰 雪茄 打火机
布娃娃或者牛奶糖
就是开来一辆轿车
他们也会准备好 哇
地一声 “好漂亮哦!”
我忽然明白 在这儿
我的礼物已经拿不出手
我无法告诉这位喜气洋洋的主人
生日 我带来了诗歌
它是那么不合时宜 古老 破旧 陌生
可笑 寒酸 那么匪夷所思
众目睽睽 我的诗歌
就要象一只讨厌的蟑螂那样
引起一阵可怕的
尖叫
J’entre dans le salon pour son anniversaire
Passe la porte enlève mes souliers
Tous les messieurs toutes les dames se retournent
Comme des singes dressés qui attendent
Que de mes mains tel un magicien
Je tire un cadeau pour notre hôte
Une rose un cigare un briquet
Une poupée ou bien des caramels
Voire, une limousine
Ils ont préparé leurs bravos
Leurs « Comme c’est joli !»
Et je comprends soudain qu’ici
Mon cadeau n’est plus présentable
Comment expliquer à cet hôte rayonnant
Qu’à son anniversaire j’ai apporté un poème
C’est si inconvenant vieillot bon marché bizarre
Si risible mesquin si impensable
Que sous tous ces regards mon poème
Comme un dégoûtant un cafard
Leur ferait pousser des cris
Abominables
空着手 带着诗
来到他家的客厅 祝贺生日
进门 脱掉鞋子
女士们先生们全部转过身来
像被训练过的猴子 等着
我的手 变戏法似地
掏出一件送给主人的礼物
玫瑰 雪茄 打火机
布娃娃或者牛奶糖
就是开来一辆轿车
他们也会准备好 哇
地一声 “好漂亮哦!”
我忽然明白 在这儿
我的礼物已经拿不出手
我无法告诉这位喜气洋洋的主人
生日 我带来了诗歌
它是那么不合时宜 古老 破旧 陌生
可笑 寒酸 那么匪夷所思
众目睽睽 我的诗歌
就要象一只讨厌的蟑螂那样
引起一阵可怕的
尖叫
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
mercredi 3 septembre 2014
Le fil - Wires - Philip Larkin
Le fil
Dans les vastes prairies les clôtures sont électrifiées
Car si ne pas sortir semble une évidence au vieux troupeau
Les jeunes bouvillons devinent toujours une eau plus claire
Loin d’ici, n’importe où. Et ce qui se trouve après le fil
Va tant les exciter qu’ils se fourvoieront contre ce fil
Dont la brutalité impitoyable tranche leur chair.
Les jeunes bouvillons deviennent alors un vieux troupeau
Leurs vastes rêveries par l’électricité limitées
Wires
The widest prairies have electric fences,
For though old cattle know they must not stray
Young steers are always scenting purer water
Not here but anywhere. Beyond the wires
Leads them to blunder up against the wires
Whose muscle-shredding violence gives no quarter.
Young steers become old cattle from that day,
Electric limits to their widest senses.
Dans les vastes prairies les clôtures sont électrifiées
Car si ne pas sortir semble une évidence au vieux troupeau
Les jeunes bouvillons devinent toujours une eau plus claire
Loin d’ici, n’importe où. Et ce qui se trouve après le fil
Va tant les exciter qu’ils se fourvoieront contre ce fil
Dont la brutalité impitoyable tranche leur chair.
Les jeunes bouvillons deviennent alors un vieux troupeau
Leurs vastes rêveries par l’électricité limitées
Wires
The widest prairies have electric fences,
For though old cattle know they must not stray
Young steers are always scenting purer water
Not here but anywhere. Beyond the wires
Leads them to blunder up against the wires
Whose muscle-shredding violence gives no quarter.
Young steers become old cattle from that day,
Electric limits to their widest senses.
Libellés :
anglais,
Philip Larkin (1922-1985)
Robert Frost - Le chemin délaissé- The road not taken
Le chemin délaissé
Dans un bois jaune deux chemins se séparaient
Et désolé de ne pouvoir emprunter l’un et l’autre
Et n’être qu’un voyageur longtemps je demeurai
Et suivis du regard autant que je pouvais
Le premier jusqu’au tournant sous les hêtres ;
Puis je pris le second, presqu’aussi tentant
Et peut-être même plus recommandé
Parce que tout herbeux, à la marche invitant ;
Même si, pour dire vrai, les passants
Les avaient tous deux pareillement usés
L’un et l’autre s’offraient au petit jour
Avec leurs feuilles qu’aucun marcheur n’avait noircies
Je gardais le premier pour un autre parcours
Tout en sachant que de tour en détour
Je ne repasserais probablement jamais ici
C’est en soupirant que je devrais l’avouer
Je ne sais où, il y a bien longtemps
Deux chemins dans un bois se séparaient et j’ai –
J’ai pris des deux le moins fréquenté
Et c’était sans doute le plus important.
The Road Not Taken
Two roads diverged in a yellow wood,
And sorry I could not travel both
And be one traveler, long I stood
And looked down one as far as I could
To where it bent in the undergrowth;
Then took the other, as just as fair
And having perhaps the better claim,
Because it was grassy and wanted wear;
Though as for that the passing there
Had worn them really about the same,
And both that morning equally lay
In leaves no step had trodden black.
Oh, I kept the first for another day!
Yet knowing how way leads on to way,
I doubted if I should ever come back.
I shall be telling this with a sigh
Somewhere ages and ages hence:
Two roads diverged in a wood, and I —
I took the one less traveled by,
And that has made all the difference.
Dans un bois jaune deux chemins se séparaient
Et désolé de ne pouvoir emprunter l’un et l’autre
Et n’être qu’un voyageur longtemps je demeurai
Et suivis du regard autant que je pouvais
Le premier jusqu’au tournant sous les hêtres ;
Puis je pris le second, presqu’aussi tentant
Et peut-être même plus recommandé
Parce que tout herbeux, à la marche invitant ;
Même si, pour dire vrai, les passants
Les avaient tous deux pareillement usés
L’un et l’autre s’offraient au petit jour
Avec leurs feuilles qu’aucun marcheur n’avait noircies
Je gardais le premier pour un autre parcours
Tout en sachant que de tour en détour
Je ne repasserais probablement jamais ici
C’est en soupirant que je devrais l’avouer
Je ne sais où, il y a bien longtemps
Deux chemins dans un bois se séparaient et j’ai –
J’ai pris des deux le moins fréquenté
Et c’était sans doute le plus important.
The Road Not Taken
Two roads diverged in a yellow wood,
And sorry I could not travel both
And be one traveler, long I stood
And looked down one as far as I could
To where it bent in the undergrowth;
Then took the other, as just as fair
And having perhaps the better claim,
Because it was grassy and wanted wear;
Though as for that the passing there
Had worn them really about the same,
And both that morning equally lay
In leaves no step had trodden black.
Oh, I kept the first for another day!
Yet knowing how way leads on to way,
I doubted if I should ever come back.
I shall be telling this with a sigh
Somewhere ages and ages hence:
Two roads diverged in a wood, and I —
I took the one less traveled by,
And that has made all the difference.
Libellés :
anglais,
Robert Frost (1874-1963)
dimanche 6 juillet 2014
PG Wodehouse - Bien bien Jeeves - Chapitre VIII
Je crois vous avoir déjà parlé du jeune Tuppy Glossop. C’est, vous vous en souvenez peut-être, le garçon qui, oubliant sans complexe le fait que nous étions amis d’enfance, avait parié, un soir aux Drones, que je n’étais pas capable de traverser la piscine suspendu aux anneaux accrochés au-dessus – un jeu d’enfant pour quiconque a ma souplesse – et qui, constatant que j’avançais bien, avait décroché le dernier anneau, me contraignant ainsi à plonger dans l’abîme, en tenue de soirée.
Affirmer que je ne me lui en voulais pas pour cette mauvaise action, qui me paraissait mériter le titre de crime du siècle, serait faire peu de cas de la vérité. Je lui en voulais, profondément, grognant et pas qu’un peu à l’époque, et continuant de grogner pendant plusieurs semaines.
Mais vous savez comment vont les choses. La blessure guérit et les souffrances s’apaisent.
Je ne dis pas, comprenez-moi, que si l’occasion s’était présentée de faire choir, d’une grande hauteur, sur la tête de Tuppy, une éponge humide, ou de mettre une anguille dans son lit, ou d’exprimer de semblable manière toute ma créativité, je ne l’aurais pas fait avec délice ; mais cela ne changeait rien. Je veux dire, si profondément blessé que j’aie pu l’être, je n’éprouvais aucun plaisir à apprendre que la chouette vie de ce garçon était détruite par la perte d’une fille que, peu importent les évènements, j’étais convaincu qu’il aimait toujours comme un dingue.
A l’opposé, je désirais de tout cœur guérir cette fracture, et tout rendre de nouveau mimi-sympa entre ces deux gamins séparés. Vous l’auriez déduit des remarques que j’avais faites à tante Dahlia, et si vous aviez assisté à cette scène et vu le regard plein de gentille condoléance que j’adressai à Tuppy, vous l’auriez déduit davantage encore.
C’était un de ces regards qui interrogent et vous font fondre, accompagné d’une solide poignée de la main droite, et d’une délicate imposition de la gauche sur la clavicule.
« Eh, bien, Tuppy, mon vieux, dis-je. Comment vas-tu, mon vieux ? »
Ma sympathie grandit comme je prononçai ces mots, car il n’y eut ni éclair dans l’œil, ni pression en retour de la paume, aucun signe, pour faire court, de quelque intention de sa part d’effectuer trois pas de danse à l’apparition d’un vieil ami. Il semblait sur la défensive. Il était marqué, comme je me souvenais avoir entendu Jeeves dire un jour, parlant de Pongo Twistleton qui essayait d’arrêter de fumer, du sceau de la mélancolie. Ca ne m’étonnait pas, bien entendu. Dans cette situasse, aucun doute, un certain énervement était compréhensible.
Je relâchai la main, cessai de pétrir l’épaule, tirai le bon vieil étui et lui offris une cigarette.
Il la prit mollement.
« Tu es ici, Bertie ?, demanda-t-il.
- Je suis ici, oui.
- Juste de passage, ou pour quelques temps ? »
Je méditai un instant. J’aurais pu lui dire que j’étais venu à Brinkley Court avec l’intention expresse de remettre ensemble Angela et lui-même, de renouer les liens brisés, et ainsi de suite ; et pendant peut être la moitié du temps nécessaire à l’allumage d’une blonde, j’étais presque résolu à le faire. Puis je réfléchis : il valait mieux, dans l’ensemble, ne pas. Annoncer que j’entendais les prendre, Angela et lui, et les faire sonner comme deux cordes d’un violon, manquait peut-être de tact. Les garçons n’apprécient pas toujours qu’on leur joue du violon.
« Cela dépend, dis-je. Peut-être resterai-je, ou repartirai-je. Mes projets ne sont pas clairs. »
Il hocha la tête avec indolence, à la façon de quelqu’un qui se moquait éperdument de ce que j’allais faire, et resta là, à regarder le jardin qu’éclairait le soleil. Par sa stature et son apparence, Tuppy ressemble un peu à un bouledogue, et il avait à présent l’air d’un de ces braves animaux à qui on aurait refusé une part de gâteau. Il n’était pas difficile à quelqu’un d’aussi perspicace que moi de lire ce qu’il avait à l’esprit, et je n’éprouvai donc aucune surprise quand sa conversation se reporta sur le sujet marqué d’une croix sur mon programme.
« Tu as entendu parler de mon histoire, je suppose ? Angela et moi ?
- Mais tout à fait, Tuppy, mon vieux.
- On a cassé.
- Je sais. Un petit accrochage, je crois, relatif au requin d’Angela.
- Oui, j’ai dit que c’était probablement un poisson plat.
- C’est ce que mes informateurs m’ont appris.
- Qui te l’a dit ?
- Tante Dahlia.
- J’imagine qu’elle m’a proprement injurié ?
- Mais non. En dehors d’un passage où elle a fait référence à toi comme « ce maudit Glossop », j’ai trouvé son langage étonnamment châtié pour quelqu’un qui naguère chassait le renard au club du Quorn. Cependant, j’ai pu constater, permet moi de te le dire, mon vieux, qu’elle trouvait que tu aurais pu faire preuve d’un peu plus de tact.
- De tact ?
- Et je dois admettre que je suis plutôt d’accord avec elle. C’était bien, Tuppy, c’était vraiment gentil, de faire ainsi faner le requin d’Angela ? Tu te souviens certainement à quel point Angela chérissait son requin. Et tu n’as pas vu la claque dans la mâchoire que ça représenterait pour la pauvre enfant, de l’entendre décrit par l’homme à qui elle avait donné son cœur comme un poisson plat ?
Je le vis qui luttait contre de puissants sentiments.
- Et ma vision des choses ? demanda-t-il, d’une voix que l’émotion étranglait.
- Ta vision ?
- Tu ne crois quand même pas, dit Tuppy, de plus en plus véhément, que j’aurais dénoncé ce maudit requin synthétique comme le poisson plat qu’il était certainement si je n’avais pas eu une bonne raison de le faire. Ce qui m’a amené à dire ce que j’ai dit, c’est qu’Angela, cette petite peste, venait d’être très insultante, et que j’en ai profité pour lui rendre la monnaie de sa pièce.
- Insultante ?
- Extrêmement insultante. Au seul motif d’une remarque banale que j’avais lâchée, histoire de dire quelque chose et d’entretenir la conversation, et dans laquelle je m’interrogeais sur ce qu’Anatole allait nous servir à dîner, elle dit que j’étais trop matérialiste, et que je devrais arrêter de penser sans cesse à manger. Matérialiste, mon œil ! En réalité, je suis tout ce qu’il y a de plus idéaliste.
- Tout à fait.
- Et je ne vois aucun mal à se demander ce qu’Anatole servira à dîner. N’est-ce-pas ?
- Bien sûr que non. Une toute naturelle marque de respect envers un grand artiste.
- Exactement.
- Toutefois…
- Oui ?
- Je voulais juste dire qu’il me parait dommage que le fragile vaisseau de l’amour heurte pareille vacherie, quand quelques mots courageux, et contrits, …
Il me regarda fixement.
- Tu ne serais pas en train de me proposer de me dédire ?
- Ce serait la belle et bonne action, mon grand.
- Il est hors de question que je me dédise.
- Mais, Tuppy –
- Non, je ne le ferai pas.
- Mais tu l’aimes, non ?
Celle-là atteignit son but. Il chancela visiblement, et sa bouche se tordit. Le parfait esprit torturé.
- Je ne prétendrai pas que je n’aime pas cette petite garce, dit-il, manifestement touché. Je l’aime passionnément. Mais cela ne change rien au fait que je considère que ce dont elle a le plus besoin au monde, c’est un bon coup de pied au derrière.
Un Wooster ne pouvait guère laisser passer cela.
- Tuppy, vieux sagouin !
- Ce n’est pas bien de crier : Tuppy, vieux sagouin !
- Je crierai quand même : Tuppy vieux sagouin ! Tes façons me choquent, c’est à en lever les sourcils. Où est passé le bon vieil esprit chevaleresque des Glossop ?
- Ne t’inquiète pas pour le bon vieil esprit chevaleresque des Glossop. Dis-moi plutôt où est l’esprit délicat, gentil et féminin des Angela ? Dire à un garçon qu’il est parti pour avoir un double menton !
- Elle a fait cela ?
- Parfaitement.
- Oh, eh bien, les filles, tu sais. Oublies ça, Tuppy. Va la voir et demande pardon.
Il secoua la tête.
- Non. C’est trop tard. Des commentaires ont été faits sur mon ventre sur lesquels il m’est impossible de passer.
- Mais, mon ventre - mon vieux Tuppy, je veux dire – sois juste. Tu lui as dit un jour que son nouveau chapeau la faisait ressembler à un Pékinois.
- Elle avait vraiment l’air d’un Pékinois. Et ce n’était pas une insultante vulgarité. C’était une critique sérieuse et constructive, uniquement motivée par le désir généreux de l’empêcher de se donner en spectacle public. Et accuser sans vergogne un garçon d’être essoufflé à chaque fois qu’il monte trois marches est quelques chose de complètement différent. »
Je commençais à voir que la situation allait demander toute mon astuce et mon habileté. Pour que les cloches du mariage sonnent un jour dans la petite église de Market Snodsbury, Bertram allait manifestement devoir faire preuve d’une bonne dose de ruse. J’avais compris, lors de mon entretien avec tante Dahlia, qu’un certain nombre de vérités avaient été échangées entre les deux parties en présence, mais je n’avais pas réalisé jusqu’alors que les choses en étaient arrivées à ce point.
Le côté pathétique de la situation m’agaçait. Tuppy avait reconnu, en un mot comme en cent, que le cœur du Glossop vibrait encore d’amour, et j’étais certain que, même après ce qui s’était passé, Angela n’avait jamais cessé de l’aimer. A cet instant, elle était sans doute en train de rêver qu’elle le frappait avec une bouteille, mais je suis prêt à parier qu’au plus profond de son cœur l’ancienne affection et la tendresse étaient toujours présentes. Seule la fierté outragée les maintenait séparés, et je sentais que si Tuppy acceptait de faire le premier pas, tout irait pour le mieux.
Je lançai une nouvelle charge.
« Cette querelle lui brise le cœur, Tuppy.
- Comment le sais-tu ? Tu l’as vue ?
- Non, mais je parie que c’est vrai.
- Elle n’en a pas l’air.
- Elle porte le masque, c’est certain. Jeeves fait cela quand je fais preuve d’autorité.
- Elle fronce le nez quand elle me voit, comme si j’étais une conduite d’égout en dérangement.
- Encore le masque. Je suis persuadé qu’elle t’aime encore, et qu’un mot gentil de ta part est tout ce qu’il lui faut. »
Je voyais bien qu’il était touché. Il vacilla manifestement. Il fit du pied une sorte de zigzag sur le sol. Et quand il parla, on entendait le trémolo dans sa voix :
« Tu le crois vraiment ?
- Absolument.
- H’m.
- Si tu allais la voir –
Il secoua la tête.
- Je ne peux pas. Ce serait la fin. En un instant, bing, adieu ma réputation. Je connais les filles. Il suffit qu’on s’abaisse, et les meilleures d’entre elles deviennent arrogantes, blagua-t-il. La seule façon de faire serait de lui suggérer, indirectement, que je suis prêt à rouvrir les négociations. Crois-tu que je devrais soupirer un peu quand nous nous reverrons ?
- Elle croirait que tu es essoufflé.
- C’est vrai. »
J’allumai une autre cigarette et donnai à cette affaire tout mon esprit. Et tout à trac, comme c’est si souvent le cas chez les Wooster, j’eus une idée. Je me rappelais le conseil que j’avais donné à Gussie au sujet des saucisses et du jambon.
« J’ai trouvé, Tuppy. Il y a une manière infaillible de prouver à une fille que tu l’aimes, et cela marche tout aussi bien quand on s’est querellés et qu’on veut se raccommoder. Ne mange rien au dîner ce soir. Tu imagines comme cela va l’impressionner. Elle sait que la nourriture est ta seule passion.
Il réagit brutalement.
- La nourriture n’est pas ma seule passion !
- Non, non.
- Ce n’est pas ma passion du tout.
- Tout à fait, je voulais juste dire –
- Ces délires, selon lesquels la nourriture serait ma seule passion, dit Tuppy avec chaleur, doivent cesser. Je suis jeune, et en bonne santé, et ai un solide appétit, mais cela ne veut pas dire que la nourriture est ma seule passion. J’admire Anatole, un orfèvre en sa matière, et prêterai attention à tout ce qu’il voudra bien placer devant moi, mais de là à affirmer que la nourriture est ma seule passion –
- Oui, oui. Tout ce que je voulais dire, c’est que quand elle te verra refuser ton dîner, sans même l’avoir goûté, elle comprendra que ton cœur souffre, et sera probablement la première à proposer de signer l’armistice.
Tuppy était songeur, le sourcil froncé.
- Refuser mon dîner, hein ?
- Oui.
- Refuser un dîner préparé par Anatole ?
- Oui.
- Le refuser sans même l’avoir goûté ?ir.
- Oui.
- Tirons cela au clair. Ce soir, au dîner, quand le maître d’hôtel me présentera un ris de veau à la financière, ou ce qu’il y aura, encore chaud des mains d’Anatole, tu voudrais que je le refuse sans même le goûter ?
- Oui.
Il mâchonna sa lèvre. On pouvait sentir le combat intérieur. Et puis, soudain, une sorte de lueur éclaira son visage. Les anciens martyrs devaient avoir cet air.
- C’est bon.
- Tu vas le faire ?
- Je le ferai.
- C’est bien.
- Mais ça va être affreux, bien sûr.
Je lui montrai le bon côté.
- Juste sur le moment. Tu pourras redescendre ce soir, quand tout le monde sera couché, et dévaliser l’office.
Il s’éclaira.
- C’est vrai. Je pourrai, n’est-ce pas ?
- J’imagine qu’il y aura là-bas des plats froids.
- Il y a un plat froid, dit Tuppy, de plus en plus joyeux. Une tourte à la viande et aux rognons. On nous l’a servie aujourd’hui au déjeuner. Une des meilleures recettes d’Anatole. Ce que j’admire, chez cet homme, dit Tuppy avec dévotion, ce que j’admire si formidablement chez Anatole, c’est que, bien que Français, il ne se limite pas, comme tant d’autres chefs, à la seule cuisine Française, mais sera toujours partant et capable de s’imposer d’un bon vieux et simple plat Britannique, comme cette tourte à la viande et aux rognons à laquelle je faisais allusions. Une tourte de maître, Bertie, et dont plus de la moitié est restée. Cela m’ira parfaitement.
- Et donc au dîner, tu refuses, comme prévu ?
- Exactement comme prévu.
- Parfait.
- C’est une excellente idée. Une des meilleures que Jeeves ait eues. Dis-lui de ma part, quand tu le verras, que je le remercie infiniment.
La cigarette me tomba des mains. C’était comme si quelqu’un avait jeté au visage de Bertram Wooster un torchon humide.
- Ne me dis pas que tu crois que le plan que je viens d’esquisser est de Jeeves.
- Mais bien entendu. Ca ne sert à rien d’essayer de me tromper, Bertie. Tu n’aurais pas, en toute une vie, pu imaginer un truc pareil.
Il y eut un silence. Je me redressai de toute ma hauteur ; puis, voyant qu’il ne me regardait pas, me laissai retomber.
- Viens, Glossop, dis-je froidement, nous ferions mieux d’y aller. Il est temps de s’habiller pour le dîner.
Affirmer que je ne me lui en voulais pas pour cette mauvaise action, qui me paraissait mériter le titre de crime du siècle, serait faire peu de cas de la vérité. Je lui en voulais, profondément, grognant et pas qu’un peu à l’époque, et continuant de grogner pendant plusieurs semaines.
Mais vous savez comment vont les choses. La blessure guérit et les souffrances s’apaisent.
Je ne dis pas, comprenez-moi, que si l’occasion s’était présentée de faire choir, d’une grande hauteur, sur la tête de Tuppy, une éponge humide, ou de mettre une anguille dans son lit, ou d’exprimer de semblable manière toute ma créativité, je ne l’aurais pas fait avec délice ; mais cela ne changeait rien. Je veux dire, si profondément blessé que j’aie pu l’être, je n’éprouvais aucun plaisir à apprendre que la chouette vie de ce garçon était détruite par la perte d’une fille que, peu importent les évènements, j’étais convaincu qu’il aimait toujours comme un dingue.
A l’opposé, je désirais de tout cœur guérir cette fracture, et tout rendre de nouveau mimi-sympa entre ces deux gamins séparés. Vous l’auriez déduit des remarques que j’avais faites à tante Dahlia, et si vous aviez assisté à cette scène et vu le regard plein de gentille condoléance que j’adressai à Tuppy, vous l’auriez déduit davantage encore.
C’était un de ces regards qui interrogent et vous font fondre, accompagné d’une solide poignée de la main droite, et d’une délicate imposition de la gauche sur la clavicule.
« Eh, bien, Tuppy, mon vieux, dis-je. Comment vas-tu, mon vieux ? »
Ma sympathie grandit comme je prononçai ces mots, car il n’y eut ni éclair dans l’œil, ni pression en retour de la paume, aucun signe, pour faire court, de quelque intention de sa part d’effectuer trois pas de danse à l’apparition d’un vieil ami. Il semblait sur la défensive. Il était marqué, comme je me souvenais avoir entendu Jeeves dire un jour, parlant de Pongo Twistleton qui essayait d’arrêter de fumer, du sceau de la mélancolie. Ca ne m’étonnait pas, bien entendu. Dans cette situasse, aucun doute, un certain énervement était compréhensible.
Je relâchai la main, cessai de pétrir l’épaule, tirai le bon vieil étui et lui offris une cigarette.
Il la prit mollement.
« Tu es ici, Bertie ?, demanda-t-il.
- Je suis ici, oui.
- Juste de passage, ou pour quelques temps ? »
Je méditai un instant. J’aurais pu lui dire que j’étais venu à Brinkley Court avec l’intention expresse de remettre ensemble Angela et lui-même, de renouer les liens brisés, et ainsi de suite ; et pendant peut être la moitié du temps nécessaire à l’allumage d’une blonde, j’étais presque résolu à le faire. Puis je réfléchis : il valait mieux, dans l’ensemble, ne pas. Annoncer que j’entendais les prendre, Angela et lui, et les faire sonner comme deux cordes d’un violon, manquait peut-être de tact. Les garçons n’apprécient pas toujours qu’on leur joue du violon.
« Cela dépend, dis-je. Peut-être resterai-je, ou repartirai-je. Mes projets ne sont pas clairs. »
Il hocha la tête avec indolence, à la façon de quelqu’un qui se moquait éperdument de ce que j’allais faire, et resta là, à regarder le jardin qu’éclairait le soleil. Par sa stature et son apparence, Tuppy ressemble un peu à un bouledogue, et il avait à présent l’air d’un de ces braves animaux à qui on aurait refusé une part de gâteau. Il n’était pas difficile à quelqu’un d’aussi perspicace que moi de lire ce qu’il avait à l’esprit, et je n’éprouvai donc aucune surprise quand sa conversation se reporta sur le sujet marqué d’une croix sur mon programme.
« Tu as entendu parler de mon histoire, je suppose ? Angela et moi ?
- Mais tout à fait, Tuppy, mon vieux.
- On a cassé.
- Je sais. Un petit accrochage, je crois, relatif au requin d’Angela.
- Oui, j’ai dit que c’était probablement un poisson plat.
- C’est ce que mes informateurs m’ont appris.
- Qui te l’a dit ?
- Tante Dahlia.
- J’imagine qu’elle m’a proprement injurié ?
- Mais non. En dehors d’un passage où elle a fait référence à toi comme « ce maudit Glossop », j’ai trouvé son langage étonnamment châtié pour quelqu’un qui naguère chassait le renard au club du Quorn. Cependant, j’ai pu constater, permet moi de te le dire, mon vieux, qu’elle trouvait que tu aurais pu faire preuve d’un peu plus de tact.
- De tact ?
- Et je dois admettre que je suis plutôt d’accord avec elle. C’était bien, Tuppy, c’était vraiment gentil, de faire ainsi faner le requin d’Angela ? Tu te souviens certainement à quel point Angela chérissait son requin. Et tu n’as pas vu la claque dans la mâchoire que ça représenterait pour la pauvre enfant, de l’entendre décrit par l’homme à qui elle avait donné son cœur comme un poisson plat ?
Je le vis qui luttait contre de puissants sentiments.
- Et ma vision des choses ? demanda-t-il, d’une voix que l’émotion étranglait.
- Ta vision ?
- Tu ne crois quand même pas, dit Tuppy, de plus en plus véhément, que j’aurais dénoncé ce maudit requin synthétique comme le poisson plat qu’il était certainement si je n’avais pas eu une bonne raison de le faire. Ce qui m’a amené à dire ce que j’ai dit, c’est qu’Angela, cette petite peste, venait d’être très insultante, et que j’en ai profité pour lui rendre la monnaie de sa pièce.
- Insultante ?
- Extrêmement insultante. Au seul motif d’une remarque banale que j’avais lâchée, histoire de dire quelque chose et d’entretenir la conversation, et dans laquelle je m’interrogeais sur ce qu’Anatole allait nous servir à dîner, elle dit que j’étais trop matérialiste, et que je devrais arrêter de penser sans cesse à manger. Matérialiste, mon œil ! En réalité, je suis tout ce qu’il y a de plus idéaliste.
- Tout à fait.
- Et je ne vois aucun mal à se demander ce qu’Anatole servira à dîner. N’est-ce-pas ?
- Bien sûr que non. Une toute naturelle marque de respect envers un grand artiste.
- Exactement.
- Toutefois…
- Oui ?
- Je voulais juste dire qu’il me parait dommage que le fragile vaisseau de l’amour heurte pareille vacherie, quand quelques mots courageux, et contrits, …
Il me regarda fixement.
- Tu ne serais pas en train de me proposer de me dédire ?
- Ce serait la belle et bonne action, mon grand.
- Il est hors de question que je me dédise.
- Mais, Tuppy –
- Non, je ne le ferai pas.
- Mais tu l’aimes, non ?
Celle-là atteignit son but. Il chancela visiblement, et sa bouche se tordit. Le parfait esprit torturé.
- Je ne prétendrai pas que je n’aime pas cette petite garce, dit-il, manifestement touché. Je l’aime passionnément. Mais cela ne change rien au fait que je considère que ce dont elle a le plus besoin au monde, c’est un bon coup de pied au derrière.
Un Wooster ne pouvait guère laisser passer cela.
- Tuppy, vieux sagouin !
- Ce n’est pas bien de crier : Tuppy, vieux sagouin !
- Je crierai quand même : Tuppy vieux sagouin ! Tes façons me choquent, c’est à en lever les sourcils. Où est passé le bon vieil esprit chevaleresque des Glossop ?
- Ne t’inquiète pas pour le bon vieil esprit chevaleresque des Glossop. Dis-moi plutôt où est l’esprit délicat, gentil et féminin des Angela ? Dire à un garçon qu’il est parti pour avoir un double menton !
- Elle a fait cela ?
- Parfaitement.
- Oh, eh bien, les filles, tu sais. Oublies ça, Tuppy. Va la voir et demande pardon.
Il secoua la tête.
- Non. C’est trop tard. Des commentaires ont été faits sur mon ventre sur lesquels il m’est impossible de passer.
- Mais, mon ventre - mon vieux Tuppy, je veux dire – sois juste. Tu lui as dit un jour que son nouveau chapeau la faisait ressembler à un Pékinois.
- Elle avait vraiment l’air d’un Pékinois. Et ce n’était pas une insultante vulgarité. C’était une critique sérieuse et constructive, uniquement motivée par le désir généreux de l’empêcher de se donner en spectacle public. Et accuser sans vergogne un garçon d’être essoufflé à chaque fois qu’il monte trois marches est quelques chose de complètement différent. »
Je commençais à voir que la situation allait demander toute mon astuce et mon habileté. Pour que les cloches du mariage sonnent un jour dans la petite église de Market Snodsbury, Bertram allait manifestement devoir faire preuve d’une bonne dose de ruse. J’avais compris, lors de mon entretien avec tante Dahlia, qu’un certain nombre de vérités avaient été échangées entre les deux parties en présence, mais je n’avais pas réalisé jusqu’alors que les choses en étaient arrivées à ce point.
Le côté pathétique de la situation m’agaçait. Tuppy avait reconnu, en un mot comme en cent, que le cœur du Glossop vibrait encore d’amour, et j’étais certain que, même après ce qui s’était passé, Angela n’avait jamais cessé de l’aimer. A cet instant, elle était sans doute en train de rêver qu’elle le frappait avec une bouteille, mais je suis prêt à parier qu’au plus profond de son cœur l’ancienne affection et la tendresse étaient toujours présentes. Seule la fierté outragée les maintenait séparés, et je sentais que si Tuppy acceptait de faire le premier pas, tout irait pour le mieux.
Je lançai une nouvelle charge.
« Cette querelle lui brise le cœur, Tuppy.
- Comment le sais-tu ? Tu l’as vue ?
- Non, mais je parie que c’est vrai.
- Elle n’en a pas l’air.
- Elle porte le masque, c’est certain. Jeeves fait cela quand je fais preuve d’autorité.
- Elle fronce le nez quand elle me voit, comme si j’étais une conduite d’égout en dérangement.
- Encore le masque. Je suis persuadé qu’elle t’aime encore, et qu’un mot gentil de ta part est tout ce qu’il lui faut. »
Je voyais bien qu’il était touché. Il vacilla manifestement. Il fit du pied une sorte de zigzag sur le sol. Et quand il parla, on entendait le trémolo dans sa voix :
« Tu le crois vraiment ?
- Absolument.
- H’m.
- Si tu allais la voir –
Il secoua la tête.
- Je ne peux pas. Ce serait la fin. En un instant, bing, adieu ma réputation. Je connais les filles. Il suffit qu’on s’abaisse, et les meilleures d’entre elles deviennent arrogantes, blagua-t-il. La seule façon de faire serait de lui suggérer, indirectement, que je suis prêt à rouvrir les négociations. Crois-tu que je devrais soupirer un peu quand nous nous reverrons ?
- Elle croirait que tu es essoufflé.
- C’est vrai. »
J’allumai une autre cigarette et donnai à cette affaire tout mon esprit. Et tout à trac, comme c’est si souvent le cas chez les Wooster, j’eus une idée. Je me rappelais le conseil que j’avais donné à Gussie au sujet des saucisses et du jambon.
« J’ai trouvé, Tuppy. Il y a une manière infaillible de prouver à une fille que tu l’aimes, et cela marche tout aussi bien quand on s’est querellés et qu’on veut se raccommoder. Ne mange rien au dîner ce soir. Tu imagines comme cela va l’impressionner. Elle sait que la nourriture est ta seule passion.
Il réagit brutalement.
- La nourriture n’est pas ma seule passion !
- Non, non.
- Ce n’est pas ma passion du tout.
- Tout à fait, je voulais juste dire –
- Ces délires, selon lesquels la nourriture serait ma seule passion, dit Tuppy avec chaleur, doivent cesser. Je suis jeune, et en bonne santé, et ai un solide appétit, mais cela ne veut pas dire que la nourriture est ma seule passion. J’admire Anatole, un orfèvre en sa matière, et prêterai attention à tout ce qu’il voudra bien placer devant moi, mais de là à affirmer que la nourriture est ma seule passion –
- Oui, oui. Tout ce que je voulais dire, c’est que quand elle te verra refuser ton dîner, sans même l’avoir goûté, elle comprendra que ton cœur souffre, et sera probablement la première à proposer de signer l’armistice.
Tuppy était songeur, le sourcil froncé.
- Refuser mon dîner, hein ?
- Oui.
- Refuser un dîner préparé par Anatole ?
- Oui.
- Le refuser sans même l’avoir goûté ?ir.
- Oui.
- Tirons cela au clair. Ce soir, au dîner, quand le maître d’hôtel me présentera un ris de veau à la financière, ou ce qu’il y aura, encore chaud des mains d’Anatole, tu voudrais que je le refuse sans même le goûter ?
- Oui.
Il mâchonna sa lèvre. On pouvait sentir le combat intérieur. Et puis, soudain, une sorte de lueur éclaira son visage. Les anciens martyrs devaient avoir cet air.
- C’est bon.
- Tu vas le faire ?
- Je le ferai.
- C’est bien.
- Mais ça va être affreux, bien sûr.
Je lui montrai le bon côté.
- Juste sur le moment. Tu pourras redescendre ce soir, quand tout le monde sera couché, et dévaliser l’office.
Il s’éclaira.
- C’est vrai. Je pourrai, n’est-ce pas ?
- J’imagine qu’il y aura là-bas des plats froids.
- Il y a un plat froid, dit Tuppy, de plus en plus joyeux. Une tourte à la viande et aux rognons. On nous l’a servie aujourd’hui au déjeuner. Une des meilleures recettes d’Anatole. Ce que j’admire, chez cet homme, dit Tuppy avec dévotion, ce que j’admire si formidablement chez Anatole, c’est que, bien que Français, il ne se limite pas, comme tant d’autres chefs, à la seule cuisine Française, mais sera toujours partant et capable de s’imposer d’un bon vieux et simple plat Britannique, comme cette tourte à la viande et aux rognons à laquelle je faisais allusions. Une tourte de maître, Bertie, et dont plus de la moitié est restée. Cela m’ira parfaitement.
- Et donc au dîner, tu refuses, comme prévu ?
- Exactement comme prévu.
- Parfait.
- C’est une excellente idée. Une des meilleures que Jeeves ait eues. Dis-lui de ma part, quand tu le verras, que je le remercie infiniment.
La cigarette me tomba des mains. C’était comme si quelqu’un avait jeté au visage de Bertram Wooster un torchon humide.
- Ne me dis pas que tu crois que le plan que je viens d’esquisser est de Jeeves.
- Mais bien entendu. Ca ne sert à rien d’essayer de me tromper, Bertie. Tu n’aurais pas, en toute une vie, pu imaginer un truc pareil.
Il y eut un silence. Je me redressai de toute ma hauteur ; puis, voyant qu’il ne me regardait pas, me laissai retomber.
- Viens, Glossop, dis-je froidement, nous ferions mieux d’y aller. Il est temps de s’habiller pour le dîner.
Libellés :
anglais,
PG Wodehouse (1881-1975)
Philip Larkin - Les crapauds
Les crapauds
A quoi bon laisser ce métier de crapaud
M’écrabouiller l’existence ?
Que mon intelligence me serve de marteau
Et chasse cette engeance !
De son écœurant venin il dénature
Six jours de la semaine -
Et tout cela ne sert qu’à payer les factures !
Ca n’en vaut pas la peine.
D’autres que moi vivent de leur talents
Prêcheurs et monte-en-l’air
Zézayeurs, moins que rien, saute-ruisseaux, truands -
Ne crèvent pas misère.
D’autres que moi vivent dans les ruelles
Font du feu dans des bidons
Mangent des courants d’air et des sardines à l’huile
Qu’ils semblent trouver bons.
Leurs moutards vont nu-pieds par tous les temps
Leurs innommables conjoints
Sont maigres comme des coucous – et cependant
Personne ne meurt de faim.
Si j’étais courageux, je clamerais bien haut :
Salariat je te hais !
Mais je sais, et combien, que c’est le matériau
Dont les rêves sont faits :
Car quelque chose en moi d’assez crapaudin
Ecrabouille tout, lui aussi
Ses cuissots sont pesants comme un méchant destin
Et froids comme la pluie
Il ne me laissera jamais suivre ma voie
En baratinant
Obtenir aisément, en une seule fois
Filles, gloire et argent
Je ne prétendrai pas que le premier
Donne au second figure humaine
Mais je sais qu’il est dur de s’en débarrasser
Quand l’un et l’autre nous emmènent.
Toads
Why should I let the toad work
Squat on my life?
Can’t I use my wit as a pitchfork
And drive the brute off?
Six days of the week it soils
With its sickening poison -
Just for paying a few bills!
That’s out of proportion.
Lots of folk live on their wits:
Lecturers, lispers,
Losers, loblolly-men, louts-
They don’t end as paupers;
Lots of folk live up lanes
With fires in a bucket,
Eat windfalls and tinned sardines-
They seem to like it.
Their nippers have got bare feet,
Their unspeakable wives
Are skinny as whippets - and yet
No one actually _starves_.
Ah, were I courageous enough
To shout, Stuff your pension!
But I know, all too well, that’s the stuff
That dreams are made on:
For something sufficiently toad-like
Squats in me, too;
Its hunkers are heavy as hard luck,
And cold as snow,
And will never allow me to blarney
My way of getting
The fame and the girl and the money
All at one sitting.
I don’t say, one bodies the other
One’s spiritual truth;
But I do say it’s hard to lose either,
When you have both.
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anglais,
Philip Larkin (1922-1985)
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