mardi 28 avril 2009

Luo Yihe - Clair de lune

月 亮


世界,一半黑着,一半亮着
事件堆起来了。那些流血的事实
城与年,日夜流着
是一些平滑的消息
使人们无所不知
黑着的一半
陈列着挑灯的街巷
月亮虽也照亮厚实的尘土,光辉
却遍地遗失。月亮陈旧
在隐没的蓝瓦上扔着、光着、贫穷着
象一些炭块上画下的皮肤
暗暗地红黄着
头戴半只黑盔,对秃海上的甲板
露着树枝
地面上的活人
不知你为何思想
世界,你这借自神明的台阶
下行着多少大国
和它们开发过度的人性与地力
只有月亮
在门边向着那健康的丛林
为我们谢罪

Clair de lune

Monde, mi ombre, mi clarté
Affaires entassées. Petits faits sanglants
Murs et années, jour et nuit se déversant
Comme une histoire banale
Que chacun doit connaître
Moitié ombre
Etalant ses ruelles, chargées de lampes
La lune éclaire cette épaisse poussière, mais sa lumière
Partout, s’efface. Vieille lune
Jetée sur les tuiles bleues, abandonnée, nue, pauvre
Comme une peau, dessinée au charbon
Assombrie rouge jaune
Tête mi-casquée de noir, sur la mer chauve, au navire
Montrant d'une branche
Les vivants sur la terre
Qui ne savent pourquoi ils pensent
Monde aux marches divines
Descendues par tant de nations
Nature humaine, pays, démesurés
Seule la lune
Devant la porte, face aux grand arbres
Prend pitié de nous

Gu Cheng - Adieu

别

在春天
你把手帕轻挥
是让我远去
还是马上返回?

不,什么也不是
什么也不因为
就像水中的落花
就像花上的露水……

只有影子懂得
只有风能体会
只有叹息惊起的彩蝶
还在心花中纷飞……

Adieu

C’est le printemps
Tu agites ton mouchoir
Est-ce pour que je m’en aille
Pour que je revienne bientôt ?

Ce n’est pour rien
C’est sans raison
Comme une fleur tombée sur l’eau
Comme la rosée sur la fleur

Il n’y a que l’ombre qui comprenne
Il n’y a que le vent qui saisisse
Il n’y a que ces papillons, par un souffle effrayés
Qui volètent, dans mon coeur en fleurs

samedi 18 avril 2009

Gu Cheng - De tout mon coeur, j'aime ce monde

我的心爱着这个世界

我的心爱着世界
爱着,在一个冬天的夜晚
轻轻吻她,像一个纯净的
野火,吻着全部草地
草地是温暖的,在尽头
有一片冰湖,湖底睡着鲈鱼

我的心爱着世界
她溶化了,像一朵霜花
溶进了我的血液,她
亲切地流着,从海洋流向
高山,流着,使眼睛变得蔚蓝
使早晨变得红润

我的心爱着世界
我爱着,用我的血液为她
画像,可爱的侧面像
玉米和群星的珠串不再闪耀
有些人疲倦了,转过头去
转过头去,去欣赏一张广告

De tout mon cœur, j’aime ce monde

De tout mon cœur, j’aime ce monde
Je l’aime, un soir d’hiver
Doucement embrassé, comme l’incendie
Pur, embrasse toute la plaine
La chaude plaine, au loin
Un lac glacé, au fond, un grand poisson qui dort

De tout mon cœur j’aime ce monde
Qui fond, comme une fleur glacée
Se fond en mon sang, qui
S’écoule, brûlant, de l’océan vers les
Sommets, coule avec des regards bleus
Et des matins rougeâtres

De tout mon cœur, j’aime ce monde
Je l’aime, avec mon sang je fais son
Portrait, son beau visage, comme un
Epi de maïs, guirlande d’étoiles éteintes.
Mais les gens sont fatigués, ils s'en détournent
S'en détournent, et admirent les publicités

mardi 7 avril 2009

Haizi - Quatre soeurs

四姐妹

荒凉的山岗上站着四姐妹
所有的风只向她们吹
所有的日子都为她们破碎

空气中的一棵麦子
高举到我的头顶
我身在这荒芜的山岗
怀念我空空的房间, 落满灰尘

我爱过的这糊涂的四姐妹啊
光芒四射的四姐妹
夜里我头枕卷册和神州
想起蓝色远方的四姐妹
我爱过的这糊涂的四姐妹啊
像爱着我亲手写下的四首诗
我的美丽的结伴而行的四姐妹
比命运女神还要多出一个
赶着美丽苍白的奶牛 走向月亮形的山峰

到了二月, 你是从哪里来的
天上滚过春天的雷, 你是从哪里来的
不和陌生人一起来
不和运货马车一起来
不和鸟群一起来

四姐妹抱着这一棵
一棵空气中的麦子
抱着昨天的大雪, 今天的雨水
明天的粮食与灰烬
这是绝望的麦子

请告诉四姐妹: 这是绝望的麦子
永远是这样
风后面是风
天空上面是天空
道路前面还是道路

Quatre sœurs

Sur la crête déserte, il y a quatre sœurs
Les vents ne soufflent que pour elles
Et tous les jours sont par elles brisés

Dans l’espace, un épi de blé
Aussi haut que le haut de ma tête
Mon corps, sur cette crête abandonnée
Se rappelle ma chambre vide
Où s’amoncelle la poussière

Ces quatre idiotes que j’aimais !
Quatre sœurs aux quatre rayons
La nuit, ma tête reposée
Sur les livres, la terre sacrée
Je pense aux quatre sœurs, dans les lointains bleutés
Ces quatre idiotes que j’aimais !
Comme j’aurais aimé
Quatre poèmes de ma main
Mes quatre jolies sœurs, en bande marchant
Une de plus que les Parques
Menant leurs jolies vaches blanches
Vers un sommet en forme de lune

Février que voici, d’où viens-tu ?
Orage qui roule dans le ciel de printemps, d’où viens-tu ?
Tu ne viens pas avec les gens
Tu ne viens pas sur les chariots des marchands
Tu ne viens pas avec un vol d’oiseaux

Les quatre sœurs embrassent l’épi
L’épi de blé dans l’espace
Embrassent les neiges d’hier
Les pluies d’aujourd’hui
Les récoltes et les cendres de demain
C’est le blé du désespoir

Alors, dites aux quatre sœurs : c’est le blé du désespoir
C’est toujours pareil
Après le vent, il y a le vent
Au dessus du ciel, il y a le ciel
Avant la route, encore la route

Haizi - Aube I

黎明(之一)

我把天空和大地打扫干干净净
归还一个陌不相识的人
我寂寞地等, 我阴沉地等
二月的雪, 二月的雨
泉水白白流淌
花朵为谁开放
永远是这样美丽负伤的麦子
吐着芳香, 站在山岗上

荒凉大地承受着荒凉天空的雷霆
圣书上卷是我的翅膀, 无比明亮
有时象一个阴沉沉的今天
圣书下卷肮脏而欢乐
当然也是我受伤的翅膀
荒凉大地承受着更加荒凉的天空

我空空荡荡的大地和天空
是上卷和下卷合成一本
的圣书, 是我重又劈开的肢体
流着雨雪、泪水在二月

Aube I

J’ai bien balayé le ciel et la terre
Et les ai rendus à un étranger
Seul j’attends, sombre j’attends
Les neiges de février, les pluies de février

L’eau de la source coule en vain
Pour qui s’épanouissent les fleurs ?
Toujours ce bel épi blessé
Qui répand ses parfums, debout sur la colline

Terre déserte, qui subit la foudre du ciel désolé
Ancien Testament, mes ailes, clarté sans pareille
Parfois semblable à ce jour sombre
Nouveau Testament, sale et joyeux
Aussi, bien sûr, mes ailes blessées
Terre déserte, qui subit un ciel encore plus désolé

Ma terre et mon ciel, vastes et vides
Sont les deux Testaments réunis en une
Bible, c’est mon corps démembré
D’où coulent pluies, et neiges,
Et larmes de Février.

lundi 6 avril 2009

Gu Cheng - La terre est tordue

土地是弯曲的

土地是弯曲的
我看不见你
我只能远远看见
你心上的蓝天

蓝吗?真蓝
那蓝色就是语言
我想使世界感到愉快
微笑却凝固在嘴边

还是给我一朵云吧
擦去晴朗的时间
我的眼泪需要泪水
我的太阳需要安眠

La terre est tordue

La terre est tordue
Je ne te vois plus
Je ne vois au loin
Que ce ciel tout bleu
Par dessus ton cœur

Tout bleu ? vraiment bleu ?
Ce bleu est parole
Je voudrais un monde
Heureux, mais figé
Le sourire aux lèvres

Ou donne-moi un nuage
Qui efface ce beau temps
Mes pleurs ont besoin de larmes
Mon soleil besoin de calme

samedi 4 avril 2009

Han Shan - Retour au pays

出生三十年,当游千万里。
行江青草合,入塞红尘起。
炼药空求仙,读书兼咏史。
今日归寒山,枕流兼洗耳。

Né depuis trente ans, j’ai vu du pays
Fleuve aux rives vertes, sable des confins
Livres, histoires lus, philtres bus en vain
Je rentre au mont Froid, baigner mon esprit

vendredi 20 mars 2009

GuCheng - Te rappelles tu cette rivière

还记得那条河吗?

还记得那条河吗?
她那么会拐弯
用小树叶遮住眼睛
然后,不发一言
我们走了好久
却没问清她从哪里来
最后,只发现
有一盏可爱的小灯
在河里悄悄洗澡

现在,河边没有花了
只有一条小路
白极了,像从大雪球里
抽出的一段棉线
黑皮肤的树
被冬天用魔法
固定在雪上
隔着水,他们也没忘记
要互相指责

水,仍在流着
在没有人的时候
就唱起不懂的歌
她从一个温暖的地方来
所以不怕感冒
她轻轻呵气
好像磨沙玻璃
她要在上面画画

我不会画画
我只会在雪地上写信
写下你想知道的一切
来吧,要不晚了
信会化的
刚懂事的花会把它偷走
交给吓人的熊蜂
然后,蜜就没了
只剩下一盏小灯

Te rappelles-tu cette rivière ?

Te rappelles-tu cette rivière
Qui serpentait tant
De feuilles nos yeux couverts
Et puis, plus un mot
Longtemps nous avons marché
Sans comprendre d’où elle venait
Et puis, seulement
Une adorable petite lampe
Dans la rivière, se baignant doucement

Maintenant, plus de fleurs sur la berge
Seulement un petit chemin
Tout blanc, comme si d’une boule de neige
On avait tiré un fil
Les arbres à l’écorce noire
Par un sortilège d’hiver
Cloués sur le sol enneigé
Près de l’eau, n’ont pas oublié
De se montrer du doigt

Et l’eau, toujours coulant
Même quand il n’y a personne
Chantant son air absurde
Elle vient d’un pays chaud
Bravant les rhumes
Elle souffle doucement
Comme pour polir la vitre
Sur laquelle elle veut dessiner

Je ne sais pas peindre
Je ne sais qu’écrire des mots sur la neige
Ecrire tout ce que tu veux savoir
Viens, car bientôt
Mes mots vont fondre
Les fleurs, enfin raisonnables, les emporteront
Les donneront aux effrayants bourdons
Et puis, il n’y aura plus de miel
Juste une petite lampe

Zhuangzi - Un bonheur de vairon

莊子與惠子游於濠梁之上。莊子曰:「鯈魚出游從容,是魚之樂也。」惠子曰︰
「子非魚,安知魚之樂?」莊子曰:「子非我,安知我不知魚之樂?」惠子曰「我非
子,固不知子矣;子固非魚也,子之不知魚之樂,全矣!」莊子曰:「請循其本。子
曰『汝安知魚樂』云者,既已知吾知之而問我。我知之濠上也。」

Zhuangzi et Huizi passaient sur un pont sur la Hao. Zhuangzi dit : « Les vairons nagent où ils veulent, un bonheur de poisson. » Huizi dit : « Tu n’es pas un poisson, comment sais tu qu’ils sont heureux ? » Zhuangzi répondit : « Tu n’es pas moi, comment sais tu que je ne le sais pas ? » Huizi répondit : « Je ne suis pas toi, donc je ne sais pas ce que tu penses. Toi, tu n’es pas un poisson, tu ne sais donc pas s’ils sont heureux. C’est tout ! » Zhuangzi dit : « Revenons au début. Quand tu m’as dit ‘comment sais tu qu’ils sont heureux’, tu m’as posé cette question parce que tu savais que je le savais. Et je le savais parce que j’étais là, sur la Hao ! »

jeudi 19 mars 2009

Xi Chuan - Noir

黑

黑是件好事
实实在在的而又不会走掉的黑
它作为终点最好
作为起点也好
它被别人杀害
但仍然活着
它谋求了我们的恩情
把生命看得不严

我大声疾呼:地面上的黑
与藏在事件里的黑
请统一起来
就像男人和女人一样统一起来

我们猛地达到黑夜
又猛地抓住任何数量的黑
我们前进!

Noir

Le noir, c’est une bonne chose
Ce noir honnête, qui ne se défile pas
Une parfaite conclusion
Un bon début aussi
Par d’autres assassiné
Pourtant toujours vivant
Implorant notre pitié
Insouciant, face au destin

Alors je crie : Noir de la terre
Noir caché dans les choses
Venez ensemble
Comme viennent ensemble hommes et femmes

Soudain, nous voici dans la nuit
Soudain, nous tenons tout ce noir
En avant !

lundi 9 mars 2009

Walt Whitman - Capitaine ! Mon Capitaine !

O Captain! My Captain!

O Captain! My Captain! our fearful trip is done;
The ship has weather'd every rack, the prize we sought is won;
The port is near, the bells I hear, the people all exulting,
While follow eyes the steady keel, the vessel grim and daring
But O heart! heart! heart!
O the bleeding drops of red,
Where on the deck my Captain lies,
Fallen cold and dead.

O Captain! My Captain! rise up and hear the bells;
Rise up-for you the flag is flung-for you the bugle trills;
For you bouquets and ribbon'd wreaths-for you the shores a-crowding;
For you they call, the swaying mass, their eager faces turning
Here Captain! dear father!
This arm beneath your head;
It is some dream that on the deck,
You've fallen cold and dead.

My Captain does not answer, his lips are pale and still;
My father does not feel my arm, he has no pulse or will;
The ship is anchor'd safe and sound, its voyage closed and done;
From fearful trip the victor ship comes in with object won
Exult, O shores, and ring, O bells!
But I with mournful tread,
Walk the deck my Captain lies,
Fallen cold and dead.

Capitaine ! Mon Capitaine!

Capitaine! Mon Capitaine! Notre affreux périple prend fin ;
Le navire a bravé la tempête, nos efforts n’ont pas été vains
Le port est proche, voici les cloches, et toute la foule est en liesse,
Et observant son droit sillage, ce vaisseau sombre et intrépide
Mais O mon Dieu ! Mon Dieu !Mon Dieu !
Ces gouttes, toutes rouges
Là où sur le pont mon Capitaine
Est tombé, froid et mort

Capitaine! Mon Capitaine! Lève toi, écoute ces cloches;
Lève toi –c’est pour toi ces drapeaux – pour toi ces clairons qui sonnent
Pour toi ces bouquets, ces rubans, pour toi cette foule sur le port
C’est toi qu’ils appellent, masses vacillantes, visages implorants
Capitaine ! Toi mon père !
Mon bras soutiens ton cou ;
Ce n’est qu’en rêve, que sur ce pont
Tu tombas, froid et mort

Mon capitaine ne répond pas, sa bouche est froide, immobile ;
Mon père ne sent plus mon bras, il n’a plus de pouls, plus de vie ;
Le navire au port, à l’abri, son périple enfin terminé
Vaisseau victorieux rentrant glorieux d’affreuse odyssée
La foule exulte, les cloches sonnent
Mais moi d’un pas morne
J’arpente le pont ou mon Capitaine
Est tombé, froid et mort

Gu Cheng - Affaire

案件

黑夜
象一群又一群
蒙面人
悄悄走近
然后走开

我失去了梦
口袋里只剩下最小的分币
"我被劫了"
我对太阳说
太阳去追赶黑夜
又被另一群黑夜
所追赶

Affaire

La nuit
Comme meute après meute
De visages masqués
Qui s’approchent
Et puis s’en vont

J’ai perdu mon rêve
Dans ma poche, il ne reste qu’un tout petit sou
« On m’a dépouillé »
Je dis au soleil
Le soleil poursuit la nuit
Mais par une meute d’autres nuits
Est poursuivi

Gu Cheng - Ruelle

小巷

小巷
又弯又长

没有门
没有窗

我拿把旧钥匙
敲着厚厚的墙

Ruelle

Ruelle
Biaise et longue

Ni porte
Ni fenêtre

Ma vieille clef à la main
Je frappe tes murs épais

lundi 23 février 2009

Shakespeare - Sonnet 130

My mistress' eyes are nothing like the sun;
Coral is far more red than her lips' red;
If snow be white, why then her breasts are dun;
If hairs be wires, black wires grow on her head.

I have seen roses damasked, red and white,
But no such roses see I in her cheeks;
And in some perfumes is there more delight
Than in the breath that from my mistress reeks.

I love to hear her speak, yet well I know
That music hath a far more pleasing sound;
I grant I never saw a goddess go;

My mistress when she walks treads on the ground.
And yet, by heaven, I think my love as rare
As any she belied with false compare.



Les yeux de mon amie n'ont rien du soleil
Le corail est bien plus rouge que ses lèvres
Si la neige est blanche, alors son sein est gris
Ses cheveux autant de fils noirs sur sa tête

J’ai vu la rose de Damas, rouge et blanche
Mais pareille fleur n'orne pas ses deux joues
On m’a fait sentir des parfums plus plaisants
Que l'odeur qui s’exhale de mon amie

J’aime l’entendre parler, pourtant je sais
Que la musique rend un son bien meilleur
J’admets n’avoir jamais vu marcher déesse

Mon amie, quand elle marche, a les pieds sur terre
Et pourtant, mon Dieu, mon amours est plus grand
Que ces amours nées d’images mensongères

dimanche 22 février 2009

Gu Cheng - Quand

假如

假如钟声响了,
就请用羽毛,
把我安葬.
我将在冥夜中,
编织一对,
巨大的翅膀,
在我眷恋的祖国上空,
继续飞翔.

Quand

Quand mon heure sonnera
S’il vous plait, dans le duvet
Enterrez-moi en paix
Dans la nuit noire
Je me ferai deux
Immenses ailes
Et au dessus de ma chère patrie
Je reprendrai mon vol

jeudi 12 février 2009

Fu Jie - A Gu Cheng

给安息在墓床的顾城

他知道永逝将至
满心悲伤
遥远的孤岛吞没了
他的绝望和他的爱情
海越过重重叠叠的波浪
只带走他的诗

生命短暂,人世艰难
人们在海那边谈论他
说童话里长不大的孩子变成狼
有人说残酷,有人说惋惜
但这些他都不在乎,
他睡在松林间
等待下午穿透土丘的太阳

A Gucheng, qui repose en paix

Il savait qu’il faudrait partir
Et son cœur était triste
Une ile lointaine engloutit
Son désespoir et son amour
L’océan criblé de vagues
N’emporta que ses poèmes

Vie éphémère, monde cruel
Sur l’autre rivage, on dit
Que ce naïf, cet éternel enfant,
S’est changé en loup
Féroce, désespéré
Mais de cela, il n’a cure
Il dort, au milieu des pins
Attendant le soleil de midi
Qui perce, dans sa tombe

dimanche 8 février 2009

Xi Chuan - Jette tes moutons à la mer

把羊群赶下大海

请把羊群赶下大海,牧羊人,
请把世界留给石头——
黑夜的石头,在天空它们便是
璀璨的群星,你不会看见。

请把羊群赶下大海,牧羊人,
让大海从最底层掀起波澜。
海滨低地似乌云一般旷远,
剩下孤单的我们,在另一个世界面前。

凌厉的海风。你脸上的盐。
伟大的太阳在沉船的深渊。
灯塔走向大海,水上起了火焰
海岬以西河流的声音低缓。

告别昨天的一场大雨,
承受黑夜的压力、恐怖的摧残。
沉寂的树木接住波涛,
海岬以东汇合着我们两人的夏天

因为我站在道路的尽头发现
你是唯一可以走近的人;
我为你的羊群祝福:把它们赶下大海
我们相识在这一带荒凉的海岸。

Jette tes moutons à la mer

Jette tes moutons à la mer, berger
Rend le monde aux pierres --
Pierres de la nuit, dans le ciel comme des
Etoiles scintillantes, que tu ne saurais voir.

Jette tes moutons à la mer, berger
Que l’océan, du plus profond, soulève une vague.
Rivages bas, déserts comme un nuage noir
Nous laissant, seuls, devant un autre monde.

Impétueux vent marin, sel sur ton visage.
Puissant soleil au dessus des abimes naufrageurs
Phare tourné vers le large, flammes sur l’eau
Bruit du fleuve adouci, à l’ouest du cap

Adieu, orage d’hier, supporte
Le fardeau de la nuit, l’outrage de la peur
Les arbres silencieux arrêtent la houle
Nos étés se rassemblent, à l’est du cap

Parce qu’au bout de la route, j’ai découvert
Que tu étais le seul à pouvoir m’approcher
Pour tes moutons je fais ce vœu : jette les à la mer
Nous nous sommes rencontrés, sur cette grève désolée

Xi Chuan - Clair de lune

月光十四行

人在高楼上睡觉会梦见
一片月光下的葡萄园
会梦见自己身披一件大披风
摸到冰凉的葡萄架下

而风在吹着,月亮里
有哨声传来,那有时被称作
“黎明之路”的河流上纸船沉没
大雾飘过墓地般的葡萄园

而风在吹着,嗜血的枭鸟
围绕着葡萄园纵情歌唱
歌唱人类失传的安魂曲

这时你远离尘嚣,你拔出手枪
你梦见月光下的葡萄园
被一个身躯无情地压扁

Clair de lune - Sonnet

Quand on dort dans la tour, on voit en rêve
Un champ de raisins, éclairé par la lune
On rêve de son corps, roulé dans une cape
Caressé par les froides treilles

Et le vent souffle, sous la lune
Il va, sifflant, sur cette rivière appelée
Chemin de l’aube, où sombrent les bateaux de papier
Champ de raisin, cimetière où flotte la brume

Et le vent souffle, milans sanguinaires
Autour du champ de raisin, chantant tout leur saoul
Chantant un requiem à la chute des hommes

Alors, tu quittes ces lieux sales et bruyants, tu tires ton pistolet
Tu vois en rêve le champ de raisin, sous la lune
Par un corps, impitoyablement, broyé

samedi 7 février 2009

Gu Cheng - Lit de mort

墓床

我知道永逝降临,
并不悲伤
松林中安放着我的愿望
下边有海,远看像水池
一点点跟我的是下午的阳光

人时已尽,人世很长
我在中间应当休息
走过的人说树枝低了
走过的人说树枝在长

Lit de mort

Je sais que le grand départ approche
Mais je ne suis pas triste
Dans une forêt de pins, mes désirs reposent en paix
En contrebas, la mer, au loin, comme un étang
Et, me suivant pas à pas, le soleil de midi

Une vie prend fin, le monde continue
C’est ici que je vais m’allonger
Ceux qui sont passés là disent que les branches tombent
Ceux qui sont passés là disent que les branches poussent

mercredi 4 février 2009

Gu Cheng - Je suis une pirogue

我的独木船


(一)
我的独木船,
没有桨,没有风帆,
飘在大海中间,
飘在大海中间,
没有桨,没有风帆。

风呵,命运的风呵,
感情的波澜,
请把我吞没,
或送回彼岸,
即使是梦幻,
即使是梦幻……

我在盼望那,
沉静的港湾;
我在盼望那,
黄金的海滩;
我在盼望那——
岸边的姑娘
和她相见,
和她相见,
和她相见!


(二)
我的独木船,
没有舵,没有绳缆,
飘在人世间,
飘在人世间,
没有舵,没有绳缆。

风呵,命运的风呵,
感情的波澜,
请把我埋葬,
或送回家园,
即使是碎片,
即使是碎片……

我在想念那,
美丽的栈桥;
我在想念那,
含泪的灯盏;
我在想念那——
灯下的母亲
祝她晚安,
祝她晚安,
祝她晚安!


Je suis une pirogue

(1)
Je suis une pirogue
Sans rame, sans voile
Voguant sur l’océan
Voguant sur l’océan
Sans rame, sans voile

Vents ! Vents du destin !
Vagues des sentiments
Engloutissez moi
Ou menez moi sur l’autre rive
Même si ce n’est qu’un rêve
Même si ce n’est qu’un rêve

Je rêve de ce
Havre de paix
Je rêve de cette
Plage dorée
Je rêve de cette ---
Fille des grèves
La rencontrer
La rencontrer
La rencontrer !

(2)
Je suis une pirogue
Sans gouverne, sans amarre
Voguant sur le monde
Voguant sur le monde
Sans gouverne, sans amarre

Vents ! Vents du destin !
Vagues des sentiments
Enterrez moi
Ou menez moi chez moi
Même si tout est en miettes
Même si tout est en miettes

Je me rappelle cette
Belle auberge
Je me rappelle cette
Lampe qui retenait ses larmes
Je me rappelle cette
Mère sous la lampe
Lui dire bonne nuit
Lui dire bonne nuit
Lui dire bonne nuit !

mardi 3 février 2009

Ge Mai - Frontière

界限

发现我的,是一本书;是不可能的。
飞是不可能的。
居住在一家核桃的内部,是不可能的。
三根弦的吉他是不可能的。
让田野装满痛苦,是不可能的。
双倍的激情是不可能的。
忘却词汇,是不可能的。
留,是不可能的。
和上帝一起宵夜,是不可能的。
死是不可能的。

Frontière

Me découvrir, dans un livre, ce n’est pas possible
Voler, ce n’est pas possible
Habiter un noyau de pêche, ce n’est pas possible
Une guitare à trois cordes, ce n’est pas possible
Remplir la campagne de douleur, ce n’est pas possible
Les sentiments partagés, ce n’est pas possible
Perdre le fil de son discours, ce n’est pas possible
Rester, ce n’est pas possible
Souper avec Dieu, ce n’est pas possible
Mourir, ce n’est pas possible

lundi 2 février 2009

Mang Ke - Dans la muraille

大墙之内

大墙之内
忽明忽暗
忽冷忽热
我听你的声音无声
你看我的身影无影
大墙之内是我的梦境

往事纷飞
旧日成灰
荒废了那么长的岁月
摧毁了那么多的人
我的梦中火光冲天

燃烧的是头颅
沉默的是愤怒
时光在倒流
前后数十年
不过是一眨眼

心在心之外
人在人中间
忽前忽后
忽左忽右
我不是我的尽头
你也不是你的终点

终于,墙倒
梦飞散
死灰不再复燃
听我说
我对你并非随随便便
我对你的迷恋也绝不止就在生前

Dans la muraille

Dans la muraille
Tantôt claire tantôt sombre
Tantôt froide tantôt chaude
J’entends ta voix silencieuse
Tu vois ma silhouette sans ombre
Dans la muraille c’est dans mon rêve

Le passé s’envole
Hier devient cendre
Abandonnés ces longs mois
Brisés tous ces hommes
Dans mon rêve flammes jusqu’au ciel

Embrasé : le crâne
Silencieuse : colère
Les moments s’écoulent
Dix années qui passent
Ne sont qu’un clin d’oeil

Cœur hors du coeur
Homme dans l’homme
Tantôt avant tantôt après
Tantôt à gauche tantôt à droite
Je ne suis pas mon terme
Tu n’es pas ta fin

Enfin, la muraille tombe
Le rêve s’envole
Les braises mortes ne se rallument plus
Ecoute-moi
Je ne t’ai jamais négligée
Mon amour fou pour toi ne finira pas avec nos vies

dimanche 1 février 2009

Mang Ke - Ferme les yeux

把眼睛闭上

把眼睛闭上
把自己埋葬
这样你就不会再看到
太阳那朵鲜红的花
是怎样被掐下来
被扔在地上
又是怎样被黑夜
恶狠狠地踩上一脚

把眼睛闭上
把自己埋葬
这样你就会与世隔绝
你就不会再感到悲伤
噢,我们这些人啊
我们无非是这般下场
你是从黑暗中来的
你还将在黑暗中化为乌有

Ferme les yeux

Ferme les yeux
Enterre-toi
Comme ça tu ne verras plus
Le soleil cette fleur vermeille
Ainsi cueillie
Jetée à terre
Ainsi par la nuit noire
Férocement foulée aux pieds

Ferme les yeux
Enterre-toi
Comme ça tu laisseras le monde
Tu n’auras plus de peine
Hélas, les gens comme nous !
Toujours pareils destins
Tu viens de l’ombre
C’est encore dans l’ombre
Que tu deviendras néant

dimanche 25 janvier 2009

Song Xiaoxian (1966-) - Peur

宋晓贤 - 惧怕

我出生一个恐惧的时期
那个时代留给我的
是脆弱的肉体和心灵
我每天都在惧怕,担忧
疑虑重重

我怕上街,怕车不长眼睛
怕热带的太阳,怕闪电
怕骗子近前搭话,也怕熟人跟我疏远
怕身体出问题,怕牙齿掉得过早
怕功能消退,怕病怕死
怕失业,怕将来没吃的
养不活妻儿和自己
怕未来,也怕过去的罪孽找上门来

惧怕住在我家,住在我心里
跟我聊天,拥抱我
这些年,它跟我成为了老朋友
比我的爱人还要亲

但,我所惧怕的迎面而来
我的生命 一点点被所我惧怕的强盗
夺走
2007年

Peur

Je suis né en des temps effrayants
Ce que m’a laissé cette époque
C’est un corps et un esprit fragiles
Tous les jours, j’ai peur, je m’inquiète
Tout m’effraie

J’ai peur de sortir, peur des voitures aveugles
Peur du soleil des tropiques, peur des éclairs
Peur que des escrocs m’abordent, peur que des proches s’éloignent
Peur pour ma santé, peur que mes dents tombent, déjà
Peur d’être impuissant, peur d’être malade, peur de mourir
Peur d’être chômeur, peur de n’avoir plus rien à manger
De ne pouvoir nous nourrir, ma femme ma fille et moi
Peur de l’avenir, peur des fantômes du passé

La peur habite ma maison, elle habite mon cœur
Elle bavarde, elle m’embrasse
Avec les années, nous sommes devenus amis
Elle m'est plus proche que ma femme

Mais, ce dont j’ai peur est toujours là
Et ma vie est, peu à peu, par ces effrayants brigands
Dérobée

Haizi - Regrets de Qilian (2)

怅望祁连(之二)

星宿 刀 乳房
这就是雪水上流下来的东西
« 亡我祁连山 使我牛羊不蕃息
失我胭脂山 令我妇女无颜色 »
只有黑色牲畜的尾巴
鸟的尾巴
鱼的尾巴
儿子们脱落的尾巴
象七种蓝星下
插在屁股上的麦芒
风中拂动
雪水中拂动。

Regrets de Qilian (2)

Constellation couteau seins
Choses qui coulent dans l’eau du dégel
"Le mont Qilian n’est plus, les troupeaux périssent
Le mont Fard est parti, les femmes pâlissent"
Juste les queues noires du bétail
Queues d’oiseaux
Queues de poissons
Queues tombantes des enfants
Comme, sous les étoiles bleues, sept
Epis de blé plantés sur leurs fesses
Balayés par le vent
Balayés par l’eau du dégel

Haizi - Regrets de Qilian (1)

怅望祁连(之一)

那些是在过去死去的马匹
在明天死去的马匹
因为我的存在
它们在今天不死
它们在今天的湖泊里饮水食盐。

天空上的大鸟
从一棵樱桃
或马骷髅中
射下雪来。
于是马匹无比安静
这是我的马匹
它们只在今天的湖泊里饮水食盐。

Regrets de Qilian (1)

Voilà les chevaux morts autrefois
Et les chevaux qui mourront demain
Mais parce que je vis
Ils ne meurent pas aujourd’hui
Dans le lac d’aujourd’hui, ils boivent de l’eau, et mangent du sel.

Les grands oiseaux dans le ciel
D’une cerise
Ou des ossements d’un cheval
Font tomber la neige.
Alors les chevaux sont si calmes
Ce sont mes chevaux
Qui se contentent, dans le lac d’aujourd’hui, de boire de l’eau, et de manger du sel

vendredi 23 janvier 2009

Gu Cheng - A cause de la lune

因为有月亮

因为有月亮
你走远了
站在远远的路口上
看着我
我不会发光

因为有月亮
你熄灯了
打开一扇又一扇圆窗
等着我
我不会升降

因为有月亮
你睡着了
不再害怕自己的梦想
想着我
我将是太阳

一九八一年二月

A cause de la lune

A cause de la lune
Tu es partie
A la croisée de routes lointaines
Me regardant
Je ne brille pas

A cause de la lune
Tu as éteint
Ouvrant chaque fenêtre ronde
M’attendant
Je ne me lève pas

A cause de la lune
Tu t’es endormie
Plus jamais effrayée par tes rêves
Pensant à moi
Je serai le soleil

(Février 1981)

Mang Ke - C'est quel jour, aujourd'hui?

今天是哪一天

几点了
我问你时间
什么时间?它在哪儿
可怜的时间正龟缩在表壳下面
灯光黝黑
(这或许是你的皮肤)
酒杯清脆
(你好像是在狂吻赤裸的流水)
无人注视
(水的肢体在迷人地舞动)
空气忙碌
四周是欢快的烟雾
再来一杯!别去管它
什么时间不时间的
你知道时间有多少岁
无人在意
我们没有喝醉
(胡言乱语的只是酒杯)
无人离去
(今天是哪一天)
想了又想
你知道吗
今天一定离我们非常遥远

C'est quel jour, aujourd’hui ?

Quelle heure est-il ?
Je te demande l’heure
Quelle heure ? Où est-elle
Pauvre heure, blottie sous la montre
Lumière noire des lampes
(C’est peut être ta peau)
Verre de vin clair
(On dirait que tu embrasses sauvagement l'eau vive nue)
Personne ne regarde
(Les bras de l’eau dansent, fascinants)
L’espace grouille
Partout, de fumée de cigarettes joyeuses
Encore un verre ! T’occupe
Quelle heure il est, ou il n’est pas
Tu sais quel âge a l’heure
Personne n’y pense
Nous ne somme pas ivres
(Les délires, c’est juste les verres de vin)
Personne ne part
(C'est quel jour, aujourd’hui)
Pense et repense
Tu sais
Aujourd’hui, pour nous, c’est vraiment très loin

lundi 19 janvier 2009

Haizi - Le soleil bat la terre

歌: 阳光打在地上

阳光打在地上
并不见得
我的胸口在疼
疼又怎样
阳光打在地上
这地上
有人埋过羊骨
有人运过箱子、陶瓶和宝石
有人见过牧猪人。那是长久的漂泊之后
阳光打在地上。阳光依然打在地上
这地上

少女们多得好象
我真有这么多女儿
真的生下过这么多女儿
真的曾经这样幸福
用一根水勺子
用小豆、菠菜、油菜
把她们养大
阳光打在地上

Chanson : le soleil bat la terre

Le soleil bat la terre
Ce n'est pas pour ça
Que j'ai cette douleur
Douleur et alors
Le soleil bat la terre

Cette terre
Où l’on a enterré des os de mouton
Où l’on a déplacé des coffres, des vases et des gemmes
Où l’on a vu des gens qui gardaient des cochons, après un long voyage
Le soleil bat la terre. Le soleil bat encore la terre
Cette terre

Jeunes filles, nombreuses comme si
J’avais eu toutes ces filles
J’avais donné naissance à toutes ces filles
J’avais été si heureux
Et d’une louche
De pois, d’épinards, de colza
Je les avait élevées
Le soleil bat la terre

samedi 17 janvier 2009

Gu Cheng - Un poète, ça n’a pas de travail

一个诗人,没有工作

工作,不是工作,而是饭盒
一个诗人,没有工作
便没有一把小刀
可以从国家的大面包上
每个月切下薄薄的一片
奇怪,他还活着
还写个不停,并且快乐

许许多多人对他说
不要写得太多
太多,就会变成泥土
诗人回答
本来就是泥土
但泥土可以长出花朵

诗人不停地写着
诗人没有工作
没有一把小刀
只有一个空饭盒

   1981.7

Un poete, ça n’a pas de travail

Le travail, ce n’est pas du travail, c’est une gamelle
Un poete, ça n’a pas de travail
Même pas un petit couteau
Pour, dans le grand pain du pays
Couper chaque mois une maigre tranche
C’est étrange, ça vit, pourtant
Ca écrit sans cesse, et c’est heureux

Plein de gens lui disent
De ne pas trop écrire
Trop, ca devient de la boue
Le poete répond
C’est juste de la boue
Mais la boue fait pousser les fleurs

Un poete, ça écrit sans cesse
Un poete ça n’a pas de travail
Même pas un petit couteau
Juste une gamelle vide

(Juillet 1981)