mardi 26 juillet 2011

Mademoiselle Gee - WH Auden

Mademoiselle Gee

Ecoutez la petite histoire
De mademoiselle Edith Gee
Elle habitait Clevedon Terrace
Numéro 66

Elle louchait un peu de l’œil gauche
Ses lèvres étaient menues et fines
Elle avait les épaules étroites et tombantes
Et pas la moindre poitrine

Un chapeau de velours avec des rubans
Un tailleur de serge gris
Elle vivait à Clevedon Terrace
Dans une chambre à petit prix

Un imper mauve quand il pleuvait
Un parapluie vert à emporter
Elle avait un vélo, avec un panier
Et des freins mal réglés

La paroisse Saint Aloysius
Etait juste à côté
Elle y faisait du tricot
Pour la vente de charité

Parfois Mademoiselle Gee interrogeait le ciel
‘Quelqu’un sait il seulement,
Que je vis ici à Clevedon Terrace
Pour cent livres par an ?’

Une nuit elle avait rêvé
Qu’elle était la Reine de France
Et que le curé de Saint Aloysius
Priait sa Majesté de lui accorder cette danse

Mais l’orage emporta le palais
Elle pédalait dans un champ de blé
Et un taureau, le portrait du curé
La chargeait tête baissée

Elle sentait son souffle sur elle
Il allait la rattraper
Et son vélo avançait de moins en moins vite
A cause des freins mal réglés

L’été les arbres étaient comme un tableau
L’hiver les montrait en ruine
Elle allait en vélo à la messe du soir
Boutonnée jusqu’au cou

Elle passe devant les amoureux
En détournant la tête
Elle passe devant les amoureux
Qui ne lui font pas fête

Mademoiselle Gee s’assied dans le transept
Et écoute l’orgue jouer
Et le chœur qui chante si doucement
En cette fin de journée

Mademoiselle Gee s’agenouille dans le transept
Les genoux à même le sol
Ne me soumets pas à la tentation
Mais fais de moi une bonne fille

Les jours et les nuits passent sur elle
Comme les vagues sur une épave en ruine
En vélo elle va jusqu'au dispensaire
Toujours boutonnée jusqu'au cou

En vélo elle va jusqu'au dispensaire
Sonne chez le chirurgien
Docteur, j’ai une douleur à l’intérieur
Et je ne me sens pas bien

Le docteur Thomas l’ausculte
Et l’examine à nouveau
Puis se tournant pour se laver les mains
Dit: 'pourquoi n’êtes vous pas venue plus tôt ?'

Le docteur Thomas est devant son dîner
Alors que sa femme n’a pas encore sonné
Il fait des boulettes avec son pain
Et dit c’est curieux, le cancer

Personne ne sait d’où il vient
Quoi qu’on puisse en dire
Il est comme un assassin
Qui attend son heure

Les femmes sans enfants l’attrapent
Et les hommes à la retraite
Comme s’il était là pour compenser
Quand la création s’arrête

Sa femme appele la bonne et dit
'Tu es morbide, mon chéri'
Il dit 'j’ai vu Mademoiselle Gee ce soir
Et je crois bien qu’elle est finie'

Ils ont emmené Mademoiselle Gee à l’hôpital
Ils l’ont allongée, en ruine
Allongée dans le dortoir des dames
Ses draps remontés jusqu’au cou

Ils l’ont allongée sur la table
Les étudiants ont ri
Et Mr Rose, le chirurgien
A découpé Mademoiselle Gee

Il s’est tourné vers ses étudiants:
'Messieurs, votre attention
On voit rarement une tumeur
De pareilles proportions'

Ils l’ont enlevée de la table
Ont roulé Mademoiselle Gee
Vers un autre service
Celui d’Anatomie

Ils l’ont accrochée au plafond
Mademoiselle Gee, pendue à un clou
Pendant qu’une bande de carabins d’Oxford
Délicatement dissèquait son genou.

 

Miss Gee

Let me tell you a little story
About Miss Edith Gee;
She lived in Clevedon Terrace
At number 83.

She'd a slight squint in her left eye,
Her lips they were thin and small,
She had narrow sloping shoulders
And she had no bust at all.

She'd a velvet hat with trimmings,
And a dark grey serge costume;
She lived in Clevedon Terrace
In a small bed-sitting room.

She'd a purple mac for wet days,
A green umbrella too to take,
She'd a bicycle with shopping basket
And a harsh back-pedal break.

The Church of Saint Aloysius
Was not so very far;
She did a lot of knitting,
Knitting for the Church Bazaar.

Miss Gee looked up at the starlight
And said, 'Does anyone care
That I live on Clevedon Terrace
On one hundred pounds a year?'

She dreamed a dream one evening
That she was the Queen of France
And the Vicar of Saint Aloysius
Asked Her Majesty to dance.

But a storm blew down the palace,
She was biking through a field of corn,
And a bull with the face of the Vicar
Was charging with lowered horn.

She could feel his hot breath behind her,
He was going to overtake;
And the bicycle went slower and slower
Because of that back-pedal break.

Summer made the trees a picture,
Winter made them a wreck;
She bicycled to the evening service
With her clothes buttoned up to her neck.

She passed by the loving couples,
She turned her head away;
She passed by the loving couples,
And they didn't ask her to stay.

Miss Gee sat in the side-aisle,
She heard the organ play;
And the choir sang so sweetly
At the ending of the day,

Miss Gee knelt down in the side-aisle,
She knelt down on her knees;
'Lead me not into temptation
But make me a good girl, please.'

The days and nights went by her
Like waves round a Cornish wreck;
She bicycled down to the doctor
With her clothes buttoned up to her neck.

She bicycled down to the doctor,
And rang the surgery bell;
'O, doctor, I've a pain inside me,
And I don't feel very well.'

Doctor Thomas looked her over,
And then he looked some more;
Walked over to his wash-basin,
Said,'Why didn't you come before?'

Doctor Thomas sat over his dinner,
Though his wife was waiting to ring,
Rolling his bread into pellets;
Said, 'Cancer's a funny thing.

'Nobody knows what the cause is,
Though some pretend they do;
It's like some hidden assassin
Waiting to strike at you.

'Childless women get it.
And men when they retire;
It's as if there had to be some outlet
For their foiled creative fire.'

His wife she rang for the servent,
Said, 'Dont be so morbid, dear';
He said: 'I saw Miss Gee this evening
And she's a goner, I fear.'

They took Miss Gee to the hospital,
She lay there a total wreck,
Lay in the ward for women
With her bedclothes right up to her neck.

They lay her on the table,
The students began to laugh;
And Mr. Rose the surgeon
He cut Miss Gee in half.

Mr. Rose he turned to his students,
Said, 'Gentlemen if you please,
We seldom see a sarcoma
As far advanced as this.'

They took her off the table,
They wheeled away Miss Gee
Down to another department
Where they study Anatomy.

They hung her from the ceiling
Yes, they hung up Miss Gee;
And a couple of Oxford Groupers
Carefully dissected her knee.

mercredi 27 avril 2011

Haizi - La nuit dans une goutte

一滴水中的黑夜



一滴水中的黑夜
一滴泪水中的全部黑夜

一滴无名的泪水
在乡村长大的泪水
飞在乡村的黑夜
山坡上,几棵冬天的草

看见四海龙王 在黄昏之后
举起了一片淹没了野鸽子的
漆黑的像黑夜的海水
一样的天空

海水把你推上岸来
一滴水中的黑夜
推到我的怀抱
朝夕相伴,如痴如醉
一滴泪水有她自己的笑容
就像黑夜中闪闪的星星
这些陌生人系好了自己的马
在女王广大的田野和树林

1988.2.11



La nuit dans une goutte


La nuit dans une goutte
Toute la nuit dans une larme

Une larme sans nom
Larme grandie au village
Volant dans la nuit du village
Sur la colline, quelques herbes d’hiver

J’ai vu le roi dragon des quatre mers
    Au-delà du crépuscule
Qui soulevait un morceau de ciel
A noyer les tourterelles
Noir comme la mer, la nuit

La mer t’a jetée sur la côte
La nuit dans une goutte
T’a jetée dans mes bras
Ensemble jour et nuit
    Idiots et ivres

Dans une larme, il y a son sourire
Comme les étoiles qui brillent dans la nuit
Ces inconnus ont attaché leurs chevaux
Dans les grands bois et les champs de la reine

11-2-1988

jeudi 16 décembre 2010

Haizi - A Rimbaud

献给韩波:诗歌的烈士


反对月亮
反对月亮肚子上绿色浇灌天空

韩波,我的生理之王
韩波,我远嫁他方姐妹早夭之子
韩波,语言的水兽和姑娘们的秘密情郎

韩波在天之巨大下面——脊背坼裂

上路,上路韩波如醉舟
不顾一切地上路
韩波如装满医生的车子
远方如韩波的病人
远方如树的手指怀孕花果

反对老家的中产阶级

韩波是野兽睫毛上淫浪的波浪

村中的韩波
毒药之父
(1864-1891)
埋于此:太阳
海子的诗



A Rimbaud, poète martyr

A bas la lune
A bas le vert qui arrose le ciel sur le ventre de la lune

Rimbaud, seigneur de ma physiologie
Rimbaud, fils trop tôt disparu de mes sœurs mariées au loin
Rimbaud, monstre marin du langage, amour secret des jeunes filles

Rimbaud, sous le ciel immense – les reins brisés

En route, Rimbaud en route comme un bateau ivre
En route quoi qu’il advienne
Rimbaud comme une voiture remplie de médecins
Le loin, comme un malade de Rimbaud
Le loin, comme la main d’un arbre, enceinte de fleurs et de fruits

A bas la classe moyenne du pays natal

Rimbaud, vague lubrique sur les cils d’une bête sauvage
Rimbaud de village
Père des poisons
(1864-1891)
Enterré ici : Soleil
Poème de Haizi

mercredi 15 décembre 2010

Duo Yu - Doute

不相信


他朝我的影子狠狠地踩下去
让我的心头一紧
我抬眼看见那张脸
一半是微笑,一半是阴影
开阔的鼻孔有一股腐烂的味道
他指了指前方
我重新把头低下
当时阳光正毒
我的身影很短


Doute

Il piétine mon ombre avec férocité
Et mon cœur se serre
Je lève les yeux, j’aperçois ce visage
Moitié sourire, moitié noirceur
Narines dilatées qui sentent un peu la pourriture
Il pointe du doigt, devant nous
Alors je baisse la tête
A cet instant, le soleil est terrible
Et mon ombre toute petite

dimanche 12 décembre 2010

Yu Jian 47

47


清晨的腐败
发生在厨房内部
如果把食物和蔬菜的排列
看成讨论晚餐的会议

La corruption du petit matin
Apparait au cœur de la cuisine
Si l’on a disposé les plats et les légumes
Comme une conférence, débattant du dîner

Yu Jian - 33

33


超级市场的水泥地基打入地层十米以下
为的是不使消过毒的苹果和冰冻的牛肉
从货架上掉下来
超级市场    仍旧是大地上的一部分
在这坚固而没有细菌的地面上
长不出苹果树
在这丰富多彩的货架中间
不会有人
在转过某个弯的时候    悠然瞥见
远远的南山下    一头母牛和一头小羊
在低头吃草

Les fondations de ciment du supermarché s’enfoncent à dix mètres sous la terre
Pour que les pommes, traitées, et la viande de bœuf, surgelée
Ne tombent pas des étagères

Mais si le supermarché
      N’est rien qu’un endroit, sur la terre
Sur son sol stable et aseptisé
Ne pousseront pas les pommiers
Dans ses rayons, richement décorés
Personne jamais
Au hasard d’un tournant
       N’apercevra au loin
Au pied de la montagne, au sud
       Une vache, un agneau
Broutant tête baissée

samedi 11 décembre 2010

Duo Yu - C'est l'hiver

冬天来了


冬天来了,孤立的时刻到了。

是不自由在为我们争取自由,
是星光在为监狱颁发荣誉。

是枯木在认领前世的落叶,
是北风在自扫门前雪。

成群的乌鸦飞过丛林,必有一只
是最黑的;一只穿皮衣的大鸟,
在敲响流亡者的家门。

是时候了,不能再给机会主义
以机会,不能再让天鹅恋上癞蛤蟆。

冷空气正在北方开着会议,我等着
等着你们给我送来一个最冷的冬天。
(2010冬)


C’est l’hiver

C’est l’hiver, voici venus les moments solitaires

C’est l’enfermé, luttant pour notre liberté
C’est le ciel étoilé, qui de la prison chante la louange

C’est l’arbre sec, qui reconnait ses feuilles mortes
C’est le vent du nord, qui balaie la neige devant la porte

Des vols de corbeaux passent sur les bois, il faut que l’un d’eux
Soit le plus noir, un grand oiseau vêtu de cuir
Qui frappe à la maison de l’exilé

Voici venu le temps, on ne peut plus donner l’opportunisme
A l’occasion, on ne peut plus laisser le cygne s’éprendre du crapaud.

Les vents glacés sont dans le nord en conférence, j’attends
J’attends que vous m’envoyiez le plus froid des hivers.

(Hiver 2010)

vendredi 3 décembre 2010

Huang Guangdao - En mémoire de notre ciel

纪念我们的天空


想起一些沉重的事儿
我可以孤独地忘了自己
麦子绿了
什么也听不到
水银般的耳朵是多么的高贵
整个冬天
有阳光的地方
水会失去形状
我会紧缩成一具尸体
像醉鬼佯装着继续爬上山岗
爬上山岗
窗前的栾树
每一个季节
我会给它们一个失望的比喻
倒立的扫帚
倒立的人儿
......
可为什么长着长着就没了样儿
分叉的嫩枝
无数的嫩枝无限地分叉下去
各自开着花儿
各自占据一个遥远的地方
面对这样的城堡
天空是破碎的
抬头看一眼
那么多谎言在穿梭
像一场危险地叙述
鸟儿会在高处迷路
也会从高处迅速地衰老下来
而我则可以想象着在你毛茸茸的脖颈上
掏出隐匿的刀刃
告诉人们
你的秘密
是没有花瓣的土地

En mémoire de notre ciel

Quand je pense à des choses difficiles
Je peux m’oublier tout seul
Le blé devient vert
On n’entend plus rien
Les oreilles, vif argent, sont si nobles
Tout l’hiver
Aux lieux ensoleillés
L’eau perd sa forme
Je m’étiole me fais cadavre
Comme un ivrogne fais semblant de grimper
Grimper
Par la fenêtre, des arbres à savon
En chaque saison
Je ferai une pauvre métaphore
Balais à l’envers
Bonshommes à l’envers
….
Mais pourquoi ils poussent, poussent et n’ont l’air de rien
Branches qui bifurquent
Branches innombrables qui bifurquent sans fin
Chacune fleurie
Chacune occupant un endroit distant
Face à pareil château
Le ciel est en miettes
Levant la tête, un regard
Tant de mensonges échangés
Comme une histoire dangereuse
Dans les hauteurs, les oiseaux se perdent
Et des hauteurs vite vieillissent
Alors, j’imagine que sur ton cou velu
Tirant une lame cachée
Je dis à tout le monde
Que tes secrets
Sont une terre sans pétales

jeudi 2 décembre 2010

Yu Jian - 110

干活的时候
总是有什么在后面或旁边
默不做声地看着
或许还做做鬼脸
但没有时间去对付它
它可能是某种尚未长出舌头的东西
它将在我干完之后
长出舌头

Quand on travaille
Il y a toujours quelque chose, derrière ou à coté
Qui regarde sans dire un mot
Ou bien fait des grimaces
Mais dont on n’a pas le temps de s’occuper
Peut être que ce quelque chose n’a pas encore de langue
Et que, quand j’aurai terminé
Il lui en poussera une

vendredi 5 novembre 2010

Zhai Yongming - Rideau

Rideau

Derrière le mur, il y a la mer
Derrière le rideau, il y a le ciel
Entre mur et rideau, il y a le temps

(Maintenant, parlons du décor
De son endroit, de son envers
Monde sans moi
Scène de rêve et de raison
Chant qui pleure et qui parle
Faux soir et vrai jour
Entremêlés
Inséparables)

Devant le rideau, il y a le présent
Devant le public, il y a le rideau
Entre public et rideau, les projecteurs

Qui éclairent mes yeux
Eclairent cette vie que le rideau partage
Vie de pantin
Vie de douleur
Vie d’illusion
C’est quoi, la vie, quand le rideau retombe ?

 幕

在一堵墙的后面是大海
在一块布的后面是天空
在一堵墙和一块布之间的是时间

(现在,谈谈幕
谈谈幕前幕后
无我的世界
似幻似真的戏
如泣如诉的唱
假的夜晚和真的白天
紧靠在一起
谁能分辨?)

在一块布的前面是现在
在观众面前的是一块布
在观众和布中间的是满台灯火

满台灯火照亮我的眼睛
照亮一块布隔断的人生
有傀儡般的人生
有辛苦奔波的人生
有真真假假的人生
哪一种人生是满台寂静后的人生?

samedi 30 octobre 2010

Yan Ying - Iceberg

冰山


我的虚无是冰山
我写诗
我的诗
也难以描述冰山
我写诗
也只是描述冰山
我写诗
像我瞩望冰山
我写诗
像我接近冰山
……

冰山,露出水面的仅仅是一角

2010/01/12



Iceberg

Mon néant est un iceberg
J’écris des poésies
Et mes poésies
Peinent à montrer l’iceberg
J’écris des poésies
Juste pour décrire l’iceberg
J’écris des poésies
Comme si j’espérais l’iceberg
J’écris des poésies
Comme si j’approchais l’iceberg
…

L’iceberg, ce qui sort de l’eau, c’est juste un coin

Yan Ying - Estampe : Pluie

木刻:雨


我想刻一幅木刻:旷野的雨
我想刻一幅木刻:窗外的雨

但我如何刻出:黑夜的雨
但我如何刻出:阵雨
我想刻出我诗中写到的雨——
冷雨,冬雨,冻雨

2009/10/05


Estampe : pluie

Je voulais graver une estampe : pluie sur la terre
Je voulais graver une estampe : pluie par la fenêtre

Mais comment graver : pluie la nuit
Mais comment graver : pluie à verse

Je voulais graver la pluie dans mon poème---
Pluie froide, pluie d’hiver, pluie verglaçante

Yan Ying - Chambre froide

饮冰室


室内的水结了冰
杯子里的水结了冰
砚台结了冰
墨水瓶结了冰

且让我也有一间饮冰室
且让我化冰为水
一半冰一半水
且让我也说饮冰

2008/08/30


Chambre froide

Dans la pièce, l’eau a gelé
Dans le verre, l’eau a gelé
L’écritoire a gelé
La bouteille d’encre a gelé

Alors moi aussi, j’aurai une chambre froide
Alors je dégèlerai
Et moitié glace, moitié eau
Moi aussi, je dirai le froid

Yan Ying - Mats

Mâts

Ô, mâts, mâts
Mâts sur l’océan
Je monte au sommet des mâts
Monte sur les mâts pourquoi
J’ai aperçu une île
Loin à l’horizon, pourtant là sous mes yeux
Peut être une île déserte
Je voudrais rejouer les naufragés
Etre encor Robinson ?
Ô océan immense
Mâts qui m’entraînent vers l’horizon

Ô, mâts, mâts
Dans cette estampe.

桅杆

哦,桅杆,桅杆
大海中的桅杆
我爬上桅杆
我爬上桅杆干什么
我眺望到一座岛屿
它远在天边,近如眼前
也许是一座荒岛
我想重演荒岛余生
当一回鲁滨逊?
哦,茫茫大海
桅杆伴我走天涯

哦,桅杆,桅杆
也在一幅木刻里

2007/12/20


Yan Ying - Salope

荡妇


春天,一位荡妇
春天,一位荡妇归来
她归来,她要告诉你——
她仍是一个荡妇

春天,一位荡妇
不告诉你她从哪里归来
正如不告诉你——
她又要去哪里放荡鬼混

2004/4/15

Salope

Le printemps, cette salope

Cette salope est revenue
Elle est revenue pour te dire---
Qu'elle est toujours une salope

Le printemps, cette salope
Ne dit pas d’où elle revient
Tout comme elle ne te dira pas---
Où elle ira faire sa salope.

samedi 23 octobre 2010

Duo Yu - J'ai honte donc je suis

我羞耻故我在


下雨了。做爱做到一半,不做了,
咽下去的东西,再吐出来。

旗帜升到一半,被一场悲剧制止,
钟表懒得再动,因时光太过漫长。

出租面具的人,在诱惑一个学射少年,
一只被组织派来的苍蝇跟我讨价还价。

因为风的缘故,落叶在羞辱一只鸟,
天空太低了,乌云在追捕鹰的思想。

如此纯洁的白云,为何洒下如此肮脏的雨水,
必有人下了命令,必有人从中做了手脚!

雨大了,我们的悲哀收紧了,
闪电提示着黑暗的无边无际。

人生,其实活一半就够了,
另一半留给慈悲如破陶的母亲,

请她重新选择自己的父,自己的国,
请她在光明中将我们再生一遍。

(2010)


J’ai honte donc je suis

Il pleut. Fait l’amour à moitié, puis arrêté,
Tout vomi ce que j’ai avalé

Drapeau en berne, par une tragédie retenu
Horloge qui refuse d’avancer, face à ce temps qui s’éternise

Loueur de masque, séduisant un jeune archer,
Une mouche, envoyée par l'Organisation, marchande avec moi

A cause du vent, les feuilles mortes humilient un oiseau,
Le ciel est trop bas, les nuages noirs balaient les pensées des aigles

Nuages blancs si purs, pourquoi déversez-vous cette pluie sale
Quelqu’un a dû donner un ordre, quelqu'un a dû faire des pieds et des mains !

Il pleut fort, notre tristesse se referme
Révélant d’un éclair l’obscurité sans fin

La vie, une moitié c’est bien assez,
Laissons l’autre à la mère, douce comme un vase brisé

Qu’elle se cherche un autre père, un autre pays
Qu’elle nous fasse revivre, dans la lumière

(2010)

mardi 19 octobre 2010

Yu Jian - 38

通知说    上帝在此开会
许多人闻迅赶来
看着会场    大家面面相觑
上帝会在这种地方布道?
主席台    麦克风    茶水    大标语
喇叭里播放着轻音乐
纷纷离去    都以为找错了地方
会议开始了,只有上帝一个人
孤单单地坐在主席台中间

L'annonce disait
      Dieu donne ici une conférence
Beaucoup l'apprenant s'étaient précipités
Mais voyant la salle
      Se regardaient, incrédules
Dieu viendrait, dans un tel endroit, nous parler?
Cette tribune     Ce micro    Ce thé    Ces affiches
Ces haut parleurs qui diffusent de la musique légère
Un à un il s'en vont
      Chacun croyant s'être trompé d'endroit
Et quand la réunion commence
      Il ne reste que Dieu
Assis tout seul à la tribune

Yu Jian - 48

要把每一句话都说得深刻
并且富于哲理
很简单    只要你每一次都把眼睛
用亚麻布蒙起来
然后    想象你是在举着灯
往高处走     像一条鲨鱼那样思考


Pour dire chaque phrase profondément
Pour qu’elle soit riche d’enseignements
C’est facile
    Il suffit chaque fois de couvrir
Ses yeux d’un bandeau de lin
Puis
    Imaginer qu’on monte
Une lampe à la main
    Pensant comme un requin

vendredi 15 octobre 2010

Mian Hai - Le téléscope

《望远镜》


我想有一个望远镜
只是我从来没有说过
这个愿望
应该马上写在这里
原因很简单
看不清楚的事情我们就想看清楚一点
比如一颗流星
一双美丽的眼睛
还亮着灯光的窗口
有人在那里晃动

Le téléscope

Je voudrais avoir un téléscope
Mais je n’ai jamais parlé
De cette envie
Il faut la noter, tout de suite
C’est très simple
Ce qu’on ne voit pas bien, on voudrait le voir mieux
Par exemple une comète
Une paire de jolis yeux
Une fenêtre encore éclairée
Et des gens qui s’y agitent

Mian Hai - Petit Wang

《小王》


谁会想到小王
和小郑结婚呢
当时小王还那样老实
小郑,也那样老实
特别是小王在企划部
小郑在电脑部
这两个部门
基本没有联系
但谁会想到小王
偷偷的看上了小郑
而小郑又
偷偷看上了小王



Petit Wang

Qui aurait cru que petit Wang
Aurait épousé petite Zheng
A l’époque, il était si sérieux
Et elle aussi était sérieuse
Puis, il travaillait au planning
Et elle à l’informatique
Deux secteurs qui n’ont rien à voir
Qui aurait cru que petit Wang
Aurait remarqué petite Zheng
Et que petite Zheng, elle aussi
Aurait remarqué petit Wang

mardi 12 octobre 2010

Zhao Fan - 8

Il y a des fois
Où quoi que l'on fasse
Soudain on pense à quelqu'un
A ce qu'il a dit et fait
Au froid dans son coeur
On comprend que c'est du passé


有些时候
无所谓在干什么
突然会想起某个人
以及他的言行
心中一凉
知道这已成往事

lundi 11 octobre 2010

Yu Jian - 89

Dans l'espace haut et bleu
Il doit y avoir un aigle qui vole

A l'instant où il y pense
Tout ce qui vole   
       C'est un corbeau


高蓝的天空
应当有鹰在飞翔

当他这么想的时候
正在飞翔的    只有乌鸦

Cette nuit

今夜寒露 敏感词荣获敏感词
今夜海南暴雨 锦州和神州依旧漆黑
无数人泪流如雨 深秋的河水开始变硬
连星空都被屏蔽了 今夜 我们还是能够找得到北
今夜在北方 铁门槛开始结冰
我的兄弟被雪藏至今 却没有哭泣
今夜他没有敌人 我们也没有敌人
但明天 一切都将重新界定和区别
今夜整个世界都在倾听 谁在地狱里敲门
那些渎神者还在虚弱的谴责
今夜 连总/理的声音都被间隔
人民只能庆贺——熊猫在欧洲怀孕生子

Cette nuit d'octobre,
Des mots dangereux récompensent des mots dangereux
Cette nuit les orages de Hainan,
Jinzhou et toutes la Chine sont à nouveau tout noirs
Des larmes, innombrables, tombent comme la pluie,
En cette fin d'automne, les rivières se figent
Même les étoiles au ciel sont cachées
Cette nuit
Pourtant nous avons retrouvé le nord
Cette nuit, dans le nord,
Les portes de fer ont commencé à geler
Mon frêre, par la neige caché jusqu'à ce jour,
Sans larmes pourtant
Cette nuit, n'a plus d'ennemis,
Nous n'avons plus d'ennemis
Demain,
Tout sera, à nouveau, défini, séparé
Cette nuit, le monde entier écoute,
Qui frappe aux portes de l'enfer
Des démons condamnent faiblement
Cette nuit,
Les voix du premier et du ministre se séparent
Le peuple ne peut que se réjouir
Un panda, en Europe, a eu un bébé

dimanche 10 octobre 2010

Duo Yu - L'intéressé...

该同志……


昨天,他向我借过笔
今天,他要借我的
耳朵。

“诗人,借你的喉咙
一用。”

我于是哑默。

在他将袖中刀
吐露出来之前,还有
一件事要办。

“借给我你的死——”
“别逼我,我自己会死的。”

我出借过三十年光阴
五千张纸条,三篇悔过书
两封告密信

一瓶红墨水。

他们还给我一份
档案:“该同志……”

(2010)

L’intéressé…

Hier, il m'a emprunté un stylo
Aujourd’hui, il veut prendre mes
Oreilles.

« Poète, prête-moi ta voix
J’en ai besoin. »

J’en suis resté muet.

Avant de tirer de sa manche
Un couteau, il lui reste
Une chose à faire

« Prête-moi ta mort … »
« Ne me brusque pas, je mourrai »

Je lui ai donné trente années
Cinq mille feuilles de papier, trois chapitres d’aveux
Deux lettres de dénonciation

Une bouteille d’encre rouge

Ils m’ont aussi laissé
Un rapport de police: « l’intéressé… »

dimanche 3 octobre 2010

Duoyu - Neige la nuit

Neige la nuit

La nuit, la tempête a pris fin
Je rentre de boire, marchant
Sur le sol meuble du chemin, tranquille
Comme la lune sur ma tête. Un jeune
Me suit, il a bu aussi, le sang chaud aussi
Le froid qu’il souffle, donne à ce soir
Une étrange jeunesse. Je pense souvent
Que quand on est seul on vieillit
Plus vite. Je ne savais pas que ces années
Ces époques et ces verres
Ont été par moi si bien conservés, que je peux encore
Etre heureux ou triste, encore être d’accord
Encore quand je pleure face au vent
Faire éclore ces flocons de jeunesse

雪夜

是夜,大雪骤停.
饮酒归来,踏着
松软的野径,心静得
像头顶的月。一个青年
跟着我,也饮酒,也热血
他呼出的冷,让这个夜晚
变得异常年轻。我时常觉得
在孤独中会老得
更快些,没想到这些年
时光和酒量
被我封存得这么好,还可以
悲欢,还可以同调
还可以在迎风流泪时
结出少年的冰花。

(2010)

vendredi 1 octobre 2010

Yu Jian - 35

De l'autre côté de ma fenêtre
Il y a la fenêtre d'une autre maison
De l'autre côté de mon balcon
Il y a le balcon d'un autre appartement
De l'autre côté de mon trois pièces
Il y a un autre trois pièces
De l'autre côté de mon unité
Il y a une autre unité
De l'autre côté de moi
Il y a quelqu'un d'autre comme moi vivant
Le paysage que je vois il le voit aussi
Les sons que j'entends il les entend aussi
Quand je dors il dort aussi
Quand je sors il sort aussi
A cause du même document
Publié dans nos deux unités
On nous a installés dans des appartement de même type
On nous a donné les mêmes balcons allongés
Debout derrière la fenêtre
Ne nous connaissant pas    Nous échangeons un sourire


在我的窗子外面
是另一栋房子的窗子
在我的阳台外面
是另一套房间的阳台
在我的三套间外面
是另一个三套间
在我的单位外面
是另一个单位
在我外面
是另一个像我一样活着的人
我看的风景他也看
我听的声音他也听
我睡觉的时间他也睡觉
我出门的时候他也出门
我们因为同一份文件
在各自单位上传达
分配到同样规格的房子
有了同样的长方形阳台
我们站在窗子前
互不相识   会心微笑

vendredi 24 septembre 2010

Yu Jian 41

Des gens ont découvert le Xishuangbanna
"Un endroit magnifique"
Ceux qui y habitent ne comprennent pas cela
Dans leur pays      Il n'ont jamais rien trouvé de magnifique
Le monde     Il est toujours comme cela
On l'a toujours appelé     Xishuangbanna


有人发现了西双版纳
" 一个美丽的地方 "
当地的居民不知道这是什么话
在他们的故乡    他们从未发现什么美丽
世界啊    本来就是这个样子
本来就叫做    西双版纳

mercredi 22 septembre 2010

Yu Jian - 3

Le terrain des palmiers a été vendu
Ceux qui vivaient autour déménagent
Chaque famille dans des camions emmène ses meubles
Mais les palmiers n'ont nulle part où aller
Ils attendent d'être abattus       et brûlés


棕榈树住的地方被卖掉了
住在它周围的人都在搬家
每一家都用卡车来运载家具
但棕榈树没有地方可搬
它等着被砍倒     烧掉

vendredi 18 juin 2010

Yu Jian - 109 (Ginsberg est mort...)




109


金斯堡死了 在他的祖国
我象一个没有祖国的人
为他的死难过着        十年前
这个世界在他的嚎叫中
呼唤着红色的救火车
我留起长发 
在大学的阶梯上哭泣
现在 他死在报纸的第四版上
在这等级分明的印刷品之间
他的墓地不超过四百个铅字
在我的光头下面 
他的长发在飘落


Ginsberg est mort             dans son pays
Et moi comme un sans patrie
Je le pleure        il y a dix ans
Le monde à son Cri
Convoquait les camions rouges des pompiers
J’avais les cheveux longs
Je sanglotai sur les marches de l’université
Aujourd’hui il est mort en page quatre du journal
Dans cette hiérarchie de papier,
Et son tombeau n’excède pas quatre cents signes.

Mais sous mon crâne chauve
Flottent ses cheveux longs



mercredi 16 juin 2010

Haizi- Lune

Lune

Dans la fumée de l’âtre
La lune est un singe blanc qui creuse un puits
La lune est un singe blanc sur la rivière qui grimace

Combien de fois saigne le ciel
Singe blanc qui coule sur le clocher
Coule au dessus du vieillard du sud

Singe blanc qui creuse un puits
Singe blanc qu’un village nourrit
La lune est un singe blanc qui grimace
O lune au cœur brisé
Lune toujours désespérée


月

炊烟上下
月亮是掘井的白猿
月亮是惨笑的河流上的白猿

多少回天上的伤口淌血
白猿流过钟楼
流过南方老人的头顶

掘井的白猿
村庄喂养的白猿
月亮是惨笑的白猿
月亮自己心碎
月亮早已心碎