我是一个任性的孩子
也许
我是被妈妈宠坏的孩子
我任性
我希望
每一个时刻
都像彩色蜡笔那样美丽
我希望
能在心爱的白纸上画画
画出笨拙的自由
画下一只永远不会
流泪的眼睛
一片天空
一片属于天空的羽毛和树叶
一个淡绿的夜晚和苹果
我想画下早晨
画下露水所能看见的微笑
画下所有最年轻的
没有痛苦的爱情
画下想象中
我的爱人
她没有见过阴云
她的眼睛是晴空的颜色
她永远看着我
永远,看着
绝不会忽然掉过头去
我想画下遥远的风景
画下清晰的地平线和水波
画下许许多多快乐的小河
画下丘陵——
长满淡淡的茸毛
我让它们挨得很近
让它们相爱
让每一个默许
每一阵静静的春天的激动
都成为
一朵小花的生日
我还想画下未来
我没见过她,也不可能
但知道她很美
我画下她秋天的风衣
画下那些燃烧的烛火和枫叶
画下许多因为爱她
而熄灭的心
画下婚礼
画下一个个早早醒来的节日——
上面贴着玻璃糖纸
和北方童话的插图
我是一个任性的孩子
我想涂去一切不幸
我想在大地上
画满窗子
让所有习惯黑暗的眼睛
都习惯光明
我想画下风
画下一架比一架更高大的山岭
画下东方民族的渴望
画下大海——
无边无际愉快的声音
最后,在纸角上
我还想画下自己
画下一只树熊
他坐在维多利亚深色的丛林里
坐在安安静静的树枝上
发愣
他没有家
没有一颗留在远处的心
他只有,许许多多
浆果一样的梦
和很大很大的眼睛
我在希望
在想
但不知为什么
我没有领到蜡笔
没有得到一个彩色的时刻
我只有我
我的手指和创痛
只有撕碎那一张张
心爱的白纸
让它们去寻找蝴蝶
让它们从今天消失
我是一个孩子
一个被幻想妈妈宠坏的孩子
我任性
(一九八一年三月)
Je suis un enfant coléreux
Peut être que
Je suis un enfant que sa maman a trop gâté
Je suis coléreux
Je voulais
Que chaque instant
Soit beau comme des crayons de toutes les couleurs
Je voulais
Pouvoir dessiner sur l’adorable feuille blanche
Dessiner l’idiote liberté
Dessiner un œil
Qui jamais ne pleurerait
Et un ciel
Et des plumes et des feuilles sur ce ciel
Un soir glauque et une pomme
Je voulais dessiner l’aube
Dessiner la rosée et les sourires qu’on aperçoit
Dessiner toutes ces enfantines
Amours qui n’ont pas souffert
Dessiner en rêve
Celle que j’aime
Elle n‘a pas vu les nuages sombres
Ses yeux sont clairs comme le ciel
Toujours elle me regarde
Toujours, observe
Sans jamais détourner la tête
Je voulais dessiner des pays lointains
Dessiner des horizons clairs et des vagues
Dessiner tous ces ruisseaux joyeux
Dessiner des collines ---
Couvertes de mousse pâle
Je les aurais serrées
Pour qu’elles s’aiment
Pour que chacune s’abandonne
Que chaque souffle calme du printemps
Devienne
La fête d’une fleur
Je voulais aussi dessiner l’avenir
Je ne l’avais jamais vue, c’était impossible
Mais je savais qu’elle serait belle
Dessiner son manteau d’automne
Dessiner ces bougies ces érables en feu
Dessiner des cœurs
Par son amour éteints
Dessiner des mariages
Dessiner toutes ces fêtes levées de bon matin --
Et coller dessus des papiers de bonbons
Et des illustrations de contes pour enfants
Je suis un enfant coléreux
Et j’ai voulu tout raturer
Je voulais partout sur la terre
Dessiner des fenêtres
Pour que les yeux accoutumés à l’ombre
S’habituent à la lumière
Je voulais dessiner le vent
Dessiner les crêtes des montagnes toujours plus hautes
Dessiner la soif des peuples de l’orient
Dessiner l’océan
Et le chant infini du bonheur
Enfin, au coin de la feuille
Je voulais me dessiner aussi
Dessiner un ours dans les arbres
Dans la jungle sombre de Victoria
Rêvant
Sans maison
Sans cœur abandonné au loin
Avec seulement, tout plein
De rêves comme des baies
Et d’immenses yeux
Je voulais encore
Voulais
Mais je ne sais pas pourquoi
Je n’ai pas reçu de crayons
Pas eu d’instant de toutes les couleurs
Je n’ai eu que moi
Avec mes doigts et mes douleurs
Que ces feuilles déchirées
Adorables et blanches
Parties chasser les papillons
Evanouies dans le présent
Je suis un enfant
Que sa maman rêveuse a trop gâté
Je suis coléreux
(Mars 1981)
mardi 27 décembre 2011
mardi 20 décembre 2011
WH Auden - Le plus aimant des deux
Le plus aimant des deux
Regardant les étoiles, je comprends bien
Que de leur point de vue, je ne suis rien
Mais ici bas il n’est guère effrayant
D’être ignoré des bêtes et des gens
Que dirions-nous si les astres brûlaient
D’une passion dont nous ne pouvions mais ?
S’il n’est pas permis de s’apprécier autant
Je préfère des deux être le plus aimant
Amoureux comme je crois l’être
D’étoiles qui s’en moquent peut-être
Saurais-je en les voyant affirmer
Que l’une d’elles aujourd’hui m’a manqué ?
Si toutes les étoiles venaient à mourir
Devant un ciel vide je devrais m’attendrir
Mais pour trouver sublime ce noir intransigeant
Il me faudrait peut être un peu de temps
The more loving one - WH Auden
Looking up at the stars, I know quite well
That, for all they care, I can go to hell,
But on earth indifference is the least
We have to dread from man or beast.
How should we like it were stars to burn
With a passion for us we could not return?
If equal affection cannot be,
Let the more loving one be me.
Admirer as I think I am
Of stars that do not give a damn,
I cannot, now I see them, say
I missed one terribly all day.
Were all stars to disappear or die,
I should learn to look at an empty sky
And feel its total dark sublime,
Though this might take me a little time.
Regardant les étoiles, je comprends bien
Que de leur point de vue, je ne suis rien
Mais ici bas il n’est guère effrayant
D’être ignoré des bêtes et des gens
Que dirions-nous si les astres brûlaient
D’une passion dont nous ne pouvions mais ?
S’il n’est pas permis de s’apprécier autant
Je préfère des deux être le plus aimant
Amoureux comme je crois l’être
D’étoiles qui s’en moquent peut-être
Saurais-je en les voyant affirmer
Que l’une d’elles aujourd’hui m’a manqué ?
Si toutes les étoiles venaient à mourir
Devant un ciel vide je devrais m’attendrir
Mais pour trouver sublime ce noir intransigeant
Il me faudrait peut être un peu de temps
The more loving one - WH Auden
Looking up at the stars, I know quite well
That, for all they care, I can go to hell,
But on earth indifference is the least
We have to dread from man or beast.
How should we like it were stars to burn
With a passion for us we could not return?
If equal affection cannot be,
Let the more loving one be me.
Admirer as I think I am
Of stars that do not give a damn,
I cannot, now I see them, say
I missed one terribly all day.
Were all stars to disappear or die,
I should learn to look at an empty sky
And feel its total dark sublime,
Though this might take me a little time.
Libellés :
anglais,
WH Auden (1907-1973)
lundi 17 octobre 2011
Huang Guang Dao - Imaginer autre chose
想象另一种可能
在是与非之间
我们需要一万次穿越盛开的蜂巢
聆听开花时
虚妄的词语落下来
就在此刻
当光被再一次提及
鸟群
成为虚无的排列
静止在高空
所有鸟儿都是白色的
有如苦痛之时
一根带血的刺虚晃了一下
Imaginer autre chose
Entre le vrai et le faux
Nous devons mille fois traverser cette ruche en fleurs
On les entend s’épanouir
Et les mots fabriqués s’effondrent
A cet instant
Où la lumière est encore évoquée
Un vol d’oiseaux
Devient l’ordre du néant
Immobiles au firmament
Tous les oiseaux sont blancs
Comme dans la douleur
Une épine sanglante
Qui feinte
在是与非之间
我们需要一万次穿越盛开的蜂巢
聆听开花时
虚妄的词语落下来
就在此刻
当光被再一次提及
鸟群
成为虚无的排列
静止在高空
所有鸟儿都是白色的
有如苦痛之时
一根带血的刺虚晃了一下
Imaginer autre chose
Entre le vrai et le faux
Nous devons mille fois traverser cette ruche en fleurs
On les entend s’épanouir
Et les mots fabriqués s’effondrent
A cet instant
Où la lumière est encore évoquée
Un vol d’oiseaux
Devient l’ordre du néant
Immobiles au firmament
Tous les oiseaux sont blancs
Comme dans la douleur
Une épine sanglante
Qui feinte
Libellés :
chinois (moderne),
Huang Guangdao 黄光道 (1989-)
vendredi 14 octobre 2011
Duo Yu - L'homme à la lampe
提灯人
——献给A
他举着灯,匆匆走在无面孔的人群里
太阳像一束追光,追着他不测的命运
当所有人都看到光明时他却只能看到黑暗
当所有人都替他捏把汗时他却在日落之前
被一把拽进黑暗里……
(2011春夏之交)
L’homme à la lampe
- Pour A
Une lampe à la main, il fend la foule sans visage
Le soleil comme un projecteur, suit son étrange destin
Chacun voit la lumière : lui seul distingue l’ombre
Chacun pour lui retient son souffle : il est là, devant le couchant
Par une main traîné dans l’obscurité….
(2011, printemps, été)
——献给A
他举着灯,匆匆走在无面孔的人群里
太阳像一束追光,追着他不测的命运
当所有人都看到光明时他却只能看到黑暗
当所有人都替他捏把汗时他却在日落之前
被一把拽进黑暗里……
(2011春夏之交)
L’homme à la lampe
- Pour A
Une lampe à la main, il fend la foule sans visage
Le soleil comme un projecteur, suit son étrange destin
Chacun voit la lumière : lui seul distingue l’ombre
Chacun pour lui retient son souffle : il est là, devant le couchant
Par une main traîné dans l’obscurité….
(2011, printemps, été)
Libellés :
chinois (moderne),
Duo Yu (朵鱼 1973-)
mercredi 7 septembre 2011
Duo Yu - Le bruit d'une porte qu'on frappe
敲门声
风暴正在街上大打出手
冷却塔轰鸣着高温之歌
年青的占星家在为时代推敲命运——
还差一个逗号了——背后传来敲门声
还差一个句号了——敲门声越来越急
还差一声叹息了……敲门者已破门而入。
(2011)
Le bruit d’une porte qu’on frappe
L’orage brutalise la route
La tour de refroidissement crie sa chanson brûlante
Le jeune astrologue médite sur le destin de notre époque -
Il ne manque qu’une virgule -- Derrière, le bruit d’une porte qu’on frappe
Il ne manque qu’un point – Les coups, de plus en plus vite
Il ne manque qu’un soupir… On a enfoncé la porte.
(2011)
风暴正在街上大打出手
冷却塔轰鸣着高温之歌
年青的占星家在为时代推敲命运——
还差一个逗号了——背后传来敲门声
还差一个句号了——敲门声越来越急
还差一声叹息了……敲门者已破门而入。
(2011)
Le bruit d’une porte qu’on frappe
L’orage brutalise la route
La tour de refroidissement crie sa chanson brûlante
Le jeune astrologue médite sur le destin de notre époque -
Il ne manque qu’une virgule -- Derrière, le bruit d’une porte qu’on frappe
Il ne manque qu’un point – Les coups, de plus en plus vite
Il ne manque qu’un soupir… On a enfoncé la porte.
(2011)
Libellés :
chinois (moderne),
Duo Yu (朵鱼 1973-)
vendredi 26 août 2011
Duo Yu - En mémoire
怀念
突然想起那些早逝的诗人
他们的诗集就放在手边
他们的音容还留在记忆里
他们的邮件还躺在信箱里
他们喝过的酒、唱过的歌、骂过的人
还一样清白、愤怒、无耻地活在世上
而他们
也真的跟活着时没什么两样
只是安静了许多
只是不再讲话
而我们这个世界
又多么需要安静一小会儿啊!
(2010冬)
En mémoire
Je me souviens de ces poètes morts trop jeunes
Leurs recueils encore sous la main
Leurs voix encore dans nos esprits
Leur courrier dans la boite aux lettres
Le vin qu’ils ont bu, les airs qu’ils chantèrent, les gens qu’ils maudirent
Toujours innocemment, indignement, insolemment vivants ici bas
Et eux
Pas vraiment différents de quand ils étaient là
Juste un peu plus calmes
Juste ne parlant plus
Et ce monde
Qui aurait tant besoin d’un peu de calme !
(Hiver 2010)
突然想起那些早逝的诗人
他们的诗集就放在手边
他们的音容还留在记忆里
他们的邮件还躺在信箱里
他们喝过的酒、唱过的歌、骂过的人
还一样清白、愤怒、无耻地活在世上
而他们
也真的跟活着时没什么两样
只是安静了许多
只是不再讲话
而我们这个世界
又多么需要安静一小会儿啊!
(2010冬)
En mémoire
Je me souviens de ces poètes morts trop jeunes
Leurs recueils encore sous la main
Leurs voix encore dans nos esprits
Leur courrier dans la boite aux lettres
Le vin qu’ils ont bu, les airs qu’ils chantèrent, les gens qu’ils maudirent
Toujours innocemment, indignement, insolemment vivants ici bas
Et eux
Pas vraiment différents de quand ils étaient là
Juste un peu plus calmes
Juste ne parlant plus
Et ce monde
Qui aurait tant besoin d’un peu de calme !
(Hiver 2010)
Libellés :
chinois (moderne),
Duo Yu (朵鱼 1973-)
mardi 26 juillet 2011
Mademoiselle Gee - WH Auden
Mademoiselle Gee
Ecoutez la petite histoire
De mademoiselle Edith Gee
Elle habitait Clevedon Terrace
Numéro 66
Elle louchait un peu de l’œil gauche
Ses lèvres étaient menues et fines
Elle avait les épaules étroites et tombantes
Et pas la moindre poitrine
Un chapeau de velours avec des rubans
Un tailleur de serge gris
Elle vivait à Clevedon Terrace
Dans une chambre à petit prix
Un imper mauve quand il pleuvait
Un parapluie vert à emporter
Elle avait un vélo, avec un panier
Et des freins mal réglés
La paroisse Saint Aloysius
Etait juste à côté
Elle y faisait du tricot
Pour la vente de charité
Parfois Mademoiselle Gee interrogeait le ciel
‘Quelqu’un sait il seulement,
Que je vis ici à Clevedon Terrace
Pour cent livres par an ?’
Une nuit elle avait rêvé
Qu’elle était la Reine de France
Et que le curé de Saint Aloysius
Priait sa Majesté de lui accorder cette danse
Mais l’orage emporta le palais
Elle pédalait dans un champ de blé
Et un taureau, le portrait du curé
La chargeait tête baissée
Elle sentait son souffle sur elle
Il allait la rattraper
Et son vélo avançait de moins en moins vite
A cause des freins mal réglés
L’été les arbres étaient comme un tableau
L’hiver les montrait en ruine
Elle allait en vélo à la messe du soir
Boutonnée jusqu’au cou
Elle passe devant les amoureux
En détournant la tête
Elle passe devant les amoureux
Qui ne lui font pas fête
Mademoiselle Gee s’assied dans le transept
Et écoute l’orgue jouer
Et le chœur qui chante si doucement
En cette fin de journée
Mademoiselle Gee s’agenouille dans le transept
Les genoux à même le sol
Ne me soumets pas à la tentation
Mais fais de moi une bonne fille
Les jours et les nuits passent sur elle
Comme les vagues sur une épave en ruine
En vélo elle va jusqu'au dispensaire
Toujours boutonnée jusqu'au cou
En vélo elle va jusqu'au dispensaire
Sonne chez le chirurgien
Docteur, j’ai une douleur à l’intérieur
Et je ne me sens pas bien
Le docteur Thomas l’ausculte
Et l’examine à nouveau
Puis se tournant pour se laver les mains
Dit: 'pourquoi n’êtes vous pas venue plus tôt ?'
Le docteur Thomas est devant son dîner
Alors que sa femme n’a pas encore sonné
Il fait des boulettes avec son pain
Et dit c’est curieux, le cancer
Personne ne sait d’où il vient
Quoi qu’on puisse en dire
Il est comme un assassin
Qui attend son heure
Les femmes sans enfants l’attrapent
Et les hommes à la retraite
Comme s’il était là pour compenser
Quand la création s’arrête
Sa femme appele la bonne et dit
'Tu es morbide, mon chéri'
Il dit 'j’ai vu Mademoiselle Gee ce soir
Et je crois bien qu’elle est finie'
Ils ont emmené Mademoiselle Gee à l’hôpital
Ils l’ont allongée, en ruine
Allongée dans le dortoir des dames
Ses draps remontés jusqu’au cou
Ils l’ont allongée sur la table
Les étudiants ont ri
Et Mr Rose, le chirurgien
A découpé Mademoiselle Gee
Il s’est tourné vers ses étudiants:
'Messieurs, votre attention
On voit rarement une tumeur
De pareilles proportions'
Ils l’ont enlevée de la table
Ont roulé Mademoiselle Gee
Vers un autre service
Celui d’Anatomie
Ils l’ont accrochée au plafond
Mademoiselle Gee, pendue à un clou
Pendant qu’une bande de carabins d’Oxford
Délicatement dissèquait son genou.
Miss Gee
Let me tell you a little story
About Miss Edith Gee;
She lived in Clevedon Terrace
At number 83.
She'd a slight squint in her left eye,
Her lips they were thin and small,
She had narrow sloping shoulders
And she had no bust at all.
She'd a velvet hat with trimmings,
And a dark grey serge costume;
She lived in Clevedon Terrace
In a small bed-sitting room.
She'd a purple mac for wet days,
A green umbrella too to take,
She'd a bicycle with shopping basket
And a harsh back-pedal break.
The Church of Saint Aloysius
Was not so very far;
She did a lot of knitting,
Knitting for the Church Bazaar.
Miss Gee looked up at the starlight
And said, 'Does anyone care
That I live on Clevedon Terrace
On one hundred pounds a year?'
She dreamed a dream one evening
That she was the Queen of France
And the Vicar of Saint Aloysius
Asked Her Majesty to dance.
But a storm blew down the palace,
She was biking through a field of corn,
And a bull with the face of the Vicar
Was charging with lowered horn.
She could feel his hot breath behind her,
He was going to overtake;
And the bicycle went slower and slower
Because of that back-pedal break.
Summer made the trees a picture,
Winter made them a wreck;
She bicycled to the evening service
With her clothes buttoned up to her neck.
She passed by the loving couples,
She turned her head away;
She passed by the loving couples,
And they didn't ask her to stay.
Miss Gee sat in the side-aisle,
She heard the organ play;
And the choir sang so sweetly
At the ending of the day,
Miss Gee knelt down in the side-aisle,
She knelt down on her knees;
'Lead me not into temptation
But make me a good girl, please.'
The days and nights went by her
Like waves round a Cornish wreck;
She bicycled down to the doctor
With her clothes buttoned up to her neck.
She bicycled down to the doctor,
And rang the surgery bell;
'O, doctor, I've a pain inside me,
And I don't feel very well.'
Doctor Thomas looked her over,
And then he looked some more;
Walked over to his wash-basin,
Said,'Why didn't you come before?'
Doctor Thomas sat over his dinner,
Though his wife was waiting to ring,
Rolling his bread into pellets;
Said, 'Cancer's a funny thing.
'Nobody knows what the cause is,
Though some pretend they do;
It's like some hidden assassin
Waiting to strike at you.
'Childless women get it.
And men when they retire;
It's as if there had to be some outlet
For their foiled creative fire.'
His wife she rang for the servent,
Said, 'Dont be so morbid, dear';
He said: 'I saw Miss Gee this evening
And she's a goner, I fear.'
They took Miss Gee to the hospital,
She lay there a total wreck,
Lay in the ward for women
With her bedclothes right up to her neck.
They lay her on the table,
The students began to laugh;
And Mr. Rose the surgeon
He cut Miss Gee in half.
Mr. Rose he turned to his students,
Said, 'Gentlemen if you please,
We seldom see a sarcoma
As far advanced as this.'
They took her off the table,
They wheeled away Miss Gee
Down to another department
Where they study Anatomy.
They hung her from the ceiling
Yes, they hung up Miss Gee;
And a couple of Oxford Groupers
Carefully dissected her knee.
Ecoutez la petite histoire
De mademoiselle Edith Gee
Elle habitait Clevedon Terrace
Numéro 66
Elle louchait un peu de l’œil gauche
Ses lèvres étaient menues et fines
Elle avait les épaules étroites et tombantes
Et pas la moindre poitrine
Un chapeau de velours avec des rubans
Un tailleur de serge gris
Elle vivait à Clevedon Terrace
Dans une chambre à petit prix
Un imper mauve quand il pleuvait
Un parapluie vert à emporter
Elle avait un vélo, avec un panier
Et des freins mal réglés
La paroisse Saint Aloysius
Etait juste à côté
Elle y faisait du tricot
Pour la vente de charité
Parfois Mademoiselle Gee interrogeait le ciel
‘Quelqu’un sait il seulement,
Que je vis ici à Clevedon Terrace
Pour cent livres par an ?’
Une nuit elle avait rêvé
Qu’elle était la Reine de France
Et que le curé de Saint Aloysius
Priait sa Majesté de lui accorder cette danse
Mais l’orage emporta le palais
Elle pédalait dans un champ de blé
Et un taureau, le portrait du curé
La chargeait tête baissée
Elle sentait son souffle sur elle
Il allait la rattraper
Et son vélo avançait de moins en moins vite
A cause des freins mal réglés
L’été les arbres étaient comme un tableau
L’hiver les montrait en ruine
Elle allait en vélo à la messe du soir
Boutonnée jusqu’au cou
Elle passe devant les amoureux
En détournant la tête
Elle passe devant les amoureux
Qui ne lui font pas fête
Mademoiselle Gee s’assied dans le transept
Et écoute l’orgue jouer
Et le chœur qui chante si doucement
En cette fin de journée
Mademoiselle Gee s’agenouille dans le transept
Les genoux à même le sol
Ne me soumets pas à la tentation
Mais fais de moi une bonne fille
Les jours et les nuits passent sur elle
Comme les vagues sur une épave en ruine
En vélo elle va jusqu'au dispensaire
Toujours boutonnée jusqu'au cou
En vélo elle va jusqu'au dispensaire
Sonne chez le chirurgien
Docteur, j’ai une douleur à l’intérieur
Et je ne me sens pas bien
Le docteur Thomas l’ausculte
Et l’examine à nouveau
Puis se tournant pour se laver les mains
Dit: 'pourquoi n’êtes vous pas venue plus tôt ?'
Le docteur Thomas est devant son dîner
Alors que sa femme n’a pas encore sonné
Il fait des boulettes avec son pain
Et dit c’est curieux, le cancer
Personne ne sait d’où il vient
Quoi qu’on puisse en dire
Il est comme un assassin
Qui attend son heure
Les femmes sans enfants l’attrapent
Et les hommes à la retraite
Comme s’il était là pour compenser
Quand la création s’arrête
Sa femme appele la bonne et dit
'Tu es morbide, mon chéri'
Il dit 'j’ai vu Mademoiselle Gee ce soir
Et je crois bien qu’elle est finie'
Ils ont emmené Mademoiselle Gee à l’hôpital
Ils l’ont allongée, en ruine
Allongée dans le dortoir des dames
Ses draps remontés jusqu’au cou
Ils l’ont allongée sur la table
Les étudiants ont ri
Et Mr Rose, le chirurgien
A découpé Mademoiselle Gee
Il s’est tourné vers ses étudiants:
'Messieurs, votre attention
On voit rarement une tumeur
De pareilles proportions'
Ils l’ont enlevée de la table
Ont roulé Mademoiselle Gee
Vers un autre service
Celui d’Anatomie
Ils l’ont accrochée au plafond
Mademoiselle Gee, pendue à un clou
Pendant qu’une bande de carabins d’Oxford
Délicatement dissèquait son genou.
Miss Gee
Let me tell you a little story
About Miss Edith Gee;
She lived in Clevedon Terrace
At number 83.
She'd a slight squint in her left eye,
Her lips they were thin and small,
She had narrow sloping shoulders
And she had no bust at all.
She'd a velvet hat with trimmings,
And a dark grey serge costume;
She lived in Clevedon Terrace
In a small bed-sitting room.
She'd a purple mac for wet days,
A green umbrella too to take,
She'd a bicycle with shopping basket
And a harsh back-pedal break.
The Church of Saint Aloysius
Was not so very far;
She did a lot of knitting,
Knitting for the Church Bazaar.
Miss Gee looked up at the starlight
And said, 'Does anyone care
That I live on Clevedon Terrace
On one hundred pounds a year?'
She dreamed a dream one evening
That she was the Queen of France
And the Vicar of Saint Aloysius
Asked Her Majesty to dance.
But a storm blew down the palace,
She was biking through a field of corn,
And a bull with the face of the Vicar
Was charging with lowered horn.
She could feel his hot breath behind her,
He was going to overtake;
And the bicycle went slower and slower
Because of that back-pedal break.
Summer made the trees a picture,
Winter made them a wreck;
She bicycled to the evening service
With her clothes buttoned up to her neck.
She passed by the loving couples,
She turned her head away;
She passed by the loving couples,
And they didn't ask her to stay.
Miss Gee sat in the side-aisle,
She heard the organ play;
And the choir sang so sweetly
At the ending of the day,
Miss Gee knelt down in the side-aisle,
She knelt down on her knees;
'Lead me not into temptation
But make me a good girl, please.'
The days and nights went by her
Like waves round a Cornish wreck;
She bicycled down to the doctor
With her clothes buttoned up to her neck.
She bicycled down to the doctor,
And rang the surgery bell;
'O, doctor, I've a pain inside me,
And I don't feel very well.'
Doctor Thomas looked her over,
And then he looked some more;
Walked over to his wash-basin,
Said,'Why didn't you come before?'
Doctor Thomas sat over his dinner,
Though his wife was waiting to ring,
Rolling his bread into pellets;
Said, 'Cancer's a funny thing.
'Nobody knows what the cause is,
Though some pretend they do;
It's like some hidden assassin
Waiting to strike at you.
'Childless women get it.
And men when they retire;
It's as if there had to be some outlet
For their foiled creative fire.'
His wife she rang for the servent,
Said, 'Dont be so morbid, dear';
He said: 'I saw Miss Gee this evening
And she's a goner, I fear.'
They took Miss Gee to the hospital,
She lay there a total wreck,
Lay in the ward for women
With her bedclothes right up to her neck.
They lay her on the table,
The students began to laugh;
And Mr. Rose the surgeon
He cut Miss Gee in half.
Mr. Rose he turned to his students,
Said, 'Gentlemen if you please,
We seldom see a sarcoma
As far advanced as this.'
They took her off the table,
They wheeled away Miss Gee
Down to another department
Where they study Anatomy.
They hung her from the ceiling
Yes, they hung up Miss Gee;
And a couple of Oxford Groupers
Carefully dissected her knee.
Libellés :
anglais,
WH Auden (1907-1973)
mercredi 27 avril 2011
Haizi - La nuit dans une goutte
一滴水中的黑夜
一滴水中的黑夜
一滴泪水中的全部黑夜
一滴无名的泪水
在乡村长大的泪水
飞在乡村的黑夜
山坡上,几棵冬天的草
看见四海龙王 在黄昏之后
举起了一片淹没了野鸽子的
漆黑的像黑夜的海水
一样的天空
海水把你推上岸来
一滴水中的黑夜
推到我的怀抱
朝夕相伴,如痴如醉
一滴泪水有她自己的笑容
就像黑夜中闪闪的星星
这些陌生人系好了自己的马
在女王广大的田野和树林
1988.2.11
La nuit dans une goutte
La nuit dans une goutte
Toute la nuit dans une larme
Une larme sans nom
Larme grandie au village
Volant dans la nuit du village
Sur la colline, quelques herbes d’hiver
J’ai vu le roi dragon des quatre mers
Au-delà du crépuscule
Qui soulevait un morceau de ciel
A noyer les tourterelles
Noir comme la mer, la nuit
La mer t’a jetée sur la côte
La nuit dans une goutte
T’a jetée dans mes bras
Ensemble jour et nuit
Idiots et ivres
Dans une larme, il y a son sourire
Comme les étoiles qui brillent dans la nuit
Ces inconnus ont attaché leurs chevaux
Dans les grands bois et les champs de la reine
11-2-1988
一滴水中的黑夜
一滴泪水中的全部黑夜
一滴无名的泪水
在乡村长大的泪水
飞在乡村的黑夜
山坡上,几棵冬天的草
看见四海龙王 在黄昏之后
举起了一片淹没了野鸽子的
漆黑的像黑夜的海水
一样的天空
海水把你推上岸来
一滴水中的黑夜
推到我的怀抱
朝夕相伴,如痴如醉
一滴泪水有她自己的笑容
就像黑夜中闪闪的星星
这些陌生人系好了自己的马
在女王广大的田野和树林
1988.2.11
La nuit dans une goutte
La nuit dans une goutte
Toute la nuit dans une larme
Une larme sans nom
Larme grandie au village
Volant dans la nuit du village
Sur la colline, quelques herbes d’hiver
J’ai vu le roi dragon des quatre mers
Au-delà du crépuscule
Qui soulevait un morceau de ciel
A noyer les tourterelles
Noir comme la mer, la nuit
La mer t’a jetée sur la côte
La nuit dans une goutte
T’a jetée dans mes bras
Ensemble jour et nuit
Idiots et ivres
Dans une larme, il y a son sourire
Comme les étoiles qui brillent dans la nuit
Ces inconnus ont attaché leurs chevaux
Dans les grands bois et les champs de la reine
11-2-1988
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chinois (moderne),
Haizi 海子 (1964-1989)
jeudi 16 décembre 2010
Haizi - A Rimbaud
献给韩波:诗歌的烈士
反对月亮
反对月亮肚子上绿色浇灌天空
韩波,我的生理之王
韩波,我远嫁他方姐妹早夭之子
韩波,语言的水兽和姑娘们的秘密情郎
韩波在天之巨大下面——脊背坼裂
上路,上路韩波如醉舟
不顾一切地上路
韩波如装满医生的车子
远方如韩波的病人
远方如树的手指怀孕花果
反对老家的中产阶级
韩波是野兽睫毛上淫浪的波浪
村中的韩波
毒药之父
(1864-1891)
埋于此:太阳
海子的诗
A Rimbaud, poète martyr
A bas la lune
A bas le vert qui arrose le ciel sur le ventre de la lune
Rimbaud, seigneur de ma physiologie
Rimbaud, fils trop tôt disparu de mes sœurs mariées au loin
Rimbaud, monstre marin du langage, amour secret des jeunes filles
Rimbaud, sous le ciel immense – les reins brisés
En route, Rimbaud en route comme un bateau ivre
En route quoi qu’il advienne
Rimbaud comme une voiture remplie de médecins
Le loin, comme un malade de Rimbaud
Le loin, comme la main d’un arbre, enceinte de fleurs et de fruits
A bas la classe moyenne du pays natal
Rimbaud, vague lubrique sur les cils d’une bête sauvage
Rimbaud de village
Père des poisons
(1864-1891)
Enterré ici : Soleil
Poème de Haizi
反对月亮
反对月亮肚子上绿色浇灌天空
韩波,我的生理之王
韩波,我远嫁他方姐妹早夭之子
韩波,语言的水兽和姑娘们的秘密情郎
韩波在天之巨大下面——脊背坼裂
上路,上路韩波如醉舟
不顾一切地上路
韩波如装满医生的车子
远方如韩波的病人
远方如树的手指怀孕花果
反对老家的中产阶级
韩波是野兽睫毛上淫浪的波浪
村中的韩波
毒药之父
(1864-1891)
埋于此:太阳
海子的诗
A Rimbaud, poète martyr
A bas la lune
A bas le vert qui arrose le ciel sur le ventre de la lune
Rimbaud, seigneur de ma physiologie
Rimbaud, fils trop tôt disparu de mes sœurs mariées au loin
Rimbaud, monstre marin du langage, amour secret des jeunes filles
Rimbaud, sous le ciel immense – les reins brisés
En route, Rimbaud en route comme un bateau ivre
En route quoi qu’il advienne
Rimbaud comme une voiture remplie de médecins
Le loin, comme un malade de Rimbaud
Le loin, comme la main d’un arbre, enceinte de fleurs et de fruits
A bas la classe moyenne du pays natal
Rimbaud, vague lubrique sur les cils d’une bête sauvage
Rimbaud de village
Père des poisons
(1864-1891)
Enterré ici : Soleil
Poème de Haizi
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chinois (moderne),
Haizi 海子 (1964-1989)
mercredi 15 décembre 2010
Duo Yu - Doute
不相信
他朝我的影子狠狠地踩下去
让我的心头一紧
我抬眼看见那张脸
一半是微笑,一半是阴影
开阔的鼻孔有一股腐烂的味道
他指了指前方
我重新把头低下
当时阳光正毒
我的身影很短
Doute
Il piétine mon ombre avec férocité
Et mon cœur se serre
Je lève les yeux, j’aperçois ce visage
Moitié sourire, moitié noirceur
Narines dilatées qui sentent un peu la pourriture
Il pointe du doigt, devant nous
Alors je baisse la tête
A cet instant, le soleil est terrible
Et mon ombre toute petite
他朝我的影子狠狠地踩下去
让我的心头一紧
我抬眼看见那张脸
一半是微笑,一半是阴影
开阔的鼻孔有一股腐烂的味道
他指了指前方
我重新把头低下
当时阳光正毒
我的身影很短
Doute
Il piétine mon ombre avec férocité
Et mon cœur se serre
Je lève les yeux, j’aperçois ce visage
Moitié sourire, moitié noirceur
Narines dilatées qui sentent un peu la pourriture
Il pointe du doigt, devant nous
Alors je baisse la tête
A cet instant, le soleil est terrible
Et mon ombre toute petite
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Duo Yu (朵鱼 1973-)
dimanche 12 décembre 2010
Yu Jian 47
47
清晨的腐败
发生在厨房内部
如果把食物和蔬菜的排列
看成讨论晚餐的会议
La corruption du petit matin
Apparait au cœur de la cuisine
Si l’on a disposé les plats et les légumes
Comme une conférence, débattant du dîner
清晨的腐败
发生在厨房内部
如果把食物和蔬菜的排列
看成讨论晚餐的会议
La corruption du petit matin
Apparait au cœur de la cuisine
Si l’on a disposé les plats et les légumes
Comme une conférence, débattant du dîner
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Yu Jian 于坚 (1954-)
Yu Jian - 33
33
超级市场的水泥地基打入地层十米以下
为的是不使消过毒的苹果和冰冻的牛肉
从货架上掉下来
超级市场 仍旧是大地上的一部分
在这坚固而没有细菌的地面上
长不出苹果树
在这丰富多彩的货架中间
不会有人
在转过某个弯的时候 悠然瞥见
远远的南山下 一头母牛和一头小羊
在低头吃草
Les fondations de ciment du supermarché s’enfoncent à dix mètres sous la terre
Pour que les pommes, traitées, et la viande de bœuf, surgelée
Ne tombent pas des étagères
Mais si le supermarché
N’est rien qu’un endroit, sur la terre
Sur son sol stable et aseptisé
Ne pousseront pas les pommiers
Dans ses rayons, richement décorés
Personne jamais
Au hasard d’un tournant
N’apercevra au loin
Au pied de la montagne, au sud
Une vache, un agneau
Broutant tête baissée
超级市场的水泥地基打入地层十米以下
为的是不使消过毒的苹果和冰冻的牛肉
从货架上掉下来
超级市场 仍旧是大地上的一部分
在这坚固而没有细菌的地面上
长不出苹果树
在这丰富多彩的货架中间
不会有人
在转过某个弯的时候 悠然瞥见
远远的南山下 一头母牛和一头小羊
在低头吃草
Les fondations de ciment du supermarché s’enfoncent à dix mètres sous la terre
Pour que les pommes, traitées, et la viande de bœuf, surgelée
Ne tombent pas des étagères
Mais si le supermarché
N’est rien qu’un endroit, sur la terre
Sur son sol stable et aseptisé
Ne pousseront pas les pommiers
Dans ses rayons, richement décorés
Personne jamais
Au hasard d’un tournant
N’apercevra au loin
Au pied de la montagne, au sud
Une vache, un agneau
Broutant tête baissée
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Yu Jian 于坚 (1954-)
samedi 11 décembre 2010
Duo Yu - C'est l'hiver
冬天来了
冬天来了,孤立的时刻到了。
是不自由在为我们争取自由,
是星光在为监狱颁发荣誉。
是枯木在认领前世的落叶,
是北风在自扫门前雪。
成群的乌鸦飞过丛林,必有一只
是最黑的;一只穿皮衣的大鸟,
在敲响流亡者的家门。
是时候了,不能再给机会主义
以机会,不能再让天鹅恋上癞蛤蟆。
冷空气正在北方开着会议,我等着
等着你们给我送来一个最冷的冬天。
(2010冬)
C’est l’hiver
C’est l’hiver, voici venus les moments solitaires
C’est l’enfermé, luttant pour notre liberté
C’est le ciel étoilé, qui de la prison chante la louange
C’est l’arbre sec, qui reconnait ses feuilles mortes
C’est le vent du nord, qui balaie la neige devant la porte
Des vols de corbeaux passent sur les bois, il faut que l’un d’eux
Soit le plus noir, un grand oiseau vêtu de cuir
Qui frappe à la maison de l’exilé
Voici venu le temps, on ne peut plus donner l’opportunisme
A l’occasion, on ne peut plus laisser le cygne s’éprendre du crapaud.
Les vents glacés sont dans le nord en conférence, j’attends
J’attends que vous m’envoyiez le plus froid des hivers.
(Hiver 2010)
冬天来了,孤立的时刻到了。
是不自由在为我们争取自由,
是星光在为监狱颁发荣誉。
是枯木在认领前世的落叶,
是北风在自扫门前雪。
成群的乌鸦飞过丛林,必有一只
是最黑的;一只穿皮衣的大鸟,
在敲响流亡者的家门。
是时候了,不能再给机会主义
以机会,不能再让天鹅恋上癞蛤蟆。
冷空气正在北方开着会议,我等着
等着你们给我送来一个最冷的冬天。
(2010冬)
C’est l’hiver
C’est l’hiver, voici venus les moments solitaires
C’est l’enfermé, luttant pour notre liberté
C’est le ciel étoilé, qui de la prison chante la louange
C’est l’arbre sec, qui reconnait ses feuilles mortes
C’est le vent du nord, qui balaie la neige devant la porte
Des vols de corbeaux passent sur les bois, il faut que l’un d’eux
Soit le plus noir, un grand oiseau vêtu de cuir
Qui frappe à la maison de l’exilé
Voici venu le temps, on ne peut plus donner l’opportunisme
A l’occasion, on ne peut plus laisser le cygne s’éprendre du crapaud.
Les vents glacés sont dans le nord en conférence, j’attends
J’attends que vous m’envoyiez le plus froid des hivers.
(Hiver 2010)
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Duo Yu (朵鱼 1973-)
vendredi 3 décembre 2010
Huang Guangdao - En mémoire de notre ciel
纪念我们的天空
想起一些沉重的事儿
我可以孤独地忘了自己
麦子绿了
什么也听不到
水银般的耳朵是多么的高贵
整个冬天
有阳光的地方
水会失去形状
我会紧缩成一具尸体
像醉鬼佯装着继续爬上山岗
爬上山岗
窗前的栾树
每一个季节
我会给它们一个失望的比喻
倒立的扫帚
倒立的人儿
......
可为什么长着长着就没了样儿
分叉的嫩枝
无数的嫩枝无限地分叉下去
各自开着花儿
各自占据一个遥远的地方
面对这样的城堡
天空是破碎的
抬头看一眼
那么多谎言在穿梭
像一场危险地叙述
鸟儿会在高处迷路
也会从高处迅速地衰老下来
而我则可以想象着在你毛茸茸的脖颈上
掏出隐匿的刀刃
告诉人们
你的秘密
是没有花瓣的土地
En mémoire de notre ciel
Quand je pense à des choses difficiles
Je peux m’oublier tout seul
Le blé devient vert
On n’entend plus rien
Les oreilles, vif argent, sont si nobles
Tout l’hiver
Aux lieux ensoleillés
L’eau perd sa forme
Je m’étiole me fais cadavre
Comme un ivrogne fais semblant de grimper
Grimper
Par la fenêtre, des arbres à savon
En chaque saison
Je ferai une pauvre métaphore
Balais à l’envers
Bonshommes à l’envers
….
Mais pourquoi ils poussent, poussent et n’ont l’air de rien
Branches qui bifurquent
Branches innombrables qui bifurquent sans fin
Chacune fleurie
Chacune occupant un endroit distant
Face à pareil château
Le ciel est en miettes
Levant la tête, un regard
Tant de mensonges échangés
Comme une histoire dangereuse
Dans les hauteurs, les oiseaux se perdent
Et des hauteurs vite vieillissent
Alors, j’imagine que sur ton cou velu
Tirant une lame cachée
Je dis à tout le monde
Que tes secrets
Sont une terre sans pétales
想起一些沉重的事儿
我可以孤独地忘了自己
麦子绿了
什么也听不到
水银般的耳朵是多么的高贵
整个冬天
有阳光的地方
水会失去形状
我会紧缩成一具尸体
像醉鬼佯装着继续爬上山岗
爬上山岗
窗前的栾树
每一个季节
我会给它们一个失望的比喻
倒立的扫帚
倒立的人儿
......
可为什么长着长着就没了样儿
分叉的嫩枝
无数的嫩枝无限地分叉下去
各自开着花儿
各自占据一个遥远的地方
面对这样的城堡
天空是破碎的
抬头看一眼
那么多谎言在穿梭
像一场危险地叙述
鸟儿会在高处迷路
也会从高处迅速地衰老下来
而我则可以想象着在你毛茸茸的脖颈上
掏出隐匿的刀刃
告诉人们
你的秘密
是没有花瓣的土地
En mémoire de notre ciel
Quand je pense à des choses difficiles
Je peux m’oublier tout seul
Le blé devient vert
On n’entend plus rien
Les oreilles, vif argent, sont si nobles
Tout l’hiver
Aux lieux ensoleillés
L’eau perd sa forme
Je m’étiole me fais cadavre
Comme un ivrogne fais semblant de grimper
Grimper
Par la fenêtre, des arbres à savon
En chaque saison
Je ferai une pauvre métaphore
Balais à l’envers
Bonshommes à l’envers
….
Mais pourquoi ils poussent, poussent et n’ont l’air de rien
Branches qui bifurquent
Branches innombrables qui bifurquent sans fin
Chacune fleurie
Chacune occupant un endroit distant
Face à pareil château
Le ciel est en miettes
Levant la tête, un regard
Tant de mensonges échangés
Comme une histoire dangereuse
Dans les hauteurs, les oiseaux se perdent
Et des hauteurs vite vieillissent
Alors, j’imagine que sur ton cou velu
Tirant une lame cachée
Je dis à tout le monde
Que tes secrets
Sont une terre sans pétales
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Huang Guangdao 黄光道 (1989-)
jeudi 2 décembre 2010
Yu Jian - 110
干活的时候
总是有什么在后面或旁边
默不做声地看着
或许还做做鬼脸
但没有时间去对付它
它可能是某种尚未长出舌头的东西
它将在我干完之后
长出舌头
Quand on travaille
Il y a toujours quelque chose, derrière ou à coté
Qui regarde sans dire un mot
Ou bien fait des grimaces
Mais dont on n’a pas le temps de s’occuper
Peut être que ce quelque chose n’a pas encore de langue
Et que, quand j’aurai terminé
Il lui en poussera une
总是有什么在后面或旁边
默不做声地看着
或许还做做鬼脸
但没有时间去对付它
它可能是某种尚未长出舌头的东西
它将在我干完之后
长出舌头
Quand on travaille
Il y a toujours quelque chose, derrière ou à coté
Qui regarde sans dire un mot
Ou bien fait des grimaces
Mais dont on n’a pas le temps de s’occuper
Peut être que ce quelque chose n’a pas encore de langue
Et que, quand j’aurai terminé
Il lui en poussera une
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Yu Jian 于坚 (1954-)
vendredi 5 novembre 2010
Zhai Yongming - Rideau
Rideau
Derrière le mur, il y a la mer
Derrière le rideau, il y a le ciel
Entre mur et rideau, il y a le temps
(Maintenant, parlons du décor
De son endroit, de son envers
Monde sans moi
Scène de rêve et de raison
Chant qui pleure et qui parle
Faux soir et vrai jour
Entremêlés
Inséparables)
Devant le rideau, il y a le présent
Devant le public, il y a le rideau
Entre public et rideau, les projecteurs
Qui éclairent mes yeux
Eclairent cette vie que le rideau partage
Vie de pantin
Vie de douleur
Vie d’illusion
C’est quoi, la vie, quand le rideau retombe ?
幕
在一堵墙的后面是大海
在一块布的后面是天空
在一堵墙和一块布之间的是时间
(现在,谈谈幕
谈谈幕前幕后
无我的世界
似幻似真的戏
如泣如诉的唱
假的夜晚和真的白天
紧靠在一起
谁能分辨?)
在一块布的前面是现在
在观众面前的是一块布
在观众和布中间的是满台灯火
满台灯火照亮我的眼睛
照亮一块布隔断的人生
有傀儡般的人生
有辛苦奔波的人生
有真真假假的人生
哪一种人生是满台寂静后的人生?
Derrière le mur, il y a la mer
Derrière le rideau, il y a le ciel
Entre mur et rideau, il y a le temps
(Maintenant, parlons du décor
De son endroit, de son envers
Monde sans moi
Scène de rêve et de raison
Chant qui pleure et qui parle
Faux soir et vrai jour
Entremêlés
Inséparables)
Devant le rideau, il y a le présent
Devant le public, il y a le rideau
Entre public et rideau, les projecteurs
Qui éclairent mes yeux
Eclairent cette vie que le rideau partage
Vie de pantin
Vie de douleur
Vie d’illusion
C’est quoi, la vie, quand le rideau retombe ?
幕
在一堵墙的后面是大海
在一块布的后面是天空
在一堵墙和一块布之间的是时间
(现在,谈谈幕
谈谈幕前幕后
无我的世界
似幻似真的戏
如泣如诉的唱
假的夜晚和真的白天
紧靠在一起
谁能分辨?)
在一块布的前面是现在
在观众面前的是一块布
在观众和布中间的是满台灯火
满台灯火照亮我的眼睛
照亮一块布隔断的人生
有傀儡般的人生
有辛苦奔波的人生
有真真假假的人生
哪一种人生是满台寂静后的人生?
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Zhai Yongming (翟永明 1955-)
samedi 30 octobre 2010
Yan Ying - Iceberg
冰山
我的虚无是冰山
我写诗
我的诗
也难以描述冰山
我写诗
也只是描述冰山
我写诗
像我瞩望冰山
我写诗
像我接近冰山
……
冰山,露出水面的仅仅是一角
2010/01/12
Iceberg
Mon néant est un iceberg
J’écris des poésies
Et mes poésies
Peinent à montrer l’iceberg
J’écris des poésies
Juste pour décrire l’iceberg
J’écris des poésies
Comme si j’espérais l’iceberg
J’écris des poésies
Comme si j’approchais l’iceberg
…
L’iceberg, ce qui sort de l’eau, c’est juste un coin
我的虚无是冰山
我写诗
我的诗
也难以描述冰山
我写诗
也只是描述冰山
我写诗
像我瞩望冰山
我写诗
像我接近冰山
……
冰山,露出水面的仅仅是一角
2010/01/12
Iceberg
Mon néant est un iceberg
J’écris des poésies
Et mes poésies
Peinent à montrer l’iceberg
J’écris des poésies
Juste pour décrire l’iceberg
J’écris des poésies
Comme si j’espérais l’iceberg
J’écris des poésies
Comme si j’approchais l’iceberg
…
L’iceberg, ce qui sort de l’eau, c’est juste un coin
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Yan Ying 岩鹰 (1965-)
Yan Ying - Estampe : Pluie
木刻:雨
我想刻一幅木刻:旷野的雨
我想刻一幅木刻:窗外的雨
但我如何刻出:黑夜的雨
但我如何刻出:阵雨
我想刻出我诗中写到的雨——
冷雨,冬雨,冻雨
2009/10/05
Estampe : pluie
Je voulais graver une estampe : pluie sur la terre
Je voulais graver une estampe : pluie par la fenêtre
Mais comment graver : pluie la nuit
Mais comment graver : pluie à verse
Je voulais graver la pluie dans mon poème---
Pluie froide, pluie d’hiver, pluie verglaçante
我想刻一幅木刻:旷野的雨
我想刻一幅木刻:窗外的雨
但我如何刻出:黑夜的雨
但我如何刻出:阵雨
我想刻出我诗中写到的雨——
冷雨,冬雨,冻雨
2009/10/05
Estampe : pluie
Je voulais graver une estampe : pluie sur la terre
Je voulais graver une estampe : pluie par la fenêtre
Mais comment graver : pluie la nuit
Mais comment graver : pluie à verse
Je voulais graver la pluie dans mon poème---
Pluie froide, pluie d’hiver, pluie verglaçante
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Yan Ying 岩鹰 (1965-)
Yan Ying - Chambre froide
饮冰室
室内的水结了冰
杯子里的水结了冰
砚台结了冰
墨水瓶结了冰
且让我也有一间饮冰室
且让我化冰为水
一半冰一半水
且让我也说饮冰
2008/08/30
Chambre froide
Dans la pièce, l’eau a gelé
Dans le verre, l’eau a gelé
L’écritoire a gelé
La bouteille d’encre a gelé
Alors moi aussi, j’aurai une chambre froide
Alors je dégèlerai
Et moitié glace, moitié eau
Moi aussi, je dirai le froid
室内的水结了冰
杯子里的水结了冰
砚台结了冰
墨水瓶结了冰
且让我也有一间饮冰室
且让我化冰为水
一半冰一半水
且让我也说饮冰
2008/08/30
Chambre froide
Dans la pièce, l’eau a gelé
Dans le verre, l’eau a gelé
L’écritoire a gelé
La bouteille d’encre a gelé
Alors moi aussi, j’aurai une chambre froide
Alors je dégèlerai
Et moitié glace, moitié eau
Moi aussi, je dirai le froid
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Yan Ying 岩鹰 (1965-)
Yan Ying - Mats
Mâts
Ô, mâts, mâts
Mâts sur l’océan
Je monte au sommet des mâts
Monte sur les mâts pourquoi
J’ai aperçu une île
Loin à l’horizon, pourtant là sous mes yeux
Peut être une île déserte
Je voudrais rejouer les naufragés
Etre encor Robinson ?
Ô océan immense
Mâts qui m’entraînent vers l’horizon
Ô, mâts, mâts
Dans cette estampe.
桅杆
哦,桅杆,桅杆
大海中的桅杆
我爬上桅杆
我爬上桅杆干什么
我眺望到一座岛屿
它远在天边,近如眼前
也许是一座荒岛
我想重演荒岛余生
当一回鲁滨逊?
哦,茫茫大海
桅杆伴我走天涯
哦,桅杆,桅杆
也在一幅木刻里
2007/12/20
Ô, mâts, mâts
Mâts sur l’océan
Je monte au sommet des mâts
Monte sur les mâts pourquoi
J’ai aperçu une île
Loin à l’horizon, pourtant là sous mes yeux
Peut être une île déserte
Je voudrais rejouer les naufragés
Etre encor Robinson ?
Ô océan immense
Mâts qui m’entraînent vers l’horizon
Ô, mâts, mâts
Dans cette estampe.
桅杆
哦,桅杆,桅杆
大海中的桅杆
我爬上桅杆
我爬上桅杆干什么
我眺望到一座岛屿
它远在天边,近如眼前
也许是一座荒岛
我想重演荒岛余生
当一回鲁滨逊?
哦,茫茫大海
桅杆伴我走天涯
哦,桅杆,桅杆
也在一幅木刻里
2007/12/20
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Yan Ying 岩鹰 (1965-)
Yan Ying - Salope
荡妇
春天,一位荡妇
春天,一位荡妇归来
她归来,她要告诉你——
她仍是一个荡妇
春天,一位荡妇
不告诉你她从哪里归来
正如不告诉你——
她又要去哪里放荡鬼混
2004/4/15
Salope
Le printemps, cette salope
Cette salope est revenue
Elle est revenue pour te dire---
Qu'elle est toujours une salope
Le printemps, cette salope
Ne dit pas d’où elle revient
Tout comme elle ne te dira pas---
Où elle ira faire sa salope.
春天,一位荡妇
春天,一位荡妇归来
她归来,她要告诉你——
她仍是一个荡妇
春天,一位荡妇
不告诉你她从哪里归来
正如不告诉你——
她又要去哪里放荡鬼混
2004/4/15
Salope
Le printemps, cette salope
Cette salope est revenue
Elle est revenue pour te dire---
Qu'elle est toujours une salope
Le printemps, cette salope
Ne dit pas d’où elle revient
Tout comme elle ne te dira pas---
Où elle ira faire sa salope.
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Yan Ying 岩鹰 (1965-)
samedi 23 octobre 2010
Duo Yu - J'ai honte donc je suis
我羞耻故我在
下雨了。做爱做到一半,不做了,
咽下去的东西,再吐出来。
旗帜升到一半,被一场悲剧制止,
钟表懒得再动,因时光太过漫长。
出租面具的人,在诱惑一个学射少年,
一只被组织派来的苍蝇跟我讨价还价。
因为风的缘故,落叶在羞辱一只鸟,
天空太低了,乌云在追捕鹰的思想。
如此纯洁的白云,为何洒下如此肮脏的雨水,
必有人下了命令,必有人从中做了手脚!
雨大了,我们的悲哀收紧了,
闪电提示着黑暗的无边无际。
人生,其实活一半就够了,
另一半留给慈悲如破陶的母亲,
请她重新选择自己的父,自己的国,
请她在光明中将我们再生一遍。
(2010)
J’ai honte donc je suis
Il pleut. Fait l’amour à moitié, puis arrêté,
Tout vomi ce que j’ai avalé
Drapeau en berne, par une tragédie retenu
Horloge qui refuse d’avancer, face à ce temps qui s’éternise
Loueur de masque, séduisant un jeune archer,
Une mouche, envoyée par l'Organisation, marchande avec moi
A cause du vent, les feuilles mortes humilient un oiseau,
Le ciel est trop bas, les nuages noirs balaient les pensées des aigles
Nuages blancs si purs, pourquoi déversez-vous cette pluie sale
Quelqu’un a dû donner un ordre, quelqu'un a dû faire des pieds et des mains !
Il pleut fort, notre tristesse se referme
Révélant d’un éclair l’obscurité sans fin
La vie, une moitié c’est bien assez,
Laissons l’autre à la mère, douce comme un vase brisé
Qu’elle se cherche un autre père, un autre pays
Qu’elle nous fasse revivre, dans la lumière
(2010)
下雨了。做爱做到一半,不做了,
咽下去的东西,再吐出来。
旗帜升到一半,被一场悲剧制止,
钟表懒得再动,因时光太过漫长。
出租面具的人,在诱惑一个学射少年,
一只被组织派来的苍蝇跟我讨价还价。
因为风的缘故,落叶在羞辱一只鸟,
天空太低了,乌云在追捕鹰的思想。
如此纯洁的白云,为何洒下如此肮脏的雨水,
必有人下了命令,必有人从中做了手脚!
雨大了,我们的悲哀收紧了,
闪电提示着黑暗的无边无际。
人生,其实活一半就够了,
另一半留给慈悲如破陶的母亲,
请她重新选择自己的父,自己的国,
请她在光明中将我们再生一遍。
(2010)
J’ai honte donc je suis
Il pleut. Fait l’amour à moitié, puis arrêté,
Tout vomi ce que j’ai avalé
Drapeau en berne, par une tragédie retenu
Horloge qui refuse d’avancer, face à ce temps qui s’éternise
Loueur de masque, séduisant un jeune archer,
Une mouche, envoyée par l'Organisation, marchande avec moi
A cause du vent, les feuilles mortes humilient un oiseau,
Le ciel est trop bas, les nuages noirs balaient les pensées des aigles
Nuages blancs si purs, pourquoi déversez-vous cette pluie sale
Quelqu’un a dû donner un ordre, quelqu'un a dû faire des pieds et des mains !
Il pleut fort, notre tristesse se referme
Révélant d’un éclair l’obscurité sans fin
La vie, une moitié c’est bien assez,
Laissons l’autre à la mère, douce comme un vase brisé
Qu’elle se cherche un autre père, un autre pays
Qu’elle nous fasse revivre, dans la lumière
(2010)
Libellés :
chinois (moderne),
Duo Yu (朵鱼 1973-)
mardi 19 octobre 2010
Yu Jian - 38
通知说 上帝在此开会
许多人闻迅赶来
看着会场 大家面面相觑
上帝会在这种地方布道?
主席台 麦克风 茶水 大标语
喇叭里播放着轻音乐
纷纷离去 都以为找错了地方
会议开始了,只有上帝一个人
孤单单地坐在主席台中间
L'annonce disait
Dieu donne ici une conférence
Beaucoup l'apprenant s'étaient précipités
Mais voyant la salle
Se regardaient, incrédules
Dieu viendrait, dans un tel endroit, nous parler?
Cette tribune Ce micro Ce thé Ces affiches
Ces haut parleurs qui diffusent de la musique légère
Un à un il s'en vont
Chacun croyant s'être trompé d'endroit
Et quand la réunion commence
Il ne reste que Dieu
Assis tout seul à la tribune
许多人闻迅赶来
看着会场 大家面面相觑
上帝会在这种地方布道?
主席台 麦克风 茶水 大标语
喇叭里播放着轻音乐
纷纷离去 都以为找错了地方
会议开始了,只有上帝一个人
孤单单地坐在主席台中间
L'annonce disait
Dieu donne ici une conférence
Beaucoup l'apprenant s'étaient précipités
Mais voyant la salle
Se regardaient, incrédules
Dieu viendrait, dans un tel endroit, nous parler?
Cette tribune Ce micro Ce thé Ces affiches
Ces haut parleurs qui diffusent de la musique légère
Un à un il s'en vont
Chacun croyant s'être trompé d'endroit
Et quand la réunion commence
Il ne reste que Dieu
Assis tout seul à la tribune
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chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
Yu Jian - 48
要把每一句话都说得深刻
并且富于哲理
很简单 只要你每一次都把眼睛
用亚麻布蒙起来
然后 想象你是在举着灯
往高处走 像一条鲨鱼那样思考
Pour dire chaque phrase profondément
Pour qu’elle soit riche d’enseignements
C’est facile
Il suffit chaque fois de couvrir
Ses yeux d’un bandeau de lin
Puis
Imaginer qu’on monte
Une lampe à la main
Pensant comme un requin
Libellés :
chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
vendredi 15 octobre 2010
Mian Hai - Le téléscope
《望远镜》
我想有一个望远镜
只是我从来没有说过
这个愿望
应该马上写在这里
原因很简单
看不清楚的事情我们就想看清楚一点
比如一颗流星
一双美丽的眼睛
还亮着灯光的窗口
有人在那里晃动
Le téléscope
Je voudrais avoir un téléscope
Mais je n’ai jamais parlé
De cette envie
Il faut la noter, tout de suite
C’est très simple
Ce qu’on ne voit pas bien, on voudrait le voir mieux
Par exemple une comète
Une paire de jolis yeux
Une fenêtre encore éclairée
Et des gens qui s’y agitent
我想有一个望远镜
只是我从来没有说过
这个愿望
应该马上写在这里
原因很简单
看不清楚的事情我们就想看清楚一点
比如一颗流星
一双美丽的眼睛
还亮着灯光的窗口
有人在那里晃动
Le téléscope
Je voudrais avoir un téléscope
Mais je n’ai jamais parlé
De cette envie
Il faut la noter, tout de suite
C’est très simple
Ce qu’on ne voit pas bien, on voudrait le voir mieux
Par exemple une comète
Une paire de jolis yeux
Une fenêtre encore éclairée
Et des gens qui s’y agitent
Libellés :
chinois (moderne),
Mian Hai (面海)
Mian Hai - Petit Wang
《小王》
谁会想到小王
和小郑结婚呢
当时小王还那样老实
小郑,也那样老实
特别是小王在企划部
小郑在电脑部
这两个部门
基本没有联系
但谁会想到小王
偷偷的看上了小郑
而小郑又
偷偷看上了小王
Petit Wang
Qui aurait cru que petit Wang
Aurait épousé petite Zheng
A l’époque, il était si sérieux
Et elle aussi était sérieuse
Puis, il travaillait au planning
Et elle à l’informatique
Deux secteurs qui n’ont rien à voir
Qui aurait cru que petit Wang
Aurait remarqué petite Zheng
Et que petite Zheng, elle aussi
Aurait remarqué petit Wang
谁会想到小王
和小郑结婚呢
当时小王还那样老实
小郑,也那样老实
特别是小王在企划部
小郑在电脑部
这两个部门
基本没有联系
但谁会想到小王
偷偷的看上了小郑
而小郑又
偷偷看上了小王
Petit Wang
Qui aurait cru que petit Wang
Aurait épousé petite Zheng
A l’époque, il était si sérieux
Et elle aussi était sérieuse
Puis, il travaillait au planning
Et elle à l’informatique
Deux secteurs qui n’ont rien à voir
Qui aurait cru que petit Wang
Aurait remarqué petite Zheng
Et que petite Zheng, elle aussi
Aurait remarqué petit Wang
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chinois (moderne),
Mian Hai (面海)
mardi 12 octobre 2010
Zhao Fan - 8
Il y a des fois
Où quoi que l'on fasse
Soudain on pense à quelqu'un
A ce qu'il a dit et fait
Au froid dans son coeur
On comprend que c'est du passé
有些时候
无所谓在干什么
突然会想起某个人
以及他的言行
心中一凉
知道这已成往事
Où quoi que l'on fasse
Soudain on pense à quelqu'un
A ce qu'il a dit et fait
Au froid dans son coeur
On comprend que c'est du passé
有些时候
无所谓在干什么
突然会想起某个人
以及他的言行
心中一凉
知道这已成往事
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赵凡
lundi 11 octobre 2010
Yu Jian - 89
Dans l'espace haut et bleu
Il doit y avoir un aigle qui vole
A l'instant où il y pense
Tout ce qui vole
C'est un corbeau
高蓝的天空
应当有鹰在飞翔
当他这么想的时候
正在飞翔的 只有乌鸦
Il doit y avoir un aigle qui vole
A l'instant où il y pense
Tout ce qui vole
C'est un corbeau
高蓝的天空
应当有鹰在飞翔
当他这么想的时候
正在飞翔的 只有乌鸦
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chinois (moderne),
Yu Jian 于坚 (1954-)
Cette nuit
今夜寒露 敏感词荣获敏感词
今夜海南暴雨 锦州和神州依旧漆黑
无数人泪流如雨 深秋的河水开始变硬
连星空都被屏蔽了 今夜 我们还是能够找得到北
今夜在北方 铁门槛开始结冰
我的兄弟被雪藏至今 却没有哭泣
今夜他没有敌人 我们也没有敌人
但明天 一切都将重新界定和区别
今夜整个世界都在倾听 谁在地狱里敲门
那些渎神者还在虚弱的谴责
今夜 连总/理的声音都被间隔
人民只能庆贺——熊猫在欧洲怀孕生子
Cette nuit d'octobre,
Des mots dangereux récompensent des mots dangereux
Cette nuit les orages de Hainan,
Jinzhou et toutes la Chine sont à nouveau tout noirs
Des larmes, innombrables, tombent comme la pluie,
En cette fin d'automne, les rivières se figent
Même les étoiles au ciel sont cachées
Cette nuit
Pourtant nous avons retrouvé le nord
Cette nuit, dans le nord,
Les portes de fer ont commencé à geler
Mon frêre, par la neige caché jusqu'à ce jour,
Sans larmes pourtant
Cette nuit, n'a plus d'ennemis,
Nous n'avons plus d'ennemis
Demain,
Tout sera, à nouveau, défini, séparé
Cette nuit, le monde entier écoute,
Qui frappe aux portes de l'enfer
Des démons condamnent faiblement
Cette nuit,
Les voix du premier et du ministre se séparent
Le peuple ne peut que se réjouir
Un panda, en Europe, a eu un bébé
今夜海南暴雨 锦州和神州依旧漆黑
无数人泪流如雨 深秋的河水开始变硬
连星空都被屏蔽了 今夜 我们还是能够找得到北
今夜在北方 铁门槛开始结冰
我的兄弟被雪藏至今 却没有哭泣
今夜他没有敌人 我们也没有敌人
但明天 一切都将重新界定和区别
今夜整个世界都在倾听 谁在地狱里敲门
那些渎神者还在虚弱的谴责
今夜 连总/理的声音都被间隔
人民只能庆贺——熊猫在欧洲怀孕生子
Cette nuit d'octobre,
Des mots dangereux récompensent des mots dangereux
Cette nuit les orages de Hainan,
Jinzhou et toutes la Chine sont à nouveau tout noirs
Des larmes, innombrables, tombent comme la pluie,
En cette fin d'automne, les rivières se figent
Même les étoiles au ciel sont cachées
Cette nuit
Pourtant nous avons retrouvé le nord
Cette nuit, dans le nord,
Les portes de fer ont commencé à geler
Mon frêre, par la neige caché jusqu'à ce jour,
Sans larmes pourtant
Cette nuit, n'a plus d'ennemis,
Nous n'avons plus d'ennemis
Demain,
Tout sera, à nouveau, défini, séparé
Cette nuit, le monde entier écoute,
Qui frappe aux portes de l'enfer
Des démons condamnent faiblement
Cette nuit,
Les voix du premier et du ministre se séparent
Le peuple ne peut que se réjouir
Un panda, en Europe, a eu un bébé
dimanche 10 octobre 2010
Duo Yu - L'intéressé...
该同志……
昨天,他向我借过笔
今天,他要借我的
耳朵。
“诗人,借你的喉咙
一用。”
我于是哑默。
在他将袖中刀
吐露出来之前,还有
一件事要办。
“借给我你的死——”
“别逼我,我自己会死的。”
我出借过三十年光阴
五千张纸条,三篇悔过书
两封告密信
一瓶红墨水。
他们还给我一份
档案:“该同志……”
(2010)
L’intéressé…
Hier, il m'a emprunté un stylo
Aujourd’hui, il veut prendre mes
Oreilles.
« Poète, prête-moi ta voix
J’en ai besoin. »
J’en suis resté muet.
Avant de tirer de sa manche
Un couteau, il lui reste
Une chose à faire
« Prête-moi ta mort … »
« Ne me brusque pas, je mourrai »
Je lui ai donné trente années
Cinq mille feuilles de papier, trois chapitres d’aveux
Deux lettres de dénonciation
Une bouteille d’encre rouge
Ils m’ont aussi laissé
Un rapport de police: « l’intéressé… »
昨天,他向我借过笔
今天,他要借我的
耳朵。
“诗人,借你的喉咙
一用。”
我于是哑默。
在他将袖中刀
吐露出来之前,还有
一件事要办。
“借给我你的死——”
“别逼我,我自己会死的。”
我出借过三十年光阴
五千张纸条,三篇悔过书
两封告密信
一瓶红墨水。
他们还给我一份
档案:“该同志……”
(2010)
L’intéressé…
Hier, il m'a emprunté un stylo
Aujourd’hui, il veut prendre mes
Oreilles.
« Poète, prête-moi ta voix
J’en ai besoin. »
J’en suis resté muet.
Avant de tirer de sa manche
Un couteau, il lui reste
Une chose à faire
« Prête-moi ta mort … »
« Ne me brusque pas, je mourrai »
Je lui ai donné trente années
Cinq mille feuilles de papier, trois chapitres d’aveux
Deux lettres de dénonciation
Une bouteille d’encre rouge
Ils m’ont aussi laissé
Un rapport de police: « l’intéressé… »
Libellés :
chinois (moderne),
Duo Yu (朵鱼 1973-)
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