lundi 13 février 2017

Charles Bukowski - Tandis que j'agonise

Tandis que j'agonise

Il vient un temps où l’on s’enfonce
En-soi et vient un temps
Où il est plus facile
Plus innocent de mourir
Comme des bombardiers
Sur Santa Monica,
Et je me revois
Allongé sur le sable,
Moi-même à vingt ans,
Qui lisais Faulkner
Dont le nom me plaisait
vaguement excité
Par quelque chose
Qui n’était pas moi
Et refermais le livre
Et me sentais
Malade de la mer
Et du ciel
Bleu bleu bleu
Avec des points blancs,
Tout confus dans le piège
Et voulant en sortir
Tout en sachant
Que j’y étais pris
Comme les puces de sable
Que j’écrasais,
Et M. Faulkner
Couché sur son flanc
Immortel brûlant
Avec mes orteils
Et tout qui penchait
Et pas tout à fait
Vrai


dimanche 26 juin 2016

Charles Bukowski - Métamorphose

Métamorphose

une petite amie
a refait mon lit
récuré et ciré le sol de ma cuisine
puis lessivé les murs
passé l’aspirateur
nettoyé les toilettes
et la baignoire
astiqué le sol de la salle de bains
coupé les ongles de mes pieds
et mes cheveux.

puis
dans la même journée
le plombier est vue réparer le robinet de la cuisine
et les toilettes
le monsieur du gaz a remis le chauffage
et celui du téléphone a réparé le téléphone.
me voici maintenant dans ce monde parfait.
tout est calme.
j’ai quitté mes 3 petites amies.

Je me sentais mieux quand tout était
en désordre.
il me faudra des mois pour revenir
à la normale :
je n’ai plus un cafard avec qui échanger.

j’ai perdu mon rythme.
je ne dors plus.
ne mange plus.

on m’a volé
ma crasse.


Metamorphosis

a girlfriend came in
built me a bed
scrubbed and waxed the kitchen floor
scrubbed the walls
vacuumed
cleaned the toilet
the bathtub
scrubbed the bathroom floor
and cut my toenails and
my hair.
then
all on the same day
the plumber came and fixed the kitchen faucet
and the toilet
and the gas man fixed the heater
and the phone man fixed the phone.
noe I sit in all this perfection.
it is quiet.
I have broken off with all 3 of my girlfriends.
I felt better when everything was in
disorder.
it will take me some months to get back to normal:
I can't even find a roach to commune with.
I have lost my rythm.
I can't sleep.
I can't eat.
I have been robbed of
my filth.

Charles Bukowski - l'oiseau moqueur

l’oiseau moqueur

l’oiseau moqueur avait suivi le chat
tout l’été
il s’était moqué moqué moqué
provocateur, sûr de son fait ;
le chat s’était glissé sous les fauteuils du porche
la queue dressée
et avait lancé à l’oiseau moqueur des propos agacés
que je n’ai pas compris

hier, le chat a lentement remonté l’allée
l’oiseau moqueur, bien vivant, dans la gueule,
les ailes déployées, ses belles ailes, déployées, affaissées
les plumes écartées, comme les jambes d’une femme
et l’oiseau ne se moquait plus,
il demandait, il suppliait,
mais le chat
tout à sa marche séculaire
ne l’écoutait pas.

je l’ai vu se glisser sous une voiture jaune
tenant l’oiseau
qu’il finirait ailleurs.

c’était la fin de l’été.


the mockingbird

the mockingbird had been following the cat
all summer
mocking mocking mocking
teasing and cocksure;
the cat crawled under rockers on porches
tail flashing
and said something angry to the mockingbird
which I didn’t understand.

yesterday the cat walked calmly up the driveway
with the mockingbird alive in its mouth,
wings fanned, beautiful wings fanned and flopping,
feathers parted like a woman’s legs,
and the bird was no longer mocking,
it was asking, it was praying
but the cat
striding down through centuries
would not listen.

I saw it crawl under a yellow car
with the bird
to bargain it to another place.

summer was over.

jeudi 23 juin 2016

Mu Xin - Je me souviens d'avant

Je me souviens d’avant, de nos jeunes années
Quand nous étions si francs, si peu madrés
Quand nous savions ce que parler veut dire

Quand au petit matin, nous partions à la gare
Sur l’avenue déserte, dans l’obscurité
Où les petits vendeurs bravent la fumée

Mais les jours d’autrefois se sont raccourcis
Lettres, voitures, chevaux, tout s’est ralenti
Un unique amour occupe une vie

Avant, même les cadenas étaient jolis
Avec leurs petites clefs d’orfèvrerie
Et quand on les fermait chacun comprenait

记得早先少年时
大家诚诚恳恳
说一句 是一句
  
清早上火车站
长街黑暗无行人
卖豆浆的小店冒着热气
  
从前的日色变得慢
车,马,邮件都慢
一生只够爱一个人
  
从前的锁也好看
钥匙精美有样子
你锁了 人家就懂了

dimanche 12 juin 2016

Haizi - Le chant du suicidé

Le chant du suicidé

Etendu dans l’eau d’après-midi
Un rideau qui s’agite
Quelques branches s’étirent
Le corps, une gemme sur l’eau
Est une bouteille coupée par le milieu
Dans laquelle l’eau ne peut être coupée

Etendu sur une hache
Comme étendu sur une lyre

Et puis il y a la corde
Enroulée sous le lit
Dans le bois le soleil te tranche
Comme il tranche le vent du sud

Tire ton fusil, rentre seul au pays
Comme un pigeon
Tombé dans une corbeille écarlate


自杀者之歌

伏在下午的水中
窗帘一掀一掀
一两根树枝伸过来
肉体,水面的宝石
是对半分裂的瓶子
瓶里的水不能分裂

伏在一具斧子上
像伏在一具琴上

还有绳索
盘在床底下
林间的太阳砍断你
像砍断南风

你把枪打开,独自走回故乡
像一只鸽子
倒在猩红的篮子上

mardi 28 juillet 2015

Bukowski - Insomnie

Insomnie

as-tu jamais été dans une chambre
au-dessus de 32 personnes qui dorment
dans les étages du dessous,
seul à ne pas dormir
écoutant les moteurs
et les sirènes incessantes
pensant aux minotaures
pensant à Segovia
qui pratique 5 heures par jour
ou aux tombeaux
qui n’ont pas besoin de pratique,
tes pieds s’enroulent dans les draps
et tu aperçois une main
qui pourrait être celle d’un homme
de 80 ans, et tu
es au-dessus de 32 personnes qui dorment
et sais que la plupart
se réveilleront
et vont bailler et manger et vider les poubelles
peut-être même déféquer,
mais pour l’instant ils sont à toi
chevauchant tes minotaures,
soufflant la grêle brûlante de tes chants
ou respirant en champignons :
les crânes plats comme cercueils,
tous amants séparés,
et tu te lèves, allumes une cigarette,
évidemment,
toujours vivant.
 

Insomnia

have you ever been in a room
on top of 32 people sleeping
on the floors below,
only you are not sleeping,
you are listening to the engines
and horns that never stop,
you are thinking of minotaurs,
you are thinking of Segovia
who practices 5 hours a day
or the graves
that need no practice,
and your feel twist in the sheets
and you look down at a hand
that could easily belong to a man
of 80, and you
are on top of 32 people sleeping
and you know that most of them
will awaken
to yawn and eat and empty trash,
perhaps defecate,
but right now they are yours,
riding your minotaurs
breathing fiery hailstones of song,
or mushroom breathing:
skulls flat as coffins,
all lovers parted,
and you rise and light a cigarette,
evidently,
still alive.

Bukowski - conseil d'ami à de nombreux jeunes gens

Conseil d'ami à de nombreux jeunes gens

Partez pour le Tibet
Chevauchez un chameau
Plongez vous dans la Bible
Teignez vos chaussures en bleu
Laissez vous pousser la barbe
Faites le tour du monde dans un canot de papier
Epousez une unijambiste et rasez vous au coupe chou
Et gravez votre nom sur son bras.

Brossez vous les dents au gas oïl
Dormez le jour et grimpez aux arbres la nuit venue
Faites vous moine, buvez du plomb et de la bière
Gardez la tête sous l'eau et jouez du violon
Faites la danse du ventre devant des bougies roses
Tuez votre chien
Présentez vous à la mairie
Vivez dans un tonneau
Fendez vous le crâne d'un coup de hachette
Allez planter des tulipes sous la pluie

Mais n'écrivez pas de poésie.


Friendly advice to a lot of young men

Go to Tibet.
Ride a camel.
Read the Bible.
Dye your shoes blue.
Grow a Beard.
Circle the world in a paper canoe.
Subscribe to “The Saturday Evening Post.”
Chew on the left side of your mouth only.
Marry a woman with one leg and shave with a straight razor.
And carve your name in her arm.

Brush your teeth with gasoline.
Sleep all day and climb trees at night.
Be a monk and drink buckshot and beer.
Hold your head under water and play the violin.
Do a belly dance before pink candles.
Kill your dog.
Run for Mayor.
Live in a barrel.
Break your head with a hatchet.
Plant tulips in the rain.

But don't write poetry.

Bukowski - poème pour mon 43eme anniversaire

Poème pour mon 43eme anniversaire

Finir tout seul
dans le tombeau d'une chambre
sans cigarettes
ni vin -
juste une ampoule
un bedon,
les cheveux gris,
mais bien content d'avoir
cette chambre

... au petit matin
ils sont tous là
qui gagnent leurs vies:
juges et charpentiers,
plombiers et médecins,
kioskiers et policiers,
coiffeurs et garagistes,
dentistes et fleuristes,
serveuses cuisiniers
et chauffeurs de taxi...

et toi tu te retournes
sur le côté gauche
pour que le soleil
soit dans ton dos
et loin
de tes yeux.


Poem for my 43rd birthday

To end up alone
in a tomb of a room
without cigarettes
or wine--
just a lightbulb
and a potbelly,
grayhaired,
and glad to have
the room.

...in the morning
they're out there
making money:
judges, carpenters,
plumbers, doctors,
newsboys, policemen,
barbers, carwashers,
dentists, florists,
waitresses, cooks,
cabdrivers...

and you turn over
to your left side
to get the sun
on your back
and out
of your eyes.

Bukowski - pas ceux qui vécurent ici

Pas ceux qui vécurent ici

mais ceux qui y moururent;
et pas quand
mais comment;
pas
les grands connus
mais les grands morts inconnus;
pas
l'histoire
des nations
mais la vie des hommes.
les fables sont des rêves,
pas des mensonges,
et
la vérité change
comme
les gens,
et quand la vérité se fait stable
les gens
se font
morts
et
l'insecte
et le feu et
le flot
se font
vérité


It's not who lived here

but who died here;
and it’s not when
but how;
it’s not
the known great
but the great who died unknown;
it’s not
the history
of countries
but the lives of men.
fables are dreams,
not lies,
and
truth changes
as
men change,
and when truth becomes stable
men
will
become dead
and
the insect
and the fire and
the flood
will become
truth.

Sandburg - Le peuple, oui - I

Des quatre coins de la terre
De coins battus par le vent
Perclus de pluie et de tonnerre
D'endroits où commencent les vents
Où naissent les brouillards et leurs brumeux enfants
Des grands hommes sont venus de grands versants rocheux
Et des hommes assoupis des vallées assoupies
Leurs femmes grandes, leurs femmes assoupies
Avec ballots et biens
Et des petites qui balbutient: "où maintenant? et après?"

Le peuple de la terre, la famille de l'homme
A voulu édifier ce dont il serait fier
Une tour qui des plates landes de la terre
Monterait à travers le plafond jusqu'au sommet des cieux

Et le grand œuvre a commencé
Semelles et poteaux enfoncés
murs, planchers, spires d'escaliers
dressés vers les astres, tout là haut
dressés bien au delà des échelles lunaires.

Et Dieu Tout Puissant aurait pu les abattre
ou les frapper sourds et muets

Mais Dieu était un patron farceur
Dieu était un chef attentif
Qui avait autre chose en tête

Et soudain mélangea leurs paroles
changea les langages des gens
pour que chacun parle différemment

Et le maçon ne savait plus ce que disait le portefaix
Au charpentier l'apprenti tendait le mauvais outil
Cinq cents façons de dire "Q u i e s t u ?"
changèrent la façon de demander: "que fait-on maintenant?"
ou de dire "naître n'est qu'un début"
ou "plutôt chanter que faire ce raffut"
ou "ce que tu ne sais pas ne saurait te nuire"
Et les magasiniers se mirent à se quereller
avec les bandes de porteurs et les guildes de bâtisseurs
et les architectes s'arrachèrent les cheveux sur leurs plans
et les briquetiers et les écorcheurs de mules le rapportèrent
aux patrons de paille qui le rapportèrent aux contremaîtres
et les signaux se mélangèrent; les ouvriers qui remplissaient les seaux
sifflèrent les porteurs - et l'ouvrage fut en ruine

Certains l'appelèrent Tour de Babel
Le peuple lui donna beaucoup d'autres noms
Ses ruies s'élevaient telles un crâne ou un spectre
un témoignage à peine commencé
qui penchait et pendait aux grand vents ennemis
maintenu par de doux vents amis.

Sandburg - Les gens qui doivent

Les gens qui doivent

J'ai peint sur le toit d'un gratte-ciel.
Peint longuement, ça m'a fait ma journée.
Au carrefour les gens grouillaient et le sifflet du policier n'a pas arrêté de l'après midi.
Ils étaient comme des insectes, autant d'insectes sur leur chemin -
Des gens en mouvement, ou alors à l'arrêt;
Et le policier une tache bleue, un éclair d'argent
Autour duquel les marées noires se divisaient
Gardait la rue. Et j'ai paint longuement
Ca m'a fait ma journée


People who must

I painted on the roof of a skyscraper.
I painted a long while and called it a day's work.
The people on the corner swarmed and the traffic cop's whistle never let up all afternoon.
They were the same as bugs, many bugs on their way--
These people on the go or at a standstill;
And the traffic cop a spot of blue, a splinter of brass,
Where the black tides ran around him
And he kept the street. I painted a long while
And called it a day's work.

dimanche 12 juillet 2015

Sandburg - Rats d'égouts


Rats d’égouts

Ils désignaient une manière de favoris du nom « lilas ».
Et certaines barbes prenaient dans leur discours l’apparence verbale
De « côtelettes », de « Galway », ou de « plumeaux ».

De telles métaphores sautaient de leurs lèvres comme des cris de rue
Sautent des moineaux qui trouvent des graines éparpillées dans les interstices des pavés
Ah-ha ces métaphores – et ah-ha ces garçons—connus de la polices
Comme les Douze Salauds et dont les noms faisaient la une des journaux
Et deux d’entre eux claquèrent le même jour, lors d’une « fête à la cravate »… pour employer les métaphores de leurs lèvres.





Alley Rats
They were calling certain styles of whiskers by the name of “lilacs.”
And another manner of beard assumed in their chatter a verbal guise
Of “mutton chops,” “galways,” “feather dusters.”

Metaphors such as these sprang from their lips while other street cries
Sprang from sparrows finding scattered oats among interstices of the curb.
Ah-hah these metaphors—and Ah-hah these boys—among the police they were known
As the Dirty Dozen and their names took the front pages of newspapers
And two of them croaked on the same day at a “necktie party” … if we employ the metaphors of their lips. 

samedi 11 juillet 2015

Yu Jian - 268


Quitter ces lieux brûlants comme un cautère
Partir du centre ville partir des quartiers commerçants,
Partir des distributeurs de billets de banque,
Partir des étalages de nourriture dans les supermarchés,
Partir des tours où travaillent les cols blancs
Partir affolé des voitures et des passages piétons
Les pas se font glissants    Il a failli
Se cogner contre la porte de verre d’un grand magasin
Quitter ces lotissements flambant neufs
Quitter le béton    Les armatures les métaux importés
Quitter ces WC modernes que l'on vient d'installer
Quitter ces salons, ces bacs à fleurs sur les balcons
Partir des stations d’essence, de sous les échangeurs
Partir des hôpitaux qu’on désinfecte et
Des bibliothèques où l’on lit librement
Quitter les portables      Les fixes, les éclairages nocturnes
Surtout, partir de cette banlieue en plein essor
Surtout, quitter au bord des champs
Ces villages de vacances qui viennent d’apparaître
Il est tout seul qui veut aller
Par là    Par là
Sans rien y voir
Tranche de noir
Qu'on vient juste de décharger
Ce cheval noir

离开那些灸手可热的地方
从市中心离开 从商业区离开
从银行的取款机前离开
从超级市场摆满食物的货架离开
从白领阶层上班的大厦离开
从汽车和斑马线惊慌失措地离开
步子经常打滑 差一点
撞在百货公司的玻璃门上
离开那些刚刚建成的小区
离开水泥 钢筋和进口的金属材料
离开刚刚装好的抽水马桶
离开那些客厅和阳台上的花盆
从加油站和立交桥下面离开
从正在消毒的医院和
可以自由借阅浏览的图书馆离开
离开手机 电话和夜晚的灯光
甚至从欣欣向荣的郊区离开
甚至离开了那些在田野的边缘
刚刚出现的渡假区
只有它独自一个要去
那个方向 那个方向
什么都看不见
漆黑一片
它是一匹刚刚卸完了货的
黑马

(lu par yu jian)


video

dimanche 30 novembre 2014

Duo Yu - Bonheur quotidien

Bonheur quotidien


A la fin Mars, les hirondelles, les rigueurs de l’hiver passées,
Sur l’abricotier, devant ma fenêtre, se remettent à pépier
Je leur suis parfois reconnaissant de tout ce tapage
Reconnaissant qu’elles me présentent ce bonheur quotidien
Bonjour feuilles nouvelles, bonjour vertes chenilles, bonjour les hirondelles
Aux plumes ébouriffées ! Sur le rebord de ma fenêtre, les graines éparpillées
Scintillent d’une obscure beauté. Mon Dieu, qu’est ce qui m’arrive ?
J’entends souvent, quand le vent souffle dans le grenier, comme une armée qui défile
Et sous les draps, par le soleil éclaboussés, dissimule des objets d’acier…


日常之欢


三月过后,捱过严冬的麻雀们
又开始在窗外的杏树上叽叽喳喳
我有时对它们的喧闹心存感激
感激它们为我演示一种日常之欢
新树叶好,菜青虫好,尾羽蓬松的
母麻雀好!洒在窗台上的谷粒
闪烁着无名的善。天啊,我这是怎么啦
我时常听到风刮过屋顶时像列阵的步兵
洒满阳光的床单下暗藏着铁器……

lundi 24 novembre 2014

Duo Yu - Aimer tant

爱若干

我们以为这个男人打她、骂她,她再也不会
爱上他了。我们错了。她爱他的拳头,爱他的
伤害。他用她辛苦挣来的钱去抽,去赌,去嫖
她就去挣更多的钱给他。他半夜回来,将她
拉到身下,她便迎合着,像木柴迎向一团火。
他一边狠狠地操她,一边骂她不要脸,她说
她就是个不要脸的骚娘们儿,骂得好极了。
她为他堕胎,第二天接着去工作,因为
她爱他。她必须爱他,我们不知道,如果
不爱他,这个世上,她就再也没有可爱之人了
她爱他,所以绝不能失去他。我们这才明白
她为何会将他一劈两半,一半藏在冰箱里,
一半埋在床底下。

Aimer tant

Nous avions cru que parce qu’il la battait, qu’il l’insultait, elle ne pouvait
l’aimer encore. Nous avions tort. Elle aimait ses poings, elle aimait ses
blessures. L’argent qu’elle gagnait si difficilement, il le fumait, le jouait, le courait.
Et elle continuait à lui en gagner plus. Quand il rentrait en pleine nuit, et la
traînait sous lui, elle se faisait docile, comme un fagot attend la flamme.
Il la baisait brutalement, en la traitant de moins que rien, elle répondait
qu’il avait bien raison, qu’elle n’était rien qu’une salope.
Pour lui, elle avait avorté, le lendemain était retournée travailler, parce
qu’elle l’aimait. Elle devait l’aimer, nous ne le savions pas, mais quand
elle ne l’aimerait plus, elle n’aurait ici-bas plus personne à aimer.
Elle l’aimait tellement qu’elle n’a pas pu le perdre. Et nous comprenons ici
pourquoi elle l’a coupé en deux, caché une moitié dans le frigo
et enterré l’autre sous le lit.

samedi 22 novembre 2014

Charles Bukowski - La belle dame

la belle dame

nous sommes rassemblés ici
pour l’enterrer dans ce
poème.

elle n’a pas épousé un soûlaud sans travail qui
la battait tous les
soirs.

aucun de ses enfants a jamais porté
de chemises tâchées de morve
ou de robes déchirées.

et la belle dame
simplement
calmement
est décédée.

puisse-t-elle être enterrée
dans la pure poussière
de ce poème

avec ses entrailles
et ses bijoux
et ses peignes et ses
poèmes

avec ses yeux bleu pâle
et son
mari
souriant
fortuné
effrayé.


the beautiful lady

we are gathered here now
to bury her in this
poem.

she did not marry an unemployed wino who
beat her every
night.

her several children will never wear
snot-stained shirts
or torn dresses.

the beautiful lady
simply
calmly
died.

and may the clean dirt of this poem
bury
her.

her and her womb
and her jewels
and her combs and her
poems

and her pale blue eyes
and her
grinning
rich
frightened
husband.

Charles Bukowski - De la glace pour les aigles

De la glace pour les aigles

Je me rappelle encore les chevaux
sous la lune
je me rappelle encore que je leur donnais
du sucre
en rectangles blancs
pareils à des glaçons
et leurs têtes étaient comme
des aigles
chauves et qui pouvaient mordre et
ne le faisaient pas

Les chevaux étaient plus vrais que
mon père
plus vrais que Dieu
et ils auraient pu m’écraser les
pieds mais ne le faisaient pas
ils auraient pu faire toutes sortes d’horreurs
mais ne le faisaient pas.

J’avais presque 5 ans
mais je n’ai pas oublié
mon dieu qu’elles étaient fortes, et bonnes
ces langues rouges qui pendaient en bavant
de leur âme.


Ice for the eagles

I keep remembering the horses
under the moon
I keep remembering feeding the horses
sugar
white oblongs of sugar
more like ice,
and they had heads like
eagles
bald heads that could bite and
did not.

The horses were more real than
my father
more real than God
and they could have stepped on my
feet but they didn't
they could have done all kinds of horrors
but they didn't.

I was almost 5
but I have not forgotten yet;
o my god they were strong and good
those red tongues slobbering
out of their souls.

Duo Yu - Qu'est-ce qu'il a, ce monde

Qu’est-ce qu’il a, ce monde

Qui emmènera les brebis paître aux nuages blancs
Qui emmènera les chevaux s’abreuver à l’Océan
Le paysan qui a perdu son champ plante sur son toit des pommes de terre
Le fonctionnaire qui tient le pouvoir cache son argent dans un trou de souris

Mendiant, ne va pas demander à la porte du riche
Victime, ne va pas réclamer devant le tribunal

Monde, calme-toi, et écoute
La doléance de l’ombrageuse cigale
Qui crie du matin jusqu’au soir


这世界怎么啦

是谁将羊群赶到白云上吃草
是谁将马群赶到大海上饮水
失去土地的农夫在屋顶上栽种土豆
权柄在握的官吏在鼠洞里隐藏金钱
行乞者啊,不要去富人的门前乞讨
冤屈者啊,不要到法院的门口喊冤

世界,请安静一下,听听
这只狂躁的蝉有什么冤情
它从早晨一直叫到了晚上


jeudi 20 novembre 2014

Duo Yu - Quand chacun dormira à poings fermés


Quand chacun dormira à poings fermés

Quand chacun dormira à poings fermés, les oiseaux de nuit reviendront au bois
Quand chacun dormira à poings fermés, la rivière en grondant s’écoulera
Quand chacun dormira à poings fermés, la terre doucement se retournera
Quand chacun dormira à poings fermés, les animaux géants se mettront à ronfler

Alors, les grandes cités du Nord éteindront toutes les lumières
Toutes les exclamations ensemble se fondront en un chœur d’insectes
A travers la brume encore effilochée, on verra soudain la sphère étoilée
Et le royaume d’autrefois à cet instant apparaitra



只有在众人沉睡时

只有在众人沉睡时,夜鸟才会归林
只有在众人沉睡时,河流才哗哗流淌
只有在众人沉睡时,大地才轻轻翻身
只有在众人沉睡时,巨兽才开始打鼾

此刻,北方的大城熄灭了全城的灯火
全部的喧嚣汇成了夜虫的合鸣
雾霭虽未散尽,星空就要乍现
那上古的国在这一刻突然降临

jeudi 13 novembre 2014

Yu Jian - 12 (le chemin qui mène là bas)

Le chemin qui mène là-bas n’a pas besoin de traverser
L’acier
Le plastique et le nylon
N’a pas besoin d’emprunter
Les rues
Et les grandes routes
N’a pas besoin de passer
Par les coiffeuses des femmes
Et les verres de bière des hommes
Le chemin qui mène là-bas
N’a pas besoin de passeport
De chaussures
Ou d’essence
Je sais que ce chemin sur la terre
Autrefois
N’avait pas de limites
Mais aujourd’hui pour aller là-bas
Sans piétiner
Les tuyaux de gaz ou les services comptabilité
Je n’ai que mes poèmes
Pour me servir de pieds

通向那里的道路不需要经过

塑料和尼龙
不需要经过
街道
和公路
不需要经过
女人的梳妆台
和男人们的啤酒杯
通向那里的道路
不需要证件
鞋子
和汽油
我知道这条道路曾经
在大地上
无边无际地存在
但我现在要去那里
如果我不想踩着
煤气管或者会计室
我只能用诗歌
做我的脚


mardi 11 novembre 2014

Comme je Méditais en Silence - Walt Whitman


Comme je Méditais en Silence
 
Comme je Méditais en Silence,
Sur mes poèmes revenant, m’attardant, réfléchissant,
Un Fantôme m’est apparu, son visage mal convaincu
Terrifiant par sa beauté, sa puissance et son âge,
Le génie des poètes d’antan,
Qui me considérait de ses yeux flamboyants
Du doigt me désignant tous ces chants immortels
Et la voix menaçante, Que chantes-tu ? dit-il,
Ne comprends-tu pas que les bardes promis à la pérennité
N’ont qu’un seul sujet, qui est la Guerre, et la fortune des combats,
Et la formation du parfait soldat.
 
Sache-le, alors je répondis,
C’est autant, Ombre altière, je chante aussi la guerre, et plus longue et plus grande qu’aucune,
Livrée dans ce recueil, à l’issue incertaine, avec ses dérobades et ses avances et ses retraites,
             et sa victoire qui chancelle et puis s’arrête,
(Et que pourtant, je crois, enfin, inévitable, ou quasiment,) livrée sur cette terre,
Pour la vie et la mort, pour notre Ame éternelle, et notre Corps,
Je suis là, moi aussi, qui chante le chant des combats,
Et par-dessus tout, la bravoure du soldat.


As I ponder'd in silence

As I ponder'd in silence,
Returning upon my poems, considering, lingering long,
A Phantom arose before me with distrustful aspect,
Terrible in beauty, age, and power,
The genius of poets of old lands,
As to me directing like flame its eyes,
With finger pointing to many immortal songs,
And menacing voice, What singest thou? it said,
Know'st thou not there is hut one theme for ever-enduring bards?
And that is the theme of War, the fortune of battles,
The making of perfect soldiers.


Be it so, then I answer'd,
I too haughty Shade also sing war, and a longer and greater one than any,
Waged in my book with varying fortune, with flight, advance and retreat, victory deferr'd and wavering,
(Yet methinks certain, or as good as certain, at the last,) the field the world,
For life and death, for the Body and for the eternal Soul,
Lo, I too am come, chanting the chant of battles,
I above all promote brave soldiers.


 

dimanche 2 novembre 2014

Yu Jian - 344 (la caisse noire du piano)

344

黑色钢琴盖
像一具装着大人物的棺木
暗藏着他的恶习和指甲壳
女儿的恐惧表现为表情呆板
手指总是长不长
她神经质地
在每次课程结束时
忽然微笑

La caisse noire du piano
Comme le cercueil d’un important personnage
Dissimule ses cruautés et ses faux ongles
La terreur de ma fille se lit sur son visage figé
Ses doigts ne veulent pas s’allonger
Et sa nervosité
Redevient sourire
Quand la leçon prend fin

Yu Jian - 85 (au sud et puis à l'ouest)


85
 
在西部以南
灰色的岩石上
爬满冬天的蜘蛛
同样 在黑蜘蛛身上
爬着灰色的岩石
 
Au sud et puis à l’ouest
Sur les rochers gris
Rampent les araignées d’hiver
Ou bien               sur le corps noir des araignées
Rampent les rochers gris

dimanche 26 octobre 2014

Larkin - Retour sur les crapauds

Retour sur les crapauds
 
Une promenade dans le parc
Semble préférable au bureau :
Le lac, les rayons du soleil,
La pelouse où l’on s’étend,
 
Le bruit lointain du bac à sable
Derrière les bas noirs des nourrices -
L’endroit vous parait confortable.
Mais je n’en voudrais pas,
 
Car je fais partie de ces gens
Qu’on y rencontre l’après-midi
Vieux éclopés faisant leurs exercices
Greffiers effarés qui tremblent de peur
 
Convalescents au teint de cire
Perdus depuis quelque accident
Et personnages en longs manteaux
Dans les poubelles se plongeant
 
Qui cherchent tous à fuir ce travail de crapaud
En se faisant faibles ou idiots.
Imaginez-vous l’un deux !
Ecoutant l’heure sonner
 
Regardant le pain se livrer
Le soleil dans le ciel se cacher
Les enfants de l’école rentrer;
Imaginez-vous l’un d’eux,
 
Ressassant leurs vies ratées
Devant un massif d’azalées
Sans rien à faire que de rentrer
Sans amis que des chaises vides-
 
Non, rendez-moi ma bannette courrier
Ma secrétaire et son gros chignon
Mes je-prends-les-appels-monsieur ?
Que demander de mieux,
 
Quand on allume à quatre heures passées
Dans les derniers jours de l’année ?
Donne-moi le bras, crapaud, mon frère
Sur le chemin du cimetière.


Toads revisited

Walking around in the park
Should feel better than work:
The lake, the sunshine,
The grass to lie on,

Blurred playground noises
Beyond black-stockinged nurses -
Not a bad place to be.
Yet it doesn't suit me.

Being one of the men
You meet of an afternoon:
Palsied old step-takers,
Hare-eyed clerks with the jitters,

Waxed-fleshed out-patients
Still vague from accidents,
And characters in long coats
Deep in the litter-baskets -

All dodging the toad work
By being stupid or weak.
Think of being them!
Hearing the hours chime,

Watching the bread delivered,
The sun by clouds covered,
The children going home;
Think of being them,

Turning over their failures
By some bed of lobelias,
Nowhere to go but indoors,
Nor friends but empty chairs -

No, give me my in-tray,
My loaf-haired secretary,
My shall-I-keep-the-call-in-Sir:
What else can I answer,

When the lights come on at four
At the end of another year?
Give me your arm, old toad;
Help me down Cemetery Road.

vendredi 24 octobre 2014

Yu Jian - 93 (ce soir les nuages)


这个黄昏云象贝多芬的头发那样卷曲着
这个黄昏高原之幕被落日的手揭开了
一架巨大的红钢琴 
张开在怒江和高黎贡山之间
水从深处抬起了它的透明 鸟把羽毛松开在树枝上
黄金之豹 把双爪枕在岩石的包厢口 蛇上升着
石头松开了握着的石头 森林里树的肤色在转深
星星的耳朵悬挂在高处 万物的听都来了
哦 请弹奏吧 永恒之手


Ce soir les nuages roulent comme les cheveux sur la tête de Beethoven
Ce soir sur le plateau le rideau se lève sous la main du soleil couchant
Un énorme piano rouge
S’étend du Salouen aux monts Gaoligong
Des profondeurs l’eau fait jaillir sa transparence
                sur les branches les oiseaux se défont de leurs plumes
La panthère dorée         a déposé ses griffes à l’entrée de la loge             le serpent se dresse
La pierre a relâché son étreinte sur la pierre      dans la forêt l’écorce des arbres s’assombrit
Les oreilles des étoiles sont suspendues là-haut                             toutes les créatures sont à l’écoute
Joue !   O main immortelle !

Yu Jian - 31 (Geyitou)


在云南以北的国家公路旁
一块路牌标示出格以头地方
哦 格以头
没有人知道那是一个什么去处
只看见路牌下有一条腐烂在雨水中的泥浆路
是马蹄和光脚板踩出来的



Au nord du Yunnan au bord d’une route nationale
Une pancarte indique un lieu appelé Geyitou
Oh          Geyitou
Personne ne sait quel genre d’endroit cela peut être
On y voit seulement au-dessous du panneau un chemin délabré par la pluie et la boue
Que des sabots et des pieds nus ont aplani

 

Yu Jian - 258 (dimensions)


测量
不知几万里也

这是您的大地
20米×48米
占地960平米
这是您的小区
23米×5、1米
占地117、3平米
这是您的套间
6、5米×4、2米
占地27、3平米
这是您的客厅
5、6米×3、4米
占地19平米
这是您的卧室
2、1米×1、8米
占地3、8平米
测量员以为还可以退一步
结果撞到了墙壁
这是您的厨房
1、6米×1、1米
占地1、76平米
这是您的卫生间
1、4米×1、8米
占地2、8平米
这是您的床位
1、6米×0、5米×2
占地1、6平米
这是太太和您
本人
0、2×0、3米
占地0、06平米
先生,这是……测量员停顿了一下
您的盒子。


Nul ne saurait appréhender
Ces dimensions

Voici votre territoire
20 mètres par 48
960 mètres carrés
Voici votre voisinage
23 mètres par 5,1
117,3 mètres carrés
Voici votre vestibule
6,5 mètres par 4,2
27,3 mètres carrés
Voici votre salon
5,6 mètres par 3,4
19 mètres carrés
Voici votre chambre
2,1 mètres par 1,8
3,8 mètres carrés
Le géomètre croit pouvoir encore reculer d’un pas
Et se cogne contre le mur
Voici votre cuisine
1,6 mètre par 1,1
1,76 mètre carré
Voici votre salle de bains
1,4 mètre par 1,8
2,8 mètres carrés
Voici l’emplacement de votre lit
1,6 mètre par 0,5, fois 2
1,6 mètre carré
Voici votre épouse et
Vous-même
0,2 mètres par 0,3
0,06 mètre carré
Et voici, Monsieur… le géomètre fait silence
Voici votre boîte.



jeudi 9 octobre 2014

Lecture de Yu Jian, la Guillotine, Montreuil 23 Octobre 2014

Les mains vides         Apportant un poème
空着手 带着诗
Lecture bilingue de poèmes de Yu Jian
Par Yu Jian et François Charton
 
Jeudi 23 Octobre - 19h30
Au Théâtre de la Guillotine
24 rue Robespierre
Montreuil (métro Robespierre)
 
Paris attire toujours autant les artistes : le grand poète chinois YuJian 于坚 y vient quelques semaines. Nous organisons avec lui, dans l'esprit du banquet de poésie qui a eu lieu au printemps cette année, une soirée ou ses textes et images seront partagés, en chinois et en français, pour le plaisir de curieux, d'amateurs de poésie ou de culture chinoise ou des deux. Quelques thèmes (art, peurs, écriture, nature...) seront bien espacés pour nous laisser le temps de discuter et partager autour d'un verre, afin que la poésie sonne, claironne et vive.
 

Images intégrées 1
Né en 1954 au Yunnan, dans le Sud Ouest de la Chine, Yu Jian voit ses études interrompues par la Révolution Culturelle et devient, à quinze ans, ouvrier soudeur. Sous l’influence de son père, amateur de poésie classique, il commence à écrire des vers au milieu des années 70. En 1980, à la faveur de la réouverture des universités, il est admis à l’Université du Yunnan, dont il sort diplômé de littérature chinoise en 1984. En 1986, ses premiers poèmes paraissent dans des revues littéraires d’envergure, et il fonde avec le poète Han Dong un magazine d’avant-garde, Tamen (Eux). Ses premiers recueils paraissent à la fin des années 80.
 
En 1994, il fait paraître Dossier 0, un long poème en prose reprenant le style des dossiers administratifs, métaphore tant de l’homme moderne que du processus créatif (une traduction est parue en 2005 aux éditions, Bleu de Chine, Gallimard, et est reprise dans le recueil Les rubans du cerf volant, parus en 2014). En 2000, il fait paraître Un Vol, longue évocation de la société contemporaine, influencée par La Terre Vaine de T.S. Eliot (traduction parue en 2010 aux éditions Gallimard-Bleu de Chine). Parallèlement à son œuvre poétique, Yu Jian poursuit une activité de photographe et de cinéaste.
 

mardi 23 septembre 2014

Yu Jian - 239 (les mains vides)

Les mains vides                    apportant un poème
J’entre dans le salon             pour son anniversaire
Passe la porte                        enlève mes souliers
Tous les messieurs toutes les dames se retournent
Comme des singes dressés           qui attendent
Que de mes mains                        tel un magicien
Je tire un cadeau pour notre hôte
Une rose           un cigare            un briquet
Une poupée ou bien des caramels
Voire, une limousine
Ils ont préparé leurs            bravos
Leurs                                   « Comme c’est joli !»
Et je comprends soudain            qu’ici
Mon cadeau n’est plus présentable
Comment expliquer à cet hôte rayonnant
Qu’à son anniversaire              j’ai apporté un poème
C’est si inconvenant            vieillot            bon marché          bizarre
Si risible          mesquin                 si impensable
Que sous tous ces regards              mon poème
Comme  un dégoûtant un cafard
Leur ferait pousser des cris
Abominables


空着手 带着诗
来到他家的客厅 祝贺生日
进门 脱掉鞋子 
女士们先生们全部转过身来
像被训练过的猴子 等着
我的手 变戏法似地
掏出一件送给主人的礼物
玫瑰 雪茄 打火机
布娃娃或者牛奶糖
就是开来一辆轿车
他们也会准备好 哇
地一声 “好漂亮哦!”
我忽然明白 在这儿
我的礼物已经拿不出手
我无法告诉这位喜气洋洋的主人
生日 我带来了诗歌
它是那么不合时宜 古老 破旧 陌生
可笑 寒酸 那么匪夷所思
众目睽睽 我的诗歌
就要象一只讨厌的蟑螂那样
引起一阵可怕的
尖叫

mercredi 3 septembre 2014

Le fil - Wires - Philip Larkin

Le fil

Dans les vastes prairies les clôtures sont électrifiées
Car si ne pas sortir semble une évidence au vieux troupeau
Les jeunes bouvillons devinent toujours une eau plus claire
Loin d’ici, n’importe où. Et ce qui se trouve après le fil

Va tant les exciter qu’ils se fourvoieront contre ce fil
Dont la brutalité impitoyable tranche leur chair.
Les jeunes bouvillons deviennent alors un vieux troupeau
Leurs vastes rêveries par l’électricité limitées



Wires

The widest prairies have electric fences,
For though old cattle know they must not stray
Young steers are always scenting purer water
Not here but anywhere. Beyond the wires

Leads them to blunder up against the wires
Whose muscle-shredding violence gives no quarter.
Young steers become old cattle from that day,
Electric limits to their widest senses.