我是一个任性的孩子
也许
我是被妈妈宠坏的孩子
我任性
我希望
每一个时刻
都像彩色蜡笔那样美丽
我希望
能在心爱的白纸上画画
画出笨拙的自由
画下一只永远不会
流泪的眼睛
一片天空
一片属于天空的羽毛和树叶
一个淡绿的夜晚和苹果
我想画下早晨
画下露水所能看见的微笑
画下所有最年轻的
没有痛苦的爱情
画下想象中
我的爱人
她没有见过阴云
她的眼睛是晴空的颜色
她永远看着我
永远,看着
绝不会忽然掉过头去
我想画下遥远的风景
画下清晰的地平线和水波
画下许许多多快乐的小河
画下丘陵——
长满淡淡的茸毛
我让它们挨得很近
让它们相爱
让每一个默许
每一阵静静的春天的激动
都成为
一朵小花的生日
我还想画下未来
我没见过她,也不可能
但知道她很美
我画下她秋天的风衣
画下那些燃烧的烛火和枫叶
画下许多因为爱她
而熄灭的心
画下婚礼
画下一个个早早醒来的节日——
上面贴着玻璃糖纸
和北方童话的插图
我是一个任性的孩子
我想涂去一切不幸
我想在大地上
画满窗子
让所有习惯黑暗的眼睛
都习惯光明
我想画下风
画下一架比一架更高大的山岭
画下东方民族的渴望
画下大海——
无边无际愉快的声音
最后,在纸角上
我还想画下自己
画下一只树熊
他坐在维多利亚深色的丛林里
坐在安安静静的树枝上
发愣
他没有家
没有一颗留在远处的心
他只有,许许多多
浆果一样的梦
和很大很大的眼睛
我在希望
在想
但不知为什么
我没有领到蜡笔
没有得到一个彩色的时刻
我只有我
我的手指和创痛
只有撕碎那一张张
心爱的白纸
让它们去寻找蝴蝶
让它们从今天消失
我是一个孩子
一个被幻想妈妈宠坏的孩子
我任性
(一九八一年三月)
Je suis un enfant coléreux
Peut être que
Je suis un enfant que sa maman a trop gâté
Je suis coléreux
Je voulais
Que chaque instant
Soit beau comme des crayons de toutes les couleurs
Je voulais
Pouvoir dessiner sur l’adorable feuille blanche
Dessiner l’idiote liberté
Dessiner un œil
Qui jamais ne pleurerait
Et un ciel
Et des plumes et des feuilles sur ce ciel
Un soir glauque et une pomme
Je voulais dessiner l’aube
Dessiner la rosée et les sourires qu’on aperçoit
Dessiner toutes ces enfantines
Amours qui n’ont pas souffert
Dessiner en rêve
Celle que j’aime
Elle n‘a pas vu les nuages sombres
Ses yeux sont clairs comme le ciel
Toujours elle me regarde
Toujours, observe
Sans jamais détourner la tête
Je voulais dessiner des pays lointains
Dessiner des horizons clairs et des vagues
Dessiner tous ces ruisseaux joyeux
Dessiner des collines ---
Couvertes de mousse pâle
Je les aurais serrées
Pour qu’elles s’aiment
Pour que chacune s’abandonne
Que chaque souffle calme du printemps
Devienne
La fête d’une fleur
Je voulais aussi dessiner l’avenir
Je ne l’avais jamais vue, c’était impossible
Mais je savais qu’elle serait belle
Dessiner son manteau d’automne
Dessiner ces bougies ces érables en feu
Dessiner des cœurs
Par son amour éteints
Dessiner des mariages
Dessiner toutes ces fêtes levées de bon matin --
Et coller dessus des papiers de bonbons
Et des illustrations de contes pour enfants
Je suis un enfant coléreux
Et j’ai voulu tout raturer
Je voulais partout sur la terre
Dessiner des fenêtres
Pour que les yeux accoutumés à l’ombre
S’habituent à la lumière
Je voulais dessiner le vent
Dessiner les crêtes des montagnes toujours plus hautes
Dessiner la soif des peuples de l’orient
Dessiner l’océan
Et le chant infini du bonheur
Enfin, au coin de la feuille
Je voulais me dessiner aussi
Dessiner un ours dans les arbres
Dans la jungle sombre de Victoria
Rêvant
Sans maison
Sans cœur abandonné au loin
Avec seulement, tout plein
De rêves comme des baies
Et d’immenses yeux
Je voulais encore
Voulais
Mais je ne sais pas pourquoi
Je n’ai pas reçu de crayons
Pas eu d’instant de toutes les couleurs
Je n’ai eu que moi
Avec mes doigts et mes douleurs
Que ces feuilles déchirées
Adorables et blanches
Parties chasser les papillons
Evanouies dans le présent
Je suis un enfant
Que sa maman rêveuse a trop gâté
Je suis coléreux
(Mars 1981)
mardi 27 décembre 2011
mardi 20 décembre 2011
WH Auden - Le plus aimant des deux
Le plus aimant des deux
Regardant les étoiles, je comprends bien
Que de leur point de vue, je ne suis rien
Mais ici bas il n’est guère effrayant
D’être ignoré des bêtes et des gens
Que dirions-nous si les astres brûlaient
D’une passion dont nous ne pouvions mais ?
S’il n’est pas permis de s’apprécier autant
Je préfère des deux être le plus aimant
Amoureux comme je crois l’être
D’étoiles qui s’en moquent peut-être
Saurais-je en les voyant affirmer
Que l’une d’elles aujourd’hui m’a manqué ?
Si toutes les étoiles venaient à mourir
Devant un ciel vide je devrais m’attendrir
Mais pour trouver sublime ce noir intransigeant
Il me faudrait peut être un peu de temps
The more loving one - WH Auden
Looking up at the stars, I know quite well
That, for all they care, I can go to hell,
But on earth indifference is the least
We have to dread from man or beast.
How should we like it were stars to burn
With a passion for us we could not return?
If equal affection cannot be,
Let the more loving one be me.
Admirer as I think I am
Of stars that do not give a damn,
I cannot, now I see them, say
I missed one terribly all day.
Were all stars to disappear or die,
I should learn to look at an empty sky
And feel its total dark sublime,
Though this might take me a little time.
Regardant les étoiles, je comprends bien
Que de leur point de vue, je ne suis rien
Mais ici bas il n’est guère effrayant
D’être ignoré des bêtes et des gens
Que dirions-nous si les astres brûlaient
D’une passion dont nous ne pouvions mais ?
S’il n’est pas permis de s’apprécier autant
Je préfère des deux être le plus aimant
Amoureux comme je crois l’être
D’étoiles qui s’en moquent peut-être
Saurais-je en les voyant affirmer
Que l’une d’elles aujourd’hui m’a manqué ?
Si toutes les étoiles venaient à mourir
Devant un ciel vide je devrais m’attendrir
Mais pour trouver sublime ce noir intransigeant
Il me faudrait peut être un peu de temps
The more loving one - WH Auden
Looking up at the stars, I know quite well
That, for all they care, I can go to hell,
But on earth indifference is the least
We have to dread from man or beast.
How should we like it were stars to burn
With a passion for us we could not return?
If equal affection cannot be,
Let the more loving one be me.
Admirer as I think I am
Of stars that do not give a damn,
I cannot, now I see them, say
I missed one terribly all day.
Were all stars to disappear or die,
I should learn to look at an empty sky
And feel its total dark sublime,
Though this might take me a little time.
Libellés :
WH Auden (1907-1973)
lundi 17 octobre 2011
Huang Guang Dao - Imaginer autre chose
想象另一种可能
在是与非之间
我们需要一万次穿越盛开的蜂巢
聆听开花时
虚妄的词语落下来
就在此刻
当光被再一次提及
鸟群
成为虚无的排列
静止在高空
所有鸟儿都是白色的
有如苦痛之时
一根带血的刺虚晃了一下
Imaginer autre chose
Entre le vrai et le faux
Nous devons mille fois traverser cette ruche en fleurs
On les entend s’épanouir
Et les mots fabriqués s’effondrent
A cet instant
Où la lumière est encore évoquée
Un vol d’oiseaux
Devient l’ordre du néant
Immobiles au firmament
Tous les oiseaux sont blancs
Comme dans la douleur
Une épine sanglante
Qui feinte
在是与非之间
我们需要一万次穿越盛开的蜂巢
聆听开花时
虚妄的词语落下来
就在此刻
当光被再一次提及
鸟群
成为虚无的排列
静止在高空
所有鸟儿都是白色的
有如苦痛之时
一根带血的刺虚晃了一下
Imaginer autre chose
Entre le vrai et le faux
Nous devons mille fois traverser cette ruche en fleurs
On les entend s’épanouir
Et les mots fabriqués s’effondrent
A cet instant
Où la lumière est encore évoquée
Un vol d’oiseaux
Devient l’ordre du néant
Immobiles au firmament
Tous les oiseaux sont blancs
Comme dans la douleur
Une épine sanglante
Qui feinte
Libellés :
Huang Guangdao 黄光道 (1989-)
vendredi 14 octobre 2011
Duo Yu - L'homme à la lampe
提灯人
——献给A
他举着灯,匆匆走在无面孔的人群里
太阳像一束追光,追着他不测的命运
当所有人都看到光明时他却只能看到黑暗
当所有人都替他捏把汗时他却在日落之前
被一把拽进黑暗里……
(2011春夏之交)
L’homme à la lampe
- Pour A
Une lampe à la main, il fend la foule sans visage
Le soleil comme un projecteur, suit son étrange destin
Chacun voit la lumière : lui seul distingue l’ombre
Chacun pour lui retient son souffle : il est là, devant le couchant
Par une main traîné dans l’obscurité….
(2011, printemps, été)
——献给A
他举着灯,匆匆走在无面孔的人群里
太阳像一束追光,追着他不测的命运
当所有人都看到光明时他却只能看到黑暗
当所有人都替他捏把汗时他却在日落之前
被一把拽进黑暗里……
(2011春夏之交)
L’homme à la lampe
- Pour A
Une lampe à la main, il fend la foule sans visage
Le soleil comme un projecteur, suit son étrange destin
Chacun voit la lumière : lui seul distingue l’ombre
Chacun pour lui retient son souffle : il est là, devant le couchant
Par une main traîné dans l’obscurité….
(2011, printemps, été)
Libellés :
Duo Yu (朵鱼 1973-)
mercredi 7 septembre 2011
Duo Yu - Le bruit d'une porte qu'on frappe
敲门声
风暴正在街上大打出手
冷却塔轰鸣着高温之歌
年青的占星家在为时代推敲命运——
还差一个逗号了——背后传来敲门声
还差一个句号了——敲门声越来越急
还差一声叹息了……敲门者已破门而入。
(2011)
Le bruit d’une porte qu’on frappe
L’orage brutalise la route
La tour de refroidissement crie sa chanson brûlante
Le jeune astrologue médite sur le destin de notre époque -
Il ne manque qu’une virgule -- Derrière, le bruit d’une porte qu’on frappe
Il ne manque qu’un point – Les coups, de plus en plus vite
Il ne manque qu’un soupir… On a enfoncé la porte.
(2011)
风暴正在街上大打出手
冷却塔轰鸣着高温之歌
年青的占星家在为时代推敲命运——
还差一个逗号了——背后传来敲门声
还差一个句号了——敲门声越来越急
还差一声叹息了……敲门者已破门而入。
(2011)
Le bruit d’une porte qu’on frappe
L’orage brutalise la route
La tour de refroidissement crie sa chanson brûlante
Le jeune astrologue médite sur le destin de notre époque -
Il ne manque qu’une virgule -- Derrière, le bruit d’une porte qu’on frappe
Il ne manque qu’un point – Les coups, de plus en plus vite
Il ne manque qu’un soupir… On a enfoncé la porte.
(2011)
Libellés :
Duo Yu (朵鱼 1973-)
vendredi 26 août 2011
Duo Yu - En mémoire
怀念
突然想起那些早逝的诗人
他们的诗集就放在手边
他们的音容还留在记忆里
他们的邮件还躺在信箱里
他们喝过的酒、唱过的歌、骂过的人
还一样清白、愤怒、无耻地活在世上
而他们
也真的跟活着时没什么两样
只是安静了许多
只是不再讲话
而我们这个世界
又多么需要安静一小会儿啊!
(2010冬)
En mémoire
Je me souviens de ces poètes morts trop jeunes
Leurs recueils encore sous la main
Leurs voix encore dans nos esprits
Leur courrier dans la boite aux lettres
Le vin qu’ils ont bu, les airs qu’ils chantèrent, les gens qu’ils maudirent
Toujours innocemment, indignement, insolemment vivants ici bas
Et eux
Pas vraiment différents de quand ils étaient là
Juste un peu plus calmes
Juste ne parlant plus
Et ce monde
Qui aurait tant besoin d’un peu de calme !
(Hiver 2010)
突然想起那些早逝的诗人
他们的诗集就放在手边
他们的音容还留在记忆里
他们的邮件还躺在信箱里
他们喝过的酒、唱过的歌、骂过的人
还一样清白、愤怒、无耻地活在世上
而他们
也真的跟活着时没什么两样
只是安静了许多
只是不再讲话
而我们这个世界
又多么需要安静一小会儿啊!
(2010冬)
En mémoire
Je me souviens de ces poètes morts trop jeunes
Leurs recueils encore sous la main
Leurs voix encore dans nos esprits
Leur courrier dans la boite aux lettres
Le vin qu’ils ont bu, les airs qu’ils chantèrent, les gens qu’ils maudirent
Toujours innocemment, indignement, insolemment vivants ici bas
Et eux
Pas vraiment différents de quand ils étaient là
Juste un peu plus calmes
Juste ne parlant plus
Et ce monde
Qui aurait tant besoin d’un peu de calme !
(Hiver 2010)
Libellés :
Duo Yu (朵鱼 1973-)
mardi 26 juillet 2011
Haizi - Le vieillard enlève la jeune fille
Soleil – La terre
« Quand la terre sera morte,
L’espoir pourra-t-il la remplacer ? »
(Août 1987)
Janvier, hiver
Chapitre un – Le vieillard enlève la jeune fille
Vieillard de désir, vieillard de mort
Dans la forêt, ancienne idole
Vieillard dans les relents d’alcool
Vieillard de désir, vieillard de mort
Toujours ivre
Et affamé
Bain de sang, fleur sacrée
Lui, la fleur sacrée
Eclose dans la plaine millénaire
Et moi, fils de la paix et du silence
Ensemble, ici
Vieillard de désir, vieillard de mort
Une rivière plus qu’humaine
Bain de sang, fleur sacrée
Dans la forêt, le vieillard
Vieillard de mort, vieillard de désir, à la treille s’abreuvant
Venu des amphores grises, au-delà de l’espoir
Son visage de désir et de mort
Comme un paisible village
Fleur sacrée, comme un bain de sang
Lui toujours ivre
Et affamé
Poussés par le vieillard des hautes plaines
Les génies de la lune, toujours écopent
Pour écoper, tisser le clair de lune
(Avec les os de la jeune fille)
Vieillard de désir, vieillard de mort
Etend les mains dans le ciel des hautes plaines
Cornes tordues du clair de lune
Pleines de génies, comme un automne triste
Automne, où les génies ne peuvent traverser
Au milieu des larmes, les cornes tordues de la nouvelle lune
Les chants de l’automne roulent dans leurs yeux
Comme au royaume des cieux, sur la berge vide du lac
Vieillard de désir, vieillard de mort
Dans la plaine détroussant les voyageurs
Troupeau de buffles, déferlant sur la rivière, riche et désolée
Lune, bouquet de démons
Vieillard de désir, vieillard de mort
Dans cette forêt à midi
Le vieillard ivre arrête la jeune fille
Cette jeune fille, c’est moi
Enfant de la plaine et de la paix
L’amoureux du poème, qui vit et meurt sous la lune
Vieillard de désir, vieillard de mort
Qui penche comme un jardin ivre
Etend les mains, arrête la vierge
J’ai voulu crier :
Génies de la lune, sœurs heureuses
Où êtes-vous ?
Une voix, les génies ne chantent pas
Humanité, vierge comme neige
Humanité, peur originelle
A l’aube
Au temps des oiseaux-mouches
Dans le silence des génies
Je suis brisé comme la plaine
Sur le lac, les lianes s’enroulent autour de mes genoux
Ma langue est comme un enfant taciturne
Dans cette vallée douloureuse
Sur cette plaine dorée
Le vieillard de désir, le vieillard de mort
M’a prise de force --
Humanité vierge, pleurant sans larmes
Ils écopent au loin dans l’automne coupé du monde
Ecopent avec les os de la jeune fille
Cornes penchées de la lune, pleines de génies amers
Mon destin, sans soutien, penche dans le soir
Larmes d’étoiles, suspendues au loin
Larmes, mes sœurs, roulant vers la rivière
Aube d’une infinie tristesse
Après la lune, verse l’eau de la terre
Enterre-moi dans la vallée après l’automne
Dans l’automne coupé du monde
Que la vallée le soir ressemble au cadavre du prince,
Jeune cadavre du prince, toujours sur mon corps
Soir et nuit sur mon visage
Je serai la jeune fille de la mort et de la vie éternelle
Enterrez les génies de la lune au jardin d’Eden
Vieillard de désir, vieillard de mort
Ivre, affamé, jardin qui penche
Je serai la jeune fille du jardin de la mort, et de la vie éternelle.
情欲老人,死亡老人
在森林中,你这古老神祗
一位酒气熏天的老人
情欲老人,死亡老人
他又醉
又饿
像血泊,像大神的花朵
他这大神的花朵
生长与草原的千年经历
我这和平与宁静的儿子
同在这里
情欲老人,死亡老人
一条超于人类的河流
像血泊,像大神的花朵
森林中这老人
死亡老人,情欲老人,啜饮葡萄藤
他来自灰色的瓮、愿望之外
他情欲和死亡的面容
如和平的村庄
血泊一样大神的花朵
他又醉
又饿
在这位高原老人的压迫下
月亮的众神,一如既往在戽水
只有戽水,纺织月光
(用少女的胫骨)
情欲老人,死亡老人
伸出双手高原的天空
月亮的两角弯曲
坐满神仙如愁苦的秋天
秋天,不能航渡众神的秋天
泪水中新月的双角弯曲
秋天的歌滚动诸神的眼眶
仿佛是在天国,在空虚的湖岸
情欲老人,死亡老人
在这草原上拦劫众人
一条无望的财富之河上众牛滚滚
月亮如魔鬼的花束
情欲老人,死亡老人
在这中午的森林
喝醉的老人拦住了少女
那少女本是我
草原和平与宁静之子
一个月光下自生自灭的诗中情侣
情欲老人,死亡老人
如醉中的花园倾斜
伸出双手拦住了处女
我多想喊:
月亮的众神、幸福的姐妹
你们在何方?
有歌声众神难唱
人类处女如雪
人类原始的恐惧
在黎明
在蜂鸟时光
在众神沉默中
我像草原断裂
湖泊上青藤绕膝
我的舌头完全像寂静之子。
在这无辜的山谷
在这黄金草原上
情欲老人,死亡老人
强行占有了我——
人类的处女欲哭无泪
戽水者阻隔在与世隔绝的秋天
戽水用少女的胫骨
月亮的双角倾斜,坐满沉痛的众神
我无所依傍的生涯倾斜在黄昏
星辰泪珠悬挂天涯
众泪水姐妹滚滚入河流
黎明凄厉无边
月亮的后奔赴人间的水
请把我埋入秋天以后的山谷
埋入与世隔绝的秋天
让黄昏的山谷像王子的尸首
青年王子的尸首永远坐在我身上
黄昏和夜晚坐在我脸上
我就是死亡和永生的少女
叫月亮众神埋入原型的果园
情欲老人,死亡老人
又醉又饿,果园倾斜
我就是死亡和永生的果园少女
« Quand la terre sera morte,
L’espoir pourra-t-il la remplacer ? »
(Août 1987)
Janvier, hiver
Chapitre un – Le vieillard enlève la jeune fille
Vieillard de désir, vieillard de mort
Dans la forêt, ancienne idole
Vieillard dans les relents d’alcool
Vieillard de désir, vieillard de mort
Toujours ivre
Et affamé
Bain de sang, fleur sacrée
Lui, la fleur sacrée
Eclose dans la plaine millénaire
Et moi, fils de la paix et du silence
Ensemble, ici
Vieillard de désir, vieillard de mort
Une rivière plus qu’humaine
Bain de sang, fleur sacrée
Dans la forêt, le vieillard
Vieillard de mort, vieillard de désir, à la treille s’abreuvant
Venu des amphores grises, au-delà de l’espoir
Son visage de désir et de mort
Comme un paisible village
Fleur sacrée, comme un bain de sang
Lui toujours ivre
Et affamé
Poussés par le vieillard des hautes plaines
Les génies de la lune, toujours écopent
Pour écoper, tisser le clair de lune
(Avec les os de la jeune fille)
Vieillard de désir, vieillard de mort
Etend les mains dans le ciel des hautes plaines
Cornes tordues du clair de lune
Pleines de génies, comme un automne triste
Automne, où les génies ne peuvent traverser
Au milieu des larmes, les cornes tordues de la nouvelle lune
Les chants de l’automne roulent dans leurs yeux
Comme au royaume des cieux, sur la berge vide du lac
Vieillard de désir, vieillard de mort
Dans la plaine détroussant les voyageurs
Troupeau de buffles, déferlant sur la rivière, riche et désolée
Lune, bouquet de démons
Vieillard de désir, vieillard de mort
Dans cette forêt à midi
Le vieillard ivre arrête la jeune fille
Cette jeune fille, c’est moi
Enfant de la plaine et de la paix
L’amoureux du poème, qui vit et meurt sous la lune
Vieillard de désir, vieillard de mort
Qui penche comme un jardin ivre
Etend les mains, arrête la vierge
J’ai voulu crier :
Génies de la lune, sœurs heureuses
Où êtes-vous ?
Une voix, les génies ne chantent pas
Humanité, vierge comme neige
Humanité, peur originelle
A l’aube
Au temps des oiseaux-mouches
Dans le silence des génies
Je suis brisé comme la plaine
Sur le lac, les lianes s’enroulent autour de mes genoux
Ma langue est comme un enfant taciturne
Dans cette vallée douloureuse
Sur cette plaine dorée
Le vieillard de désir, le vieillard de mort
M’a prise de force --
Humanité vierge, pleurant sans larmes
Ils écopent au loin dans l’automne coupé du monde
Ecopent avec les os de la jeune fille
Cornes penchées de la lune, pleines de génies amers
Mon destin, sans soutien, penche dans le soir
Larmes d’étoiles, suspendues au loin
Larmes, mes sœurs, roulant vers la rivière
Aube d’une infinie tristesse
Après la lune, verse l’eau de la terre
Enterre-moi dans la vallée après l’automne
Dans l’automne coupé du monde
Que la vallée le soir ressemble au cadavre du prince,
Jeune cadavre du prince, toujours sur mon corps
Soir et nuit sur mon visage
Je serai la jeune fille de la mort et de la vie éternelle
Enterrez les génies de la lune au jardin d’Eden
Vieillard de désir, vieillard de mort
Ivre, affamé, jardin qui penche
Je serai la jeune fille du jardin de la mort, et de la vie éternelle.
情欲老人,死亡老人
在森林中,你这古老神祗
一位酒气熏天的老人
情欲老人,死亡老人
他又醉
又饿
像血泊,像大神的花朵
他这大神的花朵
生长与草原的千年经历
我这和平与宁静的儿子
同在这里
情欲老人,死亡老人
一条超于人类的河流
像血泊,像大神的花朵
森林中这老人
死亡老人,情欲老人,啜饮葡萄藤
他来自灰色的瓮、愿望之外
他情欲和死亡的面容
如和平的村庄
血泊一样大神的花朵
他又醉
又饿
在这位高原老人的压迫下
月亮的众神,一如既往在戽水
只有戽水,纺织月光
(用少女的胫骨)
情欲老人,死亡老人
伸出双手高原的天空
月亮的两角弯曲
坐满神仙如愁苦的秋天
秋天,不能航渡众神的秋天
泪水中新月的双角弯曲
秋天的歌滚动诸神的眼眶
仿佛是在天国,在空虚的湖岸
情欲老人,死亡老人
在这草原上拦劫众人
一条无望的财富之河上众牛滚滚
月亮如魔鬼的花束
情欲老人,死亡老人
在这中午的森林
喝醉的老人拦住了少女
那少女本是我
草原和平与宁静之子
一个月光下自生自灭的诗中情侣
情欲老人,死亡老人
如醉中的花园倾斜
伸出双手拦住了处女
我多想喊:
月亮的众神、幸福的姐妹
你们在何方?
有歌声众神难唱
人类处女如雪
人类原始的恐惧
在黎明
在蜂鸟时光
在众神沉默中
我像草原断裂
湖泊上青藤绕膝
我的舌头完全像寂静之子。
在这无辜的山谷
在这黄金草原上
情欲老人,死亡老人
强行占有了我——
人类的处女欲哭无泪
戽水者阻隔在与世隔绝的秋天
戽水用少女的胫骨
月亮的双角倾斜,坐满沉痛的众神
我无所依傍的生涯倾斜在黄昏
星辰泪珠悬挂天涯
众泪水姐妹滚滚入河流
黎明凄厉无边
月亮的后奔赴人间的水
请把我埋入秋天以后的山谷
埋入与世隔绝的秋天
让黄昏的山谷像王子的尸首
青年王子的尸首永远坐在我身上
黄昏和夜晚坐在我脸上
我就是死亡和永生的少女
叫月亮众神埋入原型的果园
情欲老人,死亡老人
又醉又饿,果园倾斜
我就是死亡和永生的果园少女
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